Part 22
48. Et maintenant, pour finir, si vous vous souciez de le voir, nous entrerons dans le porche de la Madone--seulement, si vous venez, bonne protestante ma lectrice, venez civilement; et veuillez vous souvenir--si vous avez dans l'histoire connue, matière à souvenirs--si vous ne pouvez pas vous souvenir, recevez du moins l'assurance solennelle:--que le culte de la Madone, ni le culte d'aucune Dame, morte ou vivante, n'a jamais nui à une créature humaine--mais que le culte de l'argent, le culte de la perruque, du chapeau tricorne et à plumes, le culte des plats, le culte du pichet et le culte de la pipe, ont fait, et font beaucoup de mal et que tous offensent des millions de fois plus le Dieu du Ciel de la Terre et des Étoiles, que toutes les plus absurdes et les plus charmantes erreurs, commises par les générations de Ses simples enfants, sur ce que la Vierge-mère pourrait, ou voudrait, ou ferait, ou éprouverait pour eux.
49. Et ensuite, veuillez observer ce simple fait historique sur les trois sortes de Madones.
Il y a d'abord la Madone douloureuse--le type byzantin, et de Cimabue. Il est le plus noble de tous, et le plus ancien qui ait eu une influence populaire reconnaissable[290].
2° La Madone Reine qui est essentiellement la Madone franque et normande, couronnée, calme, pleine de puissance et de douceur. C'est celle qui est représentée dans le porche.
3° La Madone Nourrice qui est la Raphaëlesque[291] et généralement plus récente et de décadence, on en voit ici un bon modèle français dans le porche du sud, comme nous l'avons déjà remarqué.
Vous trouverez dans M. Viollet-le-Duc (l'article _Vierge_ dans son _Dictionnaire_, mérite tout entier l'étude la plus attentive) une admirable comparaison entre cette statue de la Madone Reine du porche sud et la Madone Nourrice du transept. Je pourrai peut-être obtenir une photographie de ces deux dessins, mis en regard, mais si je le puis, le lecteur voudra bien observer qu'il a un peu flatté la Reine et un peu vulgarisé la Nourrice, ce qui n'est pas juste. La statue de ce porche, dans le style du XIIIe siècle, est très belle, mais il n'y a pas de raison pour lui donner autrement d'importance, les types byzantins plus anciens avaient beaucoup plus de grandeur.
L'histoire de la Madone, en ses événements principaux, est racontée dans les séries des statues qui sont autour du porche et dans les quatre-feuilles placés au-dessous d'elles. Plusieurs d'entre eux se rapportent toutefois à une légende relative aux Mages que je n'ai pas pu pénétrer et je ne suis pas sûr de leur interprétation.
Les grandes statues à gauche, en lisant vers le dehors comme d'habitude, sont:
29. L'Ange Gabriel.
30. La Vierge Annonciade.
31. La Vierge Visitante.
32. Sainte Élisabeth.
33. La Présentation de la Vierge.
34. Saint Siméon.
À droite, en lisant vers le dehors:
35. 36, 37. Les trois Rois.
38. Hérode.
39. Salomon.
40. La Reine de Saba.
51. Je ne suis pas sûr de bien comprendre ce que viennent faire ici ces deux dernières statues; mais je crois que l'idée de l'auteur[292] a été que virtuellement la reine Marie rendait visite à Hérode en lui envoyant ou en lui faisant envoyer les Mages pour lui annoncer sa présence à Bethléem; et le contraste entre la réception de la reine de Saba par Salomon, et celle d'Hérode chassant la Madone en Égypte est décrit avec insistance tout le long de ce côté du Porche avec les conséquences diverses pour les deux Rois et pour le monde.
Les quatre-feuilles sous les grandes statues se déroulent dans l'ordre suivant:
29. Sous Gabriel.
A. Daniel voyant la pierre détachée sans mains[293].
B. Moïse et le buisson ardent[294].
30. Sous la Vierge Annonciade.
A. Gédéon et la rosée sur la toison[295].
B. Moïse se retirant avec les tables de la loi.
Aaron dominant, montre du doigt sa verge bourgeonnante[296].
31. Sous la Vierge Visitante.
A. Le message à Zacharie: «Ne crains pas, car ta prière est entendue[297].»
B. Le songe de Joseph: «Ne crains pas de prendre Marie pour femme[298].»
32. Sous sainte Élisabeth:
A. Le silence de Zacharie: «Ils s'aperçurent qu'il avait eu une vision dans le temple[299].»
B. Il n'y a pas un de tes parents qui soit appelé de ce nom[300] «Il écrivit en disant: son nom est Jean[301].»
33. Sous la présentation de la Vierge.
A. Fuite en Égypte.
B. Le Christ avec les Docteurs.
34. Sous saint Siméon.
A. Chute des Idoles en Égypte[302].
B. Le retour à Nazareth.
Ces deux derniers quatre-feuilles rejoignent ceux si beaux d'Amos (C. et D.).
Puis sur le côté opposé, sous la reine de Saba et rejoignant les A et B d'Abdias.
40. A. Salomon traite la reine de Saba. La coupe de Grâce.
B. Salomon enseigne la reine de Saba: «Dieu est au-dessus».
39. Sous Salomon:
A. Salomon sur son trône de Juge.
B. Salomon priant devant la porte de son temple.
38. Sous Hérode[303]:
A. Massacre des Innocents.
B. Hérode ordonne que le vaisseau des Rois soit brûlé[304].
37. Sous le troisième Roi:
A. Hérode faisant rechercher les Rois.
B. Incendie du vaisseau.
36. Sous le second Roi:
A. Adoration à Bethléem? Pas certain.
B. Le voyage des Rois.
33. Sous le premier Roi:
A. L'Étoile à l'Orient.
B. «Étant avertis dans un songe qu'ils ne devaient pas retourner vers Hérode[305].»
Je ne doute pas de trouver un jour l'enchaînement véritable de ces sujets, mais cela importe peu, ce groupe de quatre-feuilles étant de moindre intérêt que le reste, et celui du massacre des Innocents curieusement illustratif de l'incapacité du sculpteur à exprimer toute action ou passion violentes.
Mais je ne veux pas essayer d'entrer ici dans les questions relatives à l'art de ces bas-reliefs. Ils n'ont jamais eu d'autre objet que d'être des symboles, ou des guides pour la pensée. Et, si le lecteur veut se laisser doucement conduire par eux, il peut créer lui-même dans son cœur de plus beaux tableaux; et en tout cas, il peut reconnaître comme leur message à tous, les vérités générales qui suivent:
52. D'abord, que dans tout le Sermon sur cette Montagne d'Amiens, le Christ n'apparaît jamais comme le Crucifié, comme le Christ mort ni n'en éveille un instant la pensée; mais comme le Verbe Incarné, comme l'Ami présent--comme le Prince de la Paix sur la terre[306]--et comme le roi éternel dans le Ciel. Ce que Sa vie _est_, ce que Ses commandements _sont_, et ce que Son jugement sera sont les choses ici enseignées; non ce qu'il fit un jour, ce qu'il souffrit un jour, mais ce qu'il fait à présent, ce qu'il nous ordonne de faire. Ceci est la pure, joyeuse, belle leçon du Christianisme; et les causes de décadence de cette foi et toutes les corruptions de ses pratiques stériles peuvent se résumer brièvement ainsi: l'habitude d'avoir sous nos yeux la mort du Christ, au lieu de sa vie, la méditation de ses souffrances passées substituée à celles de notre devoir présent[307].»
Puis en second lieu, quoique le Christ; ne porte pas sa croix, les prophètes affligés, les apôtres persécutés, les disciples martyrs, portent la leur. Car s'il vous est salutaire de vous rappeler ce que votre Créateur immortel a fait pour vous, il ne l'est pas moins de vous rappeler ce que des hommes mortels nos semblables, ont fait aussi. Vous pouvez à votre gré nier le Christ ou le renier, mais le martyre, vous pouvez seulement l'oublier; le nier, vous ne le pouvez. Chaque pierre de cet édifice a été cimentée de son sang et il n'y a pas de sillon de ses piliers qui n'ait été labouré par sa souffrance.
Gardant donc ces choses dans votre cœur, retournez-vous maintenant vers la statue centrale du Christ, écoutez son message et comprenez-le. Il tient le Livre de la Loi Éternelle dans Sa main gauche; avec la droite Il bénit, mais bénit sous condition: «Fais ceci et tu vivras[308]», ou plutôt dans un sens plus strict et plus rigoureux: «Sois ceci, et tu vivras», montrer de la pitié n'est rien, être pur en action n'est rien, tu dois être pur aussi dans ton cœur.
Et avec cette parole de la loi inabolie. «Ceci, si tu ne le fais pas, ceci, si tu ne l'es pas, tu mourras».
55. Mourir--quelque idée que vous vous fassiez de la mort--totalement et irrévocablement. Il n'est pas parlé dans la théologie du XIIIe siècle du pardon (dans notre sens moderne) des péchés, et il n'est pas parlé non plus du Purgatoire. Au-dessus de cette image du Christ avec nous, du Christ notre Ami, est placée l'image du Christ au-dessus de nous, du Christ notre Juge. Pour cette présente vie--voici Sa présence secourable. Après cette vie--voici Sa venue pour prendre connaissance de nos actes et des intentions de nos actes; et séparer l'obéissant du désobéissant, l'aimant du méchant, sans espoir donné à ce dernier d'aucun recours, d'aucune réconciliation. Je ne sais pas quels commentaires adoucissants furent ajoutés ensuite et tracés en minuscules effrayées par la main des Pères, ou chuchotés en murmures hésitants par les prélats de l'Église moderne. Mais je sais que le langage de chaque pierre sculptée, de chaque brillant vitrail, de ces choses qui étaient journellement vues et universellement comprises par le peuple, était absolument et uniquement l'enseignement de Moïse au Sinaï aussi bien que de saint Jean à Patmos, du commencement comme à la fin de la Révélation du Seigneur à Israël.
Il en fut ainsi, simplement--sévèrement--et sans interruption pendant les trois grands siècles du christianisme dans sa force (XIe, XIIe, XIIIe siècles), et dans toute l'étendue de son empire, d'Iona à Cyrène et de Calpe à Jérusalem. À quelle époque la doctrine du Purgatoire a-t-elle été ouvertement acceptée par les docteurs catholiques, je ne sais, ni ne me soucie de le savoir. Elle a été formulée pour la première fois par Dante, mais n'a jamais été acceptée un instant par les maîtres de l'art sacré de son temps ou par ceux d'aucune grande école, à quelque époque que ce soit[309].
56. Je ne sais pas non plus ni ne tiens à savoir--à quelle époque la notion de la Justification par la Foi dans le sens moderne se trouva fixée nettement dans l'esprit des sectes et des écoles hérétiques du Nord. En réalité, sa force fut scellée par ses premiers auteurs sur un ascétisme qui différait de la règle monastique en ce qu'il était apte seulement à détruire, jamais à construire, qui s'efforçait d'imposer à tous la sévérité qu'il jugeait bon de s'imposer à lui-même, et luttait ainsi pour faire du monde un monastère sans art, sans lettres et sans pitié[310].
Son effort violent éclata au milieu des furies d'une réaction de dissolution et d'incrédulité et reste maintenant la plus méprisable des reprises populaires et des emplâtres pour chaque accroc à la loi et déchirure de la conscience que l'intérêt peut provoquer ou l'hypocrisie déguiser.
57. À partir des querelles qui suivirent entre les deux grandes sectes de l'église corrompue au sujet des prières pour les morts et des indulgences pour les vivants, de la suprématie papale ou des libertés populaires, aucun homme, femme ou enfant n'a plus besoin de prendre la peine d'étudier l'histoire du Christianisme. Ce ne sont rien que les querelles des hommes, et le rire des démons parmi ses ruines. Sa vie, son évangile et sa puissance sont entièrement écrites dans les grandes œuvres de ses vrais croyants: en Normandie et en Sicile, sur les îlots des rivières de France et aux pentes gazonnées riveraines des fleuves anglais, sur les rochers d'Orvieto et près des sables de l'Arno.
Mais de toutes ces œuvres, celle dont les leçons parlent de la façon la plus simple, la plus complète et la plus imposante à l'esprit actif de l'Europe du Nord est encore celle qui s'élève sur les premières pierres d'Amiens[311].
Croyez ce qu'elle vous enseigne, ou ne le croyez pas, lecteur, comme vous le voudrez: comprenez seulement combien cela a été un jour entièrement cru; et que toutes les belles choses ont été faites, et toutes les nobles actions[312] accomplies, quand cette foi était encore dans sa force, avant que vînt ce que nous pouvons appeler «le temps présent», où la question de savoir si la religion a quelque effet sur la moralité est gravement agitée par des gens qui n'ont essentiellement aucune idée de ce que peuvent signifier l'un ou l'autre de ces mots.
Relativement auquel débat peut-être aurez-vous la patience de lire ce qui suit, tandis que la flèche d'Amiens s'efface dans le lointain et que votre wagon se précipite vers l'Ile-de-France qui exhibe aujourd'hui les échantillons les plus admirés de l'art, de l'intelligence et de la vie européenne.
59. Toutes les créatures humaines, dans tous les temps et tous les lieux du monde, qui ont des affections ardentes, le sens commun, et l'empire sur elles-mêmes, ont été et sont naturellement morales. La nature humaine dans sa plénitude est nécessairement morale--sans amour elle est inhumaine--sans raison[313], inhumaine--sans discipline, inhumaine. Dans la proportion exacte où les hommes sont nés capables de ces choses, où on leur a appris à aimer, à penser, à supporter la souffrance, ils sont nobles, vivent heureux, meurent calmes et leur souvenir est pour leur race un honneur et un bienfait perpétuels. Tous les hommes sages savent et ont su ces choses depuis que la forme de l'homme a été séparée de la poussière; la connaissance et le commandement de ces lois n'a rien à faire avec la religion[314]: un homme bon et sage diffère d'un homme méchant et idiot, simplement comme un bon chien d'un chien hargneux, et toute espèce de chien d'un loup ou d'une belette. Et si vous devez croire, ou prêcher sans y croire, la foi en un monde ou une loi spirituelle--seulement dans l'espoir que quoique vous commettiez, ou que d'autres commettent d'insensé ou d'indigne--cela pourra grâce à ces doctrines être raccommodé et replâtré, et pardonné, et entièrement remis à neuf--moins vous croirez en un monde spirituel et surtout moins vous en parlerez, mieux cela sera.
60. Mais si, aimant les créatures qui sont comme vous-même, vous sentez que vous aimeriez encore plus chèrement des créatures meilleures que vous-même, si elles vous étaient révélées; si, vous efforçant de tout votre pouvoir d'améliorer ce qui est mal, près de vous et autour de vous, vous aimiez à penser au jour où le Juge de toute la terre rendra tout juste[315] et où les petites collines se réjouiront de tous côtés[316]; si, vous séparant des compagnons qui vous ont donné toute la meilleure joie que vous ayez eue sur terre, vous gardiez le désir de rencontrer de nouveau leurs regards et de presser leurs mains, là où les regards ne seront plus obscurcis, ni les mains défaillantes; si, vous préparant vous-même à être couchés sous l'herbe dans le silence et la solitude sans plus voir la beauté, sans plus sentir la joie, vous vouliez vous soucier de la promesse qui vous a été faite d'un temps dans lequel vous verriez de nouveau la lumière de Dieu et connaîtriez les choses que vous aspirez à connaître, et marcheriez dans la paix de l'éternel Amour--alors l'Espoir de ces choses pour vous est la religion; leur Substance dans votre vie est la Foi. Et dans leur vertu il nous est promis que les royaumes de ce monde deviendront un jour les royaumes de Notre Seigneur et de Son Christ[317].
[Note 174: La flèche d'Amiens est une flèche de charpente (Voir Viollet-le-Duc, art. _Flèche_).--(Note du Traducteur.)]
[Note 175: Voir _Lectures on Art_, 62-65. Le passage cité plus haut de _The Two Paths_ a plutôt trait à la sculpture.--(Note du Traducteur.)]
[Note 176: Plus exactement: _de l'architecture française_, du moins à l'endroit cité: _Dictionnaire de l'architecture_, vol. I, p. 71. Mais à l'article _Cathédrale_, elle est appelée (vol. II, p. 330) l'église ogivale par excellence.--(Note de l'Auteur.)
Ruskin fait ici une confusion. Au volume I (p. 71), Viollet-le-Duc appelle Parthénon de l'architecture française, non pas la cathédrale d'Amiens, mais le chœur de Beauvais.--(Note du Traducteur.)]
[Note 177: Voir le développement de ces idées dans _Miscelleanous_ de Walter Pater (article sur «Notre-Dame d'Amiens»). Je ne sais pourquoi le nom de Ruskin n'y est pas cité une fois.--(Note du Traducteur.)]
[Note 178: C'était un principe universellement reçu par les architectes français des grandes époques d'employer les pierres de leurs carrières telles qu'elles gisaient dans leur lit; si les gisements étaient épais, les pierres étaient employées dans leur pleine épaisseur, s'ils étaient minces dans leur minceur inévitable et ajustées avec une merveilleuse entente de leurs lignes de poussée, de leur centre de gravité. Les blocs naturels n'étaient jamais sciés, mais seulement ébousinés (*) pour s'adapter exactement, toute la force native et la cristallisation de la pierre étant ainsi gardée intacte--«ne dédoublant jamais une pierre. Cette méthode est excellente, elle conserve à la pierre toute sa force naturelle, tous ses moyens de résistance» (Voyez M. Viollet-le-Duc, article _Construction_ (_Matériaux_), vol. IV, p. 129). Il ajoute le fait très à remarquer que, aujourd'hui encore, il y a en France soixante-dix départements dans lesquels l'usage de la scie au grès est inconnu (**).--(Note de l'Auteur.)
Sur les pierres employées dans le sens de leur lit ou en délit, voir Ruskin, _Val d'Arno_, chap. VII, § 169. Au fond, pour Ruskin qui n'établit pas de ligne de démarcation entre la nature et l'art, entre l'art et la science, une pierre brute est déjà un document scientifique, c'est-à-dire à ses yeux, une œuvre d'art qu'il ne faut pas mutiler. «En eux est écrite une histoire et dans leurs veines et leurs zones, et leurs lignes brisées, leurs couleurs écrivent les légendes diverses toujours exactes des anciens régimes politiques du royaume des montagnes auxquelles ces marbres ont appartenu, de ses infirmités et de ses énergies, de ses convulsions et de ses consolidations depuis le commencement des temps»: _Stones of Venice_, III, I, 42, cité par M. de la Sizeranne).--(Note du Traducteur.)
(*) Ébousiner une pierre, c'est enlever sur ses deux lits les portions du calcaire qui ont précédé ou suivi la complète formation géologique, c'est enlever les parties susceptibles de se décomposer (Viollet-le-Duc).--(Note du Traducteur.)
(**) Et Viollet-le-Duc assure que ce sont ceux où l'on construit le mieux.--Note du Traducteur.)]
[Note 179: Psaume XI, 4.--(Note du Traducteur.)]
[Note 180: Saint Matthieu, XVIII, 20.--(Note du Traducteur.)]
[Note 181: «Car vous êtes le temple du Dieu vivant ainsi que Dieu l'a dit: «J'habiterai au milieu d'eux et j'y marcherai; je serai leur Dieu et ils seront mon peuple» (II Corinthiens, VI, 16).--(Note du Traducteur.)]
[Note 182: Cf. l'idée contraire dans le beau livre de Léon Brunschwig _Introduction à la vie de l'Esprit_, chap. III: «Pour éprouver la joie esthétique, pour apprécier l'édifice, non plus comme bien construit mais comme vraiment beau, il faut... le sentir en harmonie, non plus avec quelque fin extérieure, mais avec l'état intime de la conscience actuelle. C'est pourquoi les anciens monuments qui n'ont plus la destination pour laquelle ils ont été faits ou dont la destination s'efface plus vite de notre souvenir se prêtent si facilement et si complètement à la contemplation esthétique. _Une cathédrale est une œuvre d'art quand on ne voit plus en elle l'instrument du salut, le centre de la vie sociale dans une cité_; pour le croyant qui la voit autrement, elle est autre chose (page 97). Et page 112: «les cathédrales du moyen âge... peuvent avoir pour certains un charme que leurs auteurs ne soupçonnaient pas.» La phrase précédente n'est pas en italique dans le texte. Mais j'ai voulu l'isoler parce qu'elle me semble la contre-partie même de _la Bible d'Amiens_ et, plus généralement, de toutes les études de Ruskin sur l'art religieux, en général.--(Note du Traducteur.)]
[Note 183: Cf. le passage concordant de _Lectures on Art_ où est rappelée la vieille expression française de «logeur du Bon Dieu» (_Lectures on Art_, II, § 60 et suivants).]
[Note 184: Voir plus haut sur ces sculptures la note, page 113.]
[Note 185: Cf. «Le travail du charpentier, le premier auquel se livra sans doute le fondateur de notre religion» (_Lectures ou Art_, II, § 31).--(Note du Traducteur.)]
[Note 186: Le lecteur philosophe sera tout à fait bienvenu à «découvrir» et «opposer» autant de motifs charnels qu'il voudra--compétition avec le voisin Beauvais--confort pour des têtes chargées de sommeil--soulagement pour les flancs gras, et autres choses semblables. Il finira par trouver qu'aucune somme de compétition ou de recherche de confort ne pourrait, à présent, produire rien qui soit l'égal de cette sculpture; encore moins sa propre philosophie, quel que soit son système; et que ce fut, en vérité, le petit grain de moutarde de la foi, avec une quantité très notable, en outre, d'honnêteté dans les mœurs et dans le caractère qui fit que tout le reste concourût au bien.]
[Note 187: Arnold Boulin, menuisier à Amiens, sollicita l'entreprise et l'obtint dans les premiers mois de l'année 1508. Un contrat fut passé et un accord fait avec lui pour la construction de cent vingt stalles avec des sujets historiques, des dossiers hauts, des dais pyramidaux. Il fut convenu que le principal exécutant aurait sept sous de Tournay (un peu moins que le sou de France) par jour, pour lui et son apprenti (trois pence par jour pour les deux, c'est-à-dire 1 shilling par semaine pour le maître, et six pences par semaine pour l'ouvrier), et pour la surintendance du travail entier 12 couronnes par an, au taux de 24 sous la couronne (c'est-à-dire 12 shillings par an). Le salaire du simple ouvrier était de trois sous par jour. Pour les sculptures des stalles et les sujets d'histoire qu'elles devraient traiter, un marché séparé fut conclu avec Antoine Avernier, découpeur d'images, résidant à Amiens, au taux de trente-deux sous (seize pences) le morceau. La plus grande partie des bois venait de Clermont-en-Beauvoisis près d'Amiens; les plus beaux, pour les bas-reliefs, de Hollande, par Saint-Valéry et Abbeville.
Le chapitre désigna quatre de ses membres pour surveiller le travail: Jean Dumas, Jean Fabres, Pierre Vuaille, et Jean Lenglaché auxquels mes auteurs (tous deux chanoines) attribuent le choix des sujets, de la place à leur donner et l'initiation des ouvriers «au sens véritable et le plus élevé de la Bible ou des légendes et portant quelquefois le simple savoir-faire de l'ouvrier jusqu'à la hauteur du génie du théologien».
Sans prétendre fixer la part de ce qui revient au savoir-faire et à la théologie dans la chose, nous avons seulement à remarquer que la troupe entière, maîtres, apprentis, découpeurs d'images, et quatre chanoines, emboîtèrent le pas et se mirent à l'ouvrage le 3 juillet 1508, dans la grande salle de l'évêché, qui devait servir à la fois de cabinet de travail pour les artistes et d'atelier pour les ouvriers pendant tout le temps de l'affaire. L'année suivante, un autre menuisier, Alexandre Huet, fut associé à la corporation pour s'occuper des stalles à la droite du chœur pendant qu'Arnold Boulin continuait celles de gauche. Arnold laissant son nouvel associé commander pour quelque temps, alla à Beauvais et à Saint-Riquier pour y voir les boiseries; et en juillet 1511 les deux maîtres allaient ensemble à Rouen «pour étudier les chaires de la cathédrale».
L'année précédente, en outre, deux Franciscains, moines d'Abbeville, «experts et renommés dans le travail du bois», avaient été appelés par le chapitre d'Amiens pour donner leur avis sur les œuvres en cours, et avaient eu chacun vingt sous pour cet avis, et leurs frais de voyages».