La Bible d'Amiens

Part 16

Chapter 163,859 wordsPublic domain

Ce serait une tâche d'une difficulté très grande et sans profit que de déterminer dans quelle mesure le consentement de l'Église générale et dans quelle mesure la vie et l'influence de Jérôme contribuèrent à fixer dans leur harmonie et dans leur majesté restées depuis intactes, les canons des Écritures Mosaïque et Apostolique. Tout ce que le jeune lecteur a besoin de savoir c'est que, quand Jérôme mourut à Bethléem, ce grand fait était virtuellement accompli; et les suites de livres historiques et didactiques qui forment notre Bible actuelle (en comptant les apocryphes) régnèrent dès lors sur la pensée naissante des plus nobles races des hommes qui aient vécu sur le globe, comme un message que leur adressait directement leur créateur et qui,--renfermant tout ce qu'il était nécessaire pour eux d'apprendre de ses desseins à leur égard,--leur commandait, ou conseillait, avec une autorité divine et une infaillible sagesse ce qui était pour eux le meilleur à faire et le plus heureux à souhaiter.

41. Et c'est seulement à ceux-là qui ont obéi sincèrement à la loi de dire jusqu'où l'espérance qui leur a été donnée par le dispensateur de la loi a été réalisée. Les pires «enfants de désobéissance[149]» sont ceux qui acceptent de la parole ce qu'ils aiment et rejettent ce qu'ils haïssent; cette perversité n'est pas toujours consciente chez eux, car la plus grande partie des péchés de l'Église a été engendrée en elle par l'enthousiasme qui dans la méditation et la défense passionnée de parties de l'Écriture facilement saisies, a négligé l'étude et finalement détruit l'équilibre du reste. Quelles formes revêt et quel chemin suit l'esprit d'opiniâtreté avant qu'il arrive à forcer le sens des Écritures pour la perdition d'un homme? Ceci est à examiner pour ceux qui ont la charge des consciences, pas pour nous. L'histoire que nous avons à apprendre doit absolument être tenue en dehors d'un tel débat, et l'influence de la Bible observée exclusivement sur ceux qui reçoivent la parole avec joie et lui obéissent en vérité.

42. Il y a toujours eu cependant une plus grande difficulté à apprécier l'influence de la Bible qu'à distinguer les lecteurs honnêtes des lecteurs de mauvaise foi. La prise du christianisme sur les âmes des hommes devra être considérée, quand nous viendrons à l'étudier de près, sous trois chefs: il y a d'abord le pouvoir de la croix elle-même, et de la théorie du salut, sur le cœur; puis l'action des Écritures judaïques et grecques sur l'esprit; puis l'influence sur la morale, de l'enseignement et de l'exemple de la hiérarchie existante. Et quand on veut comparer les hommes tels qu'ils sont et tels qu'ils pourraient avoir été, ces trois questions doivent se poser séparément dans l'esprit: premièrement qu'eût été le caractère de l'Europe sans la charité et le travail signifiés par «portant la Croix»; puis, secondement, que serait devenue l'intellectualité de l'Europe sans la littérature biblique; et enfin que serait devenu l'ordre social de l'Europe sans la hiérarchie de l'Église.

43. Vous voyez que j'ai réuni les mots «charité» et «travail» sous le terme général de «portant la croix». «Si quelqu'un veut me suivre qu'il renonce à soi-même (par la charité) et porte sa croix (par le labeur) et me suive[150].»

L'idée a été _exactement_ renversée par le protestantisme moderne qui voit dans la croix non pas un gibet auquel il doit être cloué mais un radeau sur lequel lui et toutes ses propriétés de valeur[151] seront portés sur les flots jusqu'au paradis.

44. Aussi c'est seulement aux jours où la Croix était reçue avec courage, l'Écriture méditée avec conscience et le Pasteur écouté avec foi, que la pure parole de Dieu, la brillante épée de l'Esprit[152] peuvent être reconnues dans le cœur et dans la main de la Chrétienté. L'effet de la poésie et de la légende bibliques sur sa pensée peut se suivre plus loin à travers les âges de décadence et dans les champs sans limites; donnant naissance pour nous au _Paradis perdu_, non moins qu'à la _Divine Comédie_;--au _Faust_ de Gœthe et au _Caïn_ de Byron non moins qu'à l'_Imitation de Jésus-Christ._

45. Bien plus, l'écrivain qui veut comprendre le plus complètement possible, l'influence de la Bible sur l'humanité, doit être capable de lire les interprétations qui en sont données par les grands arts de l'Europe à leur apogée. Dans chaque province de la chrétienté, proportionnellement au degré de puissance artistique qu'elle possédait, des séries d'illustrations de la Bible parurent progressivement, commençant par les vignettes qui illustraient les manuscrits et, en passant par la sculpture de grandeur naturelle, finissant par atteindre sa pleine puissance dans une peinture pleine de vérité. Ces enseignements et ces prédications de l'Église par le moyen de l'art, ne sont pas seulement une partie des plus importantes de l'action apostolique générale du christianisme, mais leur étude est une partie nécessaire de l'étude biblique, si bien qu'aucun homme ne peut comprendre la pensée profonde de la Bible elle-même tant qu'il n'a pas appris à lire ces commentaires nationaux et n'a pas pris conscience de leur valeur collective. Le lecteur protestant qui croit porter sur la Bible un jugement indépendant et l'étudier par lui-même n'en est pas moins à la merci du premier prédicateur doué d'un organe agréable et d'une ingénieuse imagination[153]; recevant de lui avec reconnaissance et souvent avec respect quelque interprétation des textes que l'agréable organe ou l'esprit alerte puisse recommander; mais, en même temps, il ignore entièrement, et, s'il est laissé à sa propre volonté, détruit invariablement comme injurieuses les interprétations profondément méditées de l'Écriture qui, dans leur essence, ont été sanctionnées par le consentement de toute l'Église chrétienne depuis mille ans, et dont la forme a été portée à la perfection la plus haute par l'art traditionnel et l'imagination inspirée des plus nobles âmes qui aient jamais été enfermées dans l'argile humaine.

46. Il y a peu de Pères de l'Église chrétienne dont les commentaires de la Bible ou les théories personnelles de son Évangile n'aient pas été, à l'exultation constante des ennemis de l'Église, altérés et avilis par les fureurs de la controverse ou affaiblis et dénaturés par une irréconciliable hérésie. Au contraire, l'enseignement biblique donné à travers leur art par des hommes tels que Orcagna, Giotto, Angelico, Luca della Robbia et Luini, est littéralement vierge de toute trace terrestre des passions d'un jour. Sa patience, sa douceur et son calme sont incapables des erreurs qui viennent de la crainte ou de la colère; ils peuvent sans danger dire tout ce qu'ils veulent, ils sont enchaînés par la tradition et dans une sorte de solidarité fraternelle à la représentation par des scènes toujours identiques de doctrines inaltérées; et ils sont forcés par la nature de leur œuvre à une méditation et à une méthode de composition qui ont pour résultat l'état le plus pur et l'usage le plus franc de toute la puissance intellectuelle.

47. Je puis en une fois et sans avoir besoin de revenir sur cette question faire ressortir la différence de dignité et de sûreté entre l'influence sur l'esprit de la littérature et celle de l'art[154] en vous reportant à une page qui met d'ailleurs merveilleusement en lumière la douceur et la simplicité du caractère de saint Jérôme, bien qu'elle soit citée, là où nous la trouvons, sans aucune intention favorable,--à savoir dans la jolie lettre de la reine Sophie-Charlotte (mère du père de Frédéric le Grand) au jésuite Vota, donnée en partie par Carlyle dans son premier volume, chap. IV.

«Comment saint Jérôme, par exemple, peut-il être une clef pour l'Écriture?--insinue-t-elle--citant de Jérôme cet aveu remarquable de sa manière de composer un livre, spécialement de composer ce livre, _Commentaires sur les Galates_, où il accuse saint Pierre et saint Paul tous deux de fausseté et même d'hypocrisie. Le grand saint Augustin a porté contre lui cette fâcheuse accusation (dit Sa Majesté qui donne le chapitre et le paragraphe) et Jérôme répond: «J'ai suivi les commentaires d'Origène, de...»--cinq ou six personnes différentes qui dans la suite devinrent des hérétiques avant que Jérôme en ait fini avec elles.--«Et pour vous confesser l'honnête vérité», continue Jérôme, «j'ai lu tout cela et, après avoir bourré ma tête d'une grande quantité de choses, j'ai envoyé chercher mon secrétaire et je lui ai dicté, tantôt mes propres pensées, tantôt celles des autres sans beaucoup me souvenir de l'ordre, quelquefois des mots, ni même du sens.» Ailleurs (plus loin, dans le même livre[155]) il dit: «Je n'écris pas moi-même: j'ai un secrétaire et je lui dicte ce qui me vient aux lèvres. Si je désire réfléchir un peu, ou exprimer mieux la chose, ou une chose meilleure, il fronce le sourcil et tout son regard me dit assez qu'il ne peut supporter d'attendre.» Voici un vieux gentleman sacré auquel il n'est pas bon de se fier pour interpréter les Écritures, pense Sa Majesté; mais elle ne dit pas--laissant le père Vota à ses réflexions.» Hélas non, reine Sophie, il ne faut nous en rapporter pour cette sorte de chose ni au vieux saint Jérôme ni à aucune autre lèvre ou esprit humains; mais seulement à l'Éternelle Sophia[156], à la Puissance de Dieu et à la sagesse de Dieu. Au moins pouvez-vous voir dans votre vieil interprète qu'il est absolument franc, innocent, sincère, et qu'à travers un tel homme, qu'il soit oublieux de son auteur, ou pressé par son scribe, il est plus que probable que vous pourrez entendre ce que Dieu sait être le meilleur pour vous; et extrêmement improbable que vous vous pervertissiez, si peu que ce soit, tandis que par un maître prudent et exercé aux artifices de l'art littéraire, retirent dans ses doutes, et adroit dans ses paroles, toute espèce de préjugés et d'erreur peut vous être présentée de façon acceptable, ou même être irrémédiablement fixée en vous, bien qu'à aucun moment il ne vous ait le moins du monde demandé de vous fier à son inspiration.

48. Car la seule confiance, à vrai dire, et la seule sécurité que dans de telles matières nous puissions posséder ou espérer, résident dans notre propre désir d'être guidés justement et dans notre bonne volonté à suivre avec simplicité la direction accordée. Mais toutes nos idées et nos raisonnements au sujet de l'inspiration ont été faussées par notre habitude--d'abord de distinguer à tort ou au moins sans nécessité entre l'inspiration des mots et des actes et secondement par ce fait que nous attribuons une force ou une sagesse inspirées à certaines personnes ou certains écrivains seulement au lieu de l'accorder au corps entier des croyants pour autant qu'ils participent à la grâce du Christ, à l'amour de Dieu, à la Communion du Saint-Esprit[157]. Dans la mesure où chaque chrétien reçoit ou refuse les dons multiples exprimés par cette bénédiction générale, il entre dans l'héritage des Saints ou en est rejeté. Dans la mesure exacte où il renie le Christ, courrouce le Père et chagrine le Saint-Esprit, il perd l'inspiration et la sainteté; et dans la mesure où il croit au Christ, obéit au Père, et se soumet à l'Esprit, il devient inspiré dans le sentiment, dans l'action, dans la parole, dans la réception de la parole, selon les capacités de sa nature. Il ne sera pas doué d'aptitudes plus hautes, ni appelé à une fonction nouvelle, mais rendu capable d'user des facultés naturelles qui lui ont été accordées, là où il le faut, pour la fin la meilleure. Un enfant est inspiré comme un enfant, et une jeune fille comme une jeune fille; les faibles dans leur faiblesse même, et les sages seulement à leur heure. Ceci est pour l'Église, et telle qu'on peut la dégager avec certitude, la théorie de l'inspiration chez tous ses vrais membres; sa vérité ne peut être reconnue qu'en la mettant à l'épreuve, mais je crois qu'il n'y a pas souvenir d'un homme qui l'ait éprouvée et déclarée vaine[158].

49.--Au-delà de cette théorie de l'inspiration générale il y a celle d'un appel et d'un ordre spécial avec la dictée immédiate des actes qui doivent être accomplis ou des paroles qui doivent être prononcées. Je ne veux pas entrer à présent dans l'examen des témoignages d'une si effective élection; elle n'est pas revendiquée par les Pères de l'Église, ni pour eux-mêmes, ni même pour le corps entier des écrivains sacrés.

Elle est seulement attribuée à certains passages dictés à certains moments en vue de nécessités spéciales; et il n'est pas possible d'attacher l'idée de vérité infaillible à aucune forme de ce langage humain dans lequel même ces passages exceptionnels nous ont été donnés. Mais du volume entier qui les renferme tel que nous le possédons et le lisons, tel, pour chacun de nous, qu'il peut être rendu dans sa langue natale, on peut alarmer et démontrer que, quoique mêlé d'un mystère qu'on ne nous demande pas d'éclaircir ou de difficultés que nous serions insolents de vouloir résoudre, il contient l'enseignement véritable pour les hommes de tout rang et de toute situation dans la vie, enseignement grâce auquel, autant qu'ils y obéissent honnêtement et implicitement, ils seront heureux et innocents dans la pleine puissance de leur nature, et capables de triompher de toutes les adversités, qu'elles résident dans la tentation ou dans la douleur.

50. En effet le Psautier seul, qui pratiquement fut le livre d'offices de l'Église pendant bien des siècles, contient, simplement dans sa première moitié, la somme de la sagesse individuelle et sociale. Les Ier, VIIIe, XIIe, XVe, XIXe, XXIIIe et XXIVe psaumes bien appris et crus sont assez pour toute direction personnelle; les XLVIIIe, LXXIe et LXXVe ont en eux la loi et la prophétie de tout gouvernement juste, et chaque découverte de la science naturelle est anticipée dans le CIVe. Quant au contenu du volume entier, considérez si un autre cycle de littérature historique et didactique a une étendue qui lui soit comparable. Il renferme:

I. L'histoire de la Chute et du Déluge, les deux plus grandes traditions humaines fondées sur l'horreur du péché.

II. L'histoire des Patriarches, dont la vérité permanente est encore visible aujourd'hui dans l'histoire des races juive et arabe.

III. L'histoire de Moïse avec ses résultats pour la loi morale de tout l'univers civilisé.

IV. L'histoire des Rois--virtuellement celle de toute royauté, dans David, et de toute la philosophie, dans Salomon, atteignant son point le plus élevé dans les Psaumes et les Proverbes, avec la sagesse encore plus serrée et pratique de l'Ecclésiaste et du fils de Sirach.

V. L'histoire des Prophètes--virtuellement celle du mystère le plus profond, de la tragédie, de la fatalité perpétuellement immanente à une existence nationale.

VI. L'histoire du Christ.

VII. La loi morale de saint Jean qui trouve à la fin dans l'Apocalypse son accomplissement.

Demandez-vous si vous pouvez comparer sa table des matières, je ne dis pas à aucun autre «livre», mais à aucune autre «littérature». Essayez, autant que cela est possible à chacun de nous,--qu'il soit adversaire ou défenseur de la foi,--de dégager votre intelligence de l'association que l'habitude a formée entre elle et le sentiment moral basé sur la Bible, et demandez-vous quelle littérature pourrait avoir pris sa place ou rempli sa fonction même si toutes les bibliothèques de l'univers étaient restées intactes et si toutes les paroles les plus riches de vérité des maîtres avaient été écrites?

52. Je ne suis pas contempteur de la littérature profane, si peu que je ne crois pas qu'aucune interprétation de la religion grecque ait été jamais aussi affectueuse, aucune de la religion romaine aussi révérente, que celle qui se trouve à la base de mon enseignement de l'art et qui court à travers le corps entier de mes œuvres. Mais ce fut de la Bible que j'appris les symboles d'Homère et la foi d'Horace[159].

Le devoir qui me fut imposé dans ma première jeunesse[160] de lire chaque mot des évangiles et des prophéties, comme s'il avait été écrit par la main de Dieu, me donna l'habitude d'une attention respectueuse qui, plus tard, rendit bien des passages des auteurs profanes, frivoles pour un lecteur irréligieux, profondément graves pour moi. Jusqu'à quel point mon esprit a été paralysé par les fautes et les chagrins de la vie[161],--jusqu'où ma connaissance de la vie est courte, comparée à ce que j'aurais pu apprendre si j'avais marché plus fidèlement dans la lumière qui m'avait été départie, dépasse ma conjecture ou ma confession. Mais comme je n'ai jamais écrit pour mon propre plaisir ou pour ma renommée, j'ai été préservé, comme les hommes qui écrivent ainsi le seront toujours, des erreurs dangereuses pour les autres[162], et les expressions fragmentaires de sentiments ou les expositions de doctrines, que de temps en temps, j'ai été capable de donner, apparaîtront maintenant à un lecteur attentif, comme se reliant à un système général d'interprétation de la littérature sacrée, à la fois classique et chrétienne, qui le rendra capable, sans injustice, de sympathiser avec la foi des âmes candides de tous temps et de tous pays.

53. Qu'il y ait une littérature sacrée classique, suivant un cours parallèle à celle des Hébreux et venant s'unir aux légendes symboliques de la chrétienté au moyen âge[163], c'est un fait qui apparaît de la manière la plus tendre et la plus expressive dans l'influence indépendante et cependant similaire de Virgile sur le Dante et l'évêque Gawaine Douglas. À des dates plus anciennes, l'enseignement de chaque maître formé dans les écoles de l'Orient était nécessairement greffé sur la sagesse de la mythologie grecque, et ainsi l'histoire du Lion de Némée[164], vaincu avec l'aide d'Athéné, est la véritable racine de la légende du compagnon de saint Jérôme conquis par la douceur guérissante de l'esprit de vie.

54. Je l'appelle une légende seulement. Qu'Héraklès ait jamais tué, ou saint Jérôme jamais chéri la créature sauvage ou blessée, est sans importance pour nous enseigner ce que les Grecs entendaient nous dire en représentant le grand combat sur leurs vases[165], où les peintres chrétiens faisant leur thème de prédilection de la fermeté de l'Ami du Lion. Une tradition plus ancienne, celle du combat de Samson[166],--le prophète désobéissant,--de la première victoire inspirée de David[167], et finalement du miracle opéré pour la défense du plus favorisé et fidèle des grands prophètes[168], suit son cours symbolique parallèlement à la fable dorienne. Mais la légende de saint Jérôme reprend la prophétie du Millenium et prédit, avec la Sibylle de Cumes[169], et avec Isaïe, un jour où la crainte de l'homme ne sera plus chez les êtres inférieurs de la haine mais s'étendra sur eux comme une bénédiction, où il ne sera plus fait de mal ni de destruction d'aucune sorte dans toute l'étendue de la Montagne sainte[170] et où la paix de la terre sera tirée aussi loin de son présent chagrin, que le glorieux univers animé l'est du désert naissant, dont les profondeurs étaient le séjour des dragons, et les montagnes, des dômes de feu. Ce jour-là aucun homme ne le connaît[171], mais le royaume de Dieu est déjà venu[172] pour ceux qui ont dompté dans leur propre cœur l'ardeur sans frein de la nature inférieure[173] et ont appris à chérir ce qui est charmant et humain dans les enfants errants des nuages et des champs.

Avallon, 28 août 1882.

[Note 113: «On vous a appris que, puisque vous aviez des tapis..., des «kickshaws» au lieu de bœuf pour votre nourriture, des égouts au lieu de puits sacrés pour votre soif, vous étiez la crème de la création et chacun de vous un Salomon» (_Pleasures of England_, p. 49, cité par M. Bardoux, p. 237).]

[Note 114: En prenant la San, bras de la Vistule supérieure.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 115: Remarquez, toutefois, que généralement, la force d'une rivière, _ceteris paribus_, doit être estimée d'après son cours direct, les plaines (qui donnent presque toujours naissance aux méandres) ne pouvant leur apporter aucun affluent. (Note de l'Auteur.)]

[Note 116: Les considérations sur la Vistule et le Dniester, fleuves-fossés de l'Europe, sont reprises dans _Candida Casa_ (§ 22), quatrième conférence du recueil _Vérona_ et premier chapitre de _Valle Crucis. Valle Crucis_ devait prendre place dans nos _Nos Pères nous ont dit._ Du reste cette partie de _Candida Casa_ rappelle beaucoup par ses vues historiques et géographiques et par les citations ironiques de Gibbon le chapitre du _Drachenfels._--(Note du Traducteur.)]

[Note 117: «Elles» (les sept églises d'Éphèse, de Smyrne, de Pergame, de Thyatire, de Sardes, de Philadelphie et de Laodicée) sont bâties le long des collines, et par les plaines de Lydie, dessinant une large courbe comme un vol d'oiseaux ou comme un tourbillon de nuages, toutes en Lydie même ou sur la frontière, toutes de caractère essentiellement lydien, les plus enrichies d'or, les plus délicatement luxueuses, les plus doucement musicales, les plus tendrement sculptées des églises d'alors. En elles s'étaient réunis les talents et les félicités de l'Asiatique et du Grec. Si le dernier message du Christ eût été adressé aux églises de Grèce il n'eût été que pour l'Europe et pour une durée limitée. S'il eût été adressé aux églises de Syrie, il n'eût été que pour l'Asie et pour une durée limitée. Adressé à la Lydie, il est adressé à l'univers et pour toujours» (_Fors Clavigere_, lettre LXXXIV). Ce message du Christ aux sept églises--qui est longuement commenté dans le reste de la lettre--est contenu, comme l'on sait, dans les trois premiers chapitres de l'Apocalypse de saint Jean ou plus exactement dans le IIe et le IIIe chapitres. Dans le Ier, Jésus ordonne à saint Jean d'écrire aux anges des sept églises. Voir aussi sur les églises d'Asie Mineure, le beau livre de M. de Voguë.--(Note du Traducteur.)]

[Note 118: «Puis prenant la parole, tu diras devant l'Éternel ton Dieu mon Père était un pauvre Syrien prêt à périr et il descendit en Égypte avec un petit nombre de gens et il y fit séjour et devint là une nation grande, forte et qui s'est fort multipliée.» (Deutéronome, XXVI, 5)--(Note du Traducteur.)]

[Note 119: Sir F. Palgrave, _Arabie_, vol. II, p. 155. J'adopte avec reconnaissance dans le paragraphe suivant sa division des nations asiatiques (p. 160).--(Note de l'Auteur.)]

[Note 120: Le XXXVIe chapitre de Gibbon commence par une sentence qui peut être prise comme l'épitome de l'histoire tout entière que nous avons à étudier. «Les trois grandes nations du monde, les Grecs, les Sarrazins, les Francs, se rencontrèrent toutes sur le théâtre de l'Italie.»

J'emploie le mot plus général de Goths au lieu de Francs et le mot plus précis Arabe au lieu de Sarrasins, mais en dehors de cela le lecteur remarquera que la division est la même que la mienne. Gibbon ne reconnaît pas le peuple romain comme nation, mais seulement la puissance romaine comme empire.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 121: De récents événements ont montré la force de ces paroles (Note de la révision, mai 1885).--(Note de l'Auteur.)]

[Note 122: Mais l'ange de l'Éternel la trouva auprès d'une fontaine d'eau au désert, près de la fontaine qui est au chemin de Sair. Et il lui dit: Agar, servante de Saraï, d'où viens-tu, etc. (Genèse, XVI, 1 et 8.)--(Note du Traducteur.)]

[Note 123: Genèse, XII, 1.--(Note du Traducteur.)]

[Note 124: Cf. Il n'y eut jamais qu'un seul art grec, des jours d'Homère à ceux du doge Selvo (_St-Mark's Rest_, VIII, § 92).--(Note du Traducteur.)]

[Note 125: Dans _Crown of wild olive_ Cincinnatus symbolisait aussi la force de Rome. «Elle fut (l'agriculture), la source de toute la force de Rome et de toute sa tendresse, l'orgueil de Cincinnatus et l'inspiration de Virgile (_la Couronne d'olivier sauvage_, p. 196).--(Note du Traducteur.)]

[Note 126: Milman, _Histoire du Christianisme_, vol. III, p. 36.--(Note de l'Auteur.)]