La Bible d'Amiens

Part 13

Chapter 133,611 wordsPublic domain

46. «Mais le farouche conquérant de la Gaule était incapable de discuter la valeur des preuves d'une religion qui repose sur l'investigation laborieuse du témoignage historique et sur la théologie spéculative. Il était encore plus incapable de ressentir la douce influence de l'Évangile qui persuade et purifie le cœur d'un véritable converti. Son règne ambitieux fut une violation perpétuelle des devoirs moraux et chrétiens: ses mains furent tachées de sang dans la paix comme dans la guerre; et, dès que Clovis se fût débarrassé d'un synode de l'Église Gallicane, il assassina avec tranquillité tous les princes de la race mérovingienne.»

47. C'est trop vrai[105]; mais d'abord c'est de la rhétorique--car nous aurions besoin qu'on nous dise combien étaient tous les princes--en second lieu nous devons remarquer qu'en admettant que Clovis ait à un degré quelconque «étudié les Écritures» telles qu'elles étaient présentées au monde occidental par saint Jérôme, il était à présumer que lui, roi-soldat, penserait davantage à la mission de Josué[106] et de Jéhu qu'à la patience du Christ, dont il songeait plutôt à venger qu'à imiter la passion; et la crainte que les autres rois francs lui succèdent, ou par envie du vaste royaume qu'il avait agrandi l'attaquent et le détrônent, pouvait facilement lui apparaître comme inspirée non par un danger personnel, mais par le retour possible de la nation tout entière à l'idolâtrie. De plus, dans les derniers temps, sa foi dans la protection divine accordée à sa cause avait été ébranlée par la défaite que les Ostrogoths lui avaient infligée devant Arles, et le léopard franc n'avait pas assez complètement perdu ses taches[107] pour abandonner à un ennemi l'occasion du premier bond.

48. Pour en finir, et nous plaçant au-dessus de ces questions de personnes, les diverses formes de la cruauté et de la ruse--la première, remarquez-le, provenant beaucoup d'un mépris de la souffrance qui était une condition d'honneur pour les femmes aussi bien que pour les hommes,--sont dans ces races barbares toujours fondées sur leur amour de la gloire dans la guerre; ce qui ne peut être compris qu'en se rapportant à ce qui reste de ces mêmes caractères dans les castes les plus élevées des Indiens de l'Amérique du Nord; et, avant d'exposer clairement pour finir les événements certains du règne de Clovis jusqu'à la fin, le lecteur fera bien d'apprendre cette liste des personnages du grand Drame, en prenant à cœur la signification du nom de chacun, à cause à la fois de son influence probable sur l'esprit de celui qui le portait, et comme une expression fatale de l'ensemble de ses actes et de leurs conséquences pour les générations futures.

I. CLOVIS.--En forme franque, Hluodoveh[108]. «Glorieuse sainteté» ou sacre. En latin _Chlodovisus_, quand il fut baptisé par saint Remi, s'adoucissant à travers les siècles en _Lhodovisus, Ludovicus_, Louis.

II. ALBOFLEDA.--«Blanche fée domestique?» Sa plus jeune sœur épouse Théodoric («Theudreich», le maître du peuple), le grand roi des Ostrogoths.

III. CLOTILDE.--Hlod-hilda, «Glorieuse vierge de batailles». Sa femme. «Hilda» signifiant d'abord bataille, pure; et devenant ensuite Reine ou vierge de bataille. Christianisée en sainte Clotilde en France et sainte Hilda du rocher de Whitby.

III. CLOTILDE.--Sa seule fille, morte pour la foi catholique, sous la persécution arienne.

IV. CHILDEBERT, l'aîné des fils qu'il eut de Clotilde, le premier roi franc à Paris. «Splendeur des Batailles», s'adoucissant en Hildebert, et ensuite Hildebrant comme dans les Nibelung.

V. CHLODOMIR.--«Glorieuse Renommée». Son second fils du lit de Clotilde.

VI. CLOTAIRE.--Son plus jeune fils du lit de Clotilde; de fait le destructeur de la maison de son père. «Glorieux guerrier».

VII. CHLODOWALD.--Le plus jeune fils de Chlodomir. «Glorieux Pouvoir», plus tard, saint Cloud.

49. Je suivrai maintenant sans plus de détours, à travers sa lumière et son ombre, la suite du règne de Clovis et de ses actes.

A. D. 481.--Couronné quand il n'avait que quinze ans. Cinq ans après il provoque «dans l'esprit et presque dans le langage de la chevalerie «le gouverneur romain Syagrius, qui se maintenait dans le district de Reims et de Soissons: _Campum sibi præparari jussit_, il provoqua son adversaire comme en champ clos» (Voyez la note et la référence de Gibbon, chap. XXXVIII). L'abbaye bénédictine de Nogent fut dans la suite bâtie sur le champ de bataille indiqué par un cercle de sépulcres païens. «Clovis donne les terres adjacentes de Leuilly et Coucy à l'église de Reims[109].»

A. D. 485.--La bataille de Soissons. Gibbon n'en donne pas la date: suit la mort de Syagrius à la cour d'Alaric (le Jeune) en 486, prenez 485 pour la bataille.

30. A. D. 493.--Je ne puis trouver aucun récit des relations de Clovis avec le roi des Burgondes, l'oncle de Clotilde, qui précédèrent ses fiançailles avec la princesse orpheline. Son oncle, disent tous les historiens, avait tué son père et sa mère et forcé sa sœur à prendre le voile. On ne donne aucun motif, et on ne cite aucune source. Clotilde elle-même fut poursuivie comme elle faisait route pour la France[110] et la litière dans laquelle elle voyageait capturée avec une partie de sa dot. Mais la princesse elle-même monta à cheval, se dirigea avec une partie de son escorte vers la France, «ordonnant à ses serviteurs de mettre le feu à toute chose appartenant à son oncle et à ses sujets qu'ils pourraient rencontrer sur la route».

51. Le fait n'est pas raconté, habituellement, dans les dicts ou les actes des saints; mais punir les rois en détruisant les propriétés de leurs sujets est un usage de guerre trop accepté aujourd'hui pour permettre à notre indignation d'être bien vive contre Clotilde qui agissait sous l'empire de la douleur et de la colère. Les années de sa jeunesse ne nous sont pas racontées: Clovis avait déjà vingt-sept ans et avait pendant trois ans maintenu la foi de ses ancêtres contre toute l'influence de sa reine.

52. A. D. 496.--Je n'ai pas dans le chapitre du début attaché tout à fait assez d'importance à la bataille de Tolbiac, m'en occupant simplement en tant qu'elle obligeait les Alamans à repasser le Rhin, et établissait la puissance des Francs sur sa rive occidentale. Mais des résultats infiniment plus vastes sont indiqués dans la courte phrase par laquelle Gibbon clôt son récit de la bataille. «Après la conquête des provinces de l'ouest, les Francs _seuls_ gardèrent leurs anciennes possessions d'au delà du Rhin. Ils soumirent et _civilisèrent_ graduellement les peuples dont ils avaient brisé la résistance jusqu'à l'Elbe et aux montagnes de Bohème; et la _paix de l'Europe_ fut assurée par la soumission de la Germanie.»

53. Car, dans le sud, Théodoric avait déjà «remis le sabre au fourreau dans l'orgueil de sa victoire et la vigueur de son âge et son règne qui continue pendant trente-trois ans fut consacré aux devoirs du gouvernement civil». Même quand son beau-fils Alaric périt de la main de Clovis à la bataille de Poitiers, Théodoric se contenta d'arrêter la puissance des Francs à Arles, sans poursuivre son succès, et de protéger son petit-fils en bas-âge, corrigeant en même temps certains abus dans le gouvernement civil de l'Espagne. En sorte que la souveraineté bienfaisante du grand Goth fut établie de la Sicile au Danube et de Sirmium à l'Océan Atlantique.

54. Ainsi donc, à la fin du Ve siècle, vous avez une Europe divisée simplement par la ligne de partage de ses eaux; et deux rois chrétiens[111] régnant, avec un pouvoir entièrement bienfaisant et sain--l'un au nord--l'autre au sud--le plus puissant et le plus digne des deux mariés à la plus jeune sœur de l'autre: une sainte reine au nord, une reine-mère catholique, pieuse et sincère, au sud. C'est là une conjonction de circonstances assez mémorable dans l'histoire de la terre et certes à méditer, si jamais dans le tourbillon de vos voyages, ô lecteur, vous pouvez vous séparer pour une heure du bétail parqué qu'on pousse sur le Rhin ou l'Adige et vous promener en paix, passé la porte sud de Cologne, ou sur le pont de Fra-Giacondo à Vérone.--Alors, arrêtez-vous et regardez dans l'air limpide au delà du champ de bataille de Tolbiac, vers le bleu Drachenfels, ou, par la plaine de St-Ambrogio vers les montagnes de Garde. Car là furent remportées si vous voulez y penser sérieusement, les deux grandes victoires du monde chrétien. Celle de Constantin donna seulement une autre forme et une nouvelle couleur aux murs tombants de Rome; mais les races Franque et Gothique, par ces conquêtes et sous ces gouvernements, fondèrent les arts et établirent les lois qui donnèrent à toute l'Europe future sa joie et sa vertu. Et il est charmant de voir comment, d'aussi bonne heure, la chevalerie féodale avait déjà sa vie liée à la noblesse de la femme.

Il n'y eut pas d'apparition à Tolbiac et la tradition n'a pas prétendu depuis qu'il y en ait eu. Le roi pria simplement le Dieu de Clotilde. Le matin de la bataille de Vérone, Théodoric visita la tente de sa mère et de sa sœur «et demanda que pour la fête la plus brillante de sa vie, elles le parassent des riches vêtements qu'elles avaient faits de leurs propres mains».

55. Mais sur Clovis s'étendit encore une autre influence--plus grande que celle de sa reine. Lorsque son royaume atteignit la Loire, la bergère de Nanterre était déjà âgée;--elle n'était ni une vierge porte-flambeau des batailles, comme Clotilde, ni un guide chevaleresque de délivrance comme Jeanne; elle avait blanchi dans la douceur de la sagesse et était maintenant «pleine de plus en plus d'une lumière cristalline». Le père de Clovis l'avait connue; lui-même en avait fait son amie, et quand il quitta Paris pour la plaine de Poitiers, il fit le vœu que, s'il était victorieux, il bâtirait une église chrétienne sur les collines de la Seine. Il revint victorieux et, avec sainte Geneviève à son côté, s'arrêta sur l'emplacement des ruines des Thermes Romains, juste au-dessus de l'«Ile» de Paris, pour accomplir son vœu: et pour déterminer les limites des fondations de la première église métropolitaine de la Chrétienté franque[112].

Le roi donne le branle à sa hache de guerre et la lança de toute sa force.--Mesurant ainsi dans son vol la place de son propre tombeau, et de celui de Clotilde, et de sainte Geneviève.

«Là ils reposèrent et reposent,--en âme,--ensemble. La colline tout entière porte encore le nom de la patronne de Paris; une petite rue obscure a gardé celui du Roi Conquérant.»

[Note 81: Sur saint Benoît, voir dans _Verona and other lectures_ les deux chapitres qui devaient faire partie de _Nos pères nous ont dit_, dans le VIe volume _Valle Crucis_, sur l'Angleterre. Et notamment les pages 124-128 de Verona.--(Note du Traducteur.)]

[Note 82: Personnage des romans chevaleresques, introduit par Tennyson dans _Idylles du roi._--(Note du Traducteur.)]

[Note 83: Miss Ingelow.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 84: Après enquête je trouve dans la plaine entre Paris et Sèvres.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 85: On les montrerait encore à Nanterre sous les noms de Parc de Sainte-Geneviève et de Clos de Sainte-Geneviève (abbé Vidieu, Sainte Geneviève, _patronne de Paris_).--(Note du Traducteur.)]

[Note 86: Allusion à Michée, IV, 8.--(Note du Traducteur.)]

[Note 87: Voyez, d'une manière générale, toutes les descriptions que Carlyle a eu occasion de donner de la terre prussienne et polonaise, ou de l'extrémité des rivages de la Baltique.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 88: Gigantesque--et pas encore fossile! Voyez la note de Gibbon sur la mort de Théodebert: «le roi pointa sa lance--le taureau _renversa un arbre sur sa tête_--il mourut le même jour» (VII, 255). La corne d'Uri et son bouclier surmonté des hauts panaches du casque allemand attestent la terreur qu'inspiraient ces troupeaux d'aurochs.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 89: Claudius, Aurélien, Probus, Constantius; et après le partage de l'empire, à l'est Justinien. «L'empereur Justinien était né d'une obscure race de barbares, les habitants d'un pays sauvage et désolé, auquel les noms de Dardanie, de Dacie, et de Bulgarie ont été successivement appliqués. Les noms de ces paysans Dardaniens sont goths, et presque anglais, Justinien est une traduction de Uprauder (upright); son père Sabatius (en langue greco-barbare, Stipes) était appelé dans son village «Istock» (Stock). (Gibbon, commencement du chap. XI et note.)--(Note de l'Auteur.)]

[Note 90: Personnage de l'_Antiquaire._--(Note du Traducteur.)]

[Note 91: Voir le _Childe Harold_ de Byron.--(Note du Traducteur.)]

[Note 92: Sur le confluent du Teess et de la Greta, voir les pages de _Modern Painters_ où sont cités les vers de Walter Scott (_Modern Painters_, III, IV, 16, § 36 et 37. Sur la Greta par Turner, voir _Lectures on art_, § 170).--(Note du Traducteur.)]

[Note 93: Gibbon serre le sujet de plus près dans une phrase de son XXIIe chapitre: «Les guerriers indépendants de Germanie _qui considéraient la sincérité comme la plus noble de leurs vertus_ et la liberté comme le plus précieux de leurs biens.» Il parle spécialement de la tribu franque des Attuarii contre laquelle l'empereur Julien eut à refortifier le Rhin de Clèves à Bâle. Mais les premières lettres de l'empereur Jovien, après la mort de Julien «déléguaient le commandement militaire de la Gaule et de l'Illyrie (quel vaste commandement c'était, nous le verrons plus tard) à Malarich, un _brave et fidèle_ officier de la nation des Francs»; et ils restent les loyaux alliés de Rome dans sa dernière lutte avec Alaric. Apparemment, pour le plaisir seul de varier d'une façon captivante sa manière de dire et, en tout cas, sans donner à entendre qu'il y eut une cause quelconque à un si grand changement dans le caractère national, nous voyons M. Gibbon, dans son volume suivant, adopter tout à coup les épithètes abusives de Procope et appeler les Francs «une nation légère et perfide» (VII, 251). Les seuls motifs discernables de cette définition inattendue sont qu'ils refusent de vendre leur amitié ou leur alliance à Rome et Ravenne; et que dans son invasion d'Italie le petit-fils de Clovis n'envoya pas préalablement l'avis direct de la route qu'il se proposait de suivre, ni même ne signifia entièrement ses intentions avant qu'il ne se fût assuré du Pô à Pavie; dévoilant son plan ensuite avec une clarté suffisante, en «attaquant presque au même instant les camps hostiles des Goths et des Romains qui, au lieu d'unir leurs armes, fuirent avec une égale précipitation».--(Note de l'Auteur.)]

[Note 94: Pour illustrer en détail ce mot, voyez «Val d'Arno», _Cours_ VIII; _Fors Clavigera_, lettres XLVI, 231, LXXVII, 137;--et Chaucer, _le Roman de la rose_ (1212). À côté de lui (le chevalier Arthur) «dansait dame Franchise». Les vers anglais sont cités et commentés dans le premier cours de _Ariadne Florentina_ (§ 26); je donne ici le français:

«Après tous ceulx estait Franchise Que ne fut ne brune ne bise Ains fut comme la neige blanche _Courtoyse_> estait, _joyeuse_, et _franche_ Le nez avait long et tretis Yeulx vers, riants; sourcils faitis, Les cheveulx eut très blons et longs Simple fut comme les coulons Le cœur eut doux et débonnaire. _Elle n'osait dire ni faire_ _Nulle riens que faire ne deust_.» Et j'espère que mes lectrices ne confondront plus Franchise avec Liberté. (Note de l'Auteur.)]

[Note 95: Leur première mauvaise exultation, en Alsace, avait été provoquée par les Romains eux-mêmes (ou du moins par Constantin dans sa jalousie de Julien) qui y avaient employé «présents et promesses, l'espoir du butin et la concession perpétuelle de tous les territoires qu'ils seraient capables de conquérir» (Gibbon, chap. IX, 3-208). Chez tout autre historien que Gibbon (qui n'a réellement aucune opinion arrêtée sur aucun caractère ni sur aucune question, mais s'en tient au truisme général que les pires hommes agissent quelquefois bien, et les meilleurs souvent mal, loue quand il a besoin d'arrondir une phrase et blâme quand il ne peut pas, sans cela, en terminer une autre),--nous aurions été surpris d'entendre dire de la nation «qui mérita, prit et garde le nom honorable d'hommes libres», que «ces voleurs indisciplinés traitaient comme leurs ennemis naturels tous les sujets de l'empire possédant une propriété qu'ils désiraient acquérir». La première campagne de Julien qui rejette les Francs et les Allemands au-delà du Rhin, mais accorde aux Francs Saliens, sous serment solennel, les territoires situés dans les Pays-Bas, sera retracée une autre fois.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 96: Il s'agit pourtant de Ronsard.--(Note du Traducteur.)]

[Note 97: «Encounters, en quartiers».]

[Note 98: C'est, pour Ruskin, la caractéristique des mauvais écrivains Cf. «N'ayez jamais la pensée que Milton emploie ces épithètes pour remplir son vers, comme ferait un écrivain vide. Il a besoin de toutes, et de pas une de plus que celles-ci.» (_Sesame and Liles, of Kings Treasuries_, 21). Voir également plus loin.--(Note du Traducteur.)]

[Note 99: Allusion à l'Épître aux Éphésiens: «Ayez à vos reins la vérité pour ceinture» (Saint Paul, Épître aux Éphésiens, VI, 14). Saint Paul ne fait, d'ailleurs, ici, que reprendre une image d'Isaïe. «Et la justice sera la ceinture de ses reins» (Isaïe, XI, 5). Voir aussi saint Pierre: «Venez donc, ayant ceint les reins de votre esprit.» (Ier Épître, I, 13.)--(Note du Traducteur.)]

[Note 100: Cf. Val d'Arno à propos d'une statue de la cathédrale de Chartres et d'une peinture de l'abbaye de Westminster: «À Chartres et à Westminster... le plus haut rang a pour signe distinctif la chevelure flottante, etc. Si vous ne savez pas lire ces symboles vous n'avez plus devant vous qu'une figure raide et sans intérêt» (Val d'Arno, VIII, 212). Il y a là, d'ailleurs, bien d'autres choses que cela--et qu'on peut aimer sans savoir lire ces symboles--dans ces statues de Chartres. Et Ruskin l'a lui-même montré dans des pages admirables (_les Deux sentiers_, I, 33 et suivants) que j'ai citées plus loin, pages 260, 261 et 262, en note.--(Note du Traducteur.)]

[Note 101: On entrera plus avant dans la pensée de cette phrase en la rapprochant de la fin du IIe chapitre des _Sept Lampes de l'architecture_ (_Lampe de vérité_, p. 139 de la traduction Elwall): «L'architecture du moyen âge s'écroula parce qu'elle avait perdu sa puissance et perdu toute force de résistance, en manquant à ses propres lois, en sacrifiant une seule vérité. Il nous est bon de nous le rappeler en foulant l'emplacement nu de ses fondations et en trébuchant sur ces pierres éparses. Ces squelettes brisés de murs troués où mugissent et murmurent nos brises de mer, les jonchant morceau par morceau et ossement par ossement, le long des mornes promontoires, sur lesquels jadis les maisons de la Prière tenaient lieu de phares,--ces voûtes grises et ces paisibles nefs sous lesquelles les brebis de nos vallées paissent et se reposent dans l'herbe qui a enseveli les autels--ces morceaux informes, qui ne sont point de la terre, qui bombent nos champs d'étranges talus émaillés, ou arrêtent le cours de nos torrents de pierres qui ne sont pas à eux, réclament de nous d'autres pensées que celles qui déploreraient la rage qui les dévasta ou la peur qui les délaissa. Ce ne fut ni le bandit, ni le fanatique, ni le blasphémateur qui mirent là le sceau à leur œuvre de destruction; guerre, courroux, terreur auraient pu se déchaîner et les puissantes murailles se seraient de nouveau dressées et les légères colonnes se seraient élancées de nouveau de dessous la main du destructeur. Mais elles ne pouvaient surgir des ruines de leur propre vérité violée.»--(Note du Traducteur.)]

[Note 102: «Ne laissez pas le soleil se coucher sur votre colère» (saint Paul, Épître aux Éphésiens, IV, 26).--(Note du Traducteur.)]

[Note 103: Lire comme exemple l'article de M. Plinsoll sur les mines de charbon.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 104: Décapité en 1535, sur l'ordre de Henri VIII, pour avoir refusé de prêter le serment de suprématie.--(Note du Traducteur.)]

[Note 105: Dans tout ce portrait de Clovis se fait jour, chez Ruskin, une tendance à ne pas donner de la dureté une interprétation morale trop défavorable, tendance qui existe aussi, il me semble, chez Carlyle (voir dans Carlyle, _Cromwell_, etc.). En ceci, il y a, je crois, deux choses. D'abord, une sorte de don historique ou sociologique qui sait découvrir dans des actions en apparence identiques une intention morale différente, selon le temps et la civilisation, et apparenter les formes extrêmement diverses que revêt une même moralité ou immoralité à travers les âges. Ce don existe à un très haut degré chez des écrivains comme Ruskin, et plus encore chez George Eliot. Il existe aussi chez M. Tarde. Deuxièmement une sorte de goût de l'imagination assez naturel chez un lettré très bon pour la sauvagerie inculte. Ce goût se reconnait même parfois jusque dans les lettres de Ruskin, à une certaine affectation de dureté et de non-conformisme. Lire dans le livre de M. de la Sizeranne, page 61, la réponse de Ruskin à un révérend endetté: «Vous devriez mendier d'abord; je ne vous défendrais pas de voler si cela était nécessaire. Mais n'achetez pas de choses que vous ne puissiez payer. Et de toutes les espèces de débiteurs les gens pieux qui bâtissent des églises sont, à mon avis, les plus détestables fous. Et vous êtes, de tous, les plus absurdes, etc., etc.»--(Note du Traducteur.)]

[Note 106: La légende s'empara plus tard de ce rapprochement et les murs d'Angoulême, après la bataille de Poitiers, passent pour être tombés aux sons des trompettes de Clovis. «Un miracle, dit Gibbon, qui peut être réduit à la supposition que quelque ingénieur clérical aura secrètement ruiné les fondations du rempart.» Je ne puis trop souvent mettre nos honnêtes lecteurs en garde contre l'habitude moderne de réduire toute histoire quelconque à la «supposition que», etc. La légende est, sans doute, l'expansion naturelle et fidèle d'une métaphore.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 107: Allusion, me dit Robert d'Humières, à ce proverbe anglais: «L'Ethiopien ne peut changer sa peau ni le léopard ses taches.»--(Note du Traducteur.)]

[Note 108: Augustin Thierry, d'après la grammaire des langues germaniques de Grimm donnait: «Hlodo-wig célèbre guerrier, Hildebert, brillant dans les combats, Hlodo-mir chef célèbre».--Note du Traducteur.]

[Note 109: Quand? car cette tradition, comme celle du vase, implique l'amitié de Clovis et de saint Rémi, et un singulier respect de la part du roi pour les chrétiens de Gaule, bien que lui-même ne fût pas encore converti.--(Note de l'Auteur.)]