Part 11
7. Il y a cependant quelque vingt-sept ou vingt-huit vies d'elle, je crois, dans la littérature desquelles je ne puis ni n'ai besoin d'entrer, toutes s'étant montrées également impuissantes à éveiller d'elle une image claire dans l'esprit des Français ou Anglais d'aujourd'hui, et je laisse les pauvres sagacités et imaginations de chacun toucher à sa sainteté, la modeler et lui donner une forme intelligible, je ne dis pas croyable, car il n'est pas question ici de croyance, la créature est aussi réelle que Jeanne d'Arc et a en elle beaucoup plus de puissance. Elle se distingue par le calme de sa force (exactement comme saint Martin par sa patience se distingue des prélats combatifs)--de la foule digne de pitié des saintes femmes martyres.
Il y a des milliers de jeunes filles pieuses qui n'ont jamais figuré dans aucun calendrier, mais qui ont passé et gâché leur vie dans la désolation, Dieu sait pourquoi, car nous ne le savons pas, mais en voici une, en tout cas, qui ne soupire pas après le martyre et ne se consume pas dans les tourments, mais devient une Tour du Troupeau[86] et toute sa vie lui construit un bercail.
8. La première chose ensuite que vous avez à remarquer à son sujet c'est qu'elle est absolument gauloise de naissance. Elle ne vient pas comme missionnaire de Hongrie ou d'Illyrie, ou d'Égypte, ou de quelque région mystérieuse dont on ne dit pas le nom, mais elle grandit à Nanterre, comme une marguerite dans la rosée, la première «Reine Blanche» de Gaule.
Je n'ai pas encore fait usage de ce vilain mot «Gaule», et nous devons tout de suite nous bien assurer de sa signification, bien que cela doive nous coûter une longue parenthèse.
9. Au temps de la puissance grandissante de Rome, son peuple appelait Gaulois tous ceux qui vivaient au nord des sources du Tibre. Si cette définition générale ne vous suffit pas, vous pouvez lire l'article _Gallia_ dans le _Dictionnaire_ de Smith qui tient soixante et onze colonnes d'impression serrée, chacune de la longueur de trois de mes pages: et il vous dit à la fin: «Quoique long, ce n'est pas complet.» Vous pouvez cependant, après une lecture attentive, en tirer à peu près autant que je vous en ai dit plus haut.
Mais dès le IIe siècle après le Christ et, d'une manière beaucoup plus nette à l'époque dont nous nous occupons--le Ve siècle--les nations barbares ennemies de Rome, en partie subjuguées ou tenues en échec par elle, s'étaient constituées en deux masses distinctes, appartenant à deux latitudes distinctes. L'une ayant fixé sa demeure dans l'agréable zone tempérée d'Europe: l'Angleterre avec ses montagnes occidentales, les salubres plateaux calcaires et les montagnes granitiques de France, les labyrinthes germaniques de montagnes boisées et de vallées sinueuses du Tyrol au Harz, et tout le vaste bassin fermé des Carpathes avec le réseau de vallées qui en rayonnent. Rappelez-vous ces quatre contrées d'une manière succincte et claire en les appelant la «Bretagne», la «Gaule», la «Germanie» et la «Dacie».
10. Au nord de ces populations sédentaires, frustes mais endurantes, possédant des champs et des vergers, des troupeaux paisibles, des homes à leur manière, des mœurs et des traditions qui n'étaient pas sans grandeur, habitait, ou plutôt flottait à la dérive et s'agitait une chaîne, çà et là interrompue, de tribus plus tristes, surtout pillardes et déprédatrices, essentiellement nomades; sans loyer, par la force des choses, ne trouvant ni repos, ni réconfort dans la terre et le ciel triste; errant désespérément le long des sables arides et des eaux marécageuses du pays plat qui s'étend des bouches du Rhin à celles de la Vistule, et, au delà de la Vistule, nul ne sait où, ni n'a besoin de le savoir. Des sables déserts et des marécages à fleur de sol, telle était leur part; une prison de glace et l'ombre des nuages pendant de longs jours de la rigoureuse année, des flaques sans profondeur, les infiltrations ou les méandres de cours d'eau ralentis, le noir dépérissement des bois en friche, pays difficile à habiter, impossible à aimer. Depuis cette époque l'intérieur des terres ne s'est guère amélioré[87]. Et des temps encore plus tristes sont maintenant venus pour leurs habitants.
11. Car au Ve siècle ils avaient des troupeaux de bétail[88] à conduire et à manger, des terres qui étaient de vraies chasses non gardées, pleines de gibier et de cerfs et aussi des rennes apprivoisables, même dans le sud, des sangliers fougueux bons pour le combat, comme au temps de Méléagre, et ensuite pour le lard; d'innombrables bêtes à fourrures dont on utilisait la chair et le pelage. Les poissons de la mer infinie à rompre leurs filets, des oiseaux innombrables, errant dans les cieux, comme cibles à leurs flèches aux pointes aiguës, des chevaux dressés à recevoir un cavalier, des vaisseaux, et non de taille médiocre, et de toutes sortes, à fond plat pour les flaques boueuses, à quille et à pont pour l'impétueux courant de l'Elbe et la furieuse Baltique d'un côté, au sud pour le Danube, qui fend les montagnes et le lac noir de Colchos.
12. Et ils étaient dans tout leur aspect extérieur et aussi dans toute leur force éprouvée, les puissances vivantes du monde, dans cette longue heure de sa transfiguration. Tout le reste qui avait été tenu à une époque pour redoutable était devenu formalisme, démence ou infamie. Les armées romaines rien qu'un mécanisme armé d'une épée, s'abattant en désordre chaque épée contre l'épée amie;--la Rome civile une multitude mêlée d'esclaves, de maîtres d'esclaves, et de prostituées. L'Orient, séparé de l'Europe par les Grecs impuissants. Ces troupes affamées des forêts Noires et des mers Blanches, elles-mêmes à moitié loups, à moitié bois flottants (comme nous nous appelions Cœurs de Lion, Cœurs de Chêne, eux faisaient de même) sans pitié comme le chien du troupeau, endurants comme le bouleau et le pin sauvages. Vous n'entendez guère parler que d'eux pendant les cinq siècles encore à venir; Wisigoths, à l'ouest de la Vistule; Ostrogoths, à l'est de la Vistule, et, rayonnant autour de la petite Holy Island (Heligoland), nos propres Saxons et Hamlet le Danois, et en traîneau sur la glace, son ennemi le Polonais, tous ceux-ci au sud de la Baltique; et jetant sans arrêter par-dessus la Baltique sa force, issue des montagnes, la Scandinavie,--jusqu'à ce qu'enfin pour un temps _elle_ gouverne tout, et que le nom de Normand, voie son autorité incontestée du Cap Nord à Jérusalem.
13. Ceci est l'histoire apparente, ceci est la seule histoire connue du monde, comme je l'ai dit, pour les cinq siècles qui vont venir. Et cependant ce n'est que la surface, au-dessous de laquelle se passe l'histoire réelle.
Les armées errantes ne sont, en réalité, que de la grêle et du tonnerre et du feu vivants sur la terre. Mais la Vie Souffrante, le cœur profond de l'humanité primitive, se développant dans une éternelle douceur et bien que ravagée, oubliée, dépouillée, elle-même restant sur place et jamais dévastatrice, ni meurtrière, mais ne pouvant être vaincue par la douleur, ni par la mort,--devint la semence de tout l'amour qui était appelé à naître et le moment venu donna alors à l'humanité mortelle ce qu'elle était capable de recevoir d'espérance, de joie ou de génie et,--s'il y a une immortalité--amena, par-delà le tombeau, à l'Église ses Saints protecteurs et au Ciel ses Anges secourables.
14. De cet ordre de créatures d'humble condition, silencieuses, inoffensives, infiniment soumises, infiniment dévouées, aucun historien ne s'occupe jamais le moins du monde, excepté quand elles sont volées ou tuées. Je ne puis vous en donner aucune image, en amener jusqu'à votre oreille aucun murmure, aucun cri. Je puis seulement vous montrer l'absolu «doit avoir été» de leur passé non récompensé, et l'idée que tous nous nous sommes faite d'elles, et les choses qui nous en ont été dites reposent sur des faits plus profonds de leur histoire, qui n'ont jamais été ni conçus, ni racontés.
15. La grande masse de cette innocente et invincible vie paysanne, est, comme je vous l'ai dit plus haut, groupée dans les districts féconds et tempérés (relativement) de l'Europe montagneuse, allant, de l'ouest à l'est, de l'extrémité du pays de Cornouailles à l'embouchure du Danube.
Déjà, dans les temps dont nous nous occupons en ce moment, elle était pleine d'une ardeur naturellement généreuse et d'une intelligence ouverte à tout. La Dacie donne à Rome ses quatre derniers grands empereurs[89]; la Bretagne donne à la chrétienté les premiers exploits et les légendes dernières de sa chevalerie; la Germanie à tous les hommes la sincérité et la flamme du Franc; la Gaule, à toutes les femmes la patience et la force de sainte Geneviève.
16. La _sincérité_ et la flamme du Franc, il faut que je le répète avec insistance, car mes plus jeunes lecteurs ont été probablement habitués à penser que les Français étaient plus polis que sincères. Ils trouveront, s'ils approfondissent la matière, que la sincérité seule peut être policée, et que tout ce que nous reconnaissons de beauté, de délicatesse et de proportions dans les manières, le langage ou l'architecture des Français, vient d'une pure sincérité de leur nature, que vous sentirez bientôt dans les créatures vivantes elles-mêmes si vous les aimez; et si vous comprenez sainement jusqu'à leurs pires fautes, vous verrez, que leur Révolution elle-même fut une révolte contre les mensonges, et la révolte de l'amour trahi. Jamais peuple ne fut si vainement loyal.
17. Qu'ils aient été à l'origine, des Germains, eux-mêmes je suppose seraient bien aises de l'oublier maintenant; mais comment ils secouèrent de leurs pieds la poussière de Germanie et se donnèrent un nom nouveau est le premier des phénomènes que nous ayons maintenant à observer attentivement en ce qui les concerne. «Les critiques les plus sagaces», dit M. Gibbon dans son Xe chapitre, «_admettent_ que _vers_ l'an 240 environ» (nous _admettrons_ alors, pour plus de commodité, que ce fut _vers_ l'an 250 environ, à moitié chemin de la fin du Ve siècle, là où nous sommes,--dix ans de plus ou de moins dans les cas de «admettons que vers... environ», importent peu, mais nous aurons au moins quelque bouée flottante de date à la portée de la main).
«Vers A. D. 250, donc, «une nouvelle confédération» fut formée sous le nom de Francs par les anciens habitants du Bas-Rhin et du Weser.»
18. Ma propre impression relativement aux anciens habitants du Bas-Rhin et du Weser, eût été qu'ils se composaient surtout de poissons, avec des grenouilles et des canards à la surface, mais une note ajoutée par Gibbon, à ce passage, nous fait savoir que la nouvelle confédération se composait de créatures humaines, dans les items suivants:
1° Les Chauces, qui vivaient on ne nous dit pas où;
2° Les Sicambres,» dans la Principauté de Waldeck;
3° Les Attuarii,» dans le duché de Berg;
4° Les Bructères,» sur les bords de la Lippe;
5° Les Chamaves,» dans le pays des Bructères;
6° Les Cattes,» en Hesse.
Tout cela sera, je crois, plutôt plus clair dans vos têtes si vous l'oubliez que si vous vous le rappelez; mais, s'il vous plaît de lire ou relire (ou le mieux de tout, de trouver pour vous lire quelque réelle Miss Isabelle Wardour[90]) l'histoire de Martin Waldeck dans l'_Antiquaire_, vous y gagnerez une notion suffisante du caractère principal de «la principauté de Waldeck», certainement lié à cet important mot germain «woody» (c'est-à-dire «woodish», je suppose?)--descriptif de rochers et de forêts à moitié poussées; en même temps qu'un respect salutaire pour les bases profondes que Scott donne instinctivement aux noms propres dans son œuvre.
Mais ne perdons pas de vue notre but. Le plus pressé est de revenir sérieusement maintenant à nos cartes, et de situer les choses dans un espace déterminé par des limites linéaires.
Toutes les cartes de Germanie que j'ai personnellement l'avantage de posséder, deviennent extrêmement confuses juste au nord de Francfort, et ressemblent alors à un vitrail peint qui aurait été brisé en mille morceaux par la rancune puritaine, et restauré par d'ingénieux gardiens d'église qui auraient remis chaque morceau à l'envers, cette curieuse vitrerie se proposant de représenter les soixante, soixante-dix, quatre-vingts ou quatre-vingt-dix duchés, marquisats, comtés, baronnies, électorats, etc., héréditaires, en lesquels s'est craquelée et morcelée l'Allemania, sous cette latitude.
Mais sous les couleurs bigarrées et à travers les alphabets interpolés et surchargés de dignités tronquées auxquelles s'ajoutent les trois réseaux des chemins de fer mis sur le tout, réseaux non pas unis, mais hérissés de jambes comme des myriapodes, un dur travail d'une journée avec une bonne loupe vous met en état de découvrir approximativement le cours du Weser, et les noms de certaines villes voisines de ses sources, lesquels méritent d'être retenus.
20. Au cas où vous n'avez pas à disposer d'un après midi, ni votre vue à user, vous devrez vous contenter de ceci, qui est forcément un simple abrégé: à savoir que du Drachenfels[91] et de ses six frères Fels, se dirigeant de l'est au nord, court et s'étend une troupe éparpillée de petits rochers noueux, de mystérieuses crêtes qui surplombent, sourcilleuses, des vallées bordées de petits bois, où un torrent met tantôt sa fureur et tantôt sa mélodie; les crêtes, la plupart couronnées de châteaux par la piété chrétienne des vieux âges dans des buts lointains ou chimériques; les vallées résonnant du bruit des bûcherons, et creusées par les mineurs, habitées sous la terre par les gnomes et dessus par les génies sylvestres et autres. Le pays entier agrafant rocher par rocher, rattachant de vallon en vallon pendant quelque 150 milles (avec des intervalles) la montagne du Dragon, au-dessus du Rhin à la montagne Résine, le «Harz», encore obscur aujourd'hui, vers le sud des terrains foulés par les noirs Brunswickois, de réalité corporelle indiscutable; anciennement obscurci par la forêt «Hercynienne» (haie ou barrière) d'où par corruption Harz, où se trouve aujourd'hui le Harz ou la forêt Résine, hantée de sombres forestiers, de souche au moins résineuse, pour ne pas dire sulfureuse.
21. Cent cinquante milles de l'est à l'ouest, disons moitié autant du nord au sud, environ dix mille milles carrés en tout de montagnes métallifères, conifères et fantomifères, fluidifiées et diffluant pour nous, au moyen âge et dans les temps modernes, en l'huile la plus essentielle de térébenthine, et cette myrrhe, ou cet encens, de l'imagination et du caractère que produit naturellement la Germanie et dont l'huile de térébenthine est le symbole. Je songe particulièrement au développement qu'ont pris les usages les plus délicats de la résine, en tant qu'indispensable à l'archet du violon, depuis les jours de sainte Élisabeth de Marbourg, à ceux de saint Méphistophélès de Weimar.
22. Autant que je sache, ce bouquet de rochers capricieux et de vallées n'a pas de nom général comme groupe de collines; et il est tout à fait impossible de découvrir ses différentes ramifications sur aucune des cartes que je peux me procurer, mais nous pouvons nous rappeler facilement, et utilement, que c'est _tout_ le nord du Mein, qu'il s'appuie sur le Drachenfels à une extrémité, et s'élance tout à coup par voûtes vers la lumière du matin, jusqu'au Harz (sommet du Brocken 3.700 pieds au-dessus de la mer, c'est le plus haut), avec un large espace réservé au cours du Weser, dont nous parlerons tout à l'heure.
23. Nous appellerons ceci désormais la chaîne ou le groupe des Montagnes Enchantées; et alors nous les relierons d'autant plus facilement aux montagnes des Géants, Riesen Gebirge, quand nous aurons besoin d'elles; mais celles-ci sont toutes plus hautes, plus sévères, et nous n'avons pas encore à les approcher; celles plus proches au travers desquelles se trouve notre route, nous pourrions peut-être plus justement les nommer les montagnes des Démons; mais ce ne serait guère respectueux pour sainte Élisabeth ni pour les innombrables jolies châtelaines des tours, ou pour les princesses du parc et de la vallée, qui ont rendu les mœurs domestiques germaines douces et exemplaires et ont coulé le flot transparent et léger de leur vie jusqu'au bas des vallées des âges avant que l'enchantement prenne une forme peut être trop canonique dans l'Almanach de Gotha.
Nous les appellerons donc les Montagnes Enchantées, non les Démons; remarquant aussi avec reconnaissance que les esprits de leurs rochers ont réellement beaucoup plus du caractère des fées guérissantes que des gnomes, chacun (comme s'il portait une baguette magique de coudrier au lieu d'une verge cinglante), faisant surgir des souterrains ferrugineux des sources effervescentes, salutairement salées et chaudes.
24. Au cœur même de cette chaîne enchantée, jaillit (et la plus bienfaisante, si on en use et la dirige bien de toutes les fontaines de la région) la source de la plus ancienne race franque; «dans la principauté de Waldeck», vous ne pouvez la faire remonter à aucune plus lointaine; là elle sort de la terre.
«Frankenberg» (burg) sur la rive droite de l'Eder et à dix-neuf milles au nord de Marbourg, clairement indiqué dans la carte numéro 13 de l'_Atlas général_ de Black, dans lequel le groupe de Montagnes Enchantées qui l'entourent et la vallée de l'Eder, autrement «Engel-Bach», «Ruisseau des Anges» (comme se nomme encore le village situé plus haut dans le vallon) qui rejoint la Fulda, juste au-dessus de Cassel, sont aussi tracés d'une manière intelligible pour des regards mortels qui font un peu attention. Je serais gêné par les noms si j'essayais un dessin; mais quelques traits de plume un peu minutieux ou quelques esquisses que vous feriez vous-même à la main, vous donneraient toutes les sources actuelles du Weser avec une clarté suffisante, ainsi que les villes à se rappeler qui sont sur son cours ou juste au sud sur l'autre pente de la ligne de partage vers le Mein: Frankenberg et Waldeck sur l'Eder, Fulda et Cassel sur la Fulda, Eisenach sur la Werra, qui forme le Weser après avoir pris la Fulda comme épouse (comme le Tees la Greta[92]), au delà d'Eisenach, sous la Wartbourg (dont vous avez entendu parler comme château affecté aux missions chrétiennes, et aux besoins de la Société Biblique). Les rues de la ville sont pavées en dure basalte (son nom--eau de fer--rappelant les armures Thuringiennes de l'ancien temps), elle est encore en pleine activité avec ses moulins qui servent à tout.
25. Les rochers sur tout le chemin depuis le Rhin sont jusque-là des jaillissements et des soulèvements de basalte à travers des roches ferrugineuses, avec un ou deux gisements de charbon vers le nord, ne valant pas, grâce à Dieu, la peine d'être extraits; à Frankenberg même une mine d'or; encore la pitié du ciel veut-elle qu'elle soit assez pauvre en métal; mais du bois et du fer le pays en produit en quantité suffisante si l'on met à l'avoir la peine voulue; et il y a des richesses plus douces à la surface de la terre, du gibier, du blé, des fruits, du lin, du vin, de la laine et du chanvre. Enfin couronnant le tout, le zèle monastique dans les maisons de Fulda et de Walter que je trouve indiquée par une croix comme ayant été bâtie par un certain pieux Walter, chevalier de Meiningen sur le Bodenwasser «eau du fond», c'est-à-dire une eau ayant finalement bien trouvé sa voie vers sa chute (dans le sens où «Boden See» est dit du Rhin descendu de la Via Mala).
26. Et ainsi, ayant bien dégagé des rochers vos sources du Weser, et pour ainsi dire rassemblé les rênes de votre fleuve, vous pouvez dessiner assez facilement pour votre usage personnel la partie plus éloignée de son cours allant au nord en ligne droite, vers la mer du Nord. Et tracez-le d'un trait énergique sur votre esquisse de la carte d'Europe, après la frontière de la Vistule, laissant de côté l'Elbe pour un temps. Pour le moment, vous pouvez tenir tout l'espace compris entre le Weser et la Vistule (au nord des montagnes) pour sauvage et barbare (Saxon et Goth); mais donnez passage à la source des Francs à Waldeck et vous les verrez graduellement mais rapidement remplir tout l'espace entre le Weser et les Bouches du Rhin et, écumeux dans les montagnes, se répandre en une nappe plus tranquille sur les Pays-Bas, où leur errante vie forestière et pastorale trouve enfin à s'endiguer dans la culture des champs de boue, et oublie dans la brume glacée qui flotte sur la mer l'éclat du soleil sur les rochers de basalte.
27. Sur quoi nous aussi devons-nous arrêter pour nous endiguer quelque peu; et ayant toute autre chose, voir ce que nous pouvons comprendre à ce nom de Francs relativement auquel Gibbon nous dit de son ton le plus doux de sérénité morale satisfaite: «L'amour de la liberté était la passion maîtresse de ces Germains. Ils méritèrent, ils prirent, ils gardèrent l'épithète honorable de Francs, ou hommes libres.» Il ne nous dit pas toutefois en quelle langue de l'époque (Chaucien, Sicambrien, Chamave ou Catte) «Franc» a jamais signifié Libre; et je ne puis moi-même découvrir à quelle langue, de quelque temps que ce soit, ce mot appartient d'abord; mais je ne doute pas que Miss Yonge (_Histoire des Noms Chrétiens_, articles sur _Frey_ et _Frank_) ne donne la vraie racine quand elle parle de ce qu'elle appelle le «Puissant Germain, «Frang» Free _Lord._ Nullement un libre homme du peuple, rien de pareil; mais une personne dont la nature et le nom impliquaient l'existence autour de lui et au-dessous de lui d'un nombre considérable d'autres personnes qui n'étaient en rien «Frang» ni Frangs. Son titre est un des plus fiers de ceux qui existaient alors; consacré à la fin par la dignité de l'âge ajoutée à celle de la valeur dans le nom de Seigneur, ou Monseigneur, pas encore dans sa dernière forme cokney de «Mossoo» prise dans une acception tout à fait républicaine!
28. De sorte que, en y réfléchissant bien, la qualité de franchise ne donne que son bord plat dans la signification de «Libre», mais du côté du tranchant et de la pointe, sans aucun doute et en tout temps signifie brave, fort, et honnête, au-dessus des autres hommes[93].
Le vieux peuple du pays de forêts ne fut jamais en aucune méchante acception «libre»; mais dans un sens vraiment humain il fut Franc, pensant ce qu'il disait tout haut, et s'y tenant jusqu'à ce qu'il l'eût réalisé. Prompts et nets dans les paroles et dans l'action, absolument sans peur et toujours sans repos; mais sans loi, indisciplinés par laisser-aller ou prodigues par faiblesse, cela ils ne le sont ni en action ni en paroles. Leur franchise, si vous lisez le mot comme un savant et un chrétien, et non comme un moderne infidèle de demi-culture et n'ayant qu'une moitié de cerveau, ne connaissant de toutes les langues de l'univers que son argot, est, en réalité, opposée non à servitude, mais à timidité[94].
C'est aujourd'hui la marque de ce qu'il y a de plus doux et de plus français dans le caractère français qu'il produit des serviteurs qui sont tout bonnement parfaits. Infatigablement attachés à leurs protecteurs, dans une douce adresse à tout faire, sous une tutelle latente; les plus aimablement utiles des valets, les plus gentilles (de mentalité et de personnalité tout à fait bonnes) des bonnes. Mais à aucun degré, ne seront intimidés par vous. Vous aurez beau être le duc ou la duchesse de Montaltissimo vous ne les verrez pas troublés par votre rang élevé. Ils entameront la conversation avec vous s'ils en ont envie.