L'évolution actuelle du monde: illusions et réalités

Part 14

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Les experts ne paraissent pas d’ailleurs avoir possédé des notions psychologiques bien judicieuses sur sa mentalité des banquiers américains. Ces banquiers sont, en réalité, des commerçants ne désirant pas laisser improductif l’or constituant leur marchandise. Non seulement ils demandent à l’utiliser en prêts fructueux, mais ils cherchent aussi à prendre des intérêts dans les industries susceptibles de rapport. C’est ainsi qu’aujourd’hui ils possèdent beaucoup d’actions d’entreprises diverses en Allemagne.

On voit par ce qui précède que la proposition des experts d’améliorer notre situation financière par la reconnaissance de lourdes dettes à l’étranger constituait une illusion dangereuse.

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_Peut-on stabiliser une monnaie par des rachats en Bourse?_ Cette illusion, partagée par d’éminents financiers, a coûté un milliard à l’Allemagne, quand elle voulut empêcher la chute du mark, et 500 millions à la Belgique, dans sa première tentative de stabilisation.

Semblable illusion a été également partagée par tous les ministres des finances français qui se sont succédé depuis quelque temps. Elle a englouti bien des millions et, sans un changement de ministère, la réserve d’or de la Banque de France eût subi un anéantissement total.

Lorsque nos experts conseillaient la reconnaissance des dettes de la France envers ses alliés, ils supposaient sans doute, eux aussi, qu’avec les milliards prêtés par les banquiers étrangers émus de cette reconnaissance des dettes, on pourrait constituer «une masse de manœuvre» permettant, par des rachats méthodiques, de maintenir le cours du franc.

Assurément, on peut, par des demandes d’une devise en Bourse, faire monter artificiellement son cours; mais, pour réussir à maintenir indéfiniment ce cours, il faudrait une réserve d’or que l’État, acheteur de sa propre monnaie, ne possède pas, puisque c’est justement sa pauvreté en or qui occasionne la dépréciation de la monnaie.

Sans doute, l’État l’acheteur s’imagine volontiers que le rachat en or de la monnaie dépréciée inspirera une telle confiance qu’après quelques remboursements le public conservera son papier sans en demander l’échange.

De cette illusion dont furent successivement victimes les gouvernants allemand et belge, nous aurions été victimes à notre tour, en suivant les mêmes errements.

Tant que la Belgique, à l’époque de sa première tentative de stabilisation, posséda assez d’or ou de devises équivalentes pour racheter ses francs sur le marché, elle put maintenir la livre à 107 francs; mais aussitôt que sa réserve se trouva épuisée, les remboursements furent forcément suspendus. La livre remonta rapidement à 150 francs, taux qu’elle devait dépasser bientôt.

L’amélioration d’une monnaie par des rachats en Bourse n’a encore réussi à aucun État.

L’impossibilité de maintenir artificiellement le taux d’une monnaie fiduciaire par des rachats en Bourse ne semble pas due uniquement à des motifs économiques ou psychologiques, mais aussi à certaines raisons mathématiques.

Le calcul des probabilités démontre, en effet, qu’un joueur à fortune finie, jouant avec le possesseur d’une fortune infinie, est fatalement condamné à la ruine. Une Bourse quelconque, en raison de ses relations télégraphiques instantanées avec toutes les autres Bourses de l’univers, représente une immense salle de jeu contenant tous les spéculateurs du monde. Le pays qui rachète sa monnaie représente le joueur à fortune limitée dont je parlais plus haut. Le joueur à fortune illimitée est constitué par la totalité des joueurs du monde. En raison de la loi mathématique formulée plus haut, le joueur à fortune finie, c’est-à-dire un simple État, est fatalement condamné à engloutir tout l’or qu’il possède dans la tentative de faire monter le cours de sa monnaie.

Quelle que soit la valeur de l’argument mathématique qui précède, l’expérience prouve qu’aucun rachat en Bourse ne peut faire remonter longtemps la valeur d’une monnaie, si le public n’a pas confiance dans cette monnaie.

A défaut des expériences précédemment rappelées et des arguments qui viennent d’être énoncés, un raisonnement bien simple montrera aisément combien sont erronées les espérances relatives à l’efficacité d’une masse de manœuvre.

Supposons, en effet, qu’un État possède une masse de manœuvre déclarée suffisante pour ôter aux spéculateurs l’idée de provoquer par des ventes la baisse d’une monnaie. Si l’impossibilité supposée était réelle, il s’ensuivrait que le pays possédant une certaine masse de manœuvre pourrait imprimer un nombre indéfini de billets de banque sans s’exposer à voir baisser leur valeur. Il deviendrait donc bientôt le plus riche pays de l’univers.

LIVRE IX

ROLE DE L’IDÉAL DANS LA VIE DES PEUPLES.

LA RELIGION SOCIALISTE

CHAPITRE PREMIER

L’ÉVOLUTION DES IDÉALS MODERNES

Si les grands génies de la Grèce et de Rome dont la pensée éclaira tant de générations revenaient à la lumière, ils seraient éblouis par la simple énumération des merveilles réalisées depuis un siècle: des forces, jadis insoupçonnées, mises au service de l’homme, l’espace conquis, la foudre captée, la parole instantanément transmise à travers le monde et bien d’autres découvertes encore.

Ces illustres penseurs seraient étonnés sans doute, mais leur pénétrant génie découvrirait vite que, si la raison a transformé l’aspect matériel des civilisations, elle exerce sur la conduite des hommes bien peu d’action encore. Les croyances politiques et sociales modernes ont les mêmes bases sentimentales et mystiques que les croyances religieuses antérieures. Les passions qui armèrent jadis tant de peuples les uns contre les autres sont identiques à celles qui les arment aujourd’hui. Les dissensions qui ruinèrent la Grèce antique, les luttes civiles qui mirent fin à la République romaine sont nées de sentiments semblables à ceux qui bouleversent encore la vie des nations.

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Devant les découvertes de la science, les philosophes espéraient que notre siècle deviendrait celui de la raison pure, que les temples et les casernes seraient remplacés par ces laboratoires d’où surgissent des forces supérieures à celles dont disposaient les dieux et qu’une concorde universelle unirait les peuples.

Il n’en a rien été et on ne saurait s’en étonner. Comment des découvertes d’origine rationnelle auraient-elles pu modifier les sentiments qui forment la trame de notre nature?

La science a fourni aux sentiments de nouveaux moyens d’action, mais ne les a pas transformés. Et c’est pourquoi les découvertes scientifiques, loin d’introduire la paix dans le monde, n’ont fait que rendre les guerres modernes plus meurtrières et plus cruelles que celles du passé.

Les savants dont je parlais plus haut constateraient également que les illusions mystiques sont aussi puissantes aujourd’hui qu’elles l’étaient de leur temps. Faisant partie de la nature de l’homme, elles ne meurent pas plus que l’amour, l’ambition et la haine. Ils verraient très vite que les fidèles, prosternés il y a 8.000 ans devant les autels d’Isis, les socialistes transformant l’État en arbitre souverain de la destinée des hommes appartiennent, au point de vue psychologique, à la même famille. Les influences mystiques qui dominaient les premiers sont identiques à celles qui dominent les seconds.

Les peuples n’ont jamais supporté sans bouleversement la mort de leurs dieux, et c’est pourquoi, dès qu’un idéal divin se transforme, la civilisation qu’il inspirait se transforme également.

Sous l’influence des idéals issus des méditations de Bouddha, de Jésus et de Mahomet, de grands empires ont été détruits et d’autres ont été fondés.

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En dehors des idéals religieux, chaque époque fut influencée par un idéal politique qui change généralement après un petit nombre de générations. C’est ainsi, par exemple, qu’en France au XVIIe siècle, l’idéal politique fut la monarchie absolue représentée par Louis XIV. Au XVIIIe siècle, la révolution réussit à détruire en partie l’ancien régime, elle aboutit finalement à la création de monarchies constitutionnelles laissant aux peuples des pouvoirs politiques dont des révolutions successives amenèrent l’extension. Le XXe siècle vit le développement des pouvoirs populaires et, en même temps, la formation de grands états nouveaux tels que l’Italie et l’Allemagne, constitués par la réunion de petits états jadis séparés.

Le développement des idées démocratiques, celles d’égalité surtout, eut pour aboutissement final l’extension des influences socialistes. Leur application dans divers pays enfanta des désordres qui ont déjà ramené plusieurs grands états de l’Europe à des formes diverses de dictature. Elles semblent destinées à s’étendre si les gouvernements socialistes continuent à prouver leur incapacité à s’adapter aux nécessités qui dirigent aujourd’hui le monde.

L’insuccès des tentatives faites en Russie et ailleurs montre combien il est difficile pour les peuples fatigués d’un idéal ancien d’en créer un nouveau capable d’unifier les âmes.

La difficulté est d’autant plus grande aujourd’hui qu’un idéal n’a d’influence durable que s’il ne se heurte pas, comme l’idéal socialiste, aux exigences économiques nouvelles que les progrès des sciences et de l’industrie ont fait surgir.

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Trois grandes formes d’idéals sont en lutte, aujourd’hui, dans le monde: l’idéal religieux, l’idéal national, l’idéal international.

L’idéal religieux, très vivace encore chez beaucoup de nations, n’a cependant d’influence politique profonde que chez les peuples de l’Asie, ceux de l’Asie musulmane notamment. En Europe la religion socialiste tend à se substituer aux anciennes croyances religieuses.

L’idéal national, d’où l’idée de patrie dérive, s’est développé chez beaucoup de peuples depuis la guerre, en particulier chez ceux artificiellement créés par le traité de paix.

L’idéal international, qui repousse l’idée de patrie, est défendu par les socialistes et les communistes, qui s’imaginent que la suppression de la patrie engendrerait une paix universelle.

L’Histoire prouvant qu’une nation ne change pas d’idéal sans que sa civilisation se transforme bientôt, il en résulte que l’avenir des peuples dépendra de l’idéal qui régira leurs sentiments et leurs pensées.

Étudiés aux seules lumières de la raison, la plupart des idéals deviennent d’illusoires fantômes, mais, les observations répétées pendant de longs siècles prouvent que ces fantômes engendrèrent de vivantes réalités. Bouddha, Jésus et Mahomet ont transformé le monde, et du fond de leur tombeau, ils orientent encore la pensée de plusieurs millions d’hommes.

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Les idéals religieux le plus souvent, les idéals politiques quelquefois, ont eu seuls, jusqu’ici, le pouvoir de créer l’unité de sentiments et de pensée sans laquelle aucune civilisation n’a encore pu durer.

La puissante action d’idéals mystiques échappe aux partisans de la théorie dite matérialiste de l’histoire. Ses adeptes soutiennent que les peuples sont uniquement conduits par des besoins matériels, alors qu’en réalité la plupart des grands événements formant la trame de l’histoire ont eu pour origine des idéals mystiques bien étrangers à ces besoins. La fondation de l’Empire musulman, les croisades, les guerres de religion et bien d’autres événements du même ordre, eurent des influences mystiques pour cause et non des besoins matériels. Tout autant que les besoins, les idéals dirigent l’âme des peuples.

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De nos jours, l’importance des idéals religieux est devenue, chez beaucoup de peuples, bien moindre que celles des idéals politiques ou sociaux, tels que le désir d’hégémonie, les doctrines socialistes, etc.

L’idéal d’hégémonie, forme exagérée de l’idéal national, souvent qualifié d’impérialisme, faillit triompher avec les armées allemandes, mais il ne fut pas le plus fort, et c’est l’idéal socialiste qui remplace aujourd’hui les idéals mystiques divers dont l’homme n’a jamais pu se passer.

Comme tous les idéals, il inspire des convictions qu’aucun raisonnement ne saurait effleurer, mais ces convictions, qui sont une des conditions de sa force, constituent également une cause de sa faiblesse. Le monde est arrivé en effet à une époque où des nécessités économiques qui ne fléchissent pas limitent étroitement le pouvoir des illusions. Lorsque Mahomet, au nom d’une foi nouvelle, fille de ses rêves, réussissait à bouleverser le vieux monde, il ne trouvait pas devant lui l’infranchissable mur des nécessités économiques que les disciples de Karl Marx rencontrent maintenant.

Mais, si le pouvoir constructeur de l’idéal socialiste est bien faible, son action destructrice peut devenir considérable. La Russie en fit l’expérience. Il fallut l’influence d’un tout-puissant dictateur pour mettre fin en Italie aux désordres engendrés par l’application de la doctrine.

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De tous les idéals légués par le passé, un des plus puissants encore est l’idéal national constitué par le culte de la patrie.

A défaut d’arguments rationnels ou affectifs, il suffit de voyager un peu pour comprendre en quoi consiste une patrie.

La patrie, ce n’est pas seulement la terre des aïeux dont les générations nouvelles continuent la vie, mais cet ensemble de traditions, de pensées, de sentiments communs, de préjugés même, qui font que tous les hommes d’un pays se sentent frères. Il suffirait de transporter les plus farouches apôtres de l’internationalisme chez des peuples étrangers pour leur faire rapidement saisir la profondeur de l’abîme psychologique qui sépare des peuples de mentalités différentes.

On constate ces divergences quand sont réunis dans un Congrès des hommes de patries différentes. Bientôt éclatent les dissemblances, non pas seulement d’intérêts, mais de sentiments et de pensées qui les empêchent de se comprendre. Leurs croyances politiques les rapprochent un instant mais leur passé les désunit et ils s’en aperçoivent bientôt.

L’histoire du monde antique montre clairement, elle aussi, la puissance de l’idée de patrie. Les Romains dominèrent et civilisèrent le monde tant que le culte de Rome gouverna leurs âmes. Lorsque, sous l’influence des guerres civiles créées par les luttes sociales, le culte de la patrie s’affaiblit dans les cœurs, la décadence commença.

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On peut résumer ce qui précède dans les conclusions suivantes:

En dehors des besoins matériels nécessaires à l’entretien de sa vie, l’homme est guidé par des éléments affectifs: ambition, haine, amour, etc., par des influences mystiques: croyances religieuses, politiques ou sociales et par des influences rationnelles dont le pouvoir est encore bien faible.

Les croyances mystiques engendrent les idéals qui dominent chaque peuple et lui permettent de ne pas rester une poussière d’hommes sans résistance et sans force.

Ces idéals, jadis concrétisés dans des dieux personnels, tendent à être remplacés par des dogmes et des formules auxquels est attribuée la même puissance, mais qui se heurtent à des nécessités économiques irréductibles.

Les bouleversements et l’anarchie actuelle du monde continueront jusqu’au jour où les besoins mystiques, qui ne sauraient périr, puisqu’ils font partie de la pâture humaine, auront créé un idéal nouveau ne se heurtant pas aux réalités économiques qui transforment l’âge moderne.

CHAPITRE II

LES PROGRÈS DE LA RELIGION SOCIALISTE

On ne comprend bien la force du socialisme et du communisme qu’en les considérant comme une religion nouvelle inspirant la même foi mystique que les religions antérieures.

Cette assimilation, jugée paradoxale à l’époque où je la formulais dans un de mes plus anciens livres, est généralement admise aujourd’hui, même par les socialistes. Leur chef en France l’a déclaré du haut de la tribune parlementaire dans les termes suivants:

«Quand on vient nous dire: «Vous êtes une église», on ne nous offense pas... Nous sommes une catholicité! Nous aussi prétendons à la domination spirituelle. Nous aussi créons quelque chose qui ressemble à une foi. Nous aussi, comme l’Église catholique, avons l’orgueil d’envisager les événements et les choses _sub specie æternitatis_.

... Le rôle de l’arbitrage entre les nations n’est plus réalisable par l’Église; c’est nous, le socialisme, qui le revendiquons, c’est à cette succession spirituelle que nous prétendons.»

La naissance d’une religion, phénomène assez rare dans l’histoire, est toujours accompagnée de bouleversements. Des méditations de Bouddha sous l’arbre de la sagesse, cinq siècles avant notre ère, surgit une religion qui changea l’existence de l’Extrême-Orient et dirige encore la pensée de quatre cents millions d’hommes. Le Christianisme détermina des transformations aussi profondes. Le dieu sorti des rêves de Mahomet permit à d’obscurs nomades de fonder un immense empire disparu aujourd’hui, mais dont la foi qui le fit naître est toujours vivante.

Si les religions possèdent une pareille force, c’est qu’elles donnent aux hommes ces pensées et ces sentiments communs qui créent l’unité et, par conséquent, la puissance des nations.

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L’inégale expansion du socialisme chez les divers peuples tient aux différences de mentalité qui les séparent. On résumerait sommairement quelques-unes de ces différences par une classification des peuples en étatistes et individualistes.

Chez les individualistes, toutes les grandes entreprises sont dirigées par l’initiative privée. Chez les étatistes, le gouvernement se trouvant chargé du plus grand nombre de fonctions possibles, les citoyens ne conservent qu’une dose d’initiative et d’indépendance fort restreinte.

C’est précisément en raison de ces divergences de mentalité que les peuples individualistes, les Américains surtout, repoussent avec horreur le socialisme. Les Latins, au contraire, l’admettraient facilement, s’il n’était entouré d’autant de menaces de ruine et de dévastation.

Les Américains se montrent justement fiers de leur individualisme et si, par nécessité militaire, ils ont dû subir l’étatisme pendant la guerre, ils l’ont rejeté dès la signature de la paix.

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Les différences de constitution mentale qui viennent d’être signalées ont des conséquences aussi importantes au point de vue économique qu’au point de vue social.

Des expériences fréquemment répétées ayant prouvé que toutes les fabrications de l’État sont beaucoup plus onéreuses que celles de l’industrie privée, les peuples définitivement socialisés se trouveraient dans un état d’infériorité manifeste à l’égard de ceux qui ne le seraient pas. Or, la plupart des pays ne pouvant vivre qu’en se procurant à l’étranger les matières premières que leur sol ne fournit pas, doivent les payer avec des marchandises dont les prix ne dépassent pas ceux de leurs concurrents sur le marché mondial.

Une nation entièrement étatisée par le socialisme serait obligée de vendre ses produits un prix plus élevé que ceux de ses rivaux. Elle deviendrait fatalement alors une nation de vie chère, de chômage et, par conséquent, comme en Russie, de misère pour les ouvriers dont le socialisme prétend améliorer le sort.

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Parmi les points essentiels du socialisme se trouve la suppression du capitalisme et du salariat. Un savant économiste a très bien montré, dans les lignes suivantes, publiées par le _Temps_, les côtés illusoires des théories socialistes sur ces questions fondamentales.

«Le salariat étant considéré comme un mode barbare de rémunération qui laisse toujours le travailleur aux prises avec les inquiétudes de l’avenir, les socialistes voudraient transmettre à l’État la responsabilité de la création continue du travail dont le profit global serait réparti entre les travailleurs, sans perception intermédiaire. Il s’agit moins pour eux de supprimer effectivement le capital que de l’arracher à ses possesseurs actuels pour leur enlever du même coup la direction des affaires. Ainsi une révolution serait nécessaire, mais ensuite le capital subsisterait, pesant du poids de ses intérêts sur le budget de l’État comme la rente d’aujourd’hui. Du moins, les travailleurs seraient-ils les maîtres apparents de leur destinée.

Nous avons pu voir ce que donnait la mise en œuvre de cette formule en Russie: un fonctionnarisme beaucoup plus onéreux que le patronat, et surtout l’incapacité d’adapter la production à la consommation. L’ouvrier se retrouva finalement plus salarié que jamais, mais à des taux moindres et soumis tout de même au chômage. En vérité, on ne peut concevoir toute «l’économique» d’un pays centralisée entre les mains des fonctionnaires sans que s’ensuive la ruine de l’État.»

Sans doute le salariat subira la loi commune qui oblige les institutions à changer. La fusion des intérêts de l’ouvrier avec ceux du patron comme en Amérique, la possession par les travailleurs d’une partie des actions des entreprises auxquelles ils collaborent, montre que le salariat évoluera, mais dans un sens fort différent de celui rêvé par les socialistes.

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Les illusions des théoriciens ne sauraient prévaloir contre cette loi psychologique irréductible que l’initiative et l’effort individuel constituent, d’après l’expérience, des stimulants qu’aucun sentiment collectif n’arrive à remplacer.

Supposons que, par miracle, le rêve socialiste ait été réalisé il y a un siècle sous l’influence d’un gouvernement international autocratique. Tous les salaires ayant été égalisés, la concurrence et tous les autres éléments de l’effort et de l’initiative personnelle, étant trouvés supprimés, aucun progrès nouveau n’aurait pu naître. Les chemins de fer, l’électricité et les diverses découvertes qui ont transformé la civilisation seraient inconnus. L’ouvrier continuerait à mener la vie de privations à laquelle il était alors condamné.

Si le miracle que nous supposons réalisé il y a cent ans se réalisait demain, le résultat serait identique, la naissance de tout progrès se verrait empêchée et tant que durerait ce régime, l’humanité resterait maintenue exactement au point où elle se trouve aujourd’hui.

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Ces évidences ne touchent pas les socialistes. Ils sentent bien, cependant, que leur régime mettrait en grand état d’infériorité les peuples qui l’accepteraient. Et c’est pourquoi leur rêve tend à l’établissement d’une dictature internationale, qui réglerait pour l’univers la production, les salaires, les prix, les échanges, etc., de façon à supprimer toute concurrence industrielle et commerciale.

«Il faudra, disait au parlement M. Léon Blum, introduire dans la vie respective des nations, une sorte de légalité internationale; il faudra admettre une sorte de limitation.»

Traduites en termes clairs, ces déclarations signifient simplement que le monde devrait être régi par un gouvernement socialiste, lequel constituerait nécessairement une dictature internationale absolue.

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La force de la religion socialiste ne réside nullement dans sa doctrine, mais, je le répète, dans les sentiments qui lui servent de soutien.

Le plus caractéristique de ces sentiments est un besoin d’égalité d’où résulte la haine intense de toutes les supériorités de la fortune et de l’intelligence.