L'évolution actuelle du monde: illusions et réalités

Part 15

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Les diverses formes de supériorités étant individuelles et jamais collectives, on conçoit aisément que l’être collectif les ait toujours mal supportées. Peu importe à la multitude que les merveilles de la science et de l’art, qui, en transformant les civilisations, transformèrent également le sort des travailleurs, soient exclusivement dues à des capacités individuelles. Elle veut régner à son tour. La formule: «Dictature du prolétariat» traduit nettement cette aspiration. Il est donc naturel que le premier acte du socialisme triomphant en Russie ait été le massacre systématique de toutes les élites.

«L’envie, disait La Rochefoucauld, est une fureur qui ne peut souffrir le bien des autres.»

A cet élément de force, le socialisme joint encore le besoin d’une foi mystique dont les peuples ne purent jamais se passer.

Devenu une religion, le socialisme échappe par ce seul fait à l’influence de la raison et de l’expérience. Les religions qui menèrent toujours le monde ne sont pas nées de la raison et ne craignent pas nos raisons.

Ce n’est donc ni la faiblesse des dogmes qu’elle propose, ni l’esclavage qu’elle impose qui pourraient entraver la diffusion de la religion socialiste.

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Le socialisme comprend deux branches encore distinctes, mais qui tendent à se confondre. D’abord, le socialisme que l’on pourrait qualifier de bourgeois, parce qu’il a surtout des bourgeois pour adeptes; puis, le socialisme populaire, qualifié de communisme, défendu principalement par les meneurs de la classe ouvrière.

Ces deux frères se combattent quelquefois, mais poursuivent exactement les mêmes buts: suppression de la propriété privée, expropriation des entreprises industrielles et leur gestion par l’État. Ils ne diffèrent que dans les méthodes de propagande. Le socialisme bourgeois a l’illusion de pouvoir transformer la société avec des lois, le communisme voudrait la détruire d’abord pour la rebâtir ensuite.

En attendant que la religion socialiste unisse les hommes, elle n’a fait que les diviser davantage. Ses résultats les plus clairs ont été de ramener à la barbarie la Russie, seul pays qui l’ait entièrement adoptée, et de forcer l’Italie à s’en débarrasser par un dictateur.

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Il est attristant de songer que tant d’accumulations de ruines et tant de sang versé pour transformer la vie sociale des peuples, c’est-à-dire en réalité refaire leur âme, n’ait généralement réussi qu’à changer le nom des institutions détruites.

Rappelant, à propos de la Russie, les démonstrations que j’ai souvent répétées, un éminent académicien, M. Bourdeau, écrivait dans le journal des _Débats_:

«A quel point l’exemple de la Russie ne justifie-t-il pas les thèses du docteur Gustave Le Bon? Celle-ci, tout d’abord, que les révolutions ne changent point le caractère des peuples et que, si elles brisent la chaîne des traditions, elles en forgent de nouvelles sur le modèle des anciennes. Le culte de Lénine n’a fait que remplacer celui du tzar. De même, la dictature militaire et policière sur le prolétariat n’a fait que renforcer celle de l’ancien régime. La classe jadis dominante a été dépossédée et massacrée, de nouvelles classes lui ont succédé. L’égalité politique n’a pas plus été réalisée que l’égalité économique et l’égalité sociale.»

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Un des dangers du socialisme en France, c’est qu’il attire les partis politiques incertains qui espèrent, en s’alliant à lui, conquérir les suffrages des électeurs.

Ils oublient alors que la loi d’accélération des mouvements révolutionnaires est analogue à celle qui régit la chute des corps. En deux années, la même charrette conduisit au fatal couteau les doux Girondins qui croyaient, eux aussi, refaire le monde avec des lois et des discours, le farouche Danton, fondateur d’un tribunal destiné à faire périr sans retards inutiles les contempteurs de sa foi, enfin le sombre Robespierre, espérant régénérer la France en abattant le plus grand nombre possible de têtes.

Cette courbe des mouvements révolutionnaires a été également observée en Russie. Après la pâle Douma, puis le verbeux Kerenski, ce fut Lénine avec ses fusillades en masse et son cortège de bourreaux chinois, destinés à raffiner les supplices.

Les conséquences de l’extrémisme sont partout les mêmes. Au couperet de Robespierre, aux fusillades de Lénine, succède bientôt le sabre du dictateur, qui met généralement fin à l’anarchie. Il n’a pas encore surgi en Russie, mais sa venue est inévitable.

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Nos agitateurs devraient se rappeler que si la France est parfois révolutionnaire, comme tous les pays à évolution trop lente, elle possède une âme ancestrale stabilisée depuis longtemps, qui la rend finalement très conservatrice.

Ce double caractère: révolutionnaire dans la forme, conservateur dans le fond, doit être retenu pour comprendre notre histoire et l’invariable tendance des foules à se tourner vers un César libérateur quand l’anarchie grandit. Elle explique Bonaparte au moment où la France, fatiguée du désordre révolutionnaire, cherchait un maître. Elle explique le second Empire, surgissant lorsque le peuple, inquiet des progrès socialistes, accorda sept millions de suffrages au dictateur qui promettait de rétablir l’ordre. Les événements de l’Histoire semblent issus d’imprévisibles hasards; ils sont, en réalité, régis par des lois éternelles.

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Quels que soient les arguments qu’on puisse invoquer contre les doctrines socialistes, elles continuent à se propager parce qu’elles ont pour adeptes l’immense légion des hommes mécontents de leur sort et auxquels les anciens idéals ne suffisent plus.

Parmi eux figure la foule de fonctionnaires et de petits bourgeois qui ont envoyé beaucoup d’extrémistes au Parlement parce qu’ils mettaient en eux l’espoir de voir améliorer leur situation, et renaître l’aisance que les perturbations financières avaient fait disparaître. Ils abandonneront d’ailleurs bien vite le socialisme, quand ils verront que ses défenseurs sont incapables de leur rendre l’aisance perdue.

Le passage suivant, publié en avril 1926 dans le plus influent des journaux socialistes français, donne un exposé très net des aspirations du parti, et des conséquences que leur réalisation pourrait entraîner.

A propos du 1er mai 1926, ce journal invitait les membres du parti:

«A revendiquer le prélèvement sur le grand capital et la nationalisation des banques et des grands monopoles capitalistes, seules mesures susceptibles de faire payer effectivement les riches.

... La paix immédiate au Maroc et en Syrie, en exerçant sur les gouvernants au service des banquiers «colonisateurs» une pression prolétarienne d’une telle force qu’ils soient contraints de faire la paix.»

La diffusion des théories socialistes s’observe aujourd’hui dans tous les éléments de la vie journalière jusque dans les administrations municipales, qui tendent de plus en plus à intervenir dans les industries et le commerce local. On a fait observer avec raison que le socialisme municipal est bien autrement dangereux que le socialisme d’État, étant donné l’infiltration communiste dans maintes localités urbaines ou rurales.

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L’âge actuel représente une période d’incertitudes résultant des conflits qui divisent les peuples et les partis politiques de chaque peuple.

Il en sera ainsi, je le répète, tant que l’homme moderne n’aura pas trouvé un idéal nouveau possédant, comme les anciens, le pouvoir de diriger la vie, de créer les volontés fortes et les persévérants labeurs. L’idéal socialiste, n’étant que destructeur, ne saurait exercer un tel rôle.

Le socialisme est en réalité beaucoup plus dangereux, peut-être, par la mentalité révolutionnaire et envieuse qu’il propage, que par les doctrines qu’il propose. Dès que ces doctrines arrivent, en effet, à se réaliser, elles se heurtent à un mur de nécessités économiques et d’impossibilités psychologiques qui en révèlent bientôt l’impuissance; mais la mentalité nouvellement créée subsiste.

Les théoriciens, incapables de comprendre l’infériorité de leurs doctrines, s’en prennent aux hommes et, comme en Russie, massacrent par milliers tous ceux auxquels ils attribuent leurs insuccès.

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En politique, les raisonnements ont peu d’action, seules des expériences répétées finissent par agir sur l’âme des peuples. Elles n’agissent malheureusement qu’après avoir été suffisamment répétées et coûtent fort cher. Les expériences socialistes, qui ruinèrent la Russie et faillirent ruiner l’Italie, avaient été précédées d’autres expériences également fort coûteuses, En France, notamment, en 1848 et en 1871.

En 1848, elles coûtèrent une révolution, la division de la France en partis rivaux, et finalement la nomination par 7.000.000 de suffrages d’un dictateur couronné qui devait conduire plus tard la France à une dangereuse invasion. En 1871, la naissance de la commune socialiste eut pour conséquences de nombreux massacres et l’incendie des plus beaux monuments de la capitale.

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Le socialisme et sa forme extrême, le communisme, sont devenus fort dangereux. On a évalué à huit cent mille le nombre des électeurs communistes en France, chiffre très supérieur aux deux cent mille Jacobins de la Terreur. C’est donc avec raison que les chefs moscovites du bolchevisme classent le parti communiste français au second rang par sa puissance.

Le parti radical, qui jouait en France un rôle considérable alors qu’il était unifié, se traîne de plus en plus à la remorque du socialisme, grand pôle d’attraction pour les esprits faibles, ne pouvant se passer d’une croyance capable d’orienter leurs pensées.

Sans doute, nous l’avons vu déjà, les forces ancestrales finissent toujours par limiter les dangereuses oscillations des foules. Mais ces forces agissent lentement et ne sauraient prévenir les ravages exercés par les influences extrémistes.

On redoute fort, aujourd’hui, les ennemis du dehors, mais il faut craindre davantage peut-être les ennemis du dedans.

Socialistes, communistes, syndicalistes, bien que représentants de théories diverses, s’unissent partout contre l’ordre social établi. Ils l’ont brisé en Russie et faillirent le détruire en Italie, en Espagne et en Grèce.

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Les conséquences de l’évolution socialiste étaient depuis longtemps faciles à prévoir, car ce n’est pas d’aujourd’hui, nous l’avons vu, que sous des formes diverses cette doctrine a fait son apparition dans le monde. Rappelant, dans un ancien ouvrage, que les guerres sociales, après avoir conduit la Grèce à la servitude, contribuèrent à amener la fin de la république romaine et la venue des Césars, j’écrivais:

«Plusieurs peuples de l’Europe vont être obligés de subir la redoutable phase du socialisme. Trop oppressif pour pouvoir durer, il fera regretter l’âge de Tibère et de Caligula et ramènera cet âge. On se demande, parfois, comment les Romains du temps des empereurs, supportaient si facilement les férocités furieuses de tels despotes. C’est qu’eux aussi avaient passé par les luttes sociales, les guerres civiles, les proscriptions, et y avaient perdu leur caractère. Ils en étaient arrivés à considérer ces tyrans comme les derniers instruments de salut. On les toléra parce qu’on ne savait comment les remplacer. Ils ne furent pas remplacés en effet. Après eux, ce fut l’écrasement final sous le pied des barbares, la fin d’un monde. L’Histoire tourne dans le même cercle.»

CHAPITRE III

LA MENTALITÉ BOLCHEVISTE

En dehors des théories qui lui servent quelquefois de support, mais dont la plupart des sectateurs de la doctrine n’ont jamais entendu parler, le bolchevisme constitue une mentalité spéciale fort répandue aujourd’hui.

En quoi consiste donc cette mentalité si répandue, alors que la doctrine politique ne s’est développée qu’en Russie et n’a envahi certains états civilisés, comme la Hongrie, que pour être bientôt repoussée par ceux-là mêmes qui l’avaient acceptée?

La mentalité bolcheviste a, comme caractéristiques principales, un esprit de révolte permanent contre toutes les formes d’autorité, à l’exception de celle des chefs de la doctrine, la haine jalouse de toutes les supériorités, le retour aux instincts primitifs, l’ardent désir de supprimer violemment les contraintes sociales que la civilisation oppose à ces instincts.

Cette mentalité, plus répandue chaque jour, se manifestait déjà dès les débuts de la paix. J’en eus la première notion lorsque des milliers d’électeurs parisiens choisirent comme député un capitaine bolcheviste, sans avoir d’ailleurs la moindre idée de sa doctrine.

Ignorant à cette époque en quoi consistait le bolchevisme, je cherchais à me renseigner le soir même de cette élection auprès d’un vieux philosophe de mes amis.

Il était malheureusement aussi ignorant que moi, mais m’assura que, si je voulais bien dîner avec lui, les propos de sa bonne, très révoltée depuis quelque temps, pourraient me documenter.

Ils me documentèrent en effet; bien que faiblement érudite, la servante bolcheviste me donna en réponse à mes interrogations d’assez judicieux conseils.

--Laissez vos bouquins, dit-elle, regardez le grouillement de la vie. Les livres, ça parle de choses mortes et c’est pourquoi les savants qui passent leur temps à les lire ne savent pas grand chose du monde. Regardez autour de vous et peut-être arriverez-vous à comprendre le bolchevisme.

Malgré leur forme médiocrement littéraire, ces conseils contenaient un fonds de vérité dont je m’empressai de tenir compte.

Le hasard me servit assez bien. Dès le lendemain, en effet, je rencontrai chez un ami qui faisait réparer son appartement une équipe d’ouvriers divers échangeant, à propos de l’élection récente, des réflexions révolutionnaires, d’ailleurs dépourvues d’aménité pour les patrons qui les employaient. Me mêlant à leur conversation, je déclarai d’un air entendu au plus bruyant des orateurs de la bande que le bolchevisme était sans doute, suivant les prétentions des propagateurs de la doctrine, une application des principes de Karl Marx.

--Karl Marx? Connais pas. Ça doit être un des rois boches détrônés récemment. Les rois et les bourgeois, n’en faut plus. C’est l’ouvrier qui doit être bourgeois à son tour. Voilà le bolchevisme.

Ce jugement, bref sans doute, mais suffisamment clair, me fit continuer mes recherches.

Elles furent instructives, puisque de leur ensemble se dégageait nettement l’armature de la mentalité bolcheviste: haine de l’ouvrier contre le patron, hostilité des employés contre leurs chefs, jalousie générale des inférieurs à l’égard des supérieurs, libération des instincts que les contraintes sociales réprimaient jadis, mépris de l’autorité partout.

De ces observations et d’autres du même ordre il ressortait assez clairement que le bolchevisme désignait sous un nom nouveau un état mental extrêmement ancien, puisqu’il se manifestait déjà avant le déluge. Le Caïn de la légende biblique tuant son frère de la prospérité duquel il était jaloux est le véritable ancêtre des bolchevistes. Caïn traita Abel exactement comme Lénine devait traiter plus tard les bourgeois favorisés par la fortune ou l’intelligence.

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Nous venons d’esquisser sommairement la mentalité bolcheviste. Disons, maintenant, quelques mots de la doctrine.

Rajeunie en apparence par des théories livresques, elle n’est qu’un simple retour au communisme des premiers âges.

Ces théories représentent, en réalité, le besoin des révolutions triomphantes de trouver une justification rationnelle à leurs violences. _Le Contrat Social_ de J.-J. Rousseau, qui enseignait la bonté primitive de l’homme uniquement perverti par les sociétés, fut la bible de Robespierre et servit à rationaliser la guillotine. L’œuvre du juif Karl Marx, dont les doctrines sont souvent aussi enfantines que celles de Rousseau, devint la bible de Lénine et de ses associés. Elle permit de justifier les systématiques massacres des intellectuels et le pillage général des fortunes.

En fait, les foules révoltées ne se préoccupent guère des systèmes. Il n’existe que de bien lointains rapports entre l’idéologie marxiste et l’organisation des républiques soviétiques. Les communistes russes connaissent fort peu leur grand prêtre Karl Marx, et les communistes français ne le connaissent pas davantage. L’un d’eux avouait, au parlement français, n’avoir jamais lu une ligne de ce théoricien célèbre. Il faut l’en louer, car les livres de Karl Marx contiennent un si grand nombre d’assertions démenties plus tard par les événements, que leur lecture suffirait à guérir du communisme tout esprit impartial.

Jugeant inutile d’insister sur les théories communistes, il sera suffisant d’indiquer sommairement les formes que le bolchevisme revêt dans la pratique.

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Au point de vue théorique, le bolchevisme oriental semblerait représenter la domination totale de l’être individuel par l’être collectif. En Russie, une pyramide de conseils ouvriers, dits soviets, s’étend du village au comité central directeur. En sont exclus les bourgeois, les professeurs et tous les intellectuels.

Cette dictature apparente du prolétariat n’est en réalité qu’une fiction. La machine gouvernementale reste entièrement dirigée par un petit nombre de chefs assez absolus pour avoir pu supprimer toutes les libertés, celles de la parole et de la presse notamment. Des fusillades sommaires terminent immédiatement la moindre tentative d’opposition.

Le bolchevisme russe n’est, d’ailleurs, qu’une simple continuation de l’ancien régime tsariste. Il se maintient pour des raisons identiques à celles qui soutenaient ce régime. La Russie demi-barbare, composée de races différentes, ne peut, comme tous les pays asiatiques, conserver une certaine unité que sous la main de chefs absolus.

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L’essai actuel du communisme en Russie n’est pas unique en Orient. La Chine, notamment, expérimenta le communisme plusieurs fois. Au XIe siècle, sous l’empereur Tcheng-Tsong, la propriété privée fut abolie, les capitaux, les terres et les industries mis en commun.

Après une quinzaine d’années d’expérience, les ouvriers et paysans renversèrent le régime dont les graves inconvénients avaient fini par les frapper. La terre et l’industrie ne rapportaient plus rien, par suite de l’indifférence des exploitants que l’intérêt personnel n’animait plus.

Une nouvelle expérience du communisme faillit ruiner la Chine vers le milieu du dernier siècle. Elle dura également une quinzaine d’années, au bout desquelles les masses elles-mêmes virent que, loin d’être diminuée par le nouveau régime, leur misère augmentait.

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Si le communisme tend à se répandre chez certaines grandes nations, c’est, comme je l’ai fait remarquer déjà, que les civilisations, à mesure qu’elles se compliquent, traînent derrière elles un nombre immense d’êtres incapables de s’y adapter et désireux par conséquent de les renverser.

Pareil phénomène fut souvent observé dans l’histoire. Lorsqu’une race inférieure arrive à dominer accidentellement par la force une civilisation trop élevée pour elle, cette dernière est détruite avec violence. On le vit, notamment, lorsque les barbares anéantirent en Gaule la civilisation romaine, trop raffinée pour eux. On le vit également, de nos jours, lorsque les nègres de Saint-Domingue et d’Haïti anéantirent, sans pouvoir la remplacer, la civilisation que les Européens leur avaient apportée.

Des phénomènes du même ordre se manifestent actuellement en Russie. Un observateur judicieux, M. Chessin, explique comment le régime communiste fit une guerre féroce aux intellectuels. Il rapporte cette profession de foi publiée par la _Pravda_:

«L’Orient moujik a jeté bas les théories de la science occidentale, il a obligé le savant à ployer l’échine devant l’ouvrier noir de crasse.»

Un des grands maîtres de la doctrine, Zinovief, proclame que, «dans chaque intellectuel, il voit un ennemi du pouvoir soviétique».

C’est en raison de cette mentalité que l’enseignement de l’histoire, de la philosophie, de la morale a été exclu des écoles.

«Suivant l’auteur précédemment cité, les maîtres du pouvoir ont interdit, sous la menace de pénalités exemplaires, dans les bibliothèques publiques, des ouvrages de Platon, Aristote, Descartes, Kant, Spencer, etc. Les grands auteurs russes modernes eux-mêmes sont exclus.»

D’après le même auteur les professeurs des universités seraient choisis parmi les élèves des écoles ouvrières, n’ayant d’autres connaissances que les quatre règles de l’arithmétique et quelques rudiments de grammaire.

La Russie retourne ainsi aux formes inférieures de civilisation que rêvent tous les inadaptés.

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Nous venons de résumer brièvement la mentalité bolcheviste, la doctrine bolcheviste et ses applications.

La doctrine bolcheviste est dangereuse, mais la mentalité qui l’inspire plus dangereuse encore. Si elle continuait à envahir le monde, elle saperait définitivement tous les principes servant de base aux grandes civilisations.

La doctrine bolcheviste est en train de détruire le capital matériel des peuples, mais la mentalité bolcheviste menace un capital moral plus précieux que de fugitives richesses et dont la création a demandé de longs siècles d’efforts.

CHAPITRE IV

LUTTES DU SOCIALISME ET DU SYNDICALISME CONTRE LA CIVILISATION

Le socialisme et sa forme dernière le communisme peuvent être envisagés sous trois aspects différents: 1º comme religion; 2º comme doctrine politique; 3º comme état mental.

L’état mental a été étudié dans le précédent chapitre. La doctrine socialiste est à peu près celle jadis formulée par Karl Marx. La religion est constituée par les espérances d’un paradis terrestre promis aux prolétaires: l’usine aux ouvriers, la mine aux mineurs, la paix imposée par des réunions internationales d’ouvriers. Plus de guerres, plus de misère.

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Une croyance politique ou religieuse représente un bloc dont chacun extrait ce qui est conforme à la nature de son esprit, c’est pourquoi, en passant d’un peuple à un autre, croyances politiques et croyances religieuses se transforment au point de devenir parfois méconnaissables. C’est ainsi, par exemple, que le bouddhisme, religion d’abord dépourvue de divinités, devint, en passant de l’Inde en Chine, polythéiste. Les livres sacrés, gardiens de la croyance primitive, demeurent toujours sacrés bien qu’étant devenus différents de la croyance dont ils traduisaient d’abord la doctrine. Le texte primitif n’a pas changé, mais ce texte est sans rapport avec les conceptions qu’il représentait jadis.

En appliquant ces observations au bolchevisme, on constate qu’il représente, suivant les pays, des idées assez différentes souvent sans rapport avec le marxisme théoriquement resté son évangile.

Chez la plupart des peuples, le communisme constitue simplement une tendance à la libération des instincts primitifs, le besoin intense de détruire l’ordre social établi et le désir, pour les pauvres, de s’emparer de la fortune des riches.

En France, aussi bien qu’en Russie, les communistes ne dissimulent pas leur programme. Une guerre civile générale en est pour eux le prélude nécessaire.

Le journal _l’Humanité_ l’a très bien marqué dans les lignes suivantes, écrites en mars 1927, à propos du projet de loi sur la réorganisation de l’armée:

«Pour nous le problème de l’organisation générale de la nation pour le temps de guerre est clair.

Il s’agit, et il s’agit exclusivement pour nous, d’organiser la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile et de préparer la mobilisation de l’armée au service du prolétariat.»