Part 5
J’ai abandonné le fil principal de cette explication de la construction des demeures ouvrières par les ouvriers eux-mêmes. Je le reprends maintenant pour parler d’autres catégories d’habitations. La Compagnie fera aussi construire par ses architectes des maisons pour les petits bourgeois, soit comme objet d’échange, soit pour de l’argent. Elle fera établir et reproduire environ une centaine de types de maisons. Ces jolis modèles constitueront en même temps une partie de la propagande. Chaque maison aura son prix fixe. La bonté de l’exécution sera garantie par la Compagnie, qui ne voudra réaliser aucun bénéfice sur la construction. Oui, mais où seront placées ces maisons? C’est ce qui sera indiqué dans les groupes locaux.
La Compagnie ne voulant rien gagner sur les travaux de construction et se contentant des bénéfices qui résulteront pour elle de la vente du fonds et du tréfonds, il sera à désirer que beaucoup d’architectes privés construisent pour des particuliers. Par là, la propriété foncière acquerra plus de valeur et le luxe arrivera dans le pays. Or, le luxe est ce dont nous avons besoin sous différents rapports. Notamment en vue de l’art, de l’industrie, et, dans un temps plus éloigné, de la décadence des grandes fortunes.
Car les Juifs riches qui, maintenant, sont obligés de cacher anxieusement leurs trésors et de donner leurs tristes fêtes, les rideaux baissés, pourront, «là-bas», jouir en pleine liberté. Si cette émigration s’effectue avec leur concours, le capital sera réhabilité chez nous, dans le nouveau pays, attendu qu’il aura montré son utilité dans une œuvre sans précédent. Si les Juifs les plus riches commencent à construire «là-bas» leurs châteaux, que l’on regarde déjà d’un œil si jaloux en Europe, il sera bientôt de mode d’aller y occuper de somptueuses demeures.
DE QUELQUES FORMES DE LA LIQUIDATION
La _Jewish Company_ succède aux Juifs dans la possession ou l’administration de leurs immeubles.
Cette tâche est facile à remplir lorsqu’il s’agit de maisons et de biens-fonds. Mais comment faudra-t-il procéder avec les maisons de commerce, les fabriques, etc.?
Il y faudra employer des formes variées et que l’on ne saurait par avance énumérer. Et cependant cela n’offre pas de difficultés non plus. Car, dans chaque cas particulier, le propriétaire d’une maison de commerce, lorsqu’il se décide de plein gré à émigrer, s’entendra avec les succursales de la Compagnie de son ressort relativement à la forme de liquidation la plus favorable pour lui.
En ce qui concerne les plus petits commerces, dans l’exploitation desquels l’action personnelle du propriétaire est le principal, et où l’arrangement du peu de marchandises qui s’y trouvent est l’accessoire, le transfert de la fortune s’effectue avec une grande facilité. La Compagnie crée pour l’émigrant un champ d’activité assuré, et son minuscule matériel peut être remplacé «là-bas» par un bien-fonds avec un crédit pour l’acquisition de machines.
Nos gens, qui sont ingénieux, se seront bientôt mis au courant, car les Juifs, on le sait, s’adaptent vite à toutes les espèces d’industries. C’est ainsi que beaucoup de marchands peuvent devenir de petits industriels agricoles. La Compagnie peut même consentir, avec des pertes apparentes, à prendre à son compte l’avoir immobilier des plus pauvres, pour obtenir la culture gratuite de certaines parcelles de terrain, ce qui augmente la valeur de ses autres parcelles.
Dans les exploitations moyennes, où l’organisation spéciale est tout aussi importante ou même déjà plus importante que l’action personnelle du propriétaire, et où le crédit de celui-ci joue un rôle décisif, on peut recourir à différentes formes de liquidation. C’est là aussi un des principaux points qui intéressent la migration intérieure des chrétiens. Le Juif qui se retire ne perd pas son crédit personnel, mais il l’emporte et l’emploiera utilement «là-bas» à son établissement. La Compagnie lui ouvre un compte courant. Il peut donc, à son choix, vendre sa maison ou la confier à des gérants, sous la surveillance de la Compagnie. Le gérant peut figurer comme fermier. Il peut aussi, par des paiements partiels, préparer l’achat successif. La Compagnie assure par ses inspecteurs et ses avocats la bonne administration de la maison de commerce abandonnée et la régularité des paiements.
La Compagnie figure ici comme curatrice des absents. Mais, si un Juif ne peut pas vendre sa maison de commerce, s’il ne la confie pas non plus à un mandataire, et si, néanmoins, il ne veut pas l’abandonner, eh bien! il reste dans son actuelle résidence. D’ailleurs, même ceux qui restent n’empirent pas leur situation: ils sont allégés de la concurrence de ceux qui se sont retirés, et l’antisémitisme, avec son sacramentel: «N’achetez pas chez les Juifs!» a cessé d’exister.
Si le propriétaire d’un fonds de commerce, qui émigre, veut exploiter «là-bas» le même commerce, il peut s’organiser d’avance à cet effet. Démontrons cela par un exemple: La raison sociale X. est une importante maison de modes. Son propriétaire veut émigrer. Il établit tout d’abord, dans son futur lieu d’habitation, une succursale à laquelle il cède ses marchandises de rebut. Les premiers émigrants pauvres constituent sa première clientèle. Mais, peu à peu, des gens s’en vont là-bas qui demandent des marchandises supérieures. Alors X. y envoie des articles nouveaux, puis les plus nouveaux. Sa succursale devient déjà d’un bon rapport pendant que la maison principale existe encore. X. possède enfin deux maisons. Il vend l’ancienne ou il en confie la gérance à son représentant chrétien, et lui-même s’en va là-bas dans sa nouvelle maison.
Un exemple plus grand: Y. et fils ont un gros commerce de charbons, comprenant des mines et des usines. Comment s’y prendre pour liquider une affaire de cette importance? La mine de charbon, avec tout ce qui s’y rattache, peut être tout d’abord achetée par l’État dans lequel elle se trouve. Elle peut aussi être acquise par la _Jewish Company_, qui paie le prix d’achat en partie avec des terres situées là-bas, en partie en argent comptant. Une troisième possibilité serait la fondation d’une Société par actions «Y. et fils». Une quatrième, la continuation de l’exploitation sur la base actuelle. Seulement, les propriétaires émigrés, même s’ils retournaient, à l’occasion, pour l’inspection de leurs biens, seraient des étrangers, des étrangers jouissant comme tels, dans les pays civilisés, de l’absolue protection des lois. Cela se voit d’ailleurs tous les jours dans la vie. Il y a une cinquième possibilité tout particulièrement féconde et grandiose, mais que je me borne à indiquer parce qu’il n’existe encore en sa faveur que des exemples peu nombreux et peu probants, quelque proche du reste qu’elle soit déjà de notre conscience moderne. Y. et fils peuvent céder leur entreprise, contre dédommagement, à l’ensemble de leurs employés actuels. Les employés se constituent en société avec responsabilité limitée, et peuvent peut-être arriver, à l’aide de la banque nationale qui ne prend pas d’intérêt usuraire, à payer à Y. et fils le prix de rachat. Les employés amortissent ensuite l’emprunt qui leur a été accordé par la banque nationale, par la _Jewish Company_ ou par Y. et fils eux-mêmes.
La _Jewish Company_ liquide les plus petits comme les plus grands. Et ce, pendant que les Juifs émigrent tranquillement, qu’ils créent la nouvelle patrie, la Compagnie est là, qui, en sa qualité de grande personne juridique, dirige le départ, garde les biens abandonnés, se porte caution du bon ordre de la liquidation par sa fortune visible, palpable, et répond d’une façon durable pour les émigrés.
LES GARANTIES DE LA COMPAGNIE
Sous quelle forme la Compagnie garantira-t-elle qu’il ne se produira, dans les pays abandonnés, ni appauvrissements, ni crises économiques?
Il a déjà été dit que d’honnêtes antisémites devront être associés à l’œuvre pour y exercer en quelque sorte un contrôle populaire, tout en conservant leur entière liberté, précieuse pour nous.
Mais, de son côté, l’État a aussi des intérêts fiscaux qui peuvent être lésés. Il perd une classe peu importante au point de vue civique, mais très estimée comme contribuable. Il faut que, pour cela, une compensation lui soit offerte. Nous la lui offrons indirectement--en laissant dans le pays les maisons de commerce et les industries créées par la sagacité et l’application propres à notre race, en facilitant aux citoyens chrétiens l’occupation des positions par nous abandonnées, et en rendant ainsi possible l’avènement au bien-être de masses entières--ce qui est sans exemple par ce temps de paix.
La Révolution française avait montré en petit quelque chose de semblable. Mais, pour cela, le sang avait dû couler à torrents sous la guillotine, dans toutes les provinces du pays, et sur les champs de bataille de l’Europe. Et, dans ce but, les droits hérités et acquis avaient dû être brisés. Pourtant, par là, ne s’étaient enrichis que les rusés acheteurs des biens nationaux. Dans sa sphère d’action, la _Jewish Company_ procurera aux différents États des avantages directs. Partout pourra être assurée aux gouvernements, aux conditions les plus favorables, la vente des biens abandonnés par les Juifs. Les gouvernements, à leur tour, pourraient employer en grandes masses ces amiables expropriations à certaines améliorations sociales.
La _Jewish Company_ prêtera son concours aux gouvernements et aux parlements qui voudront diriger la migration intérieure des citoyens chrétiens, et elle paiera ainsi des taxes considérables.
Ainsi que cela a été dit, la Compagnie aura son siège social à Londres, parce qu’elle doit être, par rapport au droit privé, sous la protection d’une grande puissance actuellement non antisémite. Mais, si on l’appuie officiellement et officieusement, la Compagnie fournira en tous pays une vaste surface à l’impôt. Elle créera partout des succursales imposables. En outre, elle offrira l’avantage d’une double inscription immobilière, c’est-à-dire qu’elle paiera des droits doubles. Même là où elle ne figure que comme agence immobilière, elle se donnera les apparences passagères de l’acheteur. Et elle se trouvera un instant dans le Grand Livre comme propriétaire, même si elle ne veut pas posséder.
Il est vrai maintenant que c’est là une pure affaire de calcul. Il faudra examiner de proche en proche et décider jusqu’où la Compagnie peut aller dans cette voie sans compromettre son existence. Elle s’expliquera loyalement à ce sujet avec les ministres des Finances, qui, voyant clairement sa bonne volonté, accorderont partout les facilités nécessaires à la réalisation, dans des conditions favorables, de la grande entreprise.
Une autre concession à obtenir directement est celle relative au transport des marchandises et des personnes. Là où les chemins de fer appartiennent à l’État, la chose ne souffrira aucun doute. Des chemins de fer privés, la Compagnie obtiendra des faveurs comme tout grand expéditeur. Elle devra naturellement faire voyager nos gens et transporter leurs effets à aussi bon marché que possible, attendu que chacun se rendra là-bas à ses propres frais. Pour les classes moyennes, il y a le système Cook; pour les classes pauvres, existe le tarif réduit. La Compagnie pourrait beaucoup gagner par la réduction obtenue sur les voyageurs et sur les marchandises. Mais son principe doit être, ici aussi, de ne retirer que les frais de son entretien.
L’industrie des transports est dans beaucoup d’endroits entre les mains des Juifs. Les maisons d’expédition sont les premières dont la Compagnie aura besoin et les premières qu’elle liquidera. Les propriétaires de ces maisons entreront au service de la Compagnie ou s’établiront là-bas à leur compte. Le lieu d’arrivée a besoin d’expéditeurs de réception. Or, comme c’est là une excellente industrie, et que là-bas on peut et l’on doit gagner aussitôt, les hommes entreprenants ne manqueront pas.
Il est inutile de nous étendre sur les détails purement commerciaux de cette émigration en masse, lesquels veulent être rationnellement appropriés au but qu’il s’agit d’atteindre. A la solution logique de cette question doivent s’employer et s’emploieront beaucoup d’esprits sagaces.
DE QUELQUES TRAVAUX DE LA COMPAGNIE
Plusieurs de ces travaux auront en quelque sorte un caractère coopératif. Un seul exemple: successivement la Compagnie commencera à produire au début, dans ses établissements, des articles industriels, tout d’abord pour nos propres émigrants pauvres: vêtements, linges, souliers, etc. Car, dans les lieux de départ européens, nos pauvres gens seront habillés de neuf. On ne leur fera pas ainsi un cadeau, parce qu’ils ne doivent pas être humiliés. On leur échangera seulement leurs vieux effets contre des effets neufs. Si la Compagnie y perd quelque chose, elle l’inscrira dans ses livres comme perte commerciale. Ceux qui sont dénués de moyens seront, pour l’habillement, débiteurs de la Compagnie, et la paieront là-bas par des heures de travail supplémentaires, dont il leur sera fait remise pour leur bonne conduite.
Ici, les sociétés d’émigration existantes auront d’ailleurs l’occasion d’intervenir secourablement. Tout ce qu’elles avaient l’habitude de faire pour les Juifs émigrants, elles devront, à l’avenir, le faire pour les colons de la _Jewish Company_. La forme de cette intervention sera facile à trouver.
Déjà, dans le nouvel habillement des émigrants pauvres, il doit y avoir quelque chose de symbolique: «Vous commencez à présent une nouvelle existence!» La _Society of Jews_ prendra ses mesures pour que, longtemps avant le départ et même en route, on entretienne un état d’âme sérieux et grave par des prières, des conférences populaires, des leçons sur le but de l’entreprise, des prescriptions hygiéniques pour les nouveaux lieux d’habitation et des instructions relatives au travail futur. Car la Terre Promise est la terre du travail. A leur arrivée, les émigrants seront reçus solennellement par nos premières autorités, sans folle joie, car la Terre Promise doit d’abord être conquise. Mais déjà, il faut que ces pauvres gens voient qu’ils sont chez eux.
L’industrie du vêtement de la Compagnie ne produira pas au hasard. La Compagnie devra apprendre en temps utile de la _Society of Jews_, qui en sera informée par les groupes locaux, le nombre, le jour d’arrivée et les besoins des émigrants. De la sorte il lui sera possible de procéder avec prévoyance.
IMPULSION INDUSTRIELLE
La tâche de la _Jewish Company_ et celle de la _Society of Jews_ ne peuvent, dans ce projet, être exposées tout à fait séparément. De fait, ces deux grands organes devront incessamment agir de concert. La Compagnie ne pourra se passer de l’autorité morale et de la protection de la Société, de même que la Société ne pourra se dispenser du concours matériel de la Compagnie. Dans la direction très méthodique du vêtement, par exemple, se trouve déjà le faible commencement de l’expérience faite en vue d’éviter les crises de la surproduction.
Et partout où la Compagnie se présentera comme industrielle, elle procédera de la même façon.
Mais, en aucun cas, elle ne doit écraser de sa supériorité les entreprises indépendantes. Nous ne sommes collectivistes que là où l’exigent les énormes difficultés de la tâche. Pour le reste, nous soignons et cultivons l’individu avec ses droits. La propriété privée doit se développer chez nous, libre et respectée, comme la base économique de l’indépendance. Aussi nous empressons-nous d’élever nos premiers _unskilleds_ à la propriété privée.
Il faut que l’esprit d’entreprise soit secondé de toutes les manières. L’établissement de nouvelles industries sera favorisé par une politique douanière rationnelle, par l’obtention de matières premières à bon marché et par un bureau de statistique industrielle publiant ses travaux.
L’esprit d’entreprise peut être stimulé de saine façon. Les hardiesses spéculatives sans méthode doivent être évitées. L’établissement de nouvelles industries est rendu public en temps opportun, de sorte que les entrepreneurs qui s’avisent, six mois plus tard, de se consacrer à une industrie donnée, ne soient pas entraînés dans la crise, dans la misère. Comme le but de tout nouvel établissement doit être porté à la connaissance de la Société, la situation des affaires industrielles peut, en tout temps, être exactement connue de chacun.
En outre, on procure aux entrepreneurs les bras ouvriers centralisés. L’entrepreneur s’adresse au bureau central de placement, qui, pour ses bons offices, ne percevra qu’un droit nécessaire à son propre entretien. L’entrepreneur télégraphie: «J’ai besoin demain, pour trois jours, trois semaines, ou trois mois, de cinq cents _unskilleds_». Et demain arrivent à son exploitation agricole ou industrielle les 500 ouvriers demandés, que le bureau central de placement réunit en les faisant venir de partout où ils sont disponibles. Le primitif et lourd système de la _Sachsengaengerei_[5] se transforme ici en une institution judicieuse, militairement organisée. Il va sans dire qu’on ne fournit pas des esclaves de travail, mais seulement des ouvriers travaillant sept heures par jour, qui conservent leur organisation spéciale, et pour qui, même lorsqu’ils changent de localité, le temps de service continue, avec ses grades, avancement, et droit à la retraite. L’entrepreneur particulier a aussi la faculté de se procurer ailleurs ses bras ouvriers, s’il le veut. Mais il le pourra difficilement. La Société saura empêcher que l’on attire dans le pays des esclaves de travail non Juifs par un certain boycottage des industriels récalcitrants, par des difficultés apportées à la circulation et autres de même nature. Il faudra donc prendre des ouvriers de sept heures. Et c’est ainsi que nous nous approchons presque sans effort de la journée normale de sept heures de travail.
[5] Mot intraduisible qui signifie à peu près: les «allées et venues des Saxons», et qui se dit par allusion au déplacement des ouvriers agricoles saxons et elbiens qui vont annuellement faire les moissons dans l’Allemagne du Sud.
LES ARTISANS
Inutile d’ajouter que ce qui est vrai des _unskilleds_ l’est aussi et à plus forte raison des artisans. Les ouvriers des fabriques peuvent, eux aussi, être compris dans la même catégorie. Le bureau central de placement les procure également.
En ce qui concerne les artisans établis, les petits maîtres--que nous cultiverons soigneusement en vue des futurs progrès de la technique, à qui nous inculquerons des connaissances technologiques même lorsqu’ils ne seront plus des jeunes gens, et à l’usage desquels des fils électriques conduiront la force hydraulique et la lumière--ces ouvriers indépendants devront également être cherchés et trouvés par le bureau central de placement de la Société. Ici, le groupe local s’adresse au bureau central: «Nous avons besoin de tant et tant de menuisiers, de serruriers, de verriers, etc.» Le bureau publie cette indication. Les hommes s’annoncent. Ils partent avec leurs familles pour la localité où l’on a besoin d’eux et y restent à demeure, nullement écrasés par une concurrence mal ordonnée. La patrie durable et bonne est née pour eux.
L’OPÉRATION FINANCIÈRE
On a supposé, comme capital social de la _Jewish Company_, une somme fantastique. Le chiffre véritablement nécessaire devra être fixé par des spécialistes financiers. Il sera, en tous les cas, énorme. Comment cette somme peut-elle être réunie? Elle peut l’être par trois moyens différents, que la Société aura à examiner. La Société, cette grande personne morale, le _Gestor_ des Juifs, se compose de nos hommes les plus purs, les meilleurs, qui ne peuvent ni ne doivent tirer aucun profit matériel de l’affaire. Bien qu’au commencement la Société ne dispose que d’une autorité morale, celle-ci suffira cependant pour accréditer la _Jewish Company_ auprès du peuple juif. La _Jewish Company_ n’aura vraiment des chances de réussite commerciale que lorsqu’elle aura reçu en quelque sorte l’estampille de la Société. Pour former la _Jewish Company_, il ne suffira donc pas qu’un groupe quelconque de financiers se réunissent. La Société examinera, choisira, décidera, et, avant de donner son approbation à la fondation, elle s’entourera de toutes les garanties nécessaires à la réalisation consciencieuse du projet. Il ne saurait être fait des expériences avec des forces insuffisantes, car cette entreprise doit réussir du premier coup. L’insuccès de la chose compromettrait l’idée pour des années et peut-être la rendrait pour toujours impossible.
Les trois moyens par lesquels on peut réunir le capital social sont: 1º la haute banque; 2º la banque intermédiaire; 3º une souscription nationale.
La fondation par la haute banque serait la plus facile, la plus rapide et la plus sûre. L’argent nécessaire peut être trouvé dans le plus bref délai, au sein des grands groupes financiers existants, par simple délibération. Cela aurait le grand avantage que le milliard--pour nous en tenir à ce chiffre supposé--n’aurait pas besoin d’être versé immédiatement en totalité. Il aurait en outre cet autre avantage que le crédit de ces très importants groupes financiers serait acquis à l’entreprise.
Dans la puissance financière juive sommeillent encore beaucoup de forces politiques inutilisées. Cette puissance financière est représentée par les ennemis du judaïsme, comme étant aussi active qu’elle pourrait être, ce qu’elle n’est pas en réalité. Les Juifs pauvres n’éprouvent que la haine que provoque cette puissance financière, mais le profit, l’allègement de leurs maux qui pourrait en résulter, les Juifs pauvres ne l’ont pas. Le crédit des grands Juifs de la finance devrait être mis au service de l’idée nationale. Mais si ces messieurs, naturellement très satisfaits de leur situation, n’éprouvent pas le besoin de faire quelque chose pour leurs frères de race, que l’on rend, à tort, responsables des grandes fortunes de quelques-uns, alors la réalisation de ce projet offrira l’occasion d’effectuer une séparation marquée entre eux et le reste du judaïsme.
La haute banque ne sera d’ailleurs nullement invitée à fournir, par bienfaisance, une somme aussi énorme. Ce serait une folle prétention. Les fondateurs et actionnaires de la _Jewish Company_ doivent bien plutôt faire une bonne affaire, et ils pourront d’avance juger des chances en perspective. Car la _Society of Jews_ sera en possession des documents propres à leur permettre de se rendre un compte exact de l’avenir réservé à la Compagnie. La _Society of Jews_ aura étudié avec soin l’étendue du nouveau mouvement juif et sera à même de faire connaître d’une façon absolument sûre aux fondateurs de la Compagnie quelle sera la participation sur laquelle celle-ci pourra compter. Par l’établissement de la nouvelle statistique universelle des Juifs, la Société accomplira pour la Compagnie des travaux analogues à ceux que les «Sociétés d’études» ont l’habitude d’exécuter en France, avant que l’on passe à l’opération financière d’une grande entreprise.
Néanmoins, la chose n’aura peut-être pas le précieux suffrage des magnats de la finance juive. Ceux-ci essaieront peut-être même, par leurs valets et leurs agents secrets, d’engager la lutte contre notre mouvement. Une pareille lutte, nous la soutiendrions, comme toutes celles qui pourraient nous être imposées, avec une âpreté exempte de tout ménagement.
Les magnats de la finance se contenteront peut-être aussi d’expédier l’affaire par un sourire d’excuse.
Elle est réglée par cela?
Non pas!