L'État juif

Part 4

Chapter 43,659 wordsPublic domain

L’Argentine est un des pays naturellement les plus riches de la terre, d’une superficie colossale, avec une faible population et un climat tempéré. La République Argentine aurait le plus grand intérêt à nous céder un morceau de territoire. L’actuelle infiltration juive y a produit, il est vrai, de la mauvaise humeur. Il faudrait donc expliquer à la République Argentine la différence essentielle de la nouvelle migration juive.

La Palestine est notre inoubliable patrie historique. Ce nom seul serait un cri de ralliement puissamment empoignant pour notre peuple. Si Sa Majesté le Sultan nous donnait la Palestine, nous pourrions nous faire forts de régler complètement les finances de la Turquie. Pour l’Europe, nous constituerions là-bas un morceau du rempart contre l’Asie, nous serions la sentinelle avancée de la civilisation contre la barbarie. Nous demeurerions, comme État neutre, en rapports constants avec toute l’Europe, qui devrait garantir notre existence. En ce qui concerne les Saints Lieux de la chrétienté, on pourrait trouver une forme d’exterritorialité en harmonie avec le droit international. Nous formerions la garde d’honneur autour des Saints Lieux et garantirions de notre existence l’accomplissement de ce devoir. Cette garde d’honneur serait pour nous le grand symbole de la solution de la question juive, après dix-huit siècles de cruelles souffrances.

LE BESOIN, L’ORGANE, LES RELATIONS

Dans l’avant-dernier chapitre, j’ai dit: «La _Jewish Company_ organise les relations économiques dans le nouveau pays.» A cela je crois devoir ajouter quelques éclaircissements. Un projet comme le présent est menacé dans sa base si les gens «pratiques» se prononcent contre lui. Or, les gens pratiques ne sont, en général, que des routiniers, incapables de sortir d’un cercle étroit d’idées surannées. Mais leur opposition est d’un grand poids et peut beaucoup nuire au nouveau, tout au moins aussi longtemps que le nouveau lui-même n’est pas assez fort pour jeter par-dessus bord les «gens pratiques» avec leurs idées caduques.

Lorsque le temps des chemins de fer fut arrivé pour l’Europe, il se trouva des «gens pratiques» qui dénoncèrent la construction de certaines lignes comme insensée, «parce qu’il n’y avait pas même assez de voyageurs pour la diligence». On ne connaissait pas encore, alors, cette vérité qui aujourd’hui nous apparaît comme élémentaire: à savoir que ce ne sont pas les voyageurs qui font surgir le chemin de fer; mais que c’est, au contraire, le chemin de fer qui fait surgir les voyageurs, en admettant sans doute comme reconnue l’existence du besoin qui sommeille.

Dans la catégorie de ces doutes «pratiques» qui précédèrent l’établissement des chemins de fer, appartiendront les hésitations de ceux qui ne peuvent pas se représenter comment, dans le nouveau pays, encore à acquérir, à cultiver, doivent s’établir les relations économiques parmi les nouveaux venus.

Un homme pratique dira à peu près ce qui suit:

«En admettant que la situation présente des Juifs soit, dans beaucoup d’endroits, intenable et qu’elle doive empirer de plus en plus, en admettant même que les Juifs émigrent dans le nouveau pays, comment y gagneront-ils et qu’y gagneront-ils? De quoi vivront-ils? Les relations économiques parmi beaucoup de gens ne se laissent cependant pas organiser artificiellement du jour au lendemain.»

A cela je réponds: Il ne saurait être question de l’établissement artificiel de relations économiques et encore moins d’un pareil établissement s’effectuant du jour au lendemain. Mais s’il est vrai que les relations économiques ne peuvent pas s’organiser, il y a cependant moyen de les activer. Par quoi? Par l’organe d’un besoin. Le besoin veut être reconnu, l’organe demande à être créé, après quoi les relations s’établissent toutes seules.

Si le besoin qu’éprouvent les Juifs de se trouver dans une meilleure situation est véritable, profond, si l’organe à créer de ce besoin, la _Jewish Company_, est suffisamment puissant, les relations économiques s’établiront en abondance dans le nouveau pays.

Cela se trouve sans doute dans l’avenir, de même que se trouvait dans l’avenir, pour la génération de 1830, le développement des services de chemins de fer. Les chemins de fer furent cependant construits. On a heureusement passé par-dessus les doutes des hommes pratiques de la diligence.

CHAPITRE II

LA JEWISH COMPANY

TRAITS PRINCIPAUX

La _Jewish Company_ est en partie conçue d’après le modèle des grandes compagnies territoriales--une _Chartered Company_ juive, si l’on veut. Seulement, elle ne jouit pas du droit de souveraineté et elle ne poursuit pas seulement des buts coloniaux.

La _Jewish Company_ est constituée en société par actions sur la base subjective du droit anglais, en conformité des lois et sous la protection de l’Angleterre. Le siège principal est à Londres. Je ne saurais dire, présentement, à combien doit se monter le capital social. Nos nombreux spécialistes financiers en feront le calcul. Mais, pour ne pas employer des expressions vagues, j’en fixe arbitrairement le chiffre à un milliard de marks. Ce sera peut-être plus, peut-être moins. De la forme de l’opération financière par laquelle les fonds seront réunis--opération qui sera examinée plus loin--dépendra la fraction de la grande somme devant être effectivement versée lors de la mise en train.

La _Jewish Company_ est une institution de transition. Elle est une entreprise purement industrielle, qui reste toujours soigneusement distincte de la _Society of Jews_.

La _Jewish Company_ a tout d’abord la mission de liquider les biens immobiliers des Juifs qui se retirent. La façon dont cela est fait préserve des crises, assure à chacun ce qui lui appartient et rend possible cette migration intérieure des concitoyens chrétiens qui a déjà été indiquée.

AFFAIRES IMMOBILIÈRES

Les immeubles en question sont des maisons, des biens-fonds et la clientèle locale des maisons de commerce. Tout d’abord la _Jewish Company_ se déclarera seulement prête à servir d’intermédiaire pour la vente de ces immeubles. Car, dans les premiers temps, les ventes des Juifs auront lieu de gré à gré et sans une grande baisse dans les prix. Les succursales de la Compagnie se transformeront dans chaque ville en bureaux centraux pour la vente des biens juifs. Chaque succursale ne prélèvera à cet effet que la commission nécessaire à son entretien.

Maintenant, il peut se faire que le développement de la situation produise une dépression des prix, et que, par suite, survienne une impossibilité de vente. Dans cette période, le rôle de la Compagnie, qui n’avait d’abord consisté qu’à servir d’intermédiaire pour la vente des biens, s’élargit. La Compagnie devient administratrice des immeubles abandonnés et attend, pour reprendre leur vente, une époque plus favorable.

Elle perçoit les loyers des immeubles, afferme les terres et institue des gérants pour les maisons de commerce, autant que possible également sous forme d’affermage, à cause des soins nécessités. La Compagnie aura partout tendance à faciliter à ces fermiers--des chrétiens--l’acquisition de la propriété. Elle pourvoira surtout entièrement, peu à peu, ses établissements européens d’employés et de représentants (avocats, etc.) chrétiens. Et ceux-ci ne devront aucunement devenir les valets des Juifs. Ils serviront pour ainsi dire de libre contrôle à la population chrétienne afin que tout s’y passe correctement, qu’il soit agi honnêtement et de bonne foi, et que nulle part ne se produise un ébranlement intentionnel dans le bien-être public.

En même temps, la Compagnie figurera comme vendeuse de biens ou plutôt comme échangeuse. Elle donnera une maison pour une maison, une terre pour une terre, et cela «là-bas». Il faut, autant que possible, que tout y soit transplanté comme si c’était «ici». Et, de ce fait, une source de bénéfices considérables et licites s’ouvre pour la Compagnie. Elle donnera «là-bas» de belles maisons modernes, pourvues de tout le confort, et de bonnes terres, qui coûteront cependant beaucoup moins cher, car elle aura acquis à bon marché le fonds et le tréfonds.

L’ACHAT DE LA TERRE

Le pays à assurer à la _Society of Jews_, sur la base du droit international, peut naturellement aussi être acquis par la voie du droit privé.

Les mesures à prendre par les particuliers en vue du déplacement n’entrent pas dans ce travail. Mais la Compagnie a besoin de grandes étendues de terre pour elle et pour nous. Elle s’assurera le sol nécessaire par un achat considérable. Il s’agira principalement de faire l’acquisition des biens domaniaux de l’actuelle autorité souveraine. Le but est d’arriver, «là-bas», à entrer en possession de la terre sans pousser les prix à une hauteur vertigineuse, de même qu’on vend «ici» sans dépréciation des biens. Une élévation excessive des prix n’est d’ailleurs pas à craindre, car la valeur de la terre, c’est d’abord la Compagnie qui l’apporte, puisque c’est elle qui dirige la colonisation, et cela, d’accord avec la _Society of Jews_, qui surveille.

La Compagnie cédera à ses employés des terrains à bâtir à bon marché, leur accordera, pour la construction de leurs belles demeures, des prêts amortissables, qu’elle déduira de leurs appointements ou qu’elle portera en compte peu à peu comme augmentation. Ce sera là, à côté des honneurs qu’ils attendent, une forme de récompense pour leurs services.

L’énorme bénéfice résultant de la spéculation de la terre devra revenir tout entier à la Compagnie, parce qu’elle doit recevoir pour les risques une prime indéterminée, comme tout autre entrepreneur. Là où il y a un risque dans l’entreprise, il faut que le bénéfice de l’entrepreneur soit généreusement favorisé. Mais aussi ce bénéfice excessif n’est-il tolérable que là seulement. La corrélation de risque et prime renferme la moralité financière.

LES CONSTRUCTIONS

La Compagnie échangera donc des maisons et des terres. Elle gagnera et doit gagner sur les fonds et le tréfonds. Cela est clair pour quiconque a observé, n’importe quand, l’augmentation de la valeur du sol par les travaux de la civilisation.

Cela se voit surtout dans les enclaves entre les villes et la campagne. Des terrains non cultivés augmentent de valeur par la couronne touffue d’œuvres de toutes natures que va tressant, autour d’eux, le progrès ascendant. Une spéculation de terrains géniale, dans sa simplicité, a été celle des hommes qui ont agrandi Paris. Ils ne construisirent pas dans le voisinage immédiat des dernières maisons de la ville. Mais, après avoir acheté les terrains attenants, ils commencèrent à élever des immeubles à la bordure extrême. Par cette façon inverse de bâtir, la valeur des lots de terrain augmenta rapidement, et, au lieu de construire toujours les dernières maisons de la ville, ils ne construisirent plus, une fois la bordure terminée, qu’à l’intérieur, c’est-à-dire sur des terrains de prix.

La Compagnie construira-t-elle elle-même ou donnera-t-elle ses ordres à des architectes privés? Elle peut faire et fera l’un et l’autre. Elle a, comme on le verra bientôt, une puissante réserve de forces actives--ne devant absolument pas être exploitées d’après le système capitaliste--qui se trouvent placées dans les heureuses et sereines conditions de la vie, et qui, néanmoins, ne seront pas chères. Quant aux matériaux de construction, nos géologues y ont pourvu en cherchant les emplacements pour les villes.

Quel sera maintenant le principe qui prévaudra dans la construction?

HABITATIONS OUVRIÈRES

Les habitations ouvrières (j’entends par là les habitations de tous les ouvriers) doivent être établies par les ouvriers eux-mêmes. Je ne pense en aucune façon aux tristes casernes ouvrières des villes européennes, ni aux misérables cabanes qui se trouvent rangées autour des fabriques. Nos maisons ouvrières doivent, elles aussi, à la vérité, avoir l’air uniformes parce que la Compagnie ne peut construire à bon marché que si elle produit les matériaux par grandes masses. Mais ces maisons individuelles avec leurs jardinets doivent, dans chaque endroit, constituer, par leur réunion, de beaux corps d’ensemble. La nature de la contrée stimulera l’heureux génie de nos jeunes architectes qui ne sont point esclaves de la routine, et, même en admettant que le peuple ne comprenne pas la grande inspiration qui domine le tout, il se sentira néanmoins à son aise dans ce léger groupement. Le temple, qui surgira au centre, y sera visible de loin, car ce n’est, en somme, que la vieille foi qui nous conserve unis. Des écoles claires et saines, munies de tout le matériel d’enseignement moderne, donneront l’instruction et l’éducation à l’enfance. Puis, des écoles de perfectionnement professionnel, qui, poursuivant des buts supérieurs, rendront le simple ouvrier capable d’acquérir des connaissances technologiques et lui permettront de se familiariser avec la mécanique. Enfin, il y aura des maisons de récréation pour le peuple, que la _Society of Jews_ dirigera d’en haut, en vue de la moralité.

Il ne s’agit, d’ailleurs, maintenant, que des bâtiments et non de ce qui se passera en eux.

La Compagnie construira les demeures ouvrières à bon marché, dis-je. Non seulement parce que tous les matériaux seront présents en quantité, non seulement parce que le terrain appartiendra à la Compagnie, mais aussi parce qu’elle n’aura pas a payer les ouvriers pour cela.

Les _farmers_, en Amérique, ont pour système de s’aider réciproquement dans la construction de leurs maisons. Ce système bon enfant--lourd comme les _block-houses_ qui en sont la conséquence--peut être amélioré beaucoup.

LES OUVRIERS NON PROFESSIONNELS («UNSKILLED LABOURERS»)

Nos ouvriers non professionnels (c’est-à-dire les ouvriers qui n’ont point fait d’apprentissage), lesquels viendront tout d’abord du grand réservoir russo-roumain, devront, de même, se bâtir réciproquement leurs maisons. Nous n’aurons pas, pour commencer, de fer à nous, et nous devrons aussi construire avec du bois.

Cela changera plus tard, et les pauvres constructions de nécessité des premiers temps seront alors remplacées par des constructions meilleures.

Nos _unskilled labourers_ se construiront tout d’abord réciproquement des logis, en apprenant à le faire, au préalable. Cependant, par le travail, ils acquerront la propriété des maisons--pas tout de suite, sans doute, mais en se conduisant bien pendant une période de trois ans. De la sorte, nous obtiendrons des hommes zélés, habiles. Et un homme qui a travaillé trois années durant, en observant une bonne discipline, est formé pour la vie.

Je viens de dire que la Compagnie n’aura pas besoin de payer ses _unskilleds_. Oui, mais alors de quoi vivront-ils?

Je suis en général opposé au _truck-system_ (système du troc). Mais avec nos premiers colons, il devrait cependant être employé. La Compagnie s’occupera d’eux sous tant de rapports, qu’elle pourra bien aussi les entretenir. Le _truck-system_ ne devra demeurer en vigueur que pendant les premières années seulement. Il sera d’ailleurs un bienfait pour les ouvriers, en ce sens qu’il empêchera leur exploitation par les détaillants et les cabaretiers. Mais la Compagnie rend ainsi, d’avance, impossible à nos petites gens la pratique du colportage, qu’ils n’avaient du reste embrassé «ici» que forcés par les vicissitudes historiques. Et elle tient dans sa main les ivrognes et les mauvais garnements. Alors, dans les premiers temps de la prise de possession du pays, il n’y aura donc pas de salaires?

Si fait: des _sursalaires_.

LA JOURNÉE DE SEPT HEURES

La journée de travail normale est la journée de sept heures! Cela ne signifie pas que l’on coupe des arbres, que l’on creuse la terre, que l’on transporte des pierres, bref que l’on fasse les innombrables travaux qui sont à faire seulement pendant sept heures par jour. Non. On travaillera quatorze heures. Mais les équipes d’ouvriers se relaieront toutes les trois heures et demie. L’organisation sera toute militaire, avec des grades, de l’avancement et des retraites. Il sera dit plus tard où devra être pris l’argent pour les pensions.

En trois heures et demie, un homme sain peut fournir beaucoup de travail concentré. Après une pause de trois heures et demie, qu’il consacre à son repos, à sa famille, à son perfectionnement professionnel, il se trouve de nouveau tout dispos. De telles forces actives peuvent faire des miracles.

La journée de travail de sept heures! Elle rend possible quatorze heures de travail ordinaire. C’est tout ce que peut contenir la journée.

J’ai du reste la conviction que la journée de sept heures est complètement réalisable. On connaît les expériences qui ont été faites en Belgique et en Angleterre. Certains sociologues avancés prétendent que la journée de cinq heures serait tout à fait suffisante. La _Society of Jews_ et la _Jewish Company_ feront à ce sujet de nouvelles et abondantes expériences--qui profiteront aussi aux autres peuples--et s’il est prouvé que la journée de sept heures est pratiquement possible, notre futur État l’adoptera comme journée normale légale.

La Compagnie seule accordera constamment à son personnel la journée de sept heures. Elle pourra aussi toujours le faire.

Mais nous avons besoin de la journée de sept heures comme cri de ralliement universel pour nos gens qui, on le sait, doivent venir de leur propre gré. Ce doit être vraiment la Terre Promise...

Celui donc qui travaillera plus de sept heures recevra un salaire complémentaire en argent. Comme tous ses besoins sont couverts, et que les invalides de sa famille sont pourvus par les établissements de bienfaisance, centralisés par leur transfert dans le nouveau pays, il peut par conséquent épargner quelque chose. Nous stimulerons l’instinct de l’épargne, du reste déjà développé chez les gens de notre race, parce qu’il facilite l’élévation de l’individu aux couches supérieures, et parce que nous nous ménageons, par là, une énorme réserve de capitaux pour de futurs emprunts.

Le surplus de la journée de sept heures ne doit pas dépasser trois heures, et encore, il ne peut s’effectuer qu’après l’avis conforme de médecins. Car, dans la vie nouvelle, nos gens aborderont courageusement le travail, et le monde verra alors seulement quel peuple laborieux nous sommes.

Je n’expose pas, quant à présent, le fonctionnement du _truck-system_ chez les premiers occupants (bons, etc.), pas plus d’ailleurs que je n’expose nombre d’autres détails, pour ne pas troubler le lecteur.

Les femmes ne seront point admises aux lourds travaux et ne devront pas faire d’heures supplémentaires.

Les femmes enceintes seront dispensées de tout travail et recevront du _truck_ une nourriture très abondante. Car nous avons besoin, pour l’avenir, de fortes générations.

Nous élèverons tout de suite les enfants dès le commencement, comme nous l’entendons. Je ne m’étends pas là-dessus pour l’instant.

Ce que je viens de dire à propos des demeures ouvrières des _unskilleds_ et de leur manière de vivre est tout aussi peu une utopie que le reste. Tout cela existe déjà dans la réalité, mais infiniment petit, inaperçu, incompris. Pour la solution de la question juive, l’«Assistance par le travail», que j’ai appris à connaître et à comprendre à Paris, m’a été d’une grande utilité.

L’ASSISTANCE PAR LE TRAVAIL

L’Assistance par le travail, comme elle existe actuellement à Paris et dans différentes villes de France, en Angleterre, en Suisse et en Amérique, est quelque chose de chétivement petit. Cependant, il est possible d’en faire quelque chose de très grand.

Qu’est-ce que l’Assistance par le travail?

Le principe est que l’on donne du travail à tout _unskilled_ besogneux, un travail facile, n’exigeant aucun apprentissage, comme par exemple faire du petit bois, confectionner des «margotins» (lesquels dans les ménages parisiens servent à allumer le feu). C’est une espèce de travail de prisonniers avant le crime, c’est-à-dire sans l’infamie. Personne n’a plus besoin de devenir criminel par nécessité, s’il veut travailler. Aucun suicide ayant la faim pour cause ne doit plus être commis. C’est là, d’ailleurs, l’un des pires stigmates d’une civilisation où, de la table des riches, l’on jette aux chiens des friandises.

L’Assistance par le travail donne par conséquent du travail à chacun. A-t-elle donc un débouché pour les produits? Non. Tout au moins, elle n’a pas de débouché suffisant. Voilà le vice de l’organisation existante. Cette assistance travaille toujours avec perte. Assurément, elle s’y attend. Car c’est un établissement de bienfaisance. L’aumône se présente comme la différence entre les frais avoués et le produit de la vente. Au lieu de donner deux sous au mendiant, elle lui donne un travail sur lequel elle perd deux sous. Mais le mendiant loqueteux, qui est devenu un noble ouvrier, gagne 1 fr. 50. Pour 10 centimes, 150! Cela s’appelle multiplier quinze fois une bienfaisance qui a cessé d’être humiliante. Cela s’appelle faire d’un milliard quinze milliards.

Il est vrai que l’Assistance perd les 10 centimes, tandis que la _Jewish Company_, elle, non seulement ne perdra pas le milliard, mais réalisera des bénéfices gigantesques.

A cela, il faut ajouter le côté moral. Grâce à la petite Assistance, telle qu’elle existe à l’heure présente, s’opère déjà le relèvement moral par le travail, jusqu’à ce que l’homme sans occupation ait trouvé un emploi conforme à ses capacités dans son ancienne profession ou dans une nouvelle. Il a tous les jours quelques heures de libres pour chercher. Et l’Assistance sert elle-même d’intermédiaire.

L’inconvénient de la petite institution existante est qu’il ne faut pas faire de concurrence aux marchands de bois, etc. Les marchands de bois sont électeurs, ils crieraient, et ils auraient raison! Il ne faut pas davantage faire concurrence au travail des maisons de détention. L’État doit occuper et entretenir ses criminels.

Il sera surtout difficile, dans une vieille société, de faire de la place à l’Assistance par le travail.

Mais dans notre société nouvelle! Il nous faut avant tout une quantité énorme d’_unskilled labourers_ pour nos travaux de prise de possession: routes, déboisements, élévations de terrain, chemins de fer, télégraphes, etc. Tout cela aura lieu en conformité d’un grand plan préalablement établi.

LE MARCHÉ

En faisant passer le travail dans le nouveau pays, nous y apporterons en même temps aussi le marché. Sans doute, pour commencer, seulement un marché des premiers besoins de la vie, bétail, blé, vêtements d’ouvriers, outils, armes, et ainsi de suite. Tout d’abord, nous ferons nos emplettes dans les États voisins ou en Europe. Mais après, nous nous rendrons le plus tôt possible indépendants. Les entrepreneurs juifs se seront rapidement rendu compte des chances qui s’offrent à eux.

Peu à peu, par l’armée des employés de la Compagnie, des besoins plus raffinés seront importés. (Au nombre des employés je compte aussi les officiers des troupes de police, qui devront toujours représenter à peu près la dixième partie des immigrés mâles. Ce qui sera suffisant pour faire face aux mutineries des mauvais éléments, car l’immense majorité est composée de gens paisibles.)

Les besoins raffinés des employés bien placés produiront de nouveau un marché plus riche, qui ira en se développant. Dès qu’ils se seront créé un chez eux, les hommes mariés feront venir leurs familles; les célibataires, leurs parents et leurs frères et sœurs. Nous voyons parfaitement ce mouvement chez les Juifs qui émigrent aux États-Unis. Dès que l’un d’eux a du pain à manger, il fait venir les siens. Les liens de la famille sont si forts dans le judaïsme! La Société et la Compagnie agiront de concert pour fortifier et élever encore davantage la famille.

Je ne parle pas ici du côté moral, cela va de soi, mais du côté matériel. Les employés auront une indemnité pour leurs femmes et leurs enfants. Nous avons besoin de gens, de tous ceux qui sont là et de tous ceux qui viendront après.

AUTRE CATÉGORIE D’HABITATIONS