L'Afrique centrale française

Part 9

Chapter 93,835 wordsPublic domain

Les cases de la soukala, au nombre de 2 à 10, sont réunies autour d’une cour assez vaste, ordinairement plane[23]. Le sol de cette cour est ordinairement nu et la terre battue. Cependant on trouve quelquefois au milieu un arbuste sur lequel grimpent des ignames, des _Lagenaria_, des _Luffa_. Çà et là aussi, des touffes de plantes fétiches[24], le plus souvent des euphorbes cactiformes ; puis quelques pierres servant de foyer ou d’aiguisoir, des marmites où l’on prépare les aliments et le sel. Chaque femme sait faire elle-même ces poteries : elle pétrit l’argile à la main, la moule dans des cavités creusées dans le sol, l’ornemente à l’aide d’un manche en bois sculpté, puis cuit ces vases à grand feu. Au milieu de la cour, on voit souvent une petite case où le noir se repose dans la journée, sorte de hangar à claire-voie, à toiture souvent ronde ou conique : c’est le kimbiri. Parfois le mil est amoncelé dans des greniers surélevés de 0m,50 à 0m,80, arrondis, à murs de clayonnage, à toiture conique en paille. Les Mbis appellent ces magasins, assez semblables à ceux des Wolofs, des ndenda yourou. Dans ce même espace on construit à la fin de l’hivernage un mur en baguettes de bois tressées ou retenues par des lianes et, aussitôt après la récolte, on y met les épis de maïs. Ils y sèchent parfaitement, même quand le temps est pluvieux, sans que l’on ait à craindre les terribles ennemis des provisions de grains, insectes ou rongeurs. En ce moment on voit partout de ces espaliers (yoyo bonya) et les cases luttent à qui possèdera le plus grand. Ordinairement ils ont 5 mètres de haut sur 6 à 10 mètres de long, dimension dépassée par celui de Griko. Autour de tout cela, quantité de poules et de cabris qu’on rentre la nuit dans les cases. Quand il y a une grande termitière à proximité, on y perce un trou et on y loge les poulets : nouvelle utilisation de ces chambres souterraines qui ailleurs servent de four à cuire le pain et de magasin pour la récolte du salpêtre.

Les cases des Mbis, d’aspect très élégant, sont de forme circulaire ; le sommet, non conique, mais arrondi, est souvent dépassé par une pointe de 0m,50 à 1 mètre. Le diamètre varie de 4 à 8 mètres, et la hauteur maximum, de 4 à 6. Les murs, en pisé, s’élèvent à peine de 0m,50 au- dessus du sol, mais le plus souvent, l’intérieur est creusé de 0m,50 à 1 mètre. On pénètre à l’intérieur par une seule porte étroite, haute à peine de 0m,30 à 0m,60 au-dessus du niveau extérieur du sol. Cette porte est pratiquée dans une sorte d’auvent en saillie de 0m,40 et est aussi recouverte de paille : en retroussant cette paille on peut, en se courbant, s’épargner de ramper pour entrer. L’intérieur est souvent divisé en 2 ou 3 compartiments par des piquets. Lorsqu’un chef important possède plusieurs femmes, chacune a d’ordinaire une case avec les enfants qui lui sont propres.

Après cette randonnée, je restai près de 3 semaines à Fort-Sibut, retenu par la récolte et la préparation des plantes dont la plupart sont en fleurs à cette époque. J’ai ainsi réuni près de 400 espèces dans les environs immédiats du poste. Quelques accès de fièvre contribuèrent encore à retarder le voyage que j’avais projeté vers la Haute-Ombella. Je ne pus partir vers l’E. que le soir du 18 octobre, accompagné de 12 porteurs. L’étape fut courte[25], 7 à 8 kilomètres à peine, à travers les hautes herbes, la brousse claire, les épaisses galeries, et bientôt nous arrivions chez Okomekiou, où j’eus la bonne fortune d’assister à la fabrication du sel indigène avec les cendres de la _Lippia_ et de l’_Eleusine indica_.

Le lendemain 19 octobre nous nous mîmes en route dès 5 heures du matin. Les nuits étant notablement plus froides depuis 48 heures, une abondante rosée recouvre les plantes et rend la marche assez pénible, moins toutefois que la chaleur de midi. Durant cette matinée, le soleil ne parut pas, sans pourtant que le temps fût lourd. A 10 heures, on entend au lointain quelques faibles coups de tonnerre ; à 11 heures et demie l’eau tomba, doucement d’abord, puis avec intensité ; enfin le ciel s’éclaircit vers midi.

Ce sont les derniers jours de l’hivernage. Une grande partie des arbres ont perdu leur belle teinte verte et les feuilles jaunissent ; dans la brousse où mûrissent les graines des Andropogonées, certaines places sont déjà brûlées le long des sentiers. Le pays présente toujours les mêmes grandes tables de latérite, entaillées tous les 50 à 60 mètres par de petits ruisseaux qui rendent la marche très pénible. Ils n’ont pourtant le plus souvent que 2 à 4 mètres de large avec une profondeur (à cette époque, 19 octobre) de 20 à 40 centimètres. Mais il n’est point rare que ces rivières lilliputiennes présentent des escarpements élevés de plus de 20 mètres au-dessus du niveau des fortes crues ; presque toujours l’une des berges est beaucoup plus haute que l’autre et forme le rebord d’une table rocheuse. De plus ces versants abrupts sont couverts d’un fouillis de souches et de racines, d’arbres tombés, à travers lesquels on a peine à conduire le cheval. Une végétation abondante et variée enveloppe ces marigots depuis les gigantesques cailcédrats et fromagers jusqu’aux humbles acanthacées. Les vieux troncs d’arbres et les rocs sont tout enveloppés de mousses spéciales à cette station dont la fraîcheur est encore embellie par les broderies que forment les frondaisons de fougères les plus diverses. Parfois d’élégants petits _Dracæna_ ou les hautes ramures du Kokoro[26], dont les cymes florales d’un blanc éclatant dissimulent le feuillage. En dehors de ces galeries, les arbres de la brousse sont très clairsemés (Tamariniers).

Si difficile que soit le chemin dans ces abords, il est pourtant assez fréquenté à en juger par la largeur de la piste et par la rencontre d’une vingtaine de voyageurs chargés de farine de manioc ou de mil pour le poste. Nous traversons quelques villages presque déserts : Gono, Viamba, Diapira ; enfin, à 11 heures et demie, nous arrivons chez Ouaka qui s’enfuit à notre approche. Son village se compose de 5 cases et d’un hangar. Il est impossible d’évaluer de prime abord la richesse de ces agglomérations. Les cultures de patates semblent étendues, mais le noir a soin de les pratiquer dans la brousse. Au pourtour de son habitation, il ne plante guère que du gombo, l’acanthacée salifère et surtout du tabac[27]. De même, il cache en quelque lieu ignoré ses poulets, ses cabris. Les chiens, au contraire, errent autour des cases ainsi que souvent des couvées de pintades.

Le 20 octobre, nous partons à 6 h.40 sous un ciel découvert qui promet une grande chaleur. Nous allons marcher toute cette journée vers le S.-S.-O, par un étroit sentier qui disparaît souvent sous les hautes herbes toutes humides de rosée et que les éléphants semblent suivre plus souvent que les indigènes. Nous traversons d’abord des terrains plats où sont disséminées les cultures d’Ouaka et de ses hommes, soit 3 ou 4 hectares de patates et de sorgho. Les patates appartiennent toutes à l’espèce à tiges rampantes et à feuilles entières cordiformes. Elles sont soigneusement sarclées et butées. Je suis surpris de voir le mil si peu avancé : il n’épie pas encore et pourtant les pluies semblent près de prendre fin. Le terrain devient ensuite rocheux ; on rencontre de grandes tables de gneiss complètement nues où les indigènes viennent sécher leur farine de manioc.

Puis à 4 kilomètres et demi d’Ouaka, une grande plaine basse succède à la brousse, ou plutôt un marais à hautes cypéracées, avec quelques _Phœnix_. On y observe des dépressions, mais l’eau semble n’avoir que peu d’écoulement. A 10 heures, nous franchissons le marigot de Yalli, large de 3 mètres et profond de 0m,15 : les eaux coulent lentement sur le fond de sable. Dans l’ombre de la galerie, qui s’étend sur 200 mètres, j’ai rencontré un petit bambou rameur dont les chaumes s’élèvent jusqu’à 2m,50 de haut. Sur les graviers du lit, en un endroit bien abrité, se trouvent quelques touffes de _Colocasia antiquorum_ ?[28]. Des gousses d’Owala sont tombées sous le couvert de la galerie. Vers 11 heures, nous arrivons au marigot de Gouoro, profondément encaissé et coulant entre de gros blocs de pierre. Les filets d’eau, relativement profonds quelquefois (0m,25), vont d’un cours rapide vers le N.-O., vers la Tomi. Le lit est large de 8 mètres. A midi, j’ai étudié plus en détail le marigot d’Ounga, qui coule dans la direction N.-S.-S.-O. Ses rives extrêmement escarpées ont 15 mètres à pic sur la rive droite, 5 à 7 mètres sur la rive gauche. Le lit large de 5 mètres ne contient que 0m,10 d’une eau claire, très agréable. Elle court entre de gros blocs tabulaires ou arrondis de gneiss typique, dont la partie émergée est recouverte de mousses, de lichens, d’hépatiques. Parfois le lit est presque entièrement obstrué par ces rocs dont la plupart sont bien en place. Dans les endroits au cours plus lent, le fond est formé de graviers de quartz plus ou moins opaque, de roches granitoïdes et de la roche ferrugineuse dont quelques blocs çà et là se sont effondrés dans le ruisseau. Les bords sont peuplés de _Khaya africana_, et autres légumineuses[29].

L’après-midi, nous parcourons pendant 2 heures et demie une grande plaine marécageuse où abondent les traces des éléphants qui viennent pâturer autour des quelques _Phœnix_. A droite et à gauche, des Kagas dont les cimes dominent le pays d’une cinquantaine de mètres. Devant nous, vers le S.-O., se profilent des hauteurs boisées. La plaine elle- même n’est couverte que d’arbustes chétifs : _Vitex cuneata_, _Parinarium_, _Terminalia_, _Acridocarpus plagiopterus_. La pluie nous surprend à 5 heures et demie tandis que nous cheminons dans les hautes herbes et nous oblige à camper dans la brousse.

Nous n’étions malheureusement pas quittes à si bon marché. A 2 heures du matin, une tornade épouvantable éclata ; l’eau tomba à torrents de 3 à 4 heures, puis moins fort, mais sans interruption jusqu’à 8 heures et demie. Le débit du petit marigot près duquel nous nous étions arrêtés a triplé depuis hier soir. Inquiets de savoir si nous parviendrons à franchir l’Ombella dans ces conditions, nous partons cependant, le ciel s’étant complètement éclairci. Pendant une heure, c’est à travers des herbes hautes de 3 mètres qu’il nous faut tâcher de ne pas perdre notre sentier au milieu du dédale des pistes des éléphants. Puis nous arrivons dans une place à végétation moins puissante, l’herbe est même brûlée par endroits. Si lugubre que soit la vision des chaumes et des troncs noircis, on éprouve un certain soulagement à penser que la route va être moins difficile. Vain espoir ! les porteurs souffrent horriblement à marcher nu-pieds sur les chicots calcinés et le cheval lui-même a peine à avancer. Ces traversées sont d’ailleurs de courte durée. Nous escaladons un kaga dont les herbes ne sont pas brûlées, puis nous rencontrons l’emplacement d’un ancien village[30] du chef Oualiko (ou Ouariko) qui a émigré il y a quelques mois sur la rive droite de la Yambéré[31].

Nous entendons le fracas des chutes de la rivière, 200 ou 300 mètres avant d’y arriver. En ce moment, gonflée par les averses, c’est un véritable torrent. Elle mesure 15 mètres de large sur 1m,50 à 2 mètres de profondeur. Au coude où nous la franchissons à gué, les eaux se précipitent sur plusieurs tables de granit[32] barrant la rivière et les franchissant en deux chutes ; la différence de dénivellation est de 2 mètres environ. Sur le bord supérieur de la première de ces chutes, la profondeur est de 0m,50 seulement : toutefois les remous obligent à prendre certaines précautions pour passer. La rivière en cet endroit est bordée de grands arbres, mais aucun ne s’avance loin[33] ; il n’y a pas en somme de véritable galerie.

A 3 heures, nous repartons vers le nouveau village de Oualiko, situé à 4 kilomètres du coude de la Yambéré, mais après une route pénible au milieu des hautes herbes, nous ne trouvons à l’étape espérée ni indigènes ni cases. Seuls quelques champs de mil et de patates montrent que ce lieu fut habité. Ce contre-temps nous force à aller camper au village de Mgouma, Kenji.

Le jour suivant nous amena, après la traversée de Gouaga (Bandéro), au village de Nguingé, entouré de belles cultures de mil, de patates et de tabac et ombragé de superbes Khayas[34]. Il appartient à Dati. Celui-ci nous annonça pour le lendemain (23 octobre) une étape longue et difficile jusque chez Kono : kagas inaccessibles, rochers abrupts, etc. C’était heureusement exagéré. Malgré de nombreux arrêts nous avons franchi en 3 heures et demie la distance, qui est de 12 à 15 kilomètres. Les kagas se réduisent à une simple montée et à une descente assez raide à 2 kilomètres de chez Kono. En quittant Dati, on longe le petit marigot de Mbaoua, large à peine de 3 mètres, profond de 0m,05, mais intarissable. Il s’en va dans le Nord et les Mbrous qui m’accompagnent en font un affluent de la Fafa, rivière qui se jetterait dans la Yambéré à l’E. de Nguingé[35]. La végétation de ses rives est d’une richesse surprenante : j’y ai retrouvé quelques-uns des plus beaux représentants de la flore congolaise et notamment le majestueux _Musanga Smithii_, le _Combretum_ à grandes bractées écarlates mêlés à de gigantesques fromagers, à des _Khaya_, etc. Puis, pendant une heure et demie, nous avons marché dans une brousse d’une monotonie désespérante. J’ai cependant été assez heureux pour découvrir la plante bien connue du Sénégal et du Soudan, le Nété (_Parkia biglobosa_)[36], dont les grosses inflorescences en forme de boules rouges pendent à cette époque aux arbres et rompent la monotonie de cette végétation steppique si pauvre en fleurs à la fin de l’hivernage. Sur les pentes des collines, à proximité des ravins, j’ai vu aussi le kokoro en fleurs : les arbres ressemblent en ce moment à d’immenses bouquets d’une blancheur virginale. Toujours pas de palmiers, même le rônier reste introuvable depuis notre départ de Krébedjé.

A la moitié de l’étape, on aperçoit, se profilant devant nous et à notre gauche, les hauteurs de Kono. Leur aspect imposant disparaît à mesure que nous approchons ; leur altitude moyenne ne dépasse guère 50 mètres. Leur revêtement de roches ferrugineuses et de végétation ne permet d’en discerner la constitution géologique que grâce aux blocs éboulés : c’est du gneiss, coupé de filons. La colline que nous gravissons est couverte de bois épais sur le sommet et sur la pente méridionale très raide ; le versant septentrional au contraire est cultivé par les hommes de Kono. Son village est situé dans une dépression arrosée par un marigot, large de 3 mètres, le Gouabia, et dominée par le Kaga Ngonau au N.-E. (80 mètres d’altitude relative). Il est entouré de grands champs de mil, en train d’épier, de patates actuellement en fleurs, de manioc et de jardins renfermant l’igname, le taro, le dazo, l’arachide, la _Woandzeia_, le sésame, le tabac et le haricot niébé en quantité. Le chef me fait un excellent accueil, vient me voir plusieurs fois dans la journée en m’apportant les cadeaux habituels : cabris, poulets, œufs, patates, farine de mil, de manioc et de maïs. J’essaie de me renseigner sur le pays situé au N. vers Paraco : Kono me le dépeint comme absolument inhabité et impénétrable.

Le 24 octobre, après avoir traversé les rapides de la Boma (10 mètres de large) et laissé à notre droite le Kaga Do, j’arrivai au poste de Diouma, où je consacrai quelques jours à la récolte et au séchage des plantes. Ce poste est formé d’une cour d’un hectare et demi, barrée par la Boma et un petit marigot, où s’élèvent sur pilotis trois bâtiments en pisé, longs chacun de 15 mètres. Le chef, avec ses 14 tirailleurs, assure la soumission des Mbrous, sur lesquels je recueillis quelques renseignements ethnographiques. Ils ne connaissent ni le mil ni le manioc qu’ils achètent au N., chez les Mandjias. J’appris d’eux que le palmier à huile (Mbimé) existe dans quelques villages près de Krébedjé : Koungari, Diapira, et que le bambou (Ngara), absent de cette contrée, ne se trouve pas au N. avant Ungouras.

La fièvre retarda mon voyage de retour à Fort-Sibut (1er-4 septembre) par le village de Koussougou[37] dominé par plusieurs kagas. A 2 kil. 500 de ces cases, je repassai la Yambéré en un point où la rivière, ordinairement large de 15 mètres et profonde de 1m,50 à 1m,70, franchit en rapide des rochers granitoïdes[38] ; puis je rencontrai 4 marigots, toujours du même type : peu larges, peu profonds et très encaissés. Le pays prend ensuite un caractère tout spécial par suite de la facilité à se laisser éroder de la roche constitutive ; c’est une roche ancienne à cristaux d’orthose empâtés dans un ciment granitoïde. Sa décomposition a dégagé d’énormes monolithes parfois debout, des tables posées en équilibre instable sur des blocs gigantesques ; d’autres amas de rocs, où disparaissent çà et là quelques ruisselets, formant des grottes où s’abritent parfois les Mbrous ou les Ndis de passage et qui seraient peut-être intéressantes à fouiller.

[Note 15 : _Kopo_ en bondjo, _Takou_ en banziri.]

[Note 16 : DECORSE écrit Ngéré.]

[Note 17 : Koufourou en mbouaka, ndo en banziri.]

[Note 18 : Voir pour la description de ces pirogues, J. DECORSE, _Du Congo au lac Tchad_, p. 22-23.]

[Note 19 : Dr J. DECORSE, _Du Congo au Lac Tchad_, p. 30.]

[Note 20 : A. CHEVALIER et E. PERROT, _Les Végétaux utiles de l’Afrique tropicale française_, I, p. 100 et suiv., 1905.]

[Note 21 : Les deux espèces existent, mais le _Nicotiana tabacum_ est plus fréquent que le _Nicotiana rustica_.]

[Note 22 : Cette préparation semble assez considérable : autour des cases habitées on voit souvent des monceaux coniques de cendres provenant de la cuisson et s’élevant parfois à 2 ou 3 mètres de hauteur.]

[Note 23 : J’ai pourtant rencontré entre la Tomi et la Kémo des cours bombées pouvant s’élever de 10 mètres au-dessus de la plaine ; les cases sont alors situées au pied de ce mamelon.]

[Note 24 : Fétiche se dit doundou ou doundourou. Parmi les plants fétiches citons : le lingui ngatou, petite liliacée à feuilles étroites et à fleurs verdâtres, déjà observée dans les villages bouakas ; c’est le fétiche des poules qui pondent davantage si elles en mangent les feuilles ; — le lingui ouaoua (_Amaryllis nivea_ ?), fétiche du chemin : Le Mbi passant dans la brousse en emporte des feuilles qui le garantissent contre les attaques ; — le khéréya bimbéré, grande amaryllidée à feuilles larges pliés en gouttière et ondulées. Cette plante a des feuilles à saveur très amère ; c’est, paraît-il, un poison violent. Pourtant elle est fétiche du sel dont elle assure un plus grand rendement, si on la met dans la marmite où l’on évapore la lessive de cendres.]

[Note 25 : Reconnu ce jour-là l’_Eriodendron_, l’_Elæis_, le _Sarcocephalus esculentus_ ; des _Dracæna_ de moyenne taille (2 à 3 mètres), le bambou nain. A Krébedjé et chez Okomekiou il y a quelques papayers.]

[Note 26 : Son bois sert à faire les tamtam.]

[Note 27 : Le tabac réussit ici admirablement. J’ai compté environ 2000 pieds, appartenant au _Nicotiana tabacum_, à part quelques chétifs _Nicotiana rustica_. Ce sont les plus beaux que j’aie jusqu’ici rencontrés en Afrique tropicale. Quelques-uns mesurent 1m,70 et portent 14 ou 15 feuilles ayant 30 à 40 centimètres de long sur 15 à 20 de large. Il convient de dire qu’ils sont fort bien cultivés : repiquage à 20 ou 40 centimètres de distance dans des tas de cendres, arrosés s’il en est besoin. Leur propriétaire leur prodigue d’ailleurs les fétiches.]

[Note 28 : Ce végétal n’était pas en fleurs et n’avait pas encore formé de tubercules, mais il m’a bien semblé être identique à la plante cultivée par les indigènes.]

[Note 29 : J’ai rencontré sur les blocs de gneiss à demi submergés une fougère très spéciale par le polymorphisme de ses frondes. Les rhizomes courant à la surface sont recouverts de petites lames vertes plus ou moins étalées et contournées, s’appuyant sur le rhizome même et prenant tout à fait l’aspect d’une hépatique. La partie submergée du thalle porte des frondes translucides, analogues à celles des Hymenophyllées et stériles. Les frondes proprement dites sont celles d’un polypode vulgaire, mais elles peuvent s’élever jusqu’à 0m,60 et passer à la forme précédente par de multiples transitions suivant qu’elles ont été plus ou moins longtemps submergées. La quatrième forme ressemble à la fronde fertile du _Blechnum spicatum_ en ce que les pinnules plus étroites que dans la fronde stérile, sont entièrement recouvertes de sporanges à la face inférieure. Comme le niveau de l’eau peut s’élever très rapidement pendant les crues et avarier les jeunes sporanges, cette partie fertile est portée sur un long rachis nu et très rigide.]

[Note 30 : Cet emplacement n’était reconnaissable que par les plantes vivrières redevenues sauvages : Gombo, oseille de Guinée, acanthacée salifère, amaranthes comestibles, cotonniers, tabac.]

[Note 31 : Nom de la Haute-Ombella.]

[Note 32 : C’est un beau granit riche en mica noir ; il est traversé par de nombreux filaments à grain plus fin.]

[Note 33 : Sur quelques-uns de ces arbres, j’ai rencontré en fructification le poivrier déjà observé à Bangui. Il n’est point connu, partant point utilisé des indigènes.]

[Note 34 : Au N.-N.-E. de ce village se trouvent ceux des Gogos : ce sont des Mbrous qui ont dû fuir loin de leurs congénères. J’ai acheté chez Dati un ornement des lèvres en quartz, qui provient du poste des Mbrous : c’est en creusant le sol que les indigènes rencontrent cette roche.]

[Note 35 : J’ai questionné mes porteurs sur les sources de la Fafa, sur la Tomi et la Yambéré. J’ai constaté une fois de plus la complète ignorance des indigènes sur ces questions.]

[Note 36 : Kombé en langue banda, koumbi en ndi.]

[Note 37 : J’y ai observé le coton indigène, qui a des brins longs de 20 et 30 millimètres d’un beau blanc.]

[Note 38 : Au début de la même étape, le marigot de Boguiri, profond de 0m,10 seulement et pourtant fort encaissé, m’avait montré le gneiss traversé de filons de quartz.]

CHAPITRE III

DE FORT-SIBUT A NDELLÉ

Le 12 novembre, COURTET et moi nous nous mettions en route pour Fort- Crampel. Le sentier qui va du bassin de l’Oubangui au Haut-Chari traverse un pays aujourd’hui complètement désert, mais où existaient il y a peu d’années encore des villages populeux. Les habitants ont fui pour se soustraire au portage et aux rapines des noirs affamés qui parcourent cette route.

Près de la ligne de partage des eaux des deux bassins, on pénètre chez le second grand peuple du Haut-Chari : La race _Mandjia_. Les Mandjias seraient les autochtones, et leur centre de dispersion se trouverait vers la Haute-Sangha beaucoup plus à l’O. ; les Bandas, au contraire, viendraient de l’E., à la limite des trois bassins Oubangui, Chari, Nil, pays où nous avons trouvé les nombreuses grottes qu’ils ont habitées.

Les Mandjias, tout en étant anthropophages, semblent avoir eu une civilisation assez avancée. Ils ont conservé quantité de traditions et les rites d’un fétichisme très complexe. Ils sont groupés en une multitude de clans patriarcaux commandés ordinairement par des vieillards renommés pour leur bravoure, ou pour leur habileté comme féticheurs. Cette race, quoique habitant un pays fertile, est aujourd’hui décimée par la famine, les épidémies, l’hostilité des Bandas envahisseurs, et elle se trouve dans un état d’affaissement lamentable. La vue de ces hommes amaigris, paraissant pour la plupart avoir renoncé jusqu’à l’effort de la lutte pour la vie, inspire une profonde pitié.

Le 21 novembre nous arrivions à Fort-Crampel où vivent côte à côte les Bandas et les Mandjias et qui est le poste le plus rapproché de la capitale des états du sultan Senoussi, la ville de Ndellé.