Part 31
_2 août, Digdig._ — De fortes ondées qui se sont succédées depuis quatre heures du matin ne nous ont pas permis de partir avant sept heures. Pendant trois heures nous marchons sur un sol détrempé, à travers les flaques d’eau. Il faut bien constater que la presque totalité des pays parcourus depuis 9° 30′ N., constituent à l’hivernage d’immenses marais. Le sol, bien que son argile soit mêlée d’un peu de sable, est néanmoins imperméable. A chaque pluie l’eau ruisselle et s’accumule dans les dépressions y entraînant la terre qu’elle a arrachée aux monticules surélevés de quelques décimètres seulement. Une journée de soleil suffit pour assécher la plupart de ces mares. Puis les termites transportent sur les buttes la terre charriée dans les dépressions, où les eaux de nouveau l’entraînent. Cette alternance perpétuelle entre le colmatage causé par les pluies et le transport de ces mêmes éléments détritiques sur les hauteurs, conserve à la plaine son aspect bosselé. Les parties basses inondées souvent en hivernage sont couvertes d’une végétation herbacée très grêle et très basse, composée en grande partie de Graminées et de Cypéracées. Les plantes à tubercules et surtout les _Crinum_, les _Dipcadi_, les _Pancratium_, les _Anthericum_, les _Chlorophytum_, 2 ou 3 espèces d’Asclépiadées bulbeuses occupent aussi une grande place. Les parties saillantes sont bosselées par suite du travail des termites, aussi l’eau n’y séjourne point. C’est là qu’est localisée la végétation ligneuse composée de beaux arbres (Tamariniers, _Anogeissus_, _Terminalia_), d’arbustes (_Combretum altum_, _Guiera_, _Commiphora_, _Boscia_), de buissons épineux (_Balanites_, _Acacia_, _Caillea_, _Capparis_) sur lesquels grimpent de nombreuses plantes sarmenteuses et des herbes volubiles (_Ampelocissus_, _Cissus_, Asclépiadées, divers _Ipomœa_, plusieurs espèces de _Dioscorea_, _Cassytha filiformis_, plusieurs espèces de légumineuses comme le _Vigna_).
Le dernier village Sarroua que nous ayons rencontré était Djomour[208]. Négui est peuplé de Baguirmiens, fort miséreux et presque tous couverts de plaies syphilitiques. Les points traversés ensuite (Kyr, Yasoul ou Baïret, Saguemate) sont habités par des Arabes pasteurs, tout à fait semblables à ceux de Komi.
Moins riches que ces derniers, ils ne possèdent que des moutons, à l’élevage desquels ils consacrent tout leur temps, et dont le lait forme la base de leur alimentation. Selon leurs dires la tribu qu’ils constituent se nomme Madek. Ils auraient jadis habité à Gadba près de Bouno. Quand les Ouadaïens vinrent leur faire la guerre, les Baguirmiens n’osèrent pas intervenir pour les protéger ; tout leur bétail fut enlevé, et les survivants vinrent se réfugier sur les bords du Ba Mbassa où ils ont seulement réussi à reconstituer leurs bergeries, mais non leurs troupeaux de vaches. De mœurs douces, vivant par groupes peu cohérents, ils subissent l’oppression du Baguirmi avec la résignation d’hommes assouplis à l’obéissance. Ils ne cherchent qu’à sauvegarder leurs troupeaux, par tous les moyens et préfèrent renoncer à leur liberté plutôt que de risquer de perdre leurs moyens d’existence.
La polygamie est à peine connue chez ces Arabes, la femme y a un rôle élevé, l’homme la traite comme son égal. Quand le troupeau revient au bercail, qui le plus souvent est la case même d’habitation, le mari reste au milieu des siens, caresse les enfants. C’est la première fois que j’observe ces mœurs en Afrique. Ces Arabes pasteurs n’ont point de captifs. Tous les individus jouissent de la même liberté et c’est à peine si le chef de chaque agglomération a quelques prérogatives.
Chaque famille possède son troupeau dont les animaux vivent aux alentours du village, mélangé aux troupeaux des autres familles. Les enfants les surveillent, les plus jeunes agneaux somnolent à la porte des cases, au milieu des enfants. Quelques chiens au corps étique reposent à côté. Ces chiens me paraissent appartenir à une race spéciale. Le pelage roux et court, les membres élevés, le corps svelte, aux côtes saillantes, le museau allongé, ils présentent de nombreux points de ressemblance avec notre lévrier ; leur queue est aussi très allongée et à poils courts. A l’encontre du chien Kirdi qui aboie rarement et pousse des cris plaintifs quand on le frappe, ce dont les indigènes ne se font point faute, le chien du Ba Mbassa hurle à tout propos et rien n’est plus désagréable que de passer une nuit dans un village de pasteurs. Cela me rappelle nos nuits d’insomnie chez les Peuls ou Foulbés fétichistes qui possèdent un chien semblable. Du reste il ne diffère point du chien Laobé décrit par M. de ROCHEBRUNE.
C’est un argument de plus qui me porte à assimiler ces prétendus Arabes pasteurs à des Foulbés ou Fellata. Toute leur existence rappelle la vie des Peuls : leurs mœurs simples vraiment patriarcales, l’attachement qu’ils portent à leurs troupeaux, leur aversion pour la guerre, la tiédeur avec laquelle ils pratiquent l’Islam, l’installation toujours provisoire de leurs villages, les cultures ordinairement fort négligées, l’alimentation consistant presque exclusivement en laitage.
Leurs paillotes sont construites aussi sur le type des cases peules de la boucle du Niger. La charpente est faite à la hâte à l’aide de quelques baliveaux. La toiture en dôme est faite d’herbes non tressées, fixées grossièrement aux branches que fixent des lanières d’écorce. L’intérieur est spacieux et peut abriter une famille ayant souvent de nombreux enfants. On y loge aussi les animaux nouveau-nés ; souvent le troupeau de moutons tout entier y dort la nuit.
Les caractères physiques présentent aussi les plus grandes analogies avec ceux des Foulbés. Le corps est nerveux, les membres fins, les traits du visage harmonieux, le teint n’est point noir, mais chocolat clair, parfois presque blanc, le nez aquilin est petit, les lèvres fines. Ce type n’est ni celui du nègre ni celui de l’Arabe ; ce serait plutôt celui du Berbère. Les cheveux ne sont point laineux comme chez les noirs, mais bien crépus ; chez les femmes et les jeunes élégantes les nattes sont enduites d’une grande quantité de beurre et parfois savamment entremêlées de perles et de corail. La toilette d’une femme n’est pas une mince besogne, elle demande plusieurs heures. Il est vrai qu’elle ne se renouvelle que rarement. Au cou les femmes portent de multiples colliers de cuir auxquels sont suspendus des sachets de perles, de corail. Les hommes sont vêtus, sans aucune recherche, du grand manteau en coton indigène non teint.
Très dociles, vivant sans conflit avec leurs voisins, cherchant la paix, bien supérieurs à la majorité des Baguirmiens, ces musulmans sont des sujets précieux que nous devons protéger. Je serais d’avis qu’on les aidât _directement_ à reconstituer leurs troupeaux au lieu de les pressurer comme on l’a fait ou laissé faire.
_3 août._ — Nous avons encore traversé deux villages d’Arabes pasteurs, Madem (30 cases) et Mamaïka (25 cases). Le premier possède une trentaine de vaches et des moutons, le second, des moutons seulement. Ces moutons appartiennent à la même race que les moutons djennonké du Soudan français. Leurs longs poils, sans être soyeux ni bouclés, pourraient être tissés. C’est un type bien différent du mouton du Ouadaï, maigre, à poils ras, que nous avons vu chez Senoussi. Les femmes qui ont un enfant au sein portent une peau de mouton sur les reins du côté gauche, la laine en dehors ; c’est dans cet abri qu’est placé l’enfant.
De Mamaïka une marche de quelques kilomètres vers l’E. nous conduit de nouveau en pays baguirmien, au village de Boti.
La végétation des pays traversés dans cette journée du 3 se compose pour les 4/5, comme nombre d’individus, de Combrétacées, viennent ensuite les Légumineuses, le _Balanites_. Depuis Nigué, nous n’avons vu ni _Hyphæne_, ni _Borassus_. Quelques espèces que je croyais disparues se sont rencontrées aujourd’hui ce sont : _Afzelia_, _Daniella_ (un seul pied), de beaux _Detarium_ arborescents. Toujours beaucoup de _Crinum_ et de _Dipcadi_, ces derniers ont toutes les feuilles couvertes d’_Uredo_.
De Mamaïka à Boti, puis jusqu’à Ylal, nous avons reconnu de nombreuses traces toutes fraîches d’éléphant. Cet animal serait assez commun sur le moyen Ba Mbassa.
_4 août._ — Les villages Baguirmiens se succèdent maintenant sans interruption. Nous en avons rencontré quatre : Boti (35 cases), Loti (15 cases), Orom (20 cases), Ylal (50 cases). Tous se ressemblent et diffèrent très peu des villages Saras. Aux approches de ces villages on distingue d’abord la cîme chauve des grands _Acacia albida_ exclusivement cantonnés sur les terres anciennement cultivées. Puis on aborde les terrains débroussaillés par le feu, couverts de troncs secs à demi carbonisés et encore en place. C’est là que se sèmera le Mil dans un ou deux ans ; en attendant, les plantes messicoles annuelles ont déjà pris possession de la terre. Enfin une grande éclaircie apparaît : c’est l’emplacement proprement dit des champs, défriché depuis un temps immémorial et qu’on ensemence encore chaque année par place, laissant le reste en jachère jusqu’à l’année favorable. Ici plus d’arbustes, mais des arbres porte-ombre disséminés au hasard. Assez rares et appartenant à des essences peu feuillues, ils ne donnent plus l’impression de vergers comme chez les Saras, mais ils font penser aux maigres arbres dispersés à travers les plaines jurassiques de Normandie. Ils n’appartiennent qu’à 3 ou 4 espèces : _Balanites_, _Acacia albida_, _Sterculia tomentosa_, parfois des Tamariniers. Les chèvres et les moutons, quand il en existe, pâturent dans les jachères très herbues à cette époque de l’année. Bientôt apparaît la silhouette du village dont on distingue les toits pointus des cases, et en dernier lieu l’enceinte haute de 2 mètres formée de paillassons tressés et soutenus par des perches grossières, non écimées. Les cases sont entassées les unes sur les autres, de telle sorte qu’un village de 50 habitations couvre à peine une surface de 25 ares. Plusieurs portes permettent l’accès dans l’enceinte, où l’on circule dans des ruelles étroites, entre des palissades en paille, écartées de moins d’un mètre, qui entourent la demeure de chaque famille.
Les cases sont rondes, spacieuses. Leurs murs, entièrement construits en paille tressée, s’appuient sur des poteaux qui soutiennent un toit conique surmonté d’une pointe, longue de 0m,50, également en paille. A l’intérieur sont les ustensiles habituels en Afrique : calebasses faites avec les fruits du _Lagenaria_, cruches et poteries diverses en terre cuite, mortiers et pilons à mil, enfin le foyer formé de 3 grosses boules d’argile séchée, rapprochées pour supporter la marmite. Une grande place est réservée au lit, constitué le plus souvent par quatre piquets hauts de 1 mètre, sur lesquels reposent des barres transversales qui supportent les nattes. Le lit des riches, plus confortable, se compose d’un cadre en bois auquel sont fixées des lanières de cuir entrecroisées. Ce lit peut être muni de 4 pieds. Quand ces pieds n’existent pas on le place simplement sur 4 pieux.
Outre les cases proprement dites, on trouve ordinairement, dans l’enceinte qui constitue le home de chaque famille, un toit horizontal soutenu par de hautes perches. C’est sous cet abri qu’on se repose pendant les heures chaudes de la journée[209].
A la saison sèche, la cour qui entoure chaque demeure est assez spacieuse, mais au début de la saison des pluies on la transforme en jardin où sont cultivés les légumes qui servent à relever le goût du mil ou du sorgho : Gombo, oseille de Guinée, courges. J’y ai vu aussi quelques pieds de Cotonniers et d’Indigotiers, des _Lagenaria_ grimpant sur les cases, mais jusqu’à ce jour, ni Tabac, ni Piment, ni Tomates amères.
Sans être aussi soignées que chez les Saras, les Bouas et les Sarrouas, les cultures sont cependant bien entretenues. Le Sorgho et le _Penicillaria_ (gros et petit mil) tiennent la place principale. Le Sorgho, haut parfois de 3 mètres, montre déjà quelques épis. Le _Penicillaria_ est encore en herbe, par endroits même on commence seulement à le repiquer. Entre les pieds de mil et parfois dans des champs séparés on cultive le haricot (_Vigna_), mais en moins grande quantité que chez les Saras ; puis les Pastèques et les Courgettes à huile. Les cultures secondaires sont l’Eleusine, le Sésame, les Arachides et peut-être aussi le _Voandzeia_ que je n’ai vu au Baguirmi que chez les Arabes. Notons l’absence complète du Manioc, de Patates, d’Ignames, de Dazo, de _Plectranthus_, de Fonio, de Chanvre du Sénégal, de Riz. Il n’est pas douteux que la plupart de ces plantes réussiraient pourtant. On ne trouve que quelques pieds de cotonniers et d’indigotiers près de chaque demeure, plantés exclusivement pour les besoins de la famille. Ils sont généralement fort beaux et le Cotonnier hirsute en particulier apparaît en buissons hauts de 1m,50, couverts de fleurs à cette époque.
_5 août._ — Voici quatre jours passés sans une tornade. Le sol est dur comme du macadam. Les plaines à herbes rases, couvertes de Liliacées et d’Amaryllidées qui représentent la flore des marais, sont actuellement si desséchées que les plantes souffrent. D’ailleurs la végétation s’appauvrit de jour en jour. Hier ont disparu le _Khaya_, le _Daniella_, l’_Afzelia_, les _Kaempferia_. On ne trouve plus que quelques pieds de _Detarium_. Au contraire les _Acacia_ deviennent communs, l’_Acacia vereck_, rencontré hier pour la première fois, devient commun aussi[210]. Le _Conocarpus_ et le _Cassia fistula_ sont très abondants. Les plantes annuelles herbacées couvrent une grande partie du sol qui prend l’aspect d’une magnifique pelouse émaillée de fleurs, les Acanthacées remplacent les Labiées, Légumineuses, Liliacées, Composées. L’ensemble ressemble tout à fait à nos prairies de France.
Les villages sont peu espacés, les cultures s’étendent parfois à plusieurs kilomètres aux alentours. Nous avons traversé aujourd’hui Moguilé S. (15 cases) ; Moguilé N. (40 cases) ; Mouré (100 cases) ; Gala (40 cases) ; Dol (80 cases). A Mouré on possède quelques troupeaux de bœufs et de moutons ; nous y avons rencontré quelques Fellatas.
_5 au 8 août, De Mouré à Tcheckna._ — Le sol, constitué presque partout par un limon rougeâtre, est cultivé sur de vastes étendues qu’interrompent seuls des espaces marécageux (par exemple de Tjékouria à Mamsa et de Mougal à Béïkam). Les agglomérations sont plus denses et plus rapprochées. Nous avons traversé les villages de : Maciré (premier groupe : 60 cases ; second : 50 cases ; troisième, Maciré-Koursoua, du nom de Koursoua, la première femme de Gaourang, 100 cases) ; Tjékouria (quatre agglomérations, intervalle de 4 kilomètres entre les deux extrémités, 500 cases en tout) ; Mamsa (deux groupes chacun de 35 cases) ; Belamedé (20 cases) ; Masséniao (80 cases) ; Mougal (35 et 60 cases) ; Beïkam (175 cases, nous avons vu le marché où une trentaine de femmes avaient apporté du Mil, des légumes, du lait). De Beïkam on aperçoit, au bord du Ba Mbassa, Tcheckna avec 800 cases visibles.
La population actuelle de Tcheckna s’élèverait à 5.000 habitants, et d’après le capitaine JACQUIN, à 12.000, mais ce chiffre sous toutes réserves quand Gaourang réside dans cette ville. C’est sur le bord du grand sillon tracé par le Bahr el Erguig dans la plaine argileuse du Baguirmi, qu’est construite la capitale actuelle de l’Empire. Toutes les maisons, y compris celles du sultan, des commerçants fezzanais et de tous les notables sont d’aspect misérable. Ce sont les paillottes classiques du Baguirmi entourées de murs en paille tressée. Tout est fait à la hâte et semble provisoire. La campagne avoisinante n’a rien de séduisant. Les grands arbres font défaut, quelques _Acacia albida_ dénudés, des Tamariniers rabougris, une quinzaine de gros Ebéniers et des _Celtis_ aux dômes verdoyants sont les seules essences sur lesquelles puisse se reposer le regard. La terre est mal défrichée : au milieu des cultures surgissent des buissons épineux d’_Acacia_, de _Balanites_ et de _Capparis_. Les _Dipcadi_ et les _Acrospira_ qu’il est impossible d’expulser des champs disputent la place au Mil et au _Penicillaria_.
Si l’on s’éloigne de quelques centaines de mètres du village, on tombe sur la couche argileuse imperméable où, en s’écartant du sentier, on risque à tout instant de mettre le pied dans des flaques d’eau cachées par les herbes. Après les pluies le sol cède sous les pieds[211].
IV. — LE CLIMAT DE TCHECKNA
C’est le climat du N. du Soudan, très chaud en saison sèche, peu pluvieux à l’hivernage. L’harmattan souffle avec violence presque tous les jours de décembre à mars. Les pluies n’arrivent qu’en juin ; elles sont d’abord très espacées (une par semaine en moyenne). Beaucoup d’orages, accompagnés d’un vent violent qui, soulevant le sable, n’amènent point d’eau. Le régime des fortes pluies s’établit dans la deuxième quinzaine de juillet et dure jusqu’à la seconde quinzaine de septembre. Du 1er au 13 août 1903, le ciel est resté presque constamment nuageux. De fréquentes averses se sont abattues sans être précédées de coups de vent. Parfois la pluie dure plusieurs heures. L’atmosphère est très humide. Toutes les substances organiques, les chaussures, le bois mort se couvrent de moisissures. Le 14 août apparaît une période de sécheresse, au milieu du jour un vent chaud et sec souffle du S.-E., parfois avec violence. L’atmosphère est lourde et chargée d’électricité. Le soir de gros nuages s’amassent au S. et des éclairs fréquents illuminent l’horizon, mais ces orages s’éloignent vers le S.-O., laissant tout au plus tomber quelques gouttelettes de pluie. Du 14 au 22 août, à deux ou trois reprises, des tornades sèches ont éclaté au lever du jour ; le vent soulève alors de gros nuages de sable, le ciel s’obscurcit, mais il ne tombe pas d’eau ou seulement quelques gouttes. C’est le type des tornades sèches si fréquent dans le N. du Soudan.
Sous l’influence de ces variations de chaleur et de refroidissement, de pluie et de sécheresse, la végétation prend un rapide développement. C’est en ce moment que les prairies fournissent le plus abondamment l’herbe au bétail. Le sol est couvert de Graminées qui s’élèvent de 0m,30 à 0m,80 (_Panicum_, _Pennisetum_, _Setaria_, _Dactyloctenium_) et qui, toutes, sont en fleurs. Par les périodes sèches que nous traversons, à la fin d’août, il serait très aisé de sécher ces herbes et de les emmagasiner pour la période de disette. La saison la plus favorable à la récolte du foin va du 15 août au 1er septembre. En ce moment la plupart des herbes sont en fleurs ; plus tôt elles sont trop tendres, plus tard, elles ont grainé et elles durcissent très vite. C’est en général du 20 au 30 août qu’a lieu à Tcheckna l’épiage du mil (_Sorgho_ ou _Penicillaria_). Les champs environnants présentent un aspect magnifique. Les céréales s’élèvent à 3 mètres de hauteur formant une immense ceinture d’un vert sombre autour des villages. L’enceinte environnant chaque case est elle-même remplie de maïs et de mil.
V. — LES COURS D’EAU
_La rivière du Dekakiré._ — La rivière du Dekakiré (Baro) se détache du Ba Lairi à Koli ou Kol et coule sensiblement N.O.-S.E. pour aller joindre le Bahr Salamet par 2 branches, l’une tombant aux environs de Mali, l’autre aux environs de Balbédja.
Les mares qu’elle forme sont : Koli (vill.) Gatau (ou Gatahou) vill. Kouri, Masro (vill.) Diana ou Dienna, Dimbé (ou Dembé), Mandérou, Miléré, Kobi ou Kobo, Gaal, Mam E. de Djember, Kétia, Kouamou (12 juillet) dirigé 15° N.-E. 15° S. 40 mètres de large, 0m,50 de profondeur (large bordure de Vétiver des 2 côtés (_Nauclea_), Toumoulo (nuit du 11 au 12 juillet), Minia Baro (près Kérem, 11 juillet), large de 50 à 80 mètres, lit rempli d’herbes aquatiques en contre bas de 1m,50 dirigé N. 30° O.-S. 30° E. (poissons, crocodiles, hippopotames).
Minia Mogui près Ouarga. Minia Foya N. 20° O.-S. 20° E. dépression herbeuse, large de 30 mètres, profonde de 2 mètres (_Nauclea_), Minia Lomé au S. de Kendégué, se divise en 2 branches, la principale va rejoindre le Bahr Salamet aux environs de Mali et l’autre la Mindja Toutou en aval de Balbédja.
La rivière du Dekakiré (Baro) constituait avant l’ensablement de son lit un canal de jonction entre le Bahr Salamet et le Ba Laïri. Dans ces deux fleuves l’eau de la saison pluvieuse arrive à peine à remplir chaque année les dépressions de leur lit en constituant pendant quelques mois des chapelets de mares qui s’assèchent le reste de l’année. A plus forte raison le canal qui les réunissait a perdu toute son importance. Il n’est plus indiqué que par une ligne de points d’eau, presque tous taris au cœur de la saison sèche. Les Arabes du Dekakiré conduisent alors leurs troupeaux aux mares persistantes et ne les dispersent qu’à l’arrivée des pluies.
_Ba Tha ou Ba Laïri (Soro en Telala)._ — La branche qui nous occupe coule sensiblement N.N.O.-S.S.E. En amont de Koli, le Ba-Laïri traverse les régions de : Laïri, Dagna (Danja), Modobo, Télébau, Kouné, Gamkoul. J’ai coupé ce canal le 30 juillet à quelques kilomètres de Modobo entre Dagna et Korbo en un point où il porte le nom de Dounou. Là il coule sensiblement N.E.-S.O. dans une grande dépression déboisée large de 300 à 500 mètres. Au point où je l’ai coupé il offre 2 bras distants de 150 ou 200 mètres, le premier est herbeux avec quelques flaques où croît le Bourgou, il est large de 50 mètres et en contre-bas de 0m,70 à peine.
Le second, qui est le bras principal, est large de 30 à 40 mètres, avec des berges de 1m50, un lit à fond sablonneux avec des mares çà et là.
_Le Ba Korbol._ — Le Ba Korbol serait un ancien bras latéral du Chari auquel aboutissait autrefois le Ba Laïri. D’autre part ce dernier canal envoyait des communications au Baro (notamment le Corsili, originaire de Gamkoul, passant ensuite entre Kègne et Tom). Il en envoyait au Bahr el Erguig.
_Le Bahr el Erguig._ — Le Bahr el Erguig ou Ba Reguig, Ba Batjikam, Ba Irr (Barth), Ba Mbassa (nom Baguirmien), a son origine sur le Chari un peu en aval de Demraou, c’est-à-dire entre Demraou et Miltou, et après avoir passé par Tcheckna, capitale actuelle du Baguirmi, retourne au fleuve un peu en aval de Mandjaffa. Je l’ai vu pour la première fois entre Korbo, (Korbo est le Dangoua de NACHTIGAL, l’agglomération de Dangoua est aujourd’hui détruite) et Boullaï et observé en détail. Il coule sensiblement S.E.-N.O. dans une grande plaine large de 2 à 4 kilomètres, sur laquelle la végétation se compose de _Terminalia_, _Combretum Glutinosum_, _Acacia_, Doum et Deleb.
Dans la dépression qui marque le firki, le Vétiver, les _Panicum_, le _Nauclea_ et les _Mimosa_ abondent. Le lit proprement dit, en partie occupé par des bancs de sable, désormais pour la plupart en dehors des inondations, mesure 150 à 200 mètres de largeur. D’un côté il est limité par une berge haute de 2 à 3 mètres, de l’autre il s’élève en pente douce jusqu’au niveau de la plaine. Plusieurs passes, dont quelques-unes occupées par des flaques d’eau, existent ordinairement, mais une seule livre passage au cours d’eau actuel. Ce dernier, dont le lit est ordinairement peu marqué, contient de l’eau sur une profondeur de 0m,10 à 0m,20, et une largeur de 4 à 12 mètres avec un courant assez fort. En certains endroits existent des élargissements et de grandes fosses, profondes parfois de plusieurs mètres, où le courant n’est plus sensible, et dans lesquelles vivent des hippopotames.