Part 28
En quittant le village, nous restons quelques instants dans un bosquet d’Acacias divers dont les pieds sont assez hauts et assez rapprochés pour donner l’illusion d’une forêt. C’est la limite extrême S. où l’on rencontre des bosquets assez importants de cette légumineuse. Ensuite pendant une heure la marche se poursuit dans une grande prairie non marécageuse, mais cependant entièrement privée d’arbres, les _Andropogon_ qui la composent n’ont en ce moment que 0m,30 de haut. Quelques _Crinum_ y mêlent leurs fleurs. Les Baguirmiens nomment Bala ce genre de plaine. De cet endroit (terre argilo-sablonneuse avec nombreuses concrétions siliceuses blanches) on aperçoit en arrière trois mamelons granitiques nommés Sakoura par les Goulfés.
Ensuite la plaine change d’aspect, devient argileuse, le sol est sillonné de profondes crevasses, de marécages, et nous atteignons ainsi le village de Goufé entièrement détruit par Korbol et dont quelques cases seulement ont été reconstruites. Les habitants ont fondé un nouveau village un peu plus loin, mais ce dernier ne paraît que provisoire. Un peu plus loin nous franchissons le Ba Moufa n’ayant en cet endroit qu’un lit herbeux, large d’une trentaine de mètres, sans berges accentuées et dans lequel il y a un peu d’eau. Nous atteignons ensuite le village de Moufa défendu par une enceinte épineuse et palissadée. Derrière le village le Ba Moufa a une largeur de 30 à 40 mètres avec des berges argileuses de 2 mètres ; son lit est formé d’un chapelet de mares. Le village, qui compte 100 cases, et a été ravagé aussi par Korbol. En 1901, le capitaine PARAIRE, résidant à Fort- Archambault, envoya Nagué, chef de Simmé, planter le pavillon français à Moufa et dès notre arrivée nous eûmes le plaisir de voir flotter les couleurs nationales sur le village.
Les Moufas constituent une peuplade n’ayant que ce seul village. Ils parlent le même dialecte que les Goulfés, les Koudias, les gens de Mali et ceux de Goufé. Leur chef se nomme Ouiya. A la fin de 1902 ou commencement de 1903, Korbol a razzié le village, tué 5 hommes et 2 femmes, et emmené 35 captifs. Nagué qui ne devait nous accompagner que jusque-là nous fit ses adieux pour retourner à Simmé.
_29 juin, de Moufa à Souka._ — Une très violente tornade s’est abattue cette nuit sur la contrée. Pendant plusieurs heures l’eau tombe à torrents, aussi lorsque nous nous mettons en route sommes-nous obligés de traverser d’innombrables flaques d’eau, et de patauger pendant une heure dans la boue, sur un sol sans consistance, marécageux, et parsemé de fondrières. La végétation est rare par places, ailleurs elle est épaisse et de nombreuses antilopes y pâturent tranquillement, sans s’inquiéter de notre passage. Enfin nous apercevons les hautes termitières boisées séparées les unes des autres par des flaques d’eau où baignent leurs pieds. Nulle part il n’y a peut-être autant de plantes réfugiées que sur ces monticules. Les arbres les plus élevés, Tamariniers, _Anogeissus_ et _Diospyros_ ont leurs rameaux tout enchevêtrés par les longues guirlandes de _Cissus quadrangularis_ qui donne un cachet tout à fait étrange au paysage. Cette plante est bien là dans sa station préférée. Deux ou trois autres Ampélidées à tubercules vivent généralement près d’elle et notamment l’_Ampelocissus_ à feuilles sinuées à 3 ou 5 lobes, rappelant la vigne de chez nous, mais fort différente d’elle au point de vue botanique et économique. Insensiblement nous nous élevons de 2 ou 3 mètres pour atteindre un plateau sans eau à végétation très épaisse et sur lequel la roche ferrugineuse affleure par endroits sous forme de grands plateaux dénudés. Les espèces du N. (_Balanites_, _Acacia_, _Caillea_, _Combretum aculeatum_) s’y mêlent aux essences du S. (_Unona monopetala_, _Combretum_, etc.). Ce n’est plus enfin l’aspect des plaines marécageuses que nous venons de traverser.
Un peu plus loin la végétation nous indique que divers endroits ont été cultivés, et nous atteignons bientôt la première agglomération de Souka se composant de 50 cases et défendue par une enceinte épineuse. A trois kilomètres au-delà nous arrivons à la seconde agglomération, beaucoup plus importante, se composant de 110 cases et également défendue par une enceinte épineuse ; le chef se nomme Laka.
Comme nous devons être là chez les Goullas je commence, aussitôt notre installation faite, à demander des renseignements, et on me répond à mon grand étonnement que les gens de Souka n’étaient pas des Goullas, que ces derniers habitaient plus loin, aux villages de Boungou et de Bou. Il devait en être ainsi sur tout le pourtour du lac. Aucun village ne voulut être Goulla, et pour chaque village les Goullas étaient toujours les gens des villages voisins.
Les habitants de Souka vivent en assez bonne intelligence avec les Arabes du Dar Salamat, ces derniers viennent seulement de temps à autre leur réclamer un tribut, leur apporter des bandes d’étoffes, des vêtements faits avec ces mêmes bandes et quelques autres articles qu’ils échangent contre des provisions et des esclaves. Il nous a semblé que les Arabes venant ainsi réclamer ce tribut n’étaient que de petits chefs agissant pour leur propre compte et se disant envoyés par l’Aguid du Salamat[192]. La superficie entourée par l’enceinte épineuse indique que cette agglomération était autrefois beaucoup plus importante, car aujourd’hui la moitié est seulement occupée par des cases et l’autre moitié est inoccupée ou cultivée en plantes accessoires. Le village et ses environs possède de beaux arbres parmi lesquels on remarque le _Karité_.
Comme je tiens particulièrement à éclaircir cette question des Goullas, je me décide à laisser COURTET à Souka pour étudier ce côté du lac Iro et à partir le lendemain matin pour les villages qui m’avaient été signalés. Ce voyage devait nécessairement m’entraîner à faire le tour du lac par le N.-E. quoiqu’il nous eût été signalé que les Salamats venaient de ravager le village de Kio situé à quelque distance de la rive E.
IV. — AUTOUR DU LAC
_30 juin._ — Après une marche d’environ 4 kilomètres vers le N.-E. j’arrive au petit village de Boungou qui n’est en réalité que la station des pirogues de pêche du village beaucoup plus important de Boun ou Bou, situé à 2 kilomètres environ plus au N. Boun comprend 120 cases, le chef se nomme Ngoué. Les habitants, comme d’ailleurs ceux de Souka, parlent le même dialecte que ceux de Mali et se disent originaires de la même tribu. Quand j’arrive je trouve les indigènes très occupés, ils font en effet boucaner en grandes lanières la viande d’un hippopotame qu’ils ont tué la veille et pour eux c’est une véritable fête. De grands échassiers se promènent dans le village sans s’inquiéter nullement de notre passage pendant que sous les arbres ombrageant les cases sont perchés de nombreux Charognards (_Neophron monachus_) qui, de temps à autre, viennent chercher, au milieu des poules qui picorent, et sans que celles-ci s’en inquiètent, les débris qui leur conviennent. J’ajouterai qu’en traversant les cultures, les pintades sauvages en troupes d’une vingtaine ne s’écartaient que lentement et en becquetant l’herbe, quand nous passions sur le sentier. A l’O. du village je visite un petit bois où gambadent des singes. De Boun à Tor Djoguil, village situé à 11 kilomètres environ E.-N.E., nous circulons sur un plateau de roche ferrugineuse où nous rencontrons le _Daniella_, et comme animaux de grands Cynocéphales, de grands Canards sauvages, des Aigrettes, des Grues couronnées et d’autres Échassiers ; l’hippopotame paraît très commun.
Nous déjeunons à Tor Djoguil, village de Goullas, où l’on parle le même dialecte qu’à Moufa, Souka et Bou. Le village se composant de 60 à 80 cases, entourées d’une enceinte épineuse nommée Ngara[193], est assez loin du lac et les habitants ne sont pas pêcheurs. Cette année est pour eux une année de famine, leurs récoltes ont manqué et ils ne vivent que de racines qu’ils vont recueillir dans la brousse. Les hommes portent comme vêtement deux peaux, l’une devant, l’autre derrière, ou un grand manteau nommé Koubou fait avec des bandes d’étoffes ; ils refusent toutes les perles. Les femmes portent le petit Soundou, mais n’ont aucun autre ornement.
Un forgeron a sa forge installée comme celles des Ndamms ; il cumule et exerce aussi la profession de tanneur. Autour d’un gros ficus, situé au milieu du village, on remarque des trophées de chasse composés de dépouilles d’hippopotames et d’antilopes. Le chef se nomme Timan et le village est soumis aux incursions des Arabes.
De Tor Djoguil on me signale dans une direction E. 35° N. le village de Tiéou habité aussi par des Goullas.
A 11 kilomètres environ de Tor Djoguil, cette fois sur la rive E. du lac, nous arrivons à Koubou Mérissé (25 cases) après avoir passé à quelque distance du village de Kio, détruit il y a quelques jours par les Salamats. A Koubou Mérissé je suis toujours chez les Goullas[194].
De Koubou Mérissé aux agglomérations de Kouré il y a environ 6 kilomètres. A peu de distance de Koubou Mérissé je me suis approché des bords du lac et du haut d’une grosse termitière j’ai pu voir le lac dans son ensemble. De ce point j’ai remarqué vers le N.-O. les mamelons de Karou et ceux de Bagolo vers le S.-O. A l’O.-S.O. j’aperçois vaguement un cul-de-sac, c’est le déversoir du lac, le Bassa.
Le groupement où j’arrive forme trois villages, d’abord Kouré, village annexe de 20 cases, chef Guibrin, ensuite Bada, village de 60 cases, chef Mbérégui et enfin Kouré, village principal, 60 cases, chef Altim.
Je campe à Kouré.
De Kouré j’envoie un courrier à COURTET l’informant que je le rejoindrais à Moula (Goulfé) où il pouvait retourner, et que de Tor Moural où je serais le lendemain vers midi je comptais aller chez les Saras.
_1er juillet._ — A peu de distance de Kouré j’atteins Bouni, village de 40 cases, chef Méla. Dans ce village je remarque un indigène tissant du coton. Quatre kilomètres environ plus loin j’arrive à Tor Moural, village de 50 cases, défendu par une enceinte épineuse, là je trouve deux Salamats, dont un marabout possesseur de deux ânes. Ce sont les gens dont nous avions remarqué les traces au village de Ro. Le marabout se nomme Ahmed.
La végétation proprement dite des bords du lac commence à 800 mètres environ de l’endroit où sont mouillées les pirogues. Pour atteindre ces pirogues on traverse d’abord une prairie d’_Andropogon_ d’environ 300 mètres, ensuite on passe dans le Bourgou pendant une cinquantaine de mètres, on rencontre après sur 40 mètres environ des _Cyperus_ et du Mil sauvage, puis une bande de 10 mètres de _Mimosa asperata_ (à 420 mètres on descend brusquement une berge de 0m,40 de hauteur). Après le _Mimosa_, sur une centaine de mètres, on rencontre de nouveau du Bourgou et des _Cyperus_ divers ; on traverse ensuite sur 150 mètres environ une prairie dense de _Sesbania_, hauts de 2 mètres, dans laquelle on remarque des débris d’_Etheria_. Enfin sur une cinquantaine de mètres on rencontre, dans un terrain déjà inondé, des _Sesbania_, des _Cyperus_ et des _Ipomea_. Cent mètres environ plus loin sont des pirogues au nombre de six.
Au village j’ai pu parler avec le marabout Ahmed qui m’a affirmé que Mangara, le point extrême atteint par NACHTIGAL, existait toujours. C’est une ville importante qu’il donne comme située à 8 ou 10 jours du Iro. Quoique m’ayant donné de très bonne grâce tous les renseignements que je lui demandais sur la région, je considère néanmoins que Ahmed me voit d’un mauvais œil, et l’attitude des habitants me confirme cette supposition. Comme les Salamats vont souvent chercher du mil et des esclaves chez les Saras, il a dû leur dire de ne pas me conduire et il m’a été impossible de recruter des porteurs pour aller dans cette direction. Je quitte donc Tor Moural le 2 juillet pour me diriger sur Sourouba où j’espère être plus heureux. Dans l’intervalle, le courrier que j’avais envoyé m’avait rejoint et COURTET m’avisait qu’il se mettait en route pour Tor Moural. Comme je savais qu’il ne pouvait passer que par Sourouba j’étais certain de le rencontrer. En effet, après avoir franchi, non sans peine, le Bassa, COURTET faisait une pose à Sourouba au moment où mes premiers porteurs y arrivaient.
Sourouba est un village de 25 cases, chef Djoko. Il y a quelques années les Souroubas habitaient à proximité des mamelons Bagolo, ils furent attaqués et razziés par les Arabes, et de leur tribu il ne reste plus que deux villages, l’un Sourouba proprement dit et l’autre Dabo où nous devons nous rendre ce soir.
Les habitants du village jouissent, comme moyen d’accès au lac, d’un canal d’environ 500 mètres de longueur et 2 mètres de largeur, qui paraît avoir été creusé par la main de l’homme, et où sont amarrées leurs pirogues. La végétation que l’on rencontre en marchant vers le rivage est la suivante. En sortant de la partie assez boisée où l’on remarque Cailcédrat, _Acacia_, _Anogeissus_, _Sclerocarya_, on traverse une zone de 100 mètres environ, formée d’un sol dur, sablonneux à la surface, avec herbe fine parsemée de _Crinum_ en fleurs, quelques rares bouquets d’arbres, _Nauclea_, _Balanites_, _Combretum_, limite des grandes termitières. Vient ensuite une zone de 50 mètres à sol sablonneux, humifère, avec petits galets et _Nauclea_, _Bauhinia_, _Gardenia_. Plus loin, sur 900 mètres environ, on traverse une grande prairie d’_Andropogon_ à grosse paille raide, desséchée et en partie brûlée. Après cette prairie on entre dans une zone de 175 mètres environ où l’on rencontre les Cypéracées et plus loin des Malvacées sur 90 mètres. Sur 180 mètres après, le Bourgou est assez dense avec des _Ipomea_ très robustes. Sur 50 mètres ensuite, le Bourgou disparaît pour faire place à des Cypéracées, _Ipomea_, Légumineuses, puis sur 100 mètres, le Bourgou réapparaît avec les plantes précédentes et sur le sol on voit des coquilles d’Unio. Enfin on se trouve en face d’une zone de 300 mètres environ formée d’un terrain vaseux noirâtre et inondé par quelques centimètres d’eau.
A 2 heures de l’après-midi, après avoir, sans trop de peine, recruté des porteurs pour nous conduire dans la direction de Biro, premier village Sara, nous quittons Sourouba et après une marche d’environ 8 kilomètres au S.-O. nous rencontrons le Bahr Salamat. La largeur totale de l’ancien lit est d’environ 180 mètres, les berges sont argileuses ou argilo- sablonneuses et ont de 4 à 5 mètres de hauteur. La berge de la rive droite est éboulée et le long de cette berge les alluvions se sont accumulées et encombrent une grande partie du lit. La berge de la rive gauche est à pic et le lit actuel se trouve de ce côté. Ce lit mesure environ 60 mètres de largeur et à cette époque de l’année il se compose d’un chapelet de mares sans profondeur ne communiquant même pas entre elles ; on remarque des coquilles d’Unio et d’Etheria. Sur la rive droite existait autrefois un village qui devait être important si on en juge par les nombreux débris de poterie qu’on rencontre sur cet emplacement. Comme végétation citons : _Acacia_, _Balanites_, _Asparagus_, Capparidées, _Sesbania_, _Mimosa_.
Trois kilomètres plus loin nous atteignons le village de Dabo, 17 cases, Mbari, chef. Dabo est le dernier village Goulla que nous devions rencontrer.
_Le lac._ — Le lac Iro mesure environ 18 kilomètres dans sa plus grande longueur et 9 kilomètres dans sa plus grande largeur, son grand axe est sensiblement orienté N.E.-S.O. Son altitude est de 380 mètres. Il s’est formé dans un bas-fond entouré d’une ceinture de roche ferrugineuse surélevée de quelques mètres et boisée. La roche apparaît à la surface sur presque tout le pourtour, sauf dans la partie où se trouve le déversoir. Le déversoir, nommé Bassa, est constitué par un cours d’eau de 30 à 40 mètres de largeur ayant des berges de 3 mètres de hauteur, il ne fonctionne qu’aux hautes eaux. Aux basses eaux sa profondeur est très variable. Dans certains endroits l’eau y est assez profonde pour les hippopotames et dans d’autres elle n’a que 0m,80 de profondeur. Le lit est tantôt à fond dur, tantôt à fond vaseux et au voisinage du lac il n’existe pas de gué proprement dit. Quelques arbres existent sur ses rives, rompant un peu la monotonie de la grande plaine qui au S.-O. du lac ne possède pas un buisson.
De Souka pour atteindre l’eau libre, on marche d’abord sur un parcours de 1.800 mètres dans la grande plaine herbeuse à pente insensible et l’on atteint la limite ordinaire de l’inondation aux hautes eaux ; là on descend une sorte de berge de 0m,70 à 0m,80 de hauteur. On circule ensuite pendant 1.100 mètres sur un terrain devenant de plus en plus humide, et à ce point le cheval ne peut plus avancer. De là pour atteindre les pirogues qui sont amarrées à 400 mètres plus loin et où il y a environ 15 centimètres d’eau, on marche dans la vase d’abord couverte d’un peu d’eau, la hauteur augmentant insensiblement au fur et à mesure qu’on s’approche. Les pirogues qui ont assez d’eau pour flotter vides n’en ont pas évidemment assez pour flotter quand elles sont chargées (généralement deux pêcheurs) et les pêcheurs les font encore glisser sur le fond vaseux pendant un assez long parcours avant qu’elles puissent flotter librement. Les pirogues ont de 6 à 8 mètres de longueur et sont construites en Cailcédrat. Quelques-unes sont en planches cousues et on les immerge quand on ne s’en sert pas.
Par une belle matinée le lac apparaît couronné d’un diadème blanc de vapeurs, disparaissant dès que le soleil monte un peu sur l’horizon. Cette brume commence parfois le soir un peu avant la tombée de la nuit.
Le lamantin n’est pas connu au lac Iro.
_La Flore._ — Les arbres dominants des parties boisées qui avoisinent le lac sont ceux du Sénégal et du Moyen-Niger, qui se retrouvent aussi pour la plupart sur le Nil moyen.
Le Cailcédrat est très abondant et forme de très beaux pieds, on rencontre le Tamarinier, l’_Anogeissus_, le _Celtis integrifolius_, le _Balanites ægyptiaca_, une Bignoniacée, des _Ziziphus_, le _Kigelia pinnata_, plusieurs espèces de _Capparis_, plusieurs espèces de _Ficus_ dont quelques-uns très beaux dans les villages. Le _Ficus rokko_ est très commun mais toujours planté.
Les arbustes et arbres épineux _Acacia_ et surtout le terrible _Acacia pennata_, _Caillea_, _Combretum spinosum_, sont assez communs et forment souvent des fourrés impénétrables. Le Karité a été remarqué à Mali et à Souka. Le _Parkia_ s’arrête à Simmé. Les _Hyphæne_ sont assez répandus au N. du lac et on trouve quelques Rôniers. Remarqué particulièrement au S.-E, _Prosopis dubia_, _Terminalia macroptera_, _Mimusops Chevalieri_, _Parkia_, _Unona monopetala_, _Cassia fistulosa_ (spontané !), _Sclerocarya birrea_, _Diospyros mespiliformis_, _Combretum reticulatum_, _Combretum micranthum_ (Kinkélibah), _Vitex_, _Terminalia avicennoïdes_, _Heudelotia tomentosa_, _Guiera_, _Ximenia_, _Boscia senegalensis_, _Gardenia_, _Detarium senegalense_, une Tiliacée en petites touffes, Bignoniacée à fleurs roses, _Kigelia pinnata_, _Bauhinia reticulata_, _Sterculia tomentosa_, _Asparagus_ divers, _Crinum_, quelques _Aloe_, _Tacca_, _Cissus_ nombreux et _Kaempferia rosea_.
_Les Goullas._ — Les Goullas du lac Iro parlent tous le même dialecte qui est celui des Koulfés, des Koudias et des Malis. Ils ne portent aucun tatouage, si ce n’est chez quelques individus en haut du bras droit. Ils sont vêtus de peaux ou d’un vêtement fait avec des bandes d’étoffes du Ouadaï. Les peaux sont pendantes dont une en avant sinon deux, une autre est en arrière et s’attache à la ceinture de la première ; ce genre de vêtement n’a rien de commun avec celui des Kabas.
Le vêtement fait avec des bandes d’étoffes est tantôt le grand manteau à longues manches des Arabes, tantôt un tablier placé par devant et muni d’une ceinture, tantôt encore deux morceaux de pagne liés ensemble sur l’épaule gauche.
Les hommes n’ont ni bagues ni colliers et rarement des bracelets. Ils portent des fétiches de cordelettes passées autour du cou ou des bras avec, parfois, une ou deux perles ou un grisgris en cuir. C’est tout ce qu’ils ont pris aux Arabes. Non seulement ils ne sont pas tatoués au visage, mais ils n’ont pas les oreilles mutilées ou déformées, les dents sont fort rarement taillées. Les Goullas sont moins robustes que les Kabas, cependant ils ont le corps bien fait, les membres ne sont pas d’une gracilité disgracieuse comme chez les Goullas du Mamoun qui _leur sont cependant apparentés_ ; la peau est fort noire. Cependant chez les enfants et les jeunes gens le teint est bronzé parfois même fortement. Les lèvres sont peu épaisses mais le nez est très écrasé. Les cheveux sont rasés ou portés assez longs. Jamais je n’ai vu de coupes de cheveux en dessins comme chez les Kabas. La barbe, souvent assez épaisse, est longue. La sagaie est presque la seule arme, on en emporte un faisceau de 2 à 6 quand on va dans la brousse, les fers en l’air, garantis par un étui en cuir. En dehors des villages limitrophes on ne possède point le couteau de jet. Quelques hommes portent au bras droit un bracelet avec un couteau droit enfermé dans une gaine en peau d’hippopotame.
Les femmes sont complètement nues, elles ne se couvrent même pas avec des feuilles d’arbres comme dans d’autres pays. Elles ont généralement les oreilles ornées d’une baguette de bois placée horizontalement. Enfin elles ont les deux lèvres percées. La lèvre inférieure est ornée par une billette de bois, la lèvre supérieure contient un petit soundou dont le diamètre ne dépasse jamais celui d’une pièce de 5 francs.
Tous les enfants portent à la taille des liens de cordelettes avec ou sans perles. Dans les familles riches ils ont en outre des colliers de verroterie, des bracelets de fer, de cuivre et d’étain venant du Ouadaï ; nous avons même remarqué un grelot.
Comme principale particularité ethnographique, il faut noter les villages fortifiés avec une enceinte (Nagara) simple ou double d’_Acacia pennata_, à porte étroite, garnie de piliers à l’entrée. On chemine parfois, pour pénétrer dans l’enceinte, dans un étroit passage à travers les touffes de cet acacia très épineux, touffes enlacées souvent de plantes grimpantes.
Le forgeron est en même temps tanneur. Pour le tannage on cultive quelques _Acacia arabica_ dans chaque village.
Les hommes fument et chiquent le tabac. Les femmes fument une pipe de forme analogue à celle des Kabas mais à manche toujours court.
Les pêcheurs se servent surtout de nattes en roseaux liés par des cordelettes et ayant l’aspect de stores longs parfois d’une vingtaine de mètres. C’est avec ces nattes qu’on barre les Mindja ou qu’on installe dans l’Iro de grands pièges à poissons.
Une grande partie des hommes portent en bandoulière du côté gauche, quand ils voyagent, une petite sacoche en cuir où ils mettent leurs grigris et ce qui peut leur être utile.
Les principales cultures des Goullas sont le Maïs et le Mil. Ils cultivent aussi autour des cases d’autres produits secondaires comme les Courges, l’Igname, le Haricot. Le Pignon d’Inde est cultivé aussi dans les villages.
V. — CHEZ LES SARAS DE L’EST ET RETOUR CHEZ LES KOULFÉS
_3 juillet._ — Cette nuit nous avons essuyé une forte tornade. Les hommes viennent facilement pour nous guider et porter nos bagages chez les Saras. Les femmes et les enfants assistent curieux à nos préparatifs. Une de ces dames a surtout attiré mon attention par sa taille gigantesque, pour une grosse perle bleue elle se laisse mesurer, elle a 1m,85 de hauteur, et quoiqu’elle soit douée d’un certain embonpoint, elle paraît plutôt grêle étant donné sa taille.