L'Afrique centrale française

Part 16

Chapter 163,769 wordsPublic domain

Les exportations du pays vers le Nord consistent, d’abord et surtout, en esclaves, puis en ivoire, en bandes de coton ; peut-être aussi vend-on un peu de café et cède-t-on quelques thalers, mais certainement moins que le Kouti n’en achète. Je pense que Senoussi pourra facilement tirer de ses états, dans un avenir prochain, environ 2 à 4 tonnes d’ivoire, 12 à 20 tonnes de caoutchouc, 1 tonne de café. Le café suffirait aux deux tiers de la consommation des Européens résidant au Chari que j’évalue, pour 150 blancs, à 1650 kilogrammes par an.

La plus grande partie du trafic se fait avec les Musulmans voisins[87]. Senoussi reçoit cinq ou six fois par an des caravanes venues du N., du Ouadaï et du Dar Sila. Pour donner une idée de ce qu’est une caravane, voici la composition de celle que Bakhit, sultan du Dar Sila, a envoyée à Senoussi et qui est parvenue à Ndellé dans les premiers jours de décembre 1902. Elle comprenait 12 bœufs porteurs, chacun chargé de 60 kilogrammes de marchandises, 7 ânes porteurs. Il y avait 20 à 25 conducteurs, y compris le chef de la caravane, homme de confiance du sultan, et peut-être son parent, qui voyageait à cheval en grande pompe ; de plus, nous avons vu une dizaine de caravaniers non porteurs, enfin une quinzaine de domestiques, d’esclaves de suite, etc. Les marchandises étaient des étoffes, du sucre, du thé, des parfums indigènes, peut-être de la poudre et des capsules. Peu de temps après l’arrivée de la caravane 5 bourriquots ont été échangés contre 9 esclaves. Bakhit fera passer les esclaves à Abeschr où ils seront vendus. Les ânes ont été donnés par Senoussi à la Société de la Kotto, lors du voyage de M. SUPERVILLE, pour liquider une vieille créance. Senoussi ne paraît pas entretenir de relations commerciales avec les sultans de l’Oubangui. Ni les noix de kola, ni le bois rouge, produits naturels du Haut-Oubangui, qui pourraient être consommés dans le Dar Banda, n’arrivent.

_Relations avec les Anglais au Barhr-El-Ghazal._ — Je crois qu’elles sont assez rares actuellement[88] quoiqu’il y ait à peu près la même distance entre Ndellé et Dem-Ziber qu’entre Ndellé et le Dar Sila. Les Anglais, s’ils envoient des armes et de la poudre à Senoussi, comme divers indices me portent à le croire, c’est par le Dar Four. Toutefois, Senoussi reçoit plutôt des armes et des munitions par les caravanes des Ouadaïens et des Dar Foriens qui les lui apportent pour leur propre compte.

_Opérations de la mission commerciale du Chari à Ndellé._ — La société commerciale qui commandite cette mission ne paie à l’État, d’après M. GRECH, qu’une redevance annuelle de 600 francs et la société empêche le commissariat de prélever l’impôt en nature qu’il a imposé à Senoussi. Il en est résulté un conflit entre le Résident et le directeur actuel, M. JACQUIER, successeur de M. MERCURI. Les commanditaires de cette mission sont les mêmes que ceux de la société de la « Kotto ». Leurs opérations pourraient être confondues. Des rapports existent entre Ndellé et le comptoir le plus avancé sur la Kotto. C’est par la Kotto, suivant la route reconnue par M. SUPERVILLE, qu’on expédiera dorénavant le caoutchouc et l’ivoire de Ndellé : jusqu’à présent la mission commerciale n’achète à Senoussi que ces produits. Elle lui a prêté à plusieurs reprises des thalers, opérations qualifiées d’illégales par le résident GRECH et signalées au Commissaire général. Toutes les opérations de la mission commerciale se bornent au commerce avec le sultan Senoussi. Elle lui procure, en échange de caoutchouc, d’ivoire et de thalers : des étoffes (vulgaires et de luxe), de la poudre, des capsules, des fusils de traite (?), du sucre, du thé, des glaces, des armes de chef (sabres, etc.), des chéchias, des colliers de corail (grosses perles) et d’ambre, de la verroterie, des ustensiles de cuisine, des plats. Senoussi a besoin en outre d’objets de luxe (ameublement, vaisselle), de tentes de guerre, de ceintures, de vêtements, de chaussures, de turbans, d’étoffes algériennes, de sellerie.

_Commerce avec la Société des Sultanats._ — Il est actuellement nul, bien que cette société ait la concession de la rive gauche de la Kotto, au même titre que la Société la « Kotto » a la rive droite.

_Senoussi, sultan esclavagiste._ — Notre protégé le sultan Senoussi est un marchand d’esclaves, analogue à ceux dont la disparition fut l’objet, ou le prétexte, de l’intervention européenne dans le centre de l’Afrique. Seulement celui-ci a su créer un Etat comme base de ses opérations et cela, plus heureux, plus cauteleux que Rabah son modèle, sous notre suzeraineté. L’armée pour laquelle il recherche, quémande avidement nos dons de fusils, est l’instrument des razzias dont le but est la conquête des captifs. Des prisonniers, il fait deux parts. Il garde les uns pour les installer près de Ndellé dans des villages de culture. Alors que pour les groupements arabes il semble ne prélever qu’une sorte de dîme, de ces villages de serfs il tire sans compter le mil, le maïs, la farine de manioc, les volailles nécessaires à sa subsistance et à celle de ses nombreux parasites ; il leur fait entretenir son bétail, chercher le caoutchouc et le café qu’il nous livre. Les autres captifs, sauf quelques-uns, femmes et boys, dont le don lui concilie l’amitié des blancs en relation avec lui, sont une valeur d’échange, la principale de ses opérations commerciales. C’est contre des esclaves qu’on acquiert des armes, des étoffes, des chevaux, des bœufs. Un bœuf de belle taille vaut 2 ou 3 esclaves adultes ; un cheval, 10 esclaves ; une fillette de 6 à 8 ans s’achète avec 8 ou 10 bandes de coton ou mekta ; à 15 ans, elle en vaudra 15 à 18. Il n’y a aucune exagération à dire qu’en même temps que la main-d’œuvre, l’esclave représente le principal élément du commerce du Dar Kouti, comme jadis d’ailleurs dans tous les Etats musulmans du centre africain.

On comprend dès lors que l’histoire de ces Etats soit celle de leurs chasses à l’esclave. Dans l’entourage de Senoussi, on ne parle que de razzias. En décembre 1903, il préparait une expédition chez les Saras qui ne comprenait pas moins de 1000 guerriers et dura jusqu’à l’arrivée de l’hivernage. Bien d’autres l’ont précédée. Senoussi se plaint sans doute qu’après le passage de Rabah et sa moisson d’hommes il ne lui restait plus qu’à glaner. Pourtant, à notre connaissance, il fit conduire par Adem des razzias assez nombreuses. Il a fait captifs les Kabas du Kaga Banda puis les Mbatas du Kaga Bongolo. Il obligea les Ngaos du Haut-Bangoran à lui payer tribut, ainsi que les Moroubas du Boungou ; il est allé à la Koumou et a fait captif Mogoubanda (Mokbanda) aujourd’hui à Ndellé chef des Tambagos[89] ? Il a pris aussi des Bandas, Bourous (Mbrous ?). Enfin il y a 2 ou 3 ans, Adem et Allah Djabou sont allés au Kaga Toulou et ont emmené les troglodytes du chef Rifogo campés au Kaga Fofo dans la grotte. Rifogo est lui-même captif à Ndellé où Senoussi me l’a montré. Gono a été aussi pris par Senoussi et le village fut anéanti.

Maintenant c’est le vide (et quel vide ?) dans tout le Dar Banda où, pour ses razzias annuelles, Senoussi est obligé d’envoyer dorénavant ses lieutenants à huit jours au moins de Ndellé ; c’est la dépopulation chez les Saras, chez les Moroubas, chez les peuplades du Mamoun ou chez les Ouaddas, ou chez les Kreichs de Saïd Baldas. Et nous l’entravons, paraît-il, du moins El Hadj Abdoul le dit : « Si les Français n’étaient pas là ou nous laissaient faire, il y a longtemps que le sultan aurait pris tout ce qu’il y a jusqu’à la Tomi et jusqu’à l’Oubangui. Il nous faut bien des captifs ! »

Senoussi est mal venu à se plaindre de nous. Lieutenant de Rabah, meurtrier de Crampel, il a acheté l’oubli du passé au prix d’une soumission, plus ou moins sincère : on l’a soupçonné d’intelligences avec le Ouadaï et les maîtres du Dar Four, et, en juillet 1905, il a refusé de coopérer à la lutte contre les rezzous de la rive droite du Chari[90]. Il ne fut peut-être pas d’une politique très prudente de le laisser constituer ses troupes et même de lui procurer des fusils. Surtout il est triste de penser que la présence d’un résident à Ndellé implique la France dans la responsabilité de ses razzias. Et ce n’est point seulement un sentiment d’humanité qui anime cette protestation ; c’est aussi le souci de l’avenir économique de ces régions où sont morts les nôtres, où nous avons travaillé et lutté. Assez de sang y a été versé, assez d’argent employé pour qu’on ne les abandonne pas à un souverain de proie. Il y existait des populations d’agriculteurs, les Saras, les Ndoukas, les Bandas notamment, qui démentent par leur travail la légende de la paresse du noir. Ces populations chez qui l’amour et le soin de la terre est très développé, les despotes arabes les exterminent. Sur leurs traces, la brousse reprend possession des cultures : c’est, à la lettre, le désert qui réapparaît. Nous avons combattu Rabah : pouvons-nous laisser Senoussi continuer ses ravages ? abstraction faite de toute considération « sentimentale », croyons-nous que les 3 tonnes de caoutchouc, les 2 quintaux de café, les 300 kilogrammes d’ivoire payés en tribut par Senoussi compensent l’exode du millier de captifs qui, chaque année, sont vendus par lui aux États du Nord ? On peut discuter la question de la délivrance des « esclaves de case » ; mais laisser continuer la chasse à l’homme par un négrier qui arbore notre drapeau serait une honte et une inconséquence impardonnable.

Senoussi du reste sait fort bien notre manière de voir et il est trop intelligent et trop avisé pour ne pas comprendre qu’il a tout intérêt à abandonner un commerce que nous trouvons illicite. Malheureusement les nombreux courtisans qui vivent près de lui des libéralités que leur procure la chasse à l’homme, font tous leurs efforts pour maintenir un système dont l’écroulement serait leur ruine. Ils cherchent à l’attacher au passé en lui rappelant les préceptes du Coran qui proclament guerre sainte l’extermination des païens et qui recommandent la politique de duperie à l’égard des Roumis.

Il ne faut pas l’oublier, ses États confinent au Ouadaï et au Dar Four, les deux seuls pays, avec le Maroc, où subsistent des gouvernements esclavagistes, hostiles à la civilisation occidentale. Or Senoussi sait fort bien qu’en cas de conflit avec nous, il trouverait asile et protection dans les contrées situées au N. du Kouti. Il connaît toutes les clauses de la convention franco-anglaise du 21 mars 1899 qui attribue le Ouadaï à la France et le Dar Four au gouvernement anglo- égyptien. Qui lui a appris l’existence de cette convention ? Je l’ignore, mais un jour il en discuta les termes avec moi. Il ne comprend pas pourquoi l’Europe laisse faire librement au Ouadaï et au Dar Four ce qu’elle interdit ailleurs. Du fait que nous laissions en 1902 et 1903 les Ouadaïens venir piller les villages Saras à quelques jours de nos postes militaires impuissants, et enlever les jeunes hommes valides et les femmes comme esclaves, comment lui, notre protégé, ne se serait-il pas cru le droit d’agir de la même manière ?

Nous tenons, certes, le plus grand compte de sa mentalité de musulman. Ce que notre morale, notre sensibilité et notre intérêt désapprouvent lui semble, dans son âme fruste, absolument légitime et même nécessaire. Que de fois lui ou El Hadj Tokeur ont cherché à me convertir à leur manière de voir ! « Que ferions-nous sans esclaves, me disait ce dernier ? Où voudrais-tu que le sultan prenne les porteurs qui te sont nécessaires pour tes voyages ? Qui cultiverait nos champs ? Regarde nos mains (et il me montrait ses bras minces de Foulbé), penses-tu qu’elles soient assez fortes pour remuer la terre ? Où voudrais-tu que nous trouvions les bœufs que ton gouvernement nous demande comme impôt si nous n’avions pas des esclaves à donner aux Arabes du Nord en échange de leurs troupeaux ? Et puis, ces Bandas que tu plains sont des brutes ; ils sont même inférieurs au bœuf que vous tuez sans pitié, car les animaux ne se mangent pas entre eux tandis que nos esclaves sont presque tous des Niamniams (des anthropophages). » — « En ce cas, lui répondis- je un jour, pourquoi leur prenez-vous leurs filles pour en faire vos femmes ? Les enfants que vous aurez seront aussi des brutes ? » — « Non, me répondit sans sourciller le vieux El Hadj, tous nos enfants seront Arabes ! »

Senoussi, qui partage cette cruelle impassibilité pour les fétichistes, est pourtant le musulman le plus humain pour son entourage que nous connaissions. Il a droit de vie et de mort sur tous ses sujets et il n’en use presque jamais. Les châtiments corporels sont très rares dans la capitale, même pour les esclaves. Or Senoussi est originaire du Baguirmi, c’est-à-dire d’un pays où les princes régnants font encore crever les yeux à leurs propres frères pour les mettre dans l’impossibilité de tenter un coup d’état. A tout prendre, il est moins coupable que certains conquistadors venus d’Europe.

Il ne s’est jamais en effet montré hostile aux idées d’amélioration que nous lui avons apportées. Nos résidents lui ont conseillé de faire de l’agriculture, il a entrepris des cultures nouvelles, on lui a conseillé de faire du commerce avec les blancs de l’Oubangui, il a accepté sans aucune restriction la création d’une factorerie européenne par MERCURI. Vers la fin de notre séjour à Ndellé, je vis un matin le sultan sortir en grande pompe de son Tata, entouré de ses principaux courtisans, et se rendre au milieu des cultures où sa tente d’apparat avait été installée. Sous ses yeux 500 femmes commencèrent les travaux de défrichement et d’ensemencement.

Quelques hectares de terrain[91] furent consacrés pour la première fois à la culture du riz en grand. Un mois plus tôt il avait récolté du blé et il avait été aussi l’introducteur de cette culture. Les plantations de sorgho allaient en s’étendant d’année en année et à l’époque de notre séjour, elles couvraient déjà tous les environs de Ndellé sur 10 kilomètres de rayon. Quelques sujets du sultan s’adonnaient pour son compte à l’élevage du bétail. Il fait venir tous les ans des troupeaux du Ouadaï et s’efforce de les acclimater autour de sa résidence.

D’autres chassaient l’éléphant et lui rapportaient les défenses et jusqu’à la viande boucanée. D’autres encore allaient récolter le caoutchouc à plus d’une semaine de marche de la capitale. Enfin il se faisait apporter du café, du poivre d’Éthiopie, du sel obtenu par le lessivage des cendres de certaines herbes, de l’huile de palme, des fibres de raphia, du poisson sec, etc.

Lorsqu’il sut le but précis de notre voyage, Senoussi parut s’y intéresser. Il eut d’abord quelque peine à comprendre que nous fussions venus de si loin uniquement pour parcourir des pays nouveaux et en examiner les ressources. Je sus plus tard qu’il nous avait fait surveiller dans les premiers temps, persuadé que nous étions venus pour rechercher une mine d’or. En voyant notre zèle à recueillir des plantes, à collectionner des animaux, à ébrécher les rochers pour prélever des échantillons minéralogiques, il fut bientôt convaincu que nous formions, COURTET et moi, une catégorie à part d’Européens inoffensifs. Il demanda à COURTET de préparer sous ses yeux du caoutchouc en pilonnant des racines de petits _Landolphias_ dans un mortier à couscous. Tout son entourage assista à l’expérience et lui-même calcula le prix de revient. D’un autre côté il me fit voir les principales productions curieuses de ses États. Quand je passais au Tata avec quelques branches d’arbres à la main pour mes collections, il m’en donnait lui-même les noms arabes et m’en indiquait les usages. A notre retour de chaque excursion, il nous interrogeait sur ce que nous avions vu et complétait nos renseignements. Lorsqu’en audience je lui demandais des indications pour compléter nos cartes, il quittait son siège et traçait lui-même sur le sable, avec le doigt, le cours des rivières dont nous voulions connaître la direction. Il était rarement embarrassé. Pendant trente années il a parcouru dans tous les sens le Dar Fertit ou Pays des Sauvages, et doué d’une mémoire prodigieuse, il a retenu le nom des moindres ruisseaux situés à plus de 200 kilomètres de sa capitale. Au départ de chaque excursion, il réglait lui-même tous les détails de notre itinéraire, et indiquait au guide les points sur lesquels il fallait attirer notre attention pendant la route. Nos rapports devinrent toutefois tendus pendant le dernier mois de notre séjour à Ndellé. Il serait sans intérêt pour le lecteur d’en connaître les raisons ; je dois seulement dire que les principaux torts n’étaient ni du côté du sultan ni du nôtre...

Nous ne songeons nullement à dresser contre Senoussi un réquisitoire tendant à sa déposition. Ce serait une grosse entreprise et le sang français a déjà été et même trop largement versé dans ces contrées désolées. Cette déposition, fût-elle plus facile, nous n’en voudrions point. Senoussi est le chef le plus extraordinaire que nous ayons rencontré en Afrique et, nous osons le dire, il a forcé notre admiration. D’une ambition sans bornes, mais aussi d’une intelligence vraiment puissante et d’un sens pratique encore affiné par ses opérations commerciales, il a su créer un Etat à demi policé d’un ramassis de barbares sans cohésion. Il a su s’assimiler de la culture européenne tout ce qui peut lui être utile. Nous croyons donc qu’il faut vivre en bonne intelligence avec le Sultan du Kouti, quelque chargé que soit son passé. Mais, cette absolution ne peut entraîner la licence de continuer les razzias chez les fétichistes. Et, après nous être montré si impartial dans notre jugement sur Senoussi, si préoccupé des intérêts matériels de la France, nous n’en répétons que plus fermement nos protestations contre un système trop longtemps toléré. Si la France donnait à Senoussi l’impression qu’elle est vraiment et sincèrement décidée à abolir la traite, si nous lui enlevions ces prétextes que El Hadj Tokeur nous opposait, si notre résident à Ndellé se montrait suffisamment énergique et calme, je suis convaincu que Senoussi s’inclinerait devant notre volonté bien arrêtée de supprimer les razzias d’esclaves et qu’il pourrait devenir un auxiliaire précieux pour notre administration.

[Note 60 : Senoussi n’est nullement d’origine arabe, mais c’est l’usage des pays Fertit d’appeler Arabes tous les Musulmans venus du N., quelle que soit leur origine.]

[Note 61 : Pendant mon séjour à Ndellé j’ai eu l’occasion de causer à de nombreux noirs islamisés qui avaient vécu dans l’entourage de Ziber- Pacha. L’un d’eux se rappelait même avoir vu un blanc compagnon d’Abd- es-Samat et ayant comme moi la manie d’examiner les plantes qu’il rencontrait dans le bled. Le voyageur auquel il faisait allusion était sans aucun doute G. SCHWEINFURTH, le grand explorateur allemand qui séjourna à Dem-Ziber en 1870.]

[Note 62 : G. DUJARRIC, _La Vie du sultan Rabah_ (1902), p. 29.]

[Note 63 : Pièce traduite par M. l’interprète GRECH.]

[Note 64 : D’après une autre version l’assassin se nommait El Kharifine.]

[Note 65 : Que CRAMPEL ait eu vent d’une trahison dans son entourage, c’est sans doute ce qui explique le terrible châtiment d’un de ses serviteurs, qu’il fit alors fusiller. Il l’avait convaincu d’avoir volé un fusil pour le donner à un soldat de Senoussi. CRAMPEL crut sans doute cet exemple nécessaire pour arrêter la défection commençante.]

[Note 66 : 25 fusils modèle 1874, armement du personnel de la mission, et 300 fusils à piston destinés à servir de cadeaux au Ouadaï.]

[Note 67 : Plusieurs des assassins seraient encore à la cour de Senoussi : Allah Djabou, en particulier, est toujours chef de guerre.]

[Note 68 : Cette résistance semble s’être prolongée assez longtemps, puisque cinq d’entre eux furent tués.]

[Note 69 : On voit tomber le reproche de cruauté qui fut fait à sa mémoire, de même que l’accusation de trahison portée contre Niarinze. Comme tous les indigènes de la mission, elle détestait Ischekkad et elle se refusa à le suivre.]

[Note 70 : Ces deux Sénégalais étaient encore à Ndellé en 1899 au moment de l’arrivée de MERCURI. Ils disparurent peu de temps après et Senoussi raconta que l’un d’eux, après avoir assassiné son camarade, s’était enfui au Ouadaï.]

[Note 71 : Il paraît qu’Ischekkad se rendit librement chez Rabah et qu’il y mourut de maladie quelque temps plus tard.]

[Note 72 : Le lieutenant HANOLET, que l’entourage de Senoussi appelle Alibou, séjourna quelque temps à Mbélé, mais il ne dépassa pas ce point. L’itinéraire de Mbélé à Kouga au Rounga que lui attribue M. VAUTERS lui fut sans doute donné par les caravaniers qui lui amenèrent des troupeaux à Mbélé, mais lui-même au dire de Senoussi ne pénétra jamais au Rounga.]

[Note 73 : Senoussi m’a montré un magnifique fusil pour chasser l’éléphant que HANOLET lui avait donné.]

[Note 74 : Il avait d’ailleurs publié divers articles intéressants, particulièrement sur les voies d’accès de l’Oubangui au Chari par le Kotto, dans le _Bulletin de la Société de Géographie_ (7e série, XVIII, 1897, p. 129-178 et 340-384 ; XVIII, p. 496-518), _La Géographie_ (III, 1901, p. 109-114 ; V, 1902, p. 216-218).]

[Note 75 : TOUSSAINT MERCURI, né en Algérie le 21 juillet 1871, mort à Ndellé le 21 juillet 1902, fit un premier séjour à Ndellé (janvier 1899-fév. 1900). Revint à Ndellé en janvier 1902 et y mourut 6 mois plus tard. La factorerie qu’il avait créée était gérée en 1902-1903 par M. JACQUIER. Elle fut en janvier 1903 inspectée par M. SUPERVILLE. Depuis elle a été abandonnée et la société, _La Kotto_, possède seulement une factorerie à Bria, sur la limite des Etats de Senoussi.

=Bibliographie.= — F. MERCURI, _Conférence sur la mission de Béhagle_ (extrait du _Bull. Soc. Géogr. Alger_, 4e trim. 1900), Alger, 1900. — _Dans le centre africain, 3 ans 1/2 au sud du Tchad_, Constantine, 1900, 1 broch. 24 p. — Lettre du 4 janv. 1902 et article nécrologique, _Bull. Soc. Géogr. Alger_, 4e trim. 1902, p. 633-636. — Anonyme. _La Kotto, Occupation et organisation de la Concession_, extrait du rapport lu à l’assemblée générale le 28 déc. 1901 (1 carte), Paris, 1902.]

[Note 76 : NEIGEL, _Au cœur de l’Afrique_ (_Bull. Soc. Géogr. d’Alger_, 1903, p. 207).

D’après les rapports fournis par le capitaine JULIEN, le colonel DESTENAVE a, dans les instructions spéciales données à M. GRECH, résident à Ndellé, fixé le tribut de Senoussi à 40.000 francs, répartis ainsi qu’il suit : 25.000 francs comme impôt en nature (caoutchouc 2 tonnes, ivoire 2 tonnes, café 500 à 1000 kilogrammes), et 15.000 francs représentant la valeur des subsistances fournies à la résidence (alimentation des tirailleurs indigènes, etc.). En même temps le colonel DESTENAVE informait M. GRECH que, d’après le capitaine JULIEN, le territoire de Senoussi pouvait fournir 6 tonnes d’ivoire, 6 tonnes de caoutchouc, 500 à 1000 kilogrammes de café.

Aux termes du traité du 18 février 1903, conclu avec M. Fourneau, Senoussi s’engage à nous verser annuellement 300 kilogrammes d’ivoire, 3 tonnes de caoutchouc, 200 kilogrammes de café, 10 bœufs, 3 chevaux, 20 moutons, contre des marchandises et des munitions (F. ROUGET, _l’Expansion coloniale au Congo Français_, Paris, 1890, p. 178)]

[Note 77 : Un jour je lui énumérais les cadeaux que j’avais commandés en France pour lui, il me répondit : « Je te remercie, mais cela n’a pas grande valeur pour moi ; ce que je désirerais ce sont des fusils. »]

[Note 78 : Achem a épousé Fatalou, sœur de Senoussi.]