Chapter 31
Voilà les dents installées dans la tête de l'homme. Deux jours et une nuit il reste cloué à la même place, avec les dents flottantes autour de lui. Les dents sont daguerréotypées dans son cerveau, longues, étroites, comme des dents de cheval mort; pas une tache, pas une crénelure, pas une pointe ne lui a échappé. Il frissonne d'horreur quand il s'aperçoit qu'il en est venu à leur attribuer une faculté de sentiment et une puissance d'expression morale indépendante même des lèvres. «On disait de Mlle Sallé _que tous ses pas étaient des sentiments_, et de Bérénice, je croyais plus sérieusement que toutes ses dents étaient des idées.»
Vers la fin du second jour, Bérénice est morte; Egaeus n'ose pas refuser d'entrer dans la chambre funèbre et de dire un dernier adieu à la dépouille de sa cousine. La bière a été déposée sur le lit. Les lourdes courtines du lit qu'il soulève retombent sur ses épaules et l'enferment dans la plus étroite communion avec la défunte. Chose singulière, un bandeau qui entourait les joues s'est dénoué. Les dents reluisent implacablement blanches et longues. Il s'arrache du lit avec énergie, et se sauve épouvanté.
Depuis lors, les ténèbres se sont amoncelées dans son esprit, et le récit devient trouble et confus. Il se retrouve dans la bibliothèque à une table, avec une lampe, un livre ouvert devant lui, et ses yeux tressaillent en tombant sur cette phrase: _Dicebant mihi sodales, si sepulchrum amicae visitarem, curas meas aliquantulum fore levatas._ À côté, une boîte d'ébène. Pourquoi cette boîte d'ébène? N'est-ce pas celle du médecin de la famille? Un domestique entre pâle et troublé; il parle bas et mal. Cependant il est question dans ses phrases entrecoupées de violation de sépulture, de grands cris qu'on aurait entendus, d'un cadavre encore chaud et palpitant qu'on aurait trouvé au bord de sa fosse tout sanglant et tout mutilé. Il montre à Egaeus ses vêtements; ils sont terreux et sanglants. Il le prend par la main; elle porte des empreintes singulières, des déchirures d'ongles. Il dirige son attention sur un outil qui repose contre le mur. C'est une bêche. Avec un cri effroyable Egaeus saute sur la boîte; mais dans sa faiblesse et son agitation il la laisse tomber, et la boîte, en s'ouvrant, donne passage à des instruments de chirurgie dentaire qui s'éparpillent sur le parquet avec un affreux bruit de ferraille mêlés aux objets maudits de son hallucination. Le malheureux, dans son absence de conscience, est allé arracher son idée fixe de la mâchoire de sa cousine, ensevelie par erreur pendant une de ses crises.
Généralement Edgar Poe supprime les accessoires, ou du moins ne leur donne qu'une valeur très-minime. Grâce à cette sobriété cruelle, l'idée génératrice se fait mieux voir et le sujet se découpe ardemment sur ces fonds nus. Quant à sa méthode de narration, elle est simple. Il abuse du _je_ avec une cynique monotonie. On dirait qu'il est tellement sûr d'intéresser, qu'il s'inquiète peu de varier ses moyens. Ses contes sont presque toujours des récits ou des manuscrits du principal personnage. Quant à l'ardeur avec laquelle il travaille souvent dans l'horrible, j'ai remarqué chez plusieurs hommes qu'elle était souvent le résultat d'une très-grande énergie vitale inoccupée, quelquefois d'une opiniâtre chasteté, et aussi d'une profonde sensibilité refoulée. La volupté surnaturelle que l'homme peut éprouver à voir couler son propre sang, les mouvements brusques et inutiles, les grands cris jetés en l'air presque involontairement sont des phénomènes analogues. La douleur est un soulagement à la douleur, l'action délasse du repos.
Un autre caractère particulier de sa littérature est qu'elle est tout à fait anti-féminine. Je m'explique. Les femmes écrivent, écrivent avec une rapidité débordante; leur coeur bavarde à la rame. Elles ne connaissent généralement ni l'art, ni la mesure, ni la logique, leur style traîne et ondoie comme leurs vêtements. Un très-grand et très-justement illustre écrivain, George Sand elle-même, n'a pas tout à fait, malgré sa supériorité, échappé à cette loi du tempérament; elle jette ses chefs-d'oeuvre à la poste comme des lettres. Ne dit-on pas qu'elle écrit ses livres sur du papier à lettre?
Dans les livres d'Edgar Poe, le style est serré, _concaténé_; la mauvaise volonté du lecteur ou sa paresse ne pourront pas passer à travers les mailles de ce réseau tressé par la logique. Toutes les idées, comme des flèches obéissantes, volent au même but.
J'ai traversé une longue enfilade de contes sans trouver une histoire d'amour. Sans vouloir préconiser d'une manière absolue ce système ascétique d'une âme ambitieuse, je pense qu'une littérature sévère serait chez nous une protestation utile contre l'envahissante _fatuité_ des femmes, de plus en plus surexcitée par la dégoûtante idolâtrie des hommes, et je suis très-indulgent pour Voltaire, trouvant bon, dans sa préface de la _Mort de César_, tragédie sans femmes, sous de feintes excuses de son impertinence, de bien, faire remarquer son glorieux tour de force.
Dans Edgar Poe, point de pleurnicheries énervantes; mais partout, mais sans cesse l'infatigable ardeur vers l'idéal. Comme Balzac, qui mourut peut-être triste de ne pas être un pur savant, il a des rages de science. Il a écrit un _Manuel du conchyliologiste_ que j'ai oublié de mentionner. Il a, comme les conquérants et les philosophes, une entraînante aspiration vers l'unité; il assimile les choses morales aux choses physiques. On dirait qu'il cherche à appliquer à la littérature les procédés de la philosophie, et à la philosophie la méthode de l'algèbre. Dans cette incessante ascension vers l'infini, on perd un peu l'haleine. L'air est raréfié dans cette littérature comme dans un laboratoire. On y contemple sans cesse la glorification de la volonté s'appliquant à l'induction et à l'analyse. Il semble que Poe veuille arracher la parole aux prophètes, et s'attribuer le monopole de l'explication rationnelle. Ainsi, les paysages qui servent quelquefois de fond à ses fictions fébriles sont-ils pâles comme des fantômes. Poe, qui ne partageait guère les passions des autres hommes, dessine des arbres et des nuages qui ressemblent à des rêves de nuages et d'arbres, ou plutôt, qui ressemblent à ses étranges personnages, agités comme eux d'un frisson surnaturel et galvanique.
Une fois, cependant, il s'est appliqué à faire un livre purement humain. _La Narration d'Arthur Gordon Pym_, qui n'a pas eu un grand succès, est une histoire de navigateurs qui, après de rudes avaries, ont été pris par les calmes dans les mers du Sud. Le génie de l'auteur se réjouit dans ces terribles scènes et dans les étonnantes peintures de peuplades et d'îles qui ne sont point marquées sur les cartes. L'exécution de ce livre est excessivement simple et minutieuse. D'ailleurs, il est présenté comme un livre de bord. Le navire est devenu ingouvernable; les vivres et l'eau buvable sont épuisés; les marins sont réduits au cannibalisme. Cependant, un brick est signalé.
_Nous n'aperçûmes personne à son bord jusqu'à ce qu'il fût arrivé à un quart de mille de nous. Alors nous vîmes trois hommes qu'à leur costume nous prîmes pour des Hollandais. Deux d'entre eux étaient couchés sur de vieilles voiles près du gaillard d'avant, et le troisième, qui paraissait nous regarder avec curiosité, était à l'avant, à tribord, près du beaupré. Ce dernier était un homme grand et vigoureux, avec la peau très-noire. Il semblait, par ses gestes, nous encourager à prendre patience, nous faisant des signe qui nous semblaient pleins de joie, mais qui ne laissaient pas que d'être bizarres, et souriant immuablement, comme pour déployer une rangée de dents blanches très brillantes. Le navire approchant davantage, nous vîmes un bonnet de laine rouge tomber de sa tête dans l'eau; mais il n'y prit pas garde, continuant toujours ses sourires et ses gestes baroques. Je rapporte toutes ces choses et ces circonstances minutieusement, et je les rapporte, cela doit être compris, précisément comme elles nous apparurent._
_Le brick venait à nous lentement, et mettait maintenant le cap droit sur nous,--et, je ne puis parler de sang-froid de cette aventure,--nos coeurs sautaient follement au-dedans de nous, et nous répandions toutes nos âmes en cris d'allégresse et en allions de grâces à Dieu pour la complète, glorieuse et inespérée délivrance que nous avions si palpablement sous la main. Tout à coup et tout à la fois, de l'étrange navire,--nous étions maintenant sous le vent à lui,--nous arrivèrent, portées sur l'océan, une odeur, une puanteur telles qu'il n'y a pas dans le monde de mots pour les exprimer: infernales, suffocantes, intolérables, inconcevables. J'ouvris la bouche pour retirer, et me tournant vers mes camarades, je m'aperçus qu'ils étaient plus pâles que du marbre. Mais nous n'avions pas le temps de nous questionner ou de raisonner, le brick était à cinquante pieds de nous, et il semblait dans l'intention de nous accoster par notre arrière, afin que nous pussions l'aborder sans l'obliger à mettre son canot à la mer. Nous nous précipitâmes au-devant, quand, tout à coup, une forte embardée le jeta de cinq ou six points hors du cap qu'il tenait, et, comme il passait à notre arrière à une distance d'environ vingt pieds, nous vîmes son pont en plein. Oublierais-je jamais la triple horreur de ce spectacle? Vingt-cinq ou trente corps humains, parmi lesquels quelques femmes, gisaient disséminés çà et là entre la dunette et la cuisine, dans le dernier et le plus dégoûtant état de putréfaction! Nous vîmes clairement qu'il n'y avait pas une âme vivante sur ce bateau maudit! Cependant, nous ne pouvions pas nous empêcher d'implorer ces morts pour notre salut! Oui, dans l'agonie du moment, nous avons longtemps et fortement prié ces silencieuses et dégoûtantes images de s'arrêter pour nous, de ne pas nous abandonner à un sort semblable au leur, et de vouloir bien nous recevoir dans leur gracieuse compagnie! La terreur et le désespoir nous faisaient extravaguer, l'angoisse et le découragement nous avaient rendus totalement fous._
_À nos premiers hurlements de terreur, quelque chose répondit qui venait du côté du beaupré du navire étranger, et qui ressemblait de si près au cri d'un gosier humain que l'oreille la plus délicate eût été surprise et trompée. À ce moment, une autre embardée soudaine ramena le gaillard d'avant sous nos yeux, et nous pûmes comprendre l'origine de ce bruit. Nous vîmes la grande forme robuste toujours appuyée sur le plat-bord et remuant toujours la tête de çà, de là, mais tournée maintenant de manière que nous ne pouvions lui voir la face. Ses bras étaient étendus sur la lisse du bastingage, et ses mains tombaient en dehors. Ses genoux étaient placés sur une grosse amarre, largement ouverts et allant du talon du beaupré à l'un des bossoirs. À l'un de ses côtés, où un morceau de la chemise avait été arraché et laissait voir le nu, se tenait une énorme mouette, se gorgeant activement de l'horrible viande, son bec et ses serres profondément enfoncés, et son blanc plumage tout éclaboussé de sang. Comme le brick tournait et allait nous passer sous le vent, l'oiseau avec une apparente difficulté, retira sa tête rouge, et, après nous avoir regardés un moment comme s'il était stupéfié, se détacha paresseusement du corps sur lequel il festinait, puis il prit directement son vol au-dessus de notre pont, et plana quelque temps avec un morceau de la substance coagulée et quasi vivante dans son bec. À la fin, l'horrible morceau tomba, en l'éclaboussant, juste aux pieds de Parker. Dieu veuille me pardonner, mais alors, dans le premier moment, une pensée traversa mon esprit, une pensée que je n'écrirai pas, et je me sentis faisant un pas machinal vers le morceau sanglant. Je levai les yeux, et mes regards rencontrèrent ceux d'Auguste qui étaient pleins d'une intensité et d'une énergie de désir telle, que cela me rendit immédiatement à moi-même. Je m'élançai vivement, et, avec un profond frisson, je jetai l'horrible chose à la mer._
_Le cadavre d'où le morceau avait été arraché, reposant ainsi sur l'amarre, était aisément ébranlé par les efforts de l'oiseau carnassier, et c'étaient d'abord ces secousses qui nous avaient induits à croire à un être vivant._
_Quand l'oiseau le débarrassa de son poids, il chancela, tourna et tomba à moitié, et nous montra tout à fait sa figure. Non, jamais il n'y eut d'objet aussi terrible! Les yeux n'y étaient plus, et toutes les chairs de la bouche rongées, les dents étaient entièrement à nu. Tel était donc ce sourire qui avait encouragé notre espérance! Tel était..., mais je m'arrête. Le brick, comme je l'ai dit, passa à notre arrière, et continua sa route en tombant sous le vent. Avec lui et son terrible équipage s'évanouirent lentement toutes nos heureuses visions de joie et de délivrance._
_Eureka_ était sans doute le livre chéri et longtemps rêvé d'Edgar Poe. Je ne puis en rendre compte ici d'une manière précise. C'est un livre qui demande un article particulier. Quiconque a lu la _Révélation magnétique_ connaît les tendances métaphysiques de notre auteur. _Eureka_ prétend développer le procédé, et démontrer la loi suivant laquelle l'univers a revêtu sa forme actuelle visible, et trouve sa présente organisation, et aussi comment cette même loi, qui fut l'origine de la création, sera le moyen de sa destruction et de l'absorption définitive du monde. On comprendra facilement pourquoi je ne veux pas m'engager à la légère dans la discussion d'une si ambitieuse tentative. Je craindrais de m'égarer et de calomnier un auteur pour qui j'ai le plus profond respect. On a déjà accusé Edgar Poe d'être un panthéiste, et quoique je sois forcé d'avouer que les apparences induisent à le croire tel, je puis affirmer que, comme bien d'autres grands hommes épris de la logique, il se contredit quelquefois fortement, ce qui fait son éloge; ainsi, son panthéisme est fort contrarié par ses idées sur la hiérarchie des êtres, et beaucoup de passages qui affirment évidemment la permanence des personnalités.
Edgar Poe était très-fier de ce livre, qui n'eut pas, ce qui est tout naturel, le succès de ses contes. Il faut le lire avec précaution et faire la vérification de ses étranges idées par la juxtaposition de systèmes analogues et contraires.
IV
J'avais un ami qui était aussi un métaphysicien à sa manière, enragé et absolu, avec des airs de Saint-Just. Il me disait souvent en prenant un exemple dans le monde, et en me regardant moi-même de travers: «Tout mystique a un vice caché.» Et je continuais sa pensée en moi-même: donc, il faut le détruire. Mais je riais, parce que je ne comprenais pas. Un jour, comme je causais avec un libraire bien connu et bien achalandé, dont la spécialité est de servir les passions de toute la bande mystique et des courtisans obscurs des sciences occultes, et comme je lui demandais des renseignements sur ses clients, il me dit: «Rappelez-vous que tout mystique a un vice caché, souvent très-matériel; celui-ci l'ivrognerie, celui-là la goinfrerie, un autre la paillardise; l'un sera très-avare, l'autre très-cruel, etc.»
Mon Dieu! me dis-je, quelle est donc cette loi fatale qui nous enchaîne, nous domine, et se venge de la violation de son insupportable despotisme par la dégradation et l'amoindrissement de notre être moral? Les illuminés ont été les plus grands des hommes. Pourquoi faut-il qu'ils soient châtiés de leur grandeur? Leur ambition n'était-elle pas la plus noble? L'homme sera-t-il éternellement si limité qu'aucune de ses facultés ne puisse s'agrandir qu'au détriment des autres? Si vouloir à tout prix connaître la vérité est un grand crime, ou au moins peut conduire à de grandes fautes, si la niaiserie et l'insouciance sont une vertu et une garantie d'équilibre, je crois que nous devons être très-indulgents pour ces illustres coupables, car, enfant du XVIIIe et du XIXe siècle, ce même vice nous est à tous imputable.
Je le dis sans honte, parce que je sens que cela part d'un profond sentiment de pitié et de tendresse, Edgar Poe, ivrogne, pauvre, persécuté, paria, me plaît plus que calme et _vertueux_, un Goethe ou un W. Scott. Je dirais volontiers de lui et d'une classe particulière d'hommes, ce que le catéchisme dit de notre Dieu: «Il a beaucoup souffert pour nous.»
On pourrait écrire sur son tombeau: «Vous tous qui avez ardemment cherché à découvrir les lois de votre être, qui avez aspiré à l'infini, et dont les sentiments refoulés ont dû chercher un affreux soulagement dans le vin de la débauche, priez pour lui. Maintenant son être corporel purifié nage au milieu des êtres dont il entrevoyait l'existence, priez pour lui qui voit et qui sait, il intercédera pour vous.»
* * * * *
NOTES:
[Note 1: Cette préface est une refonte de l'article paru en 1852 dans la _Revue de Paris_. Cet article figure à la fin du livre. _(Note du correcteur--ELG.)_]
[Note 2: Les poëmes d'Edgar Poe, traduits par Stéphane Mallarmé, parurent vers 1888.]
[Note 3: Aucun des membres du jury ne connaissait Poe, fût-ce de nom. Un d'eux, John Pendleton Kennedy, auteur de nombreux romans populaires, désireux de savoir un peu plus sur ce remarquable inconnu, lui adressa une invitation à dîner. S'imagine-t-on quel tourment douloureux ce fut pour un poëte toujours fier et discret d'avoir à une si bienveillante prévenance à répondre en ces termes: «Votre aimable invitation à dîner aujourd'hui m'a causé la plus vive blessure.--Je ne puis pas venir--et pour des raisons de la nature la plus humiliante: l'aspect de ma personne. Vous pouvez imaginer ma mortification à vous devoir faire cet aveu, mais il était indispensable.»--Alors Kennedy se mit à sa recherche, le découvrit comme il l'a consigné, dans son journal, _sans aucun ami et réellement mourant de faim_. (_La vie d'Edgar A. Poe_, d'André Fontainas.)]
[Note 4: Le Dr Moran qui lui prodigua ses soins à l'hôpital de Baltimore (on l'y soigna pour un transport au cerveau) a dans une lettre adressée à Mrs Clemm, belle-mère de Poe, décrit les derniers moments de sa maladie; plus tard, à plusieurs reprises, il a protesté dans les journaux contre les mensonges et les infamies dont on prétendait salir son grand souvenir et, en 1885, il fit paraître, à Washington, un exposé complet: «Défense d'Edgar-Allan Poe: Vie, caractère du poëte; ses déclarations des dernières heures. Relation officielle de sa mort par le médecin qui l'a soigné.»--Le docteur Moran ne mentionne pas, comme cause de sa fièvre cérébrale, l'alcoolisme. (_La vie d'Edgar-A. Poe_, par André Fontainas.)]
[Note 5: Gérard de Nerval, trouvé pendu le 25 janvier 1855 à une grille dans la rue de la Vieille-Lanterne. _(Note du correcteur--ELG.)_]
[Note 6: Ai-je besoin d'avertir, à propos de la rue Morgue, du passage Lamartine, etc. qu'Edgar Poe n'est jamais venu à Paris? (C. B.)]
[Note 7: Rousseau, La Nouvelle Héloïse. (E. A. P.)]
[Note 8: Médecin très célèbre et très excentrique. (C. B.)]
[Note 9: Jan Swammerdam (1637-1680) était un naturaliste hollandais, spécialiste des insectes.]
[Note 10: Un bivalve est un mollusque dont la coquille est formée de deux valves.]
[Note 11: La prononciation du mot _antennae_ fait commettre une méprise au nègre, qui croit qu'il est question d'étain: _Dey aint no tin in him_. Calembour intraduisible. Le nègre parlera toujours dans une espèce de patois anglais, que le patois nègre français n'imiterait pas mieux que le bas-normand ou le breton ne traduirait l'irlandais. En se rappelant les orthographes figuratives de Balzac, on se fera une idée de ce que ce moyen un peu _physique_ peut ajouter de pittoresque et de comique, mais j'ai dû renoncer à m'en servir faute d'équivalent. (C. B.)]
[Note 12: En latin: _scarabée-tête-d'homme_.]
[Note 13: Calembour. _I nose_ pour _I know_.--_Je le sens_ pour _Je le sais_. (C. B.)]
[Note 14: Harrison Ainsworth (1805-1882) était un célèbre auteur de romans d'aventures, pleins d'invraisemblables péripéties. Monck Mason, Robert Holland et Charles Green, cités par ailleurs, étaient, eux, d'authentiques aéronautes, rendus célèbres par un voyage en ballon en 1836.]
[Note 15: M. Ainsworth n'a pas essayé de se rendre compte de ce phénomène, dont l'explication est cependant bien simple. Une ligne abaissée perpendiculairement sur la surface de la terre (ou de la mer) d'une hauteur de 25 000 pieds formerait la perpendiculaire d'un triangle rectangle, dont la base s'étendrait de l'angle droit à l'horizon, et l'hypoténuse de l'horizon au ballon. Mais les 25 000 pieds de hauteur sont peu de chose ou presque rien relativement à l'étendue de la perspective. En d'autres termes, la base et l'hypoténuse du triangle supposé seraient si longues, comparées avec la perpendiculaire, qu'elles pourraient être regardées comme presque parallèles. De cette façon, l'horizon de l'aéronaute devait lui apparaître de niveau avec la nacelle. Mais, comme le point situé immédiatement au-dessous de lui paraît et est en effet à grande distance, il lui semble naturellement à une grande distance au-dessous de l'horizon. De là l'impression de concavité, et cette impression durera jusqu'à ce que l'élévation se trouve dans une telle proportion avec l'étendue de l'horizon que le parallélisme apparent de la base et de l'hypoténuse disparaisse,--alors la réelle convexité de la terre deviendra sensible. (E. A. P.)]
[Note 16: Bedlam est un asile de fous, l'équivalent de Charenton donc.]
[Note 17: Pneumatique, c'est-à-dire se rapportant aux gaz.]
[Note 18: Le pemmican est de la viande desséchée.]
[Note 19: Depuis la première publication de _Hans Pfaall_, j'apprends que M. Green, le célèbre aéronaute du ballon _le Nassau_, et d'autres expérimentateurs contestent à cet égard les assertions de M. de Humboldt, et parlent au contraire d'une incommodité toujours décroissante, ce qui s'accorde précisément avec la théorie présentée ici. (E. A. P.)]
[Note 20: Un _mille_ (_mile_) = 1 609 m; donc, trois milles trois quarts égale 6 033 m.]
[Note 21: Helvétius écrit qu'il a quelquefois observé dans des cieux parfaitement clairs, où des étoiles même de sixième et de septième grandeur brillaient visiblement, que--supposés la même hauteur de la lune, la même élongation de la terre, le même télescope, excellent, bien entendu,--la lune et ses taches ne nous apparaissaient pas toujours aussi lumineuses. Ces circonstances données, il est évident que la cause du phénomène n'est ni dans notre atmosphère, ni dans le télescope, ni dans la lune, ni dans l'oeil de l'observateur, mais qu'elle doit être cherchée dans quelque chose (une atmosphère?) existant autour de la lune.
Cassini a constamment observé que Saturne, Jupiter et les étoiles fixes, au moment d'être occultés par la lune, changeaient leur forme circulaire en une forme ovale; et dans d'autres occultations il n'a saisi aucun changement de forme. On pourrait donc en inférer que, dans quelques cas, mais pas toujours, la lune est enveloppée d'une matière dense où sont réfractés les rayons des étoiles. (E. A. P.)]
[Note 22: Le _simoun_ est un vent sec et chaud du désert, accompagné de tourbillons de sable.]
[Note 23: _L'étambot_ est la pièce de bois formant la limite arrière de la coque du bateau.]
[Note 24: La Nouvelle-Hollande s'appelle aujourd'hui Australie.]
[Note 25: Le _kraken_ est une voile complémentaire.]
[Note 26: Une _bonnette_ est une voile complémentaire.]
[Note 27: Les _espars_ sont les pièces de bois de la mâture.]
[Note 28: Un apophtegme est un énoncé concis et mémorable, une sentence.]
[Note 29: Une commission désigne ici un ordre de mission ou un titre délivré par le roi.]