Histoire littéraire des Fous

Part 9

Chapter 93,841 wordsPublic domain

“C'est pour faire déclaration des livres qui ont esté imprimez en son nom, qui ont eu leur suite et effect; m'en observant trois de toutes mes œuvres, jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de m'appeler. Et en sera donné de tous mes livres, reliez tous en un, des déclarations à tous les dominateurs et grands seigneurs de la terre, qui sont de mes amis, et sera dattée (sic) le jour et le temps qu'ils les auront receuz et seront imprimés, et seront prins pour tesmoignage pour déclarer la vérité des visions qui n'ont pas encore eu leurs effects, pour déclarer la vérité de celles qui auront leurs effects, s'il plaist à Dieu. Mai 1600, in 12º.”

Ce titre principal a une gravure sur bois, représentant le Calvaire, avec l'inscription, _in hoc signo vinces_.

Dans l'analyse suivante, nous ne présenterons aux lecteurs des extraits de ce que l'auteur veut bien appeler des _livres_, que lorsqu'ils contiendront quelque chose de remarquable, ou qui puisse compléter, sous certains rapports, la Biographie qui précède.

_Le 1er Livre d'Oraisons_, partie de 72 pages d'impression, a en tête une assez jolie gravure sur bois, représentant allégoriquement l'_Arbre de vie_. Cette gravure est reproduite plusieurs fois dans le cours de l'ouvrage.

Dans une courte préface l'auteur nous dit qu'il a commencé de faire imprimer le 19 Mai 1600, ce livre d'oraisons, qu'il a été réimprimé de nouveau, au nombre de deux mille exemplaires.

Ces prières ne manquent pas d'onction et d'un certain mérite, quoiqu'elles renferment deux ou trois propositions singulières, telle, entr'autres, que la distinction entre la pucelle et la vierge: “La première, dit-il, c'est avoir mauvaise volonté sans effect, la seconde c'est estre sans mauvaise volonté et sans effect.”

Nous consignerons ici une remarque que M. Paul Lacroix a faite le premier, et qui est importante, sous le rapport bibliographique, pour l'œuvre entière de Bluet; c'est qu'après avoir fait imprimer, à un nombre inégal, une édition de ses _livres_ qui forment ordinairement 12 ou 21 pages in 18º, et en avoir distribué lui-même une partie, l'auteur faisait imprimer à part pour chaque _livre_ deux feuillets qui n'étaient pas seulement destinés à figurer en tête de ce livre comme titre détaché et supplémentaire, mais qui devaient servir de prospectus pour attirer de nouveaux acheteurs, afin de vendre le reste de l'édition, et quelquefois une édition nouvelle. Ces titres-prospectus qu'il distribuait dans les rues, manquent souvent aux anciens exemplaires, ou se trouvent dans quelques-uns, sans les livres pour lesquels ils sont faits. Ceci sert à expliquer certaines différences entre les trois exemplaires que nous avons examinés, et la description donnée par De Bure le jeune.

_Le deuxième livre d'oraisons_, également imprimé à 2000 exemplaires, le 15 Mai, _contient cinq cens clauses et est couvert de bleu céleste_, dit Bluet, dans un des exemplaires que nous avons eus entre les mains. Dans un autre il n'y avait que le titre-prospectus dont nous venons de parler, c'est-à-dire deux feuillets contenant seulement le titre et une figure.

Pour les six livres suivants, aucun de nos trois exemplaires ne renfermant les livres complets, nous transcrirons les détails curieux donnés par M. Paul Lacroix, d'après l'exemplaire de M. Techener.

“_Le 3ème livre, des sentences sans repliques_, contenait trente-six feuillets, et fut tiré aussi à 2000 exemplaires. Il n'en restait plus que trois, lorsque le Comte de Permission fit paraître le titre-prospectus en deux feuillets, qui existe seul aujourd'hui, le livre étant perdu.

“_Le 4ème livre, des prophéties_, n'existe pas davantage, quoique les Bibliographes aient cité son titre-prospectus en deux feuillets où l'on apprend que ce livre contenant 60 feuilles, avait été dédié à Henri IV et tiré à deux mille exemplaires. Il n'en restait plus que quatre, tous les autres ayant été donnés au mois de Juin 1600.

“_Le cinquième livre, des songes_, contenait 24 feuilles. Il avait aussi été tiré à 2000, dont trois seulement restaient, après la distribution des exemplaires. Malheureusement ce livre-là n'est plus représenté que par son titre-prospectus.

“_Le sixième livre, des visions_, imprimé le 29 octobre 1600, contenait 24 feuilles; il était dédié au Comte de Laval: douze exemplaires seulement survécurent à la distribution générale de 2000 que le Comte de Permission avait fait imprimer.

“_Le septième livre, de professie._ Le titre-prospectus de ce livre offre un portrait de Henri de Bourbon, Prince de Condé, à l'âge de neuf ans, en 1597. Le livre tiré à 2000, dont il ne restait plus que cent, après la distribution, contenait douze feuilles, suivant ce titre-prospectus que les bibliographes n'ont pas connu: or comme il est composé de 24 pages, on doit en conclure que Bluet désigne les _feuillets_ par le nom de _feuilles_.

“On trouve dans ces titres-prospectus la preuve irrécusable de l'existence de plusieurs livres en grand format, in 4º sans doute, qui ne sont jamais parvenus sous les yeux des bibliographes. On lit sur le titre-prospectus du 27ème livre _du Chariot Triomphant_: “Est en grand volume, et ne peult pas entrer en cestuy rang. Puis au dessous: Le 29ème livre est en grand volume, qui ne peult pas entrer aussi en cestuy rang.”

Dans la seconde édition du _7ème livre de professies_ l'auteur annonce que cette pièce a été réimprimée le 1er Janvier 1601 à cinq cents exemplaires, et dédiée à Monseigneur de Nantouillet.

_Le 8ème livre_, de 24 pages, contient l'interprétation et l'explication de la gravure qui représente l'_arbre de vie_. Ce livre est dédié: “à la plus belle demoyselle et Princesse Anne de Montofye, Duchesse de Lucé, Royne, nymphe des nymphes, et fille unique de la noble Senahic.”

A la fin de cette pièce se trouvent deux pages imprimées en italiques, indiquant la date précise de huit des livres de Bluet, et la couleur emblématique, selon lui, dont chaque livre était recouvert. Le verso du dernier feuillet contient une espèce d'apostrophe au Duc de Savoie, en latin.

_Le 9ème Livre, des Rois_, 24 pages, dédié à Henry de Bourbon, Roy de France, pour lequel 400 exemplaires ont été imprimés. Néanmoins ce livre se termine par les mots: “Le Comte de Permission en a fait imprimer deux mil copies.”

Dans d'autres exemplaires, ce livre est dédié à M. le Prince de Conty.

Ce n'est qu'une série de noms de fantaisie que l'auteur se plaît à donner aux Rois et aux grands seigneurs de l'Europe, dans le genre de ce qui suit: “Le Roy d'Espagne s'appellera Alexandre le Grand, monarque des trésors des Indes, parceque Alexandre possedait de grands pays, et qu'il étoit fils de Philippe. L'Archiduc d'Autriche s'appellera l'empereur des Attrapes, parcequ'il a attrapé la Bourgogne, et s'en est faict Prince; parcequ'il a attrapé les Pays-Bas, qui sont la Flandre, et parcequ'il a attrapé la Princesse d'Espagne, pour en faire sa femme.”

_Le 10ème livre_ n'est composé que de comparaisons et d'épithètes bizarres, comme celles du livre précédent. Il a de même aussi une gravure de _l'arbre de vie_. On doit en avoir tiré deux éditions, car il est dédié à Monsieur de Beaumont, dans un exemplaire, et à Henri de Savoye, Duc de Nemours, dans l'autre, et chose assez singulière, l'impression, dans tous deux, est datée du 16 Mars 1601.

_Le 11ème livre_ fut imprimé le 24 du même mois, “par le commandement du Comte de Permission qui en a faict la composition; et en sera imprimé deux rammes, dequoy en sera dédié deux cens coppies à Haulte et Puissante Damoiselle De Lorraine.”

M. Paul Lacroix nous apprend que dans d'autres exemplaires, la dédicace est adressée à Marie de Médicis Reine de France, et aussi à Ysabeau de la Tour. Ce livre traite “de toutes les premières du monde, Princesses, Roynes, dames et damoiselles de grande qualité, de noms, de surnoms et interpretations.”

_Le 12ème livre_ traite “des grands seigneurs qui sont compris dans les terres du Duc de Savoye, Roy David, soit en Piedmont, soit en Savoye, et s'appellera le livre sans oubly.” Imprimé à 2000 exemplaires le 5 avril 1601, et portant en tête une gravure de l'arbre de vie.

_Le 13ème livre_ a un de ces titres-prospectus d'un feuillet dont nous avons déjà parlé plus haut, d'après M. Lacroix, et au bas, on lit pour la première fois, selon le même bibliographe, cet avis, que Bluet a répété sur quelques autres titres-prospectus: “Le Comte de Permission prétend donner tous ses livres reliez ensemble, à tous ceux à qui il en a dédiez.”

_Le 14ème livre_, six pages, plus un feuillet non chiffré, fig.

_Le 15ème livre_, 12 pages, fig.

_Le 16ème livre_, 12 pages. M. Lacroix cite deux titres différents de ce livre, l'un de deux feuillets, avec le portrait du Comte de Permission agenouillé et entouré d'emblèmes; l'autre d'un seul feuillet, sans figure.

_Le 17ème livre_ traite des visions du Comte de Permission et est dédié à Antoine Zamet, _baron de cinquante mille escus, frère du Grand Abraham_. 12 pages, sans fig.

_Le 18ème livre_ renferme quelques détails sur la paillardise, et sur les Cornes de Moïse, d'un genre assez singulier.

_Le 19ème livre_ est dédié à Bastien Zamet, le grand Abraham, _marquis d'un million d'or, par la grace de Dieu_. Douze pages, fig. Dans un autre exemplaire la dédicace est à _Sebastian Zamet,--Grand Abraham, père de familles de toutes les Europes, riche de deux millions d'or par la grace de Dieu_.

_Le 20ème livre_ nous apprend que Bluet avait un frère boiteux, probablement gardien de troupeau, comme lui, d'après l'allusion qu'il fait.

Douze pages, et portraits en tête, de H. Du Plessis, R. Du Plessis, et Isabelle Du Plessis, _la tant belle desirable_.

_Le 21ème livre_, 24 pages, fig. du prophète Nahum. Dédié à Henry IIII, Roy de France et de Navarre. C'est une espèce de sermon à la manière de l'auteur, sur les dissentions entre les Catholiques et les Protestans. Quelques passages sont assez curieux, celui-ci entr'autres: “Voyla les prédicateurs des deux religions; la plus part de leurs prédications, c'est d'inciter de se couper la gorge les uns avec les autres. Voila le prédicateur de la religion Philistienne qui preschera que ces pauvres papaux font un Dieu de paste, et d'un goubelet d'argent, qu'ils sont idolastres. Voyla les autres prédicateurs de la religion Catholique, qui dirent: Ces Calvinistes sont des chiens qui mangent de la chair en tout temps. Le Comte de Permission vous avertit de la part de Dieu, que cela n'est point bon de rapporter toutes ces paroles... que de trente mille qui vont à l'église, il n'y en a pas un qui fasse son devoir.”

_Le 22ème livre_ a douze gravures sur bois, qui remplissent plus de la moitié des pages, et qui sont tirées d'une Danse des morts.

“Il faut que je me résolve,” (dit Bluet, avec tristesse s'apercevant sans doute que ses livres ne se plaçaient plus aussi bien) “de me mettre en bon estat, comme cestuy là qui s'en va mourir et rendre l'esprit, avec une vraye repentance d'avoir offensé Dieu; et je ne pense estre que trop riche quand je n'aurois que deux chemises, si je vois mon frère Chrestien qui n'en a qu'une.”

_Le 23ème livre_, 12 pages, fig. Dédicace à Henri de Bourbon, Duc de Montpensier. Il y a deux titres différents pour ce livre, d'après les exemplaires.

_Le 24ème livre_, 12 pages, sans fig. M. Lacroix cite un titre de 2 feuillets avec les instruments de la Passion, et figure très singulière et très équivoque.

_Le 25ème livre_, 12 pages, fig. Deux titres différents.

_Le 26ème livre._ “Ce livre s'appellera, dit Bluet, le renouvellement des prophéties, dont la figure du prophete Nahum sera en teste.” 8 pages, fig.

_Le 27ème livre_; un titre de deux feuillets, avec figures. Un autre titre sans fig. Ce livre, dit M. Lacroix, qui avait été imprimé en grand volume, n'existe plus.

_Le 28ème livre_; un titre de deux feuillets, fig., 12 pages.

_Le 29ème livre_; titre de deux feuillets, avec armoiries des treize Cantons. Ce livre qui avait aussi été imprimé en grand volume, n'existe plus.

_Le 30ème livre_ est une série de visions des plus bizarres, telles que: “Je voyois le soleil à ma fenêtre, lequel me crioit: ouvre moi la porte, que j'entre en la maison; je veux entrer et tu me fermes tousjours la porte.--Autre vision, que j'estois transporté en la Turquie, avec la femme du Grand Turc, et qu'elle lisoit mes livres, et pleuroit des livres que se devoyent imprimer. Les enfants du Grand Turc et de la Turquesse ne se pouvoient lever que je ne les levasse.”

Ce livre, dans quelques exemplaires, est en double, et montre qu'il y en a eu deux éditions, chacune du même nombre de pages (24), avec une addition de neuf lignes en plus petits caractères, dans l'un d'elles.

_Les 31ème et 32ème livres_ ne présentent aucune observation. L'un a un titre de deux feuillets, avec portraits, et se compose de 10 pages, aussi avec portraits; l'autre a douze pages et traite “des discours et interprétations des noms et surnoms des demoiselles de la Royne de France.”

_Le 33ème livre_ est dédié à Marie de Médicis, _Impératrice de hasard et de fortune_, et se compose de douze pages imprimées le premier jour de l'an 1603. Bluet a l'idée originale dans ce livre d'appliquer aux damnés le contraste du froid et du chaud: “Quand il est jour au monde, ceux des enfers sont tourmentés par la glace et la froidure; d'autant qu'ils ont eu la chaleur à mal faire, Dieu les veut refroidir par la glace; et quand il est nuict au monde, ceux des enfers sont tourmentés par le feu.”

_Le 34ème livre_ est dédié à la haute et puissante dame Henriette de Balsac, Marquise de Verneuil, Royne de beau plaisir.

Au nombre de ces visions qui n'ont aucune suite, il y en a d'assez curieuses: “Autre vision que je voyois la ressemblance de Madame la Princesse et Duchesse de Nemours, et elle s'est venue présenter à moy, en chemise, et me dist: mon amy, j'ay froid, poussez moy un peu dans ceste chambre. Autre vision que je voyois une grande Duchesse qui avoit perdu ses souliers, &c.”

_Le 35ème livre_ de 12 pages, avec figure, présente encore des visions. Elles commencent par le récit d'un enlèvement de Bluet par un diable qui le transporte aux lieux où il est né, le pose au milieu des marais où il gardait les vaches. Puis ils se battent ensemble. Plus loin, il est aux prises avec un autre diable à cheval. Bluet lui met le mors d'une bride dans la bouche, et appelle au secours: “Je voyois le Pape et Messieurs les Cardinaux qui ne me vouloient point secourir. Je leur ay dit: sauve qui pourra, car je m'en vais le laisser aller, je ne le peus plus tenir,” &c. &c.

_Les 36ème, 37ème et 38ème Livres_, de 12 et 24 pages, avec figures, ne renferment également que des visions. L'une d'elles montre jusqu'à quel point la malheureuse cervelle du Comte de Permission était bouleversée par la vanité: “Il m'est apparu que j'étois transporté en la maison d'une grande dame de mes amies; j'étois accoustré d'un habit à l'antiquité, portant une palle de feu en ma main; il y avoit une table toute pleine de vesselle d'argent doré... trois capucins qui avoient une face reflambante ont dict à la compagnie qu'ils étoient venus pour me veoir, je leur suis allé parler, les larmes leur distiloient des yeux, et m'ont dict: vous avez la plus grande obligation à cestuy grand Dieu de là haut; il n'y a jamais eu pape, et n'y aura qui aye jamais pu faire ce que vous avez faict. Vos livres regneront jusqu'à la consommation du monde, vous serez tenu à merveille au dernier temps, ce que vous n'estes pour le présent; monstrez nous de vos œuvres. Je leur en ai monstré. Quand ils ont eu de mes œuvres, ils ont commencé à chanter à haulte voix: Gloire soit donnée au Grand Dieu Eternel, et bénédictions soient données à vos actions et à vos œuvres.”

“Je leur ay dict: cela n'est rien pour le présent, au prix de ce que je feray pour l'avenir, s'il plaist à Dieu. Je vais oster toutes les difficultés de toutes les divisions, y compris la Turquie,” &c. &c.

Il y a un second 38ème livre, de 12 pages, intitulé: _des sentences, &c._, imprimé le 27 février 1603, et dédié “à Anthoine Zamet Jacob, fils aîné du grand Abraham, et de la Victoire de Laurier, sa mère.”

_Livre 39ème_, deux feuillets, fig.

Entre ce livre et le 40ème dont nous allons parler, il se trouve deux morceaux, dans l'un des exemplaires que nous avons lus, qui ne portent aucune indication soit de série, soit de classification quelconque, et qui ne sont point mentionnés par les bibliographes. Ils n'ont ni titre, ni gravure. Il est donc impossible de deviner où ces morceaux devraient être placés. Ils sont néanmoins complets en eux-mêmes, paginés de 1 à 12, et indépendants de tout autre livre. Voici les premières lignes de chacune de ces pièces: “Autre vision que je voyois que les gens du Roy de France venoient me dire: chauffez un peu ceste serviette pour le Roy nostre maistre, et moy approchant la serviette proche du feu, elle ne se vouloit point eschauffer.”

“Quand le ciel est bien clair, le soleil étend ses rayons sur le monde; subitement vient la nuée qui se met devant le soleil, et tout à l'heure le soleil retire ses rayons, et sont cachés,” &c.

_Les livres 40, 41, 42, 43, et 44_ ne nous présentent que deux observations à faire. Au bas de la 1ère page du 41ème livre se trouve la remarque suivante: “Le quarante deuxième livre qui est le tableau du Paradis et de l'Enfer, est en grand volume, et ne peult pas entrer en cestuy rang.”

A partir du 43ème livre, De Bure, dans son catalogue des Œuvres de Bluet, avance que les livres suivants n'ont pas de figures. Néanmoins presque tous ces livres en ont en tête, mais le 43ème qui commence par une gravure représentant St Pierre et St Paul, en contient une à mi-page, au verso et au recto, jusqu'à la fin des douze pages.

_Livre 45_; “_Figure qui représente les douleurs qu'a enduré la Vierge Marie._” Tel est l'intitulé de ce livre de douze pages, collection de visions bizarres dans le goût de celle ci: “Le Grand Turc m'est venu dire: Comte de Permission, allez au grand juge et sauveur vostre maistre, qu'il luy plaise prolonger son grand jugement, et me donner un petit de temps, que je me puisse amender, pour demander miséricorde; j'aboliray la loi et la religion de Mahomet l'enchanteur, je la fouleray sous les pieds, et observeray vos ordonnances, moy et tous mes royaumes et empires.”

_Les livres 46, 47, 48_ ont chacun 12 pages et une gravure.

_Livre 49_; idem. “Le Duc de Nemours me fit donner douze ducats, m'en allant à Chamberry, pour m'accoustrer, et je m'accoustris depuis les pieds jusques à la teste, tout de frize noire, et les dames me demandoient qui m'avoit donné cestuy habit; je leur dis que c'estoit le Duc de Nemours, la fleur de mes amis, et ne le vois plus, à mon grand regret.”

_Les livres 50 à 57_ ne présentent pas d'observations à faire.

_Le livre 58ème_ de douze pages, a en tête une petite gravure sur bois, passablement indécente, et dont nul bibliographe n'a parlé. Le titre porte: “Dédié à haulte et puissante Dame, princesse et duchesse de Guise, Royne de Sabat. Iceluy livre traicte du remède comment les femmes mettent les hommes en tentation, et comment les hommes doivent résister.”

L'auteur explique la gravure de la manière suivante: “L'homme sera couché à la renverse, la femme sera aussi couchée vis-à-vis de l'homme. Une des gorges d'un serpent à deux gorges et à quatre griffes, tirera la langue de l'homme, et l'autre gorge engouffre la partie honteuse de l'homme. Sur la femme il y aura un dragon qui aura une grande queue, laquelle entrera dedans la partie honteuse de la femme, les deux griffes sur les deux mamelles. Il ne faudra pas que l'homme dise à Dieu: les belles femmes m'ont monstré leurs testins, elles m'ont induict à mal faire; il n'y aura poinct d'excuse.”

Tout ce livre est fort curieux, mais trop long pour le transcrire ici.

_Livre 59_; douze pages. Portrait d'Argentine Provane, _la plus belle damoyselle qui soit en Italie, de là les monts_, à laquelle le livre est dédié.

Le verso de la dernière page est rempli par dix portraits en buste, du Duc de Savoie et de ses enfants.

_Livre 60_; douze pages, gravure. “Comme je m'en allay trouver Abraham, j'ay rencontré Monsieur l'Ambassadeur d'Espagne qui m'a convié pour aller disner avec luy; j'y suis allé, et il m'a faict donner un escu, après que j'ay eu disné.”

La plupart de ceux que Bluet mentionne à cette époque comme leur ayant donné un de ses _gros livres_, lui font remettre un écu. Le Prince d'Orange lui fait présent d'un doublon d'Espagne, et Dom Pierre de Balançon, d'un beau pourpoint de satin.

_Les livres 61 à 65_ n'offrent pas de remarques à faire.

_Livre 66_; douze pages (le titre porte par erreur lxvii). En tête est le portrait du Comte de Permission, ressemblant beaucoup à celui de Ronsard, et entouré par deux branches de laurier. Au revers est un portrait d'Argentine de Provane, fille du Grand Chancelier du Duc de Savoie “qui eust esté ma femme, si je ne fusse demeuré en France,” dit l'auteur.

_Les livres 67, 68, et 69_ ne m'ont pas présenté d'observations à faire.

Le livre suivant, indiqué comme le _octante deuxième_, et intitulé _le Livre des trois couronnes_ à cause de la gravure qui se trouve en tête, répond, dit Bluet, “et suit au soixante-neufiesme livre, et est des visions depuis le cinq Novembre, jusqu'à présent.”

Il a 12 pages, comme les précédents.

_Le livre 70ème_ est dédié au Duc de Maine, et imprimé le 10 Novembre 1603. Il traite de la vie de l'auteur, ainsi que plusieurs des livres suivants, comme nous l'avons indiqué dans la biographie du Comte de Permission.

_Le livre 75ème_ est celui où se trouve la gravure indécente qui manque à la plupart des exemplaires.

_Le livre 77ème_ renferme plusieurs aventures où l'on voit que tout le monde s'amusait aux dépens du pauvre Bluet, et le raillait surtout de son peu de courage.

_Le livre 78ème_ porte en tête la gravure d'une chapelle sur roulettes. “C'est une chapelle, dit-il, que j'avois faicte à Chambery, et m'y tenois tout droit, et me couchois tout de mon long dedans, et la pouvois porter sous mon bras, et y faisois mes oraisons aux églises et ailleurs. Je voyois et on ne me voyoit poinct, et estant dedans je la faisois aller où je voulois, avec ses roues et autre subtilité et industrie.”

Cette description est très énigmatique, nous paraît-il, et il est fort difficile de comprendre comment Bluet pouvait en même temps s'y coucher tout de son long, et aussi, lorsqu'il voulait, la mettre sous son bras et l'emporter.

_Le livre 79ème_ a aussi la gravure de la chapelle, mais entièrement différente en construction et accessoires.

_Le livre 81ème_ a une petite gravure représentant le portrait en pied de sa maîtresse Antoinette Coynder, qu'il manqua épouser, dit-il, lorsqu'il eut quitté l'état de berger. Puis vient un autre portrait en pied de la servante de Madame la Comtesse de Fournon “à laquelle je failly me marier quand j'eus quitté la paysanne.”

_Le livre 82ème_ continue la série des portraits en pied des personnes qu'on a voulu lui faire épouser. Le troisième est celui _de Damoiselle du Gayet qui s'appelloit Adriane de Quincin_. Le quatrième est celui de _la fille d'un écuyer de chevaux, nommé George Estrajo_.

_Livre 83ème._ Nouveaux portraits en pied de Mademoiselle de Senamy, de la belle Catherine de Gratian, la fille de chambre de la Marquise d'Ais; de Lucrèce de Lalee, damoiselle de la Tornette; de Peronne Pobel. “Bref, ajoute-t-il, je dis avec vérité que j'ay eu autant de maîtresses, qu'il y a de mois en l'année. J'ay failly de me marier à toutes.”

_Le livre 84ème_ contient le portrait d'Argentine Provane, “la plus belle qui soit et qui jamais aye esté en toute l'Italie. Il n'y a peintre, si brave soit-il, qui puisse imiter sa rare et excellente beauté.”