Histoire littéraire d'Italie (3/9)
Chapter 27
L'état de Milan, théâtre de tant d'événements politiques et militaires, les Visconti et les Sforce, qui le possédèrent successivement, ne pouvaient manquer de trouver des historiens. Nous devons distinguer parmi eux _Pier Candido Decembrio_, pour la même raison qui nous a fait parler de _Vergerio_; c'est que le nom de cet écrivain se lie avec ceux des hommes les plus célèbres dans la littérature du quinzième siècle. Son père, _Uberto Decembrio_, né à Vigevano, fut lui-même un littérateur distingué. _Pier Candido_ naquit à Pavie 1399[591]. Il fut, dès sa jeunesse, secrétaire de Philippe-Marie Visconti. Après la mort de ce duc, dans les efforts que firent les Milanais pour reconquérir la liberté, _Pier Candido_ fut un des plus ardents défenseurs de leur cause. Quand il la vit perdue sans ressource, il quitta Milan pour Rome, et fut fait, par Nicolas V, secrétaire apostolique. Il ne revint à Milan qu'environ vingt ans après, et y mourut en 1477. On lit dans l'inscription gravée sur sa tombe, dans la Basilique de Saint-Ambroise, qu'il avait composé plus de cent vingt-sept ouvrages; c'est beaucoup; et quoiqu'il en soit resté de lui un grand nombre, on a fait des efforts inutiles pour les rassembler tous. Les deux principaux sont sa vie de Philippe-Marie Visconti et celle de François Sforce, toutes deux insérées dans le grand recueil de Muratori[592]. Dans la première il a pris Suétone pour modèle, s'est attaché comme lui aux anecdotes particulières, et n'en a pas mal imité le style. La seconde est en vers hexamètres, et il y faut chercher, comme dans tous les poëmes de cette espèce, moins la poésie que les faits. Ses autres ouvrages imprimés sont des Discours, des Traités sur différents sujets, des Vies de quelques hommes illustres, des Poésies latines et italiennes, outre plusieurs Traductions, comme celles de l'Histoire grecque d'Appien en latin, de l'histoire latine de Quinte-Curce en italien, et quelques autres. Ce qu'on doit le plus regretter de lui, dans ce qui n'a pas été publié, ce sont ses Lettres que l'on conserve manuscrites en très-grand nombre dans plusieurs bibliothèques d'Italie[593]. Elles ne pourraient que jeter un nouveau jour sur l'histoire politique et littéraire de ce siècle.
[Note 591: Tiraboschi, _ub. supr._, p. 65.]
[Note 592: _Script. Rer. ital._, t. XX.]
[Note 593: Voy. _Apostolo Zeno, Dissert. Voss._, t. I, p. 208.]
Jean _Simonetta_, frère du célèbre _Cicco Simonetta_, premier ministre de François Sforce, a aussi écrit l'histoire de ce duc avec beaucoup d'exactitude et d'élégance. Il fut son secrétaire intime, et plus à portée que personne de le connaître et de le juger. Les deux frères _Simonetta_, nés en Calabre, s'étaient attachés au duc François; ils furent fidèles à sa mémoire. Louis le Maure, après son usurpation, ne pouvant les gagner, les proscrivit, les envoya d'abord prisonniers à Pavie, fit trancher la tête au ministre, et, peut-être, honteux de condamner à mort celui qui avait rendu si célèbre le nom de son père[594], se contenta d'exiler l'historien à Verceil. L'histoire, écrite par Jean _Simonetta_, divisée en trente-un livres, est insérée dans le recueil de Muratori[595]: elle comprend depuis l'an 1423 jusqu'à 1466, époque de la mort du duc François.
[Note 594: Tiraboschi, _ub. supr._, p. 71.]
[Note 595: _Script. Rer. ital._, vol. XXI.]
Les _Visconti_ eurent à peu près dans le même temps, pour historien, un élève de _Filelfo_, que nous avons vu précédemment en querelle ouverte avec son maître. Né à Alexandrie _de la Paille_, il avait changé son nom de famille _de' Merlani_ pour celui de _Merula_. Pendant presque toute sa vie, il enseigna les belles-lettres, tantôt à Venise et tantôt à Milan, où il mourut en 1494[596]. Son _Histoire des Visconti_[597] ne s'étend que jusqu'à la mort de Mathieu, qu'en Italie on appelle le Grand. Le style en est pur et soigné, mais l'auteur a trop légèrement adopté les fables de quelques vieilles chroniques sur l'origine de cette famille. Il est aussi tombé dans un grand nombre de fautes et d'inexactitudes, qu'il faut attribuer au défaut absolu de titres et de monuments[598]. Mais ce n'est pas à cette histoire qu'il doit une place honorable dans la littérature de ce siècle; sa véritable gloire est d'avoir été l'un des restaurateurs les plus zélés et les plus savants de l'étude des anciens. Il fut le premier à publier ensemble les quatre auteurs latins sur l'agriculture, Caton, Varron, Columelle et Palladius[599], et le premier encore à donner une édition de Plaute[600]. Juvenal, Martial, Ausone, les Déclamations de Quintilien, parurent aussi, ou, la première fois, par ses soins, ou avec ses notes et ses commentaires. On lui doit de plus quelques traductions d'auteurs grecs et plusieurs Opuscules historiques, philologiques ou critiques. Son plus grand défaut fut l'orgueil littéraire, défaut très commun de son temps, peut-être même dans tous les temps; mais dans ce siècle surtout, siècle fécond en érudits, chacun d'eux voulait être le seul savant, voulait être regardé comme infaillible, s'emportait contre les moindres critiques, et provoquait les autres par des critiques amères. La fureur de _Merula_ contre _Filelfo_ n'était venue que pour un _o_ employé au lieu d'un _a_[601]; il eut des querelles à peu près semblables avec l'auteur, aujourd'hui très-ignoré, d'un _Traité de l'Homme_[602]; avec l'érudit _Domizio Calderini_, qui avait osé le soupçonner de ne pas savoir parfaitement le grec, et surtout avec l'illustre Politien. Cette dernière dispute eut un éclat proportionné à la célébrité de l'adversaire. Elle ne se termina qu'à la mort de _Merula_, qui eut le mérite tardif de s'en repentir en mourant, de témoigner le désir d'une réconciliation sincère, et d'ordonner qu'on effaçât de ses ouvrages tout ce qu'il avait écrit contre Politien.
[Note 596: Tiraboschi, _ub. supr._, p. 72.]
[Note 597: _Georgii Meruloe Alexandrini antiquitates Vicecomitum_, lib. X, in-fol., sans date ni nom de lieu (à Milan, dans les douze premières années du seizième siècle). _Dissert. Voss._, t. II, p. 74, réimprimées plusieurs fois.]
[Note 598: Tiraboschi, _loc. cit._]
[Note 599: Venise, 1472, in-fol., avec des explications et des notes.]
[Note 600: _Ibid._, même année, in-fol.]
[Note 601: Voy. ci-dessus, p. 343, note.]
[Note 602: _Galeotto Marzio_.]
_Tristano Calchi_[603], l'un de ses élèves, fut chargé de continuer son _Histoire des Visconti_. En examinant de près l'ouvrage de son maître, il en découvrit facilement les erreurs; il voulut d'abord les corriger, mais leur nombre et leur gravité le détournèrent de ce projet; il aima mieux faire un nouvel ouvrage, rendre l'histoire plus générale, et la recommencer depuis la fondation de Milan. Il la conduisit jusqu'à l'an 1323. C'est une des meilleures productions de ce temps. La critique y est beaucoup plus exacte; le style a l'élégance et la gravité convenables. Il est singulier qu'elle n'ait été publiée que dans le dix-septième siècle[604], plus de cent ans après la mort de l'auteur.
[Note 603: Né à Milan, vers l'an 1462. Tiraboschi, _ub. supr._, p. 78.]
[Note 604: Les vingt premiers livres à Milan, en 1628, et les deux derniers en 1643, avec quelques Opucules historiques du même auteur.]
Toutes ces histoires étaient écrites en latin. Il semblait que l'Italie, reculant vers l'antiquité, à mesure qu'elle en retrouvait les monuments, fût redevenue toute latine. Parmi les historiens de Milan, il y en eut cependant un qui voulut que les annales de sa patrie fussent écrites en langue italienne. _Bernardino Corio_, d'une famille noble et ancienne, né en 1459[605], était à quinze ans chambellan du duc Galéaz-Marie, fils et successeur de François Sforce. Il n'en avait que vingt-cinq lorsqu'il commença son histoire, par ordre de Louis le Maure, qui lui assigna, pour cet ouvrage, un traitement annuel. Il le finit en 1503, et le publia la même année. Cette première édition de l'histoire de _Corio_, qui a été suivie de plusieurs autres, est d'une magnificence remarquable. Paul Jove prétend, mais sans preuve, et même sans vraisemblance, que l'auteur la fit à ses frais, et que sa fortune en souffrit. Le style n'en est pas excellent. La phrase italienne s'y rapproche trop de la phrase latine; on ne dirait pas, en le lisant, que Boccace et _Villani_ avaient écrit en italien plus d'un siècle auparavant. Quant aux faits, l'auteur adopte sans critique, dans le récit des premiers temps, les fables des vieilles chroniques; mais quand il arrive aux temps modernes, il fait un meilleur usage des renseignements puisés dans les archives publiques, qui lui furent ouvertes. Il est alors écrivain très-exact, minutieux à l'excès, mais d'autant plus digne de foi, qu'il insère souvent dans son histoire, des titres originaux et des monuments authentiques.
[Note 605: Tiraboschi, _ub. supr._, p. 75.]
On sent, au reste, avec quelles précautions il faut lire cette _Histoire de Milan_, écrite d'après les ordres, et payée des bienfaits de Louis le Maure. C'est avec une défiance égale qu'on doit lire quelques histoires dont j'ai déjà parlé, qui ont pour héros les rois de Naples de la dynastie d'Aragon, et qui furent écrites sous le règne du roi Alphonse, ou de son fils. Ainsi le livre du _Panormita_ sur les dits et les faits de cet Alphonse[606], celui de Laurent _Valla_ sur les exploits de son père Ferdinand Ier.[607], l'histoire que _Bartolomeo Fazio_ avait écrite auparavant, en dix livres, des faits de ce même roi Ferdinand[608], exigent qu'on ne perde pas de vue la position de leurs auteurs, et leurs fonctions, ou au moins leur séjour et leur existence honorable à la cour de Naples.
[Note 606: _De Dictis et Factis Alphonsi regis_, lib. IV.]
[Note 607: Voy. ci-dessus, p. 354.]
[Note 608: Imprimée pour la première fois à Lyon en 1560, sous ce titre: _De Rebus gestis ab Alphonso primo Neapolitanorum rege Commentariorum_, lib. X, in-4°.]
_Bartolomeo Fazio_ était né à la Spezia, auprès de Gênes. Il était élève de _Guarino_ de Vérone. On ne sait à quelle époque ni pour quel motif il fut appelé à Naples par le roi Alphonse; il y passa le reste de sa vie, et mourut en 1457[609]. _Fazio_ fut un des plus violents ennemis de Laurent _Valla_; il l'attaqua même le premier: _Valla_, en pareille occasion, ne tardait jamais à répondre; quatre invectives de l'un et quatre de l'autre, suffirent à peine à leur colère. Celles de Laurent _Valla_ existent dans le recueil de ses OEuvres[610]; on n'a imprimé qu'incomplètement et par fragments les Invectives de _Fazio_. Outre son Histoire du roi Ferdinand, on a de lui celle de la guerre qui éclata, en 1377, entre les Vénitiens et les Génois[611]; quelques Opuscules de philosophie morale, et un livre _des Hommes illustres_, intéressant pour l'histoire littéraire, qui n'a été publié que dans le siècle dernier[612]. _Fazio_ y raconte brièvement la vie des hommes les plus célèbres de son temps, rappelle leurs principaux ouvrages, en indique les beautés et les défauts, et se montre, en général, juge équitable, critique impartial et éclairé.
[Note 609: Mehus, _Vita Bartholom. Facii_ (voy. p. suiv. note 2); Tiraboschi, t. VI, part. II, p. 79.]
[Note 610: Édition de Bâle.]
[Note 611: _De Bello Veneto Clodiano ad Joannem Jacobum Spinulam liber._ Lyon, 1568, in-8°.]
[Note 612: _De Viris illustribus liber_, publié par l'abbé Mehus, avec une Vie de l'auteur, Florence, 1745, in-4°.]
Un autre ouvrage, sur un sujet pareil, composé dans le même siècle, n'a été imprimé non plus que dans le dix-huitième; c'est celui de _Paolo Cortese_, sur les hommes célèbres par leur savoir[613]. Il est en forme de Dialogue; l'auteur feint qu'il s'entretient dans une île du lac Bolsena avec un certain _Antonio_, et avec Alexandre Farnèse, qui fut depuis le pape Paul III. L'entretien roule sur les hommes les plus célèbres, dans ce siècle, par leur érudition et leurs talents littéraires. Le style en est meilleur et plus élégant que celui de _Fazio_. _Cortese_ paraît y avoir pris pour modèle le Dialogue de Cicéron sur les illustres Orateurs. Il n'avait que vingt-cinq ans lorsqu'il composa cet ouvrage, où brille cependant un jugement très-solide et une grande maturité d'esprit[614]. Il était né à Rome en 1465[615], d'une famille noble et toute littéraire. Son père, employé à la secrétairerie pontificale, était un homme lettré et un philosophe; son frère, Alexandre _Cortese_, se distingua de bonne heure par son talent pour la poésie latine. Il menait avec lui le jeune Paul encore enfant, chez les savants qu'il visitait à Rome. C'est ce qui lia Paul _Cortese_, dès sa première jeunesse, avec ce que la littérature avait alors de plus éminent, et entre autres avec Pic de la Mirandole et Ange Politien, qui faisaient le plus grand cas de son savoir, de son éloquence et de son goût. Ce Dialogue suffit pour justifier leur opinion. Il n'écrivit guère, d'ailleurs, que des ouvrages de théologie, où l'on dit qu'il essaya le premier d'introduire le style pur des anciens auteurs latins[616]. Il a aussi laissé un livre fort estimé à Rome, sur le cardinalat[617], dans lequel il traite avec beaucoup d'étendue, d'érudition et d'élégance, d'abord des vertus et de la science qu'on doit exiger dans les cardinaux, ensuite de leurs revenus et de leurs droits. Il n'a jamais été fait d'autre édition de cet ouvrage, qui est devenu fort rare; on aura craint peut-être de réimprimer la seconde partie, à cause de la première.
[Note 613: _De Hominibus doctis_.]
[Note 614: Publié à Florence, en 1734, avec des notes, attribuées, ainsi que l'édition, à _Domenico-Maria Manni_. Tiraboschi, t. VI, part. II, p. 104.]
[Note 615: _Id._, t. VI, part I, p. 228.]
[Note 616: Tiraboschi, _loc. cit._]
[Note 617: _De Cardinalatu_, publié après sa mort, par son frère Lactance _Cortese_.]
Pour revenir aux historiens de Naples, ce royaume en eut alors un en langue italienne, comme le duché de Milan. Les autres auteurs ne s'étaient attachés qu'aux actions de quelques rois; Pandolphe _Collenuccio_ embrassa l'histoire générale de Naples, depuis les temps les plus reculés jusqu'à son temps. Il la dédia à Hercule Ier., duc de Ferrare, qui avait été élevé à la cour du roi Alphonse. Elle fut ensuite traduite en latin, et a été réimprimée plusieurs fois dans les deux langues. Né à Pesaro, il s'y retira dans sa vieillesse, et crut y trouver le repos après une vie laborieuse et agitée. Une mort funeste l'y attendait. L'an 1500, il entra dans un complot tendant à livrer la ville au duc de Valentinois, comme on l'appelle en France, c'est-à-dire, à l'infame César _Borgia_, qui en effet s'en rendit maître. Jean Sforce, seigneur de Pesaro, après avoir donné au malheureux _Collenuccio_ l'espérance du pardon de son crime, le fit étrangler en prison[618].
[Note 618: Tiraboschi, t. VI, part. II, p. 84.]
On voit que, de tant d'historiens qui fleurirent alors en Italie, _Collenuccio_ et _Corio_ furent les seuls qui écrivissent en italien, quoique, dans le siècle précédent, _Villani_ en eût donné un bel exemple. De même parmi les poëtes, un très-grand nombre crut ne pouvoir versifier qu'en latin, soit que leurs études leur eussent fait regarder cette langue comme la leur propre, soit que, malgré la réputation des deux grands poëtes du quatorzième siècle, l'oubli dans lequel sembla tomber la langue italienne dès le quinzième, leur persuadât qu'elle serait éphémère comme le provençal, et qu'il n'y avait de durable que le latin. Je ne répéterai point ici tous les noms consignés dans de volumineuses histoires, et de la littérature et de la poésie, où l'on s'est piqué de tout recueillir[619]. Je ne parlerai que des poëtes latins dont on peut lire les ouvrages, et de ceux qui ont conservé plus ou moins de renommée par quelque circonstance particulière, ou quelque singularité.
[Note 619: Tiraboschi, _Stor. della Letter. ital_; le Quadrio, _Storia e Ragione d'ogni posia_; Fabricius, _Biblioteca mediæ et infiæoe ætatis_.]
Parmi les noms de plusieurs poëtes célèbres de leur vivant, mais à peine connus aujourd'hui, se trouve celui de _Maffeo Vegio_, né à Lodi en 1406[620], dont la réputation s'est mieux conservée. Il ne se borna pas à suivre son goût pour les vers, il étudia la jurisprudence pour complaire à son père, et, après avoir été professeur de Poésie dans l'université de Pavie, il le fut aussi de Droit. Ayant été appelé à Rome, il fut secrétaire des brefs sous Eugène IV, Nicolas V et Pie II, et y mourut en 1458. Outre un assez grand nombre d'ouvrages en prose, presque tous ascétiques ou moraux, on a de lui un Poëme sur la mort d'Astyanax, quatre livres sur l'expédition des Argonautes, quatre sur la vie de S. Antoine abbé, et plusieurs autres poésies sur différents sujets, où l'on trouve plus d'abondance que de force, et plus de facilité que d'élégance[621]. Ce qui est plus remarquable, c'est que, s'étant imaginé que l'_Énéide_ était un poëme imparfait et sans dénouement, il crut y devoir ajouter un treizième livre. L'_Énéide_ s'était fort bien passée jusqu'alors de ce supplément, et s'en passe encore tout aussi bien depuis; on le trouve cependant à la fin du poëme, dans plusieurs éditions faites en Italie et même en France[622]. J'ajouterai que s'il a eu les honneurs de la traduction en vers italiens[623], il les a eus aussi en vers français[624].
[Note 620: Tiraboschi, _ub. supr._, p. 199.]
[Note 621: Elles ont été imprimées en un seul volume, Milan, 1597, in-fol.]
[Note 622: Paris, 1507, in-fol.; Lyon, 1517, in-fol.]
[Note 623: En vers libres ou _sciolti_; Milan, 1600, in-4°.]
[Note 624: Par Pierre de Mouchault. Cette traduction est imprimée avec le texte latin, à la fin de la traduction complète de Virgile des deux frères d'Agneaux (Robert et Antoine le Chevalier), Paris, 1607, in-fol.]
Un autre poëte moins connu peut-être, mais qui mériterait de l'être davantage, est _Basinio_ ou Basin de Parme. Né dans cette ville, vers l'an 1421[625], il eut pour maîtres Victorin de _Feltro_ à Mantoue, ensuite Théodore _Gaza_ et _Guarino_ à Ferrare, où il devint lui-même professeur. De Ferrare il se rendit à la cour de Sigismond Pandolphe _Malatesta_, seigneur de Rimini; il y passa le peu d'années qu'il eut à vivre, et mourut à trente-six ans, en 1457. Il n'avait pas encore fini ses études lorsqu'il composa un poëme latin, en trois livres, sur la mort de Méléagre, conservé en manuscrit dans les bibliothèques de Modène, de Florence et de Parme. On possède aussi dans cette dernière une belle copie d'un recueil qui a été imprimé en France, et auquel _Basinio_ semble avoir eu plus de part qu'on ne le croit communément. Voici ce que c'est que ce recueil. Le seigneur de Rimini avait eu d'abord pour maîtresse, et prit ensuite pour femme, la belle Isotte _degli Atti_. Si l'on en croit les poëtes de son temps, elle avait autant d'esprit et de talents que de beauté; c'était en poésie une autre Sapho; mais ils disent aussi qu'elle était en vertu et en sagesse une autre Pénélope, et le premier rôle qu'elle avait joué auprès de Sigismond _Malatesta_, nous apprend à juger de l'une de ces comparaisons par l'autre. Trois poëtes surtout, apparemment les mieux traités à sa cour, la comblèrent d'éloges; _Basinio_ est l'un des trois. Le recueil de leurs vers, imprimé à Paris en 1549[626], ne met point de différence entre eux; mais dans la copie conservée à Parme, et qui porte le titre d'_Isottoeus_, copie faite en 1455, du vivant de _Basinio_, presque tous les morceaux qui en composent les trois livres, lui sont attribués. La même bibliothèque a encore de lui un grand poëme en treize livres, intitulé _Hespéridos_; un autre, en deux livres seulement, sur l'_Astronomie_; un troisième, aussi en deux livres, sur la _Conquête des Argonautes_; un poëme, sous le titre d'_Épître_ sur la Guerre d'Ascoli, entre Sigismond Malatesta et François Sforce, et plusieurs autres ouvrages inédits du même auteur[627]. Cette négligence à imprimer les OEuvres de Basin est surprenante dans une ville où il y a des presses célèbres, et qui doit d'autant plus s'honorer d'avoir été la patrie de ce poëte, qu'à en juger par le peu qui a été publié de lui, il écrivit en meilleur style que la plupart des autres poëtes de ce temps.
[Note 625: Tiraboschi, t. VI, part. II, p. 201.]
[Note 626: _Trium poetarum elegantissimorum, Porcelii, Basinii, et Trebanii Opuscula nunc primum edita._, Paris, Christophe Preudhomme, 1549. Dans cette édition, le recueil est divisé en cinq livres; le premier est intitulé, _de Amore Jovis in Isottam_; les quatre autres sont aussi à la louange d'Isotte.]
[Note 627: Tiraboschi, _loc. cit._]
_Leonardo Griffi_ de Milan, archevêque de Bénévent, mort en 1485, a laissé, outre beaucoup de poésies manuscrites[628], un poëme sur la _Défaite de Braccio de Pérouse_, imprimé dans le grand recueil de _Muratori_[629], et qui se fait distinguer, parmi les poésies de ce siècle, par la vivacité des images et par l'harmonie des vers. _Ugolino Verini_, Florentin, grand ami de Marsile Ficin, et plutôt poëte fécond que grand poëte[630], écrivit, entre autres ouvrages, un poëme sur l'_Embellissement de Florence_[631], et la _Vie du Roi Mathias Corvin_[632], qui ont été imprimés[633]. Je ne sais si cette Vie peut faire autorité dans l'histoire; mais le premier poëme en est une souvent citée pour tout ce qui regarde les monuments élevés à Florence par Cosme et Laurent de Médicis. _Verini_ eut un fils nommé Michel, dont on a imprimé des Distiques sur les Moeurs des Enfants[634], composés dans cet âge même qu'il s'y proposait d'instruire. Les auteurs de ce temps font de lui de grands éloges qu'il paraît avoir mérités par ses talents précoces, et par l'intacte pureté de ses moeurs. Il la poussa si loin, qu'il aima mieux mourir, dit-on, à dix-huit ans, que d'y porter atteinte; espèce de martyre assez rare parmi les jeunes gens, et auquel les jeunes poëtes s'exposent peut-être encore moins que les autres.
[Note 628: Conservées dans la bibliothèque Ambroisienne. Tiraboschi, _ub. supr._, p. 205.]
[Note 629: _Script. Rer. ital._, vol. XXV.]
[Note 630: Mort à soixante-quinze ans, vers la fin du quinzième siècle ou au commencement du seizième. Negri, _Fiorentini Scritt._, p. 320.]
[Note 631: _Tres libri de illustratione Florentiæ carminibus conscripti_, Paris, Robert-Estienne, 1588, in-8°.]
[Note 632: _Triumphus et Vita Matthiæ Pannoniæ regis_, Lyon, 1679, in-12.]
[Note 633: Voy. dans le P. Negri, _ub. supr._, la longue liste des poésies inédites du même auteur.]
[Note 634: _De Puerorum Moribus disticha, Paulo Sassi Roncilionensi præceptori suo inscripta_, Florence, 1487, in-4°.]