Histoire des légumes

Part 17

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[304] _Hist. nat._ l. XVIII, 34, 35.

Au moyen âge le Navet a été une nourriture des plus ordinaires. Comme ce légume se marie bien avec les viandes, surtout le mouton, avant l’introduction de la Pomme de terre et du Haricot, il entrait dans tous les ragoûts et fricassées. Charles Estienne, au XVIe siècle, fait la remarque que les Parisiens aiment beaucoup les Navets et qu’ils estiment ceux de Maisons, de Saint-Germain, de Vaugirard et d’Aubervilliers.

De là le dicton du _Dit des Pays_: A Aubervilliers les Naveaulx! qu’une variante applique aussi à Vaugirard, car à cette date ancienne les terres de ces villages de la banlieue parisienne étaient déjà consacrées à la culture maraîchère.

Champier (XVIe siècle) met au premier rang les Navets d’Orléans. Pour la table du roi on en faisait venir de Saulieu en Bourgogne. Le Navet était donc d’un grand débit et devait se vendre avec avantage. Aussi comprend-on le joyeux _Cri de Paris_ de la marchande de Navets:

Quand je fus mariée rien n’avois; Mais (Dieu mercy) j’en ai pour l’heure, Que j’ai gaigné a mes Navetz. Qui veut vivre, il faut qu’il labeure[305].

[305] Pour _laboure_: travaille.

Au XVIIIe siècle, le Navet le plus réputé pour la table est celui de Freneuse, de forme allongée et petit comme tous les Navets très fins qui s’obtiennent seulement dans les terres sablonneuses et douces.

Le mérite culinaire du Navet est moins apprécié aujourd’hui qu’au moyen âge. Avec les viandes, on accommode de préférence au Navet les Pommes de terre, les Haricots et d’autres légumes. Quoique les livres de cuisine donnent toujours des recettes pour la préparation des Navets au sucre, Navets glacés, à la sauce blanche, purée de Navets, on l’emploie plutôt comme assaisonnement dans les potages, comme garniture surtout avec le canard. Sans le _Canard aux Navets_ combien de gens ignoreraient le goût de ce vieux légume!

Les Anglais sont si conservateurs qu’ils ont gardé même les anciennes habitudes culinaires. Ce sont aujourd’hui les plus grands mangeurs de Navets du monde. Mais combien leur _Turnep_ est inférieur au fin Navet français!

Nous extrayons les passages suivants de la relation du voyage en France à la fin du XVIIe siècle de l’anglais Martin Lister: «Les racines de ce pays diffèrent beaucoup des nôtres. Ici il n’y a point de turneps ronds, mais ils sont tous longs et minces et d’excellent goût d’ailleurs et propres à assaisonner les potages ou les ragoûts, pour lesquels les nôtres sont trop forts. On a récemment introduit cette espèce en Angleterre, mais nos jardiniers ne savent pas la gouverner. Les plaines sablonneuses de Vaugirard, auprès de Paris, sont fameuses par cet excellent légume. Après nous être avancés en France l’espace de 2 ou 3 journées, nous ne trouvâmes plus d’autres turneps que les navets; et ils étaient meilleurs à mesure que nous approchions de Paris. Ils ne sont pas plus gros qu’un manche de couteau et excellents comme je viens de le dire, soit dans le potage soit avec du mouton[306].»

[306] _Voyage de Lister à Paris_, Trad. Sermizelles, p. 134.

Il y a une centaine d’années, Phillips faisait la même observation: «Nous avons remarqué que Paris est approvisionné par un navet long, fusiforme, de la forme d’une carotte et qu’on appelle navet des Vertus. Ils sont certainement plus doux que nos turneps et bien supérieurs pour potages et autres préparations culinaires[307].»

[307] _History of cultivated vegetables_ (1828), t. II, p. 366.

Comme toutes les plantes très anciennement cultivées, l’espèce _Napus_ du genre _Brassica_ a produit beaucoup de variétés dissemblables, les unes de forme sphérique, d’autres fusiformes, turbinées ou très effilées; elles diffèrent encore par la grosseur, la couleur blanche, jaune, grise, parfois rouge (_rouge plat hâtif_), ou noire (_noir rond sucré_).

Chez le Navet, l’influence du milieu cultural est plus remarquable que chez tout autre légume. De là le grand nombre de races localisées dont beaucoup dégénèrent facilement, et perdent leurs qualités spéciales lorsqu’elles ne sont plus soumises à l’influence du climat et des propriétés physiques et chimiques de leur sol natal.

Dans les temps modernes, les Français ont perfectionné le Navet. Nous citions plus haut le Navet _d’Aubervilliers_ ou _des Vertus_. La plaine des Vertus est constituée par le territoire d’Aubervilliers, ce village parisien renommé depuis plus de quatre siècles pour ses cultures de gros légumes. Les maraîchers de cette région ont créé les races commerciales les plus cultivées en France. Le beau Navet _Marteau_ est issu de l’ancien Navet _long des Vertus_ ou plutôt de sa sous-variété _hâtif des Vertus_. La race _Marteau_, caractérisée par sa forme renflée en massue, s’est montrée entre 1850 et 1860. Nous n’avons pas rencontré ce nom avant 1858. C’est alors que le grainier Louesse cite avec l’orthographe _Martot_, ce Navet que l’on préfère, dit-il, à cause de sa belle forme obtuse et arrondie à l’extrémité[308]. La 3e édition du _Manuel de Culture potagère_ de Courtois-Gérard (1858) mentionne la sous-variété du Navet _hâtif des Vertus_ nommée _Marteau_ que sa deuxième édition (1853) ne connaissait pas. Est-ce le renflement de la partie inférieure qui lui a valu ce nom? Peut-être. On pourrait aussi soupçonner, à cause de cette particularité, un transfert du nom d’un vieux Navet normand le N. _Martot_ ou _Maltot_. Le _Traité des plantes potagères_ de Vilmorin admet _Martot_ ou _Maltot_ comme synonymes de N. _gris de Morigny_. Le véritable Navet _Maltot_ est populaire dans le Calvados d’où il est vraisemblablement sorti. Il existe un village du nom Maltôt dans ce département et aussi une localité dénommée Martot dans le département de l’Eure.

[308] _L’Hortic. français_, 1857, p. 183.

Une sélection de la race _Marteau des Vertus_ est le N. _à forcer demi-long_ obtenu vers 1890, obtus, mais non renflé à l’extrémité, que l’on cultive sur une grande échelle pour l’exportation. Les feuilles, réduites en nombre et en dimension, la rapidité de sa croissance, en font le Navet idéal pour la culture sous châssis.

A la fin du XVIIIe siècle et au commencement du XIXe, les maraîchers parisiens faisaient en petite quantité une culture forcée d’une variété hâtive, mais au fur et à mesure que la Pomme de terre nouvellement introduite fut plus recherchée, la culture du Navet forcé devint moins lucrative; elle fut finalement abandonnée. Après la guerre de 1870, nous dit M. Curé, secrétaire du Syndicat des maraîchers parisiens, quelques jeunes maraîchers eurent l’idée d’entreprendre la culture forcée du Navet _blanc hâtif_ race _Marteau_. Ce Navet, d’une croissance extra-rapide, n’occupe pas la terre longtemps, ce qui diminue son prix de revient.

D’autre part, sa qualité est très supérieure à celle des Navets cultivés dans le Midi pour primeurs. Aussi l’industrie du Navet forcé a pris depuis cette époque une grande place dans la culture maraîchère des environs de Paris et son exportation en Angleterre, Belgique, Allemagne, Russie pendant les mois de mars et d’avril de chaque année atteindrait le taux respectable de trois millions de francs[309]. Les races anglaises _Early Milan_, _Snow Ball_, _Red Globe_, etc., ont aussi une aptitude spéciale à réussir sur couche.

[309] _Rev. hortic._, 1902, p. 165.

Le Navet _rond des Vertus_ encore appelé N. _de Croissy_ est très commun sur les marchés. Croissy, village situé non loin de la machine de Marly, s’est spécialisé depuis plus d’un siècle dans la culture du Navet et de la Carotte; il fournit les premiers Navets de pleine terre envoyés aux Halles de Paris au commencement de mai et alimente les marchés parisiens pendant la plus grande partie de l’année. Montesson, Palaiseau, Flins et Viarmes sont des centres de production du Navet très importants.

Les Navets dits _secs_ diffèrent de ces races maraîchères par leur chair plus sucrée et qui reste ferme après cuisson au lieu d’être aqueuse et fondante. Les variétés anciennes _de Saulieu_, _de Meaux_, _de Teltau_, _de Freneuse_ appartiennent à cette catégorie de Navets fins.

Le Navet réputé de Freneuse a fait connaître le nom de ce charmant village situé sur les bords de la Seine, près de Mantes. Entre 1600 et 1650 les habitants de Freneuse commencèrent à consacrer la plus grande partie de leur territoire très sableux à la production du Navet ordinaire qu’ils allaient ensuite exporter dans la région normande sur les marchés de Gisors, La Roche-Guyon, Magny, Vernon. Quelques cultivateurs amenaient leur voiture jusqu’à Rouen, Beauvais et Paris.

La culture plus lucrative de l’Asperge, qui a pris une grande extension à Freneuse à partir de 1865, a fait disparaître l’industrie du Navet. Le cultivateur freneusier sème toujours quelques ares de «petite graine» pour les besoins de sa maison. Celui-là est le vrai Navet _de Freneuse_ qui n’est jamais venu à Paris. Le Navet vendu autrefois sous ce nom provenait du territoire de Flins, près Poissy[310].

[310] Communication due à l’obligeance de M. Renout, maire de Freneuse.

Il existe en France une certaine prévention contre les Navets à chair jaune, d’ailleurs excellents. Sont cependant assez cultivés le N. _Boule d’or_, jolie variété sphérique, importée d’Angleterre en 1844 par le comte de Gourcy, agronome, et issu du N. _jaune de Malte_, le Navet _jaune de Montmagny_, nouveauté de 1875.

Selon Littré, le mot français Navet est dérivé du latin _Napus_ par l’intermédiaire d’un diminutif _Napetus_ et par suite de la tendance à changer le _p_ en _b_ ou en _v_. Dans les lois saliques nous voyons déjà _nabina_ et _navina_, lieux cultivés en Navets. Les textes du moyen âge présentent les formes: _naviet_, _navez_; _navel_ et _naveau_ sont les dérivés les plus fréquents; ce dernier a été usité jusqu’au XVIIe siècle. Les patois berrichons et picards ont gardé naviau et naveau.

Quant à la Rave, toutes les langues européennes ont un nom commun: grec, _rapus_ et _raphus_; latin _rapa_; irlandais _raîb_, _raibe_; ancien allemand _raba_, _ruoba_; scandinave _rôfa_; ancien slave _repa_; russe _rjepa_, etc. La racine sanscrite _rap_, paraît exprimer une idée de gonflement, de plénitude qui s’appliquerait fort bien aux formes des racines en question[311].

[311] Pictet, _Orig. indo-européennes_, t. I, p. 376.

PANAIS

(_Pastinaca sativa_ L.)

Le Panais est un légume bien déchu de son ancienne popularité. Ils sont rares aujourd’hui ceux qui aiment la chair pâteuse et le goût aromatique de cette racine qui n’entre plus guère dans les cuisines que pour servir à l’assaisonnement des potages.

Avant l’introduction de la Pomme de terre, la chair du Panais, reconnue plus nourrissante que celle de la Carotte, était un aliment estimé pour les jours maigres. Contrairement à l’usage actuel, on mangeait beaucoup de Panais et peu de Carottes.

Le botaniste allemand Tragus (1552) dit que le Panais et le _Phaseolus_ forment le fond de la nourriture pendant le Carême. Avant la Réforme, on cultivait en grand le Panais, en Angleterre, pour la nourriture de l’homme, car c’était l’accompagnement favori du poisson séché consommé en temps de carême.

Dans toute l’Europe, cette racine devait être autrefois une importante denrée pour les classes pauvres. D’après Dalechamps (XVIe siècle), _Pastinaca_ (Panais) vient de _pascere_, paître[312] «parce que la populace en mange souvent et s’en repaît». De son emploi alimentaire si fréquent le Panais a gardé le nom de _Pastinaca_, en français Pastenade, qui lui était d’abord commun avec la Carotte. Les déformations successives du mot _Pastinaca_ ont donné: pastenaie, patenais, pasnaie, panais.

[312] Ou mieux de _pastus_, aliment.

Le Panais cultivé descend du Panais sauvage, Ombellifère bisannuelle indigène. Cette plante est commune dans l’Europe méridionale et tempérée; on la trouve en France dans les champs, les pâturages secs, les terres incultes.

Le Panais sauvage a une racine fusiforme, blanchâtre, très coriace, enfin immangeable, mais la culture l’a rendue charnue et plus volumineuse. On a vu des Panais ronds pesant 1 kilogramme 175 grammes.

Les commentateurs ne sont pas bien d’accord sur la question de savoir si le Panais a été connu des Anciens. On croit voir le Panais dans une racine comestible nommée par Pline et Dioscoride _Elaphoboscon_[313]. C’est du moins l’opinion de Sprengel, de Fée, de Sibthorp. Le _Staphylinos_ des Grecs est peut-être le Panais sauvage. Il est possible que les divers _Pastinaca_ des auteurs latins comprennent le Panais[314]. Dans tous les cas, la culture du Panais dès le haut moyen âge n’est pas douteuse.

[313] _Hist. nat._ l. XXII, chap. 37.

[314] Ed. Fournier, _Dict. des Antiquités_, article _Cibaria_.

Le capitulaire _de Villis_, de Charlemagne, distingue bien le Panais et la Carotte: _Pastenaca_ et _Caruitas_.

Deux vers de Gauthier de Coinci, poète au XIIIe siècle, montrent que le Panais était alors chose vulgaire:

«Car une truie une basnaie «Aime assez mielx c’un marc d’argent.»

(_Miracles de la Vierge_)

C’est là sans doute le plus ancien exemple du mot français Panais (avec la forme basnaie pour pasnaie).

Le Traité de Courtillage, inséré dans le _Ménagier de Paris_ (1393), donne une indication culturale: «Panoit soit semé large à large».

En l’an 1473, il y eut si grande disette de Navets et de Panais qu’un chroniqueur en fit la remarque: «Les navets, les pastenées et racines estoient sy chières con vendoit IIII navels II deniers, III pastenées I denier[315].»

[315] Larchey, _Journal de Jehan Aubrion_, p. 53.

Au XVIe siècle, les botanistes; Tragus, Camerarius, Lobel, Dalechamps, Gérarde, décrivent ou figurent un grand Panais long, race primitive qui se rapproche de la forme sauvage, le nommant _Pastinaca sativa_ ou _domestica_. Fuchs l’appelle _Sisarum sativum magnum_ et Clusius, dans sa traduction de Dodoens: grand Chervis cultivé. Pour Dalechamps et Lobel, c’est la Pastenade des jardins.

On voit déjà poindre une race supérieure, à couronne creuse, qui est représentée à notre époque par le Panais _long_ ou _demi-long de Guernesey_, lequel est caractérisé par une rigole circulaire du collet, d’où partent les feuilles[316].

[316] Camerarius, _Epitome_ (1586), p. 507.

Au XVIIe siècle, apparaissent les Panais ronds, plus larges que hauts, à développement plus rapide, à feuillage peu abondant, par conséquent appropriés à la culture bourgeoise. Ce sont aujourd’hui les plus recherchés pour le potager; ils sont précoces comme tous les légumes-racines de forme sphérique et leur feuillage réduit les rend moins encombrants.

Le Panais rond s’est aussi appelé Panais _de Siam_[317].

[317] De Combles, _L’Ecole du Potager_ (1749), t. II, p. 693.

Jusqu’à ce qu’il fut détrôné par la Pomme de terre, le Panais a été en honneur dans la cuisine. Le grand cuisinier La Varenne servait sur les tables princières des plats de Panais à la sauce, blanche. Le mode de préparation le plus fréquent, au XVIIe siècle, était le Panais bouilli, frit et passé dans la pâte, à la manière de nos Salsifis.

PERSIL DE HAMBOURG ou A GROSSES RACINES

Comme le Céleri-Rave, le Cerfeuil bulbeux, et quelques autres plantes à parties souterraines alimentaires, le Persil à grosses racines semble avoir été usité de longue date en Hollande, Allemagne, Pologne; les légumes-racines en général sont toujours entrés pour une large part dans l’alimentation des peuples du Nord de l’Europe.

Simple variété du Persil commun, le Persil tubéreux est cultivé pour sa racine fusiforme, renflée, devenue succulente, qui constitue un bon légume d’hiver au goût de Céleri-Rave, s’accommodant comme les jeunes Carottes ou les Salsifis; le feuillage conservant d’ailleurs ses propriétés condimentaires.

M. Margueritte, jardinier en chef de l’Institut des nobles à Varsovie, lorsqu’il introduisit il y a cinquante ans ce légume alors inconnu en France, ne se doutait pas qu’aux derniers siècles le Persil à grosses racines était admis dans la cuisine française: il arrive parfois que des nouveautés horticoles ne sont que des réintroductions. C’est le cas pour le Persil de Hambourg.

Fuchs connaissait la plante à l’état cultivé en Allemagne en 1542[318]. On l’indiquait alors comme originaire de Hollande avec le nom de Persil hollandais. Au commencement du XVIIe siècle on voit ce Persil en France. D’après Cl. Mollet: «Les racines de gros Persil sont aussi fort excellentes[319].» Son fils André, jardinier de la reine de Suède, dit dans son _Jardin de plaisir_ (1651) que les racines du gros Persil sont mangées en Suède. La plante figure dans certains traités de cuisine français du XVIIIe siècle. De Combles en parle en 1749: «Le Persil à grosses racines n’est pas assez connu en France et mal à propos on néglige de le cultiver; les Allemands en font grand cas avec justice et c’est l’espèce à laquelle ils sont le plus attachés[320].» On voit encore le Persil de Hambourg dans un catalogue d’Andrieux-Vilmorin (1783).

[318] _De Stirpium_ (1542), p. 573.

[319] _Théâtre des plans et jardinages_, p. 150.

[320] _L’Ecole du Potager_ (1749), t. II, p. 390.

En 1726 le grainier anglais Towsend, auteur d’un ouvrage intitulé _Seedsman_, dit qu’en Hollande le peuple fait cuire les racines du gros Persil et les mange comme un bon plat. Miller prétend l’avoir introduit en Angleterre en 1727.

En 1860, M. Margueritte, le réintroducteur du Persil de Hambourg en France, publia une note destinée à appeler l’attention sur cette plante alimentaire qui, disait-il, «se vend en abondance sur les marchés de Varsovie»[321].

[321] _Journal Soc. imp. d’Hortic._, 1860, p. 343.

Vers 1865-1868, M. Vavin, amateur à Bessancourt, cultivait le Persil à grosses racines. Dans les communications qu’il fit à la Société impériale d’Horticulture sur cette plante nouvelle, il ne lui reconnaît qu’une qualité médiocre. Depuis, le Persil de Hambourg a sans doute été amélioré. Il semble peu cultivé. La _Revue horticole_ l’a signalé plusieurs fois à partir de 1882. On en connaît deux variétés, l’une à racines très longues; une autre à racines plus courtes et plus grosses.

RADIS

(_Raphanus sativus_ L.)

Evidemment ce n’est pas pour leur valeur alimentaire que sont cultivés les jolis petits Radis au frais coloris rose ou écarlate. L’art culinaire les accepte comme un hors-d’œuvre appétissant en même temps qu’une décoration pour les tables. Gros Radis d’été, Radis noir d’hiver, à la chair ferme et piquante, ne sont aussi que des condiments apéritifs... pour ceux qui possèdent l’intégrité de leurs facultés digestives.

Les Radis appartiennent au genre _Raphanus_ de la famille des Crucifères, voisin des _Sinapis_ (Moutarde) et des _Brassica_ (Choux, Colza, Navets-Raves). Comme ces dernières plantes, il comprend deux classes de variétés: des Radis à graines nombreuses et oléagineuses, mais dont la racine n’est pas charnue. On les cultive en Chine, en Orient, pour extraire l’huile des graines. Nos Radis ne sont que des plantes potagères; chez ceux-ci, la base de la tige renflée se confond avec la racine pivotante pour former une sorte de tubercule comestible globuleux, ovoïde ou allongé.

L’origine du Radis est incertaine. On peut soupçonner le _Raphanus maritimus_ d’être son type primitif. Dans tous les cas, cette espèce sauvage commune dans la région méditerranéenne est la plante la plus voisine de notre Radis, tant par sa racine vivace qui produit la seconde année un pivot assez gros, allongé, que par l’important caractère de son fruit, presque semblable à la silique ventrue et subéreuse du Radis cultivé.

Pour le botaniste J. Gay, le Radis des anciens Grecs n’est autre que le _Raphanus maritimus_ dont l’habitat s’étend de Gibraltar à la Mer Caspienne[322]. L’origine géographique de la plante concorde avec les données des anciens auteurs. Ce serait le _Raphanis agria_ de Dioscoride, lequel, selon Pline, se nommait _Armon_ ou _Armor_ dans le Pont, d’où l’_Armoracia_ des Latins, nom qui a été abusivement appliqué par Pline au grand Raifort (_Cochlearia Armoracia_). La linguistique reconnaît une origine arienne au terme _Armoracia_. Le mot existe dans l’arménien et le cymrique avec le sens de racine. L’identification de l’_Armoracia_ avec notre Radis paraît d’autant plus juste que les Italiens ont conservé le mot _Ramoraccio_ pour désigner cette plante potagère, tandis qu’ils ne connaissent le Raifort que sous le nom de _Raffano_.

[322] De Candolle, _Géographie botanique_, II, p. 826.

D’après Linné, beaucoup d’auteurs ont indiqué le Radis comme originaire de l’Extrême-Orient. Il est vrai que la Chine et le Japon possèdent depuis la plus haute antiquité de nombreuses races de Radis, les unes oléifères, d’autres comestibles, quelques-unes à racines énormes. Une telle abondance de formes n’a pu se produire qu’à la suite d’une longue culture. En effet, le Radis est mentionné dans le _Rhya_, ouvrage chinois de l’an 1100 avant notre ère[323].

[323] Bretschneider, _Botanicon Sinicum_, t. II, p. 39.

Si la culture du Radis est aussi très ancienne dans l’Europe méridionale, où doit-on placer le point de départ de sa transformation en plante potagère? Le transport du Radis cultivé du midi de l’Europe en Chine au travers toute l’Asie, dans les temps non civilisés, serait une exception peu probable à une certaine loi historique: les apports de plantes cultivées se sont faits généralement en sens contraire. Ils ont marché de l’est à l’ouest comme les invasions humaines. L’habitat du _R. maritimus_ paraissant s’étendre à l’est peut-être jusqu’à l’Inde ou à la Chine, certains sujets venus en terre très fertile ont pu devenir accidentellement comestibles à la fois en Extrême-Orient et dans l’Europe méridionale.

Plusieurs botanistes soupçonnent que le _Raphanus sativas_ ou Radis cultivé est simplement un état particulier, à grosse racine et à fruit non articulé du _Raphanus Raphanistrum_, Ravenelle ou Raveluche, plante très commune de nos moissons, souvent confondue avec la Moutarde sauvage ou Sanve, et qu’on trouve à l’état spontané dans toute l’Europe et l’Asie tempérées[324].

[324] De Candolle, _Orig. des pl. cultivées_, p. 25.

Certaines expériences de M. Carrière paraissent donner quelque créance à cette hypothèse. Vers 1865, M. Carrière, alors chef des pépinières au Muséum, entreprit la transformation du _R. Raphanistrum_ en plante potagère. A la quatrième génération seulement, il aurait obtenu des Radis à racine charnue, de forme, de grosseur et de coloris variés, dont il a donné des figures bien faites pour étonner[325]. Mais il y a tout lieu de croire que les Radis de M. Carrière naïvement baptisés du nom de Radis de famille, à cause de leur grosseur, étaient des produits hybrides et le résultat d’un pollen étranger de hasard transmis par la voie éolienne ou mieux par les nombreux insectes qui butinent sur les fleurs des Crucifères. On eût aimé que l’expérimentateur montrât en même temps les états successifs par lesquels ses semis ont dû passer, s’il y a eu véritablement amélioration progressive. Une contre-expérience tentée par M. Decaisne, professeur au Muséum, et conduite avec tout le soin désirable, a été suivie pendant plusieurs années par M. D. Bois, aujourd’hui assistant de la chaire de culture au Muséum, de qui nous tenons ce détail; elle n’a donné que des résultats négatifs.

[325] _Journal Soc. imp. d’Hort._ 1869, p. 253, 329.

La déviation accidentelle du type obtenue par M. Carrière n’a pas été remarquée dans la nature. Pourtant le _Raphanus Raphanistrum_ habite les champs cultivés, en terrain fumé, labouré, travaillé, c’est-à-dire que la Ravenelle croît naturellement dans des conditions très favorables aux variations spontanées et identiques à celles créées par le chef des pépinières du Muséum pour ses expériences culturales.