Part 6
* * * * *
L’effort continu est un véritable créateur de miracles. Grâce à lui, un pays aussi peu militariste que l’Angleterre créa une armée de 4 millions de combattants et transforma toutes ses conditions d’existence.
* * * * *
Dans les guerres modernes où les grandes manœuvres sont rares, l’intelligence organise la préparation, mais la continuité d’effort des combattants est une condition principale de succès.
* * * * *
L’évolution prochaine du monde conduira les peuples à compter un peu sur leurs alliances, mais beaucoup plus sur leurs propres efforts. Ayant expérimentalement appris la faible valeur du droit sans force, ils devront acquérir la puissance nécessaire pour ne jamais devenir des vaincus.
* * * * *
L’inaction morne de certains hommes rebelles à tout effort ne diffère pas sensiblement du repos de la tombe. Ces morts vivants n’ont de la vie que l’apparence.
CHAPITRE III
L’adaptation.
La loi de l’adaptation régit tous les êtres. Se transformer en s’adaptant ou disparaître est une nécessité universelle.
* * * * *
De même que chaque variation de climat entraîne une transformation profonde de la faune et de la flore, tout changement économique, religieux, politique ou social nécessite une adaptation nouvelle de la mentalité des peuples soumis à son action.
* * * * *
La contagion mentale est un puissant agent d’adaptation. On se plie inconsciemment aux modifications acceptées par l’entourage. Le difficile est de trouver ceux qui donneront l’exemple.
* * * * *
La vie mentale est conditionnée par deux influences prépondérantes, celle des milieux passés, dont l’hérédité entretient l’empreinte, et celle des milieux présents qui transforment graduellement les êtres. Ces deux influences sont indispensables, mais tout progrès est impossible si la puissance de l’une paralyse celle de l’autre.
* * * * *
La stabilité de l’âme d’un peuple, qui fait sa force dans la vie normale, l’entrave aux époques où une adaptation rapide est nécessaire. Ce fut le cas de l’Angleterre qui mit plus d’une année, après la déclaration de guerre, pour s’adapter à des conditions d’existence entièrement nouvelles.
* * * * *
L’adaptation rapide est toujours pénible parce que, si l’homme transforme avec peine ses manières de vivre, il change plus difficilement encore ses façons de penser.
* * * * *
Un peuple décline dès que son armature sociale est trop rigide pour se plier à des conditions nouvelles d’existence. Une des causes les plus fréquentes de la chute des grands empires fut cette inaptitude à s’adapter aux nécessités imprévues que les circonstances faisaient naître.
* * * * *
Chaque peuple ne peut absorber qu’une quantité limitée de civilisation.
* * * * *
Un des plus grands dangers menaçant une société est de contenir beaucoup d’individus restés à des phases d’évolution inférieure et par conséquent mal adaptés à l’état actuel de cette société.
* * * * *
L’âge moderne va devenir de plus en plus impitoyable aux inadaptés. Les nécessités nouvelles élimineront vite ces survivants d’époques disparues.
CHAPITRE IV
L’éducation.
Les hommes se conduisant beaucoup plus avec leur caractère qu’avec leur intelligence, le but de l’éducation devrait être de dresser le caractère. Les Allemands connaissent cette vérité, notre Université semblait l’ignorer tout à fait.
* * * * *
L’éducation pourrait inculquer à l’élève l’esprit de corps en l’intéressant aux succès de sa classe autant qu’à ses propres succès. Il comprendrait alors que mieux vaut s’associer avec ses rivaux que les combattre. Très méconnu en France, ce principe constitue un des éléments de la puissance industrielle allemande.
* * * * *
L’éducation technique, la discipline de l’école puis de la caserne et l’aptitude à l’effort collectif rendent facile aux Germains l’exécution minutieuse du travail commandé. Ce n’est pas le maître d’école, mais le technicien qui permit l’expansion industrielle de l’Allemagne.
* * * * *
Un savant professeur a parfaitement résumé l’état de notre éducation technique en écrivant: «La guerre nous a forcés de créer en quelques mois un outillage chimique formidable, alors que nous nous refusions à perfectionner en temps de paix un matériel rudimentaire qui nous faisait prendre en pitié par nos concurrents.»
* * * * *
On saisit l’utilité de l’éducation technique à ne considérer même que l’enseignement agricole. Les spécialistes affirment que si nous obtenions en céréales le même rendement à l’hectare que les Allemands, dont le sol est pourtant inférieur à celui de la France, notre richesse annuelle serait accrue de deux milliards.
* * * * *
En France l’agriculture reste une des professions les moins considérées, alors qu’elle exige des connaissances plus variées que la plupart des autres. «L’homme sachant bien diriger une ferme serait capable de gouverner l’empire des Indes», disait un ministre anglais.
* * * * *
La réforme de l’enseignement industriel et commercial, jugée d’une utilité absolue en Angleterre, serait encore plus nécessaire en France, mais elle s’y heurtera longtemps à l’opposition d’une Université qui prétend tout diriger bien que rebelle à tous les changements.
* * * * *
Le fouet à l’école, le bâton à la caserne, rendent les Germains capables d’obéir sans discussion aux ordres de leurs chefs. L’énergie développée pendant la guerre par des peuples chez lesquels ces procédés sont inconnus prouve que l’âme humaine peut être disciplinée par des méthodes moins serviles.
* * * * *
Un ministre de la Guerre prussien affirmait, au cours du présent conflit, que la préparation militaire de la jeunesse à l’école doit avoir pour but non seulement de la rendre plus forte, «mais aussi de mettre un frein à l’esprit d’indépendance personnelle et d’initiative qui menace de dégénérer en un subjectivisme dissolvant dont périssent les démocraties». Ces principes ne sont utiles que pour former des soldats prêts à se sacrifier aux ambitions d’un souverain.
* * * * *
Si l’égalité démocratique est réalisable, elle le sera seulement par un système d’éducation utilisant les capacités spéciales de chaque être et non par des institutions politiques.
* * * * *
Une des forces de l’éducation allemande est de savoir tirer parti, grâce à des enseignements variés, des aptitudes différentes de chaque élève. Une cause de faiblesse dans l’éducation latine est son enseignement identique appliqué à des mentalités dissemblables.
* * * * *
L’éducation ne devrait pas avoir pour but la récitation de manuels, mais la création d’habitudes de pensée et de caractère. L’enseignement purement mnémonique de nos Universités développe peu l’intelligence et nullement le caractère. Professeurs, parents et élèves ne l’ont pas encore compris.
* * * * *
Aucune amélioration possible de l’éducation en France si elle continue à être dirigée par des universitaires ne connaissant le monde qu’à travers leurs livres.
* * * * *
Une éducation purement intellectuelle devient vite une cause de décadence.
* * * * *
Les théories livresques ne fournissent qu’une conception déformée de l’univers, sans rapport avec les enseignements de l’expérience.
* * * * *
Les Anglais considèrent avec raison que certains jeux scolaires préparent très utilement à la vie. Une équipe sportive implique en effet: association, hiérarchie, discipline, qualités indispensables à une société qui veut prospérer.
* * * * *
Une des réformes futures les plus nécessaires sera d’inculquer à tous les jeunes Français le respect de la discipline. Elle était devenue nulle dans la famille, nulle à l’école, nulle dans les administrations, nulle dans les arsenaux, nulle enfin partout.
* * * * *
L’homme ne sachant pas se dominer lui-même y est contraint par les lois, mais cette discipline imposée ne vaut jamais la discipline interne que peut donner l’éducation.
* * * * *
La réforme de l’éducation constituera la tâche la plus urgente après la guerre. Bien que des esprits éclairés aient inutilement tenté de modifier notre Université, il ne faut plus désespérer d’y réussir en songeant que les grandes catastrophes sont génératrices de réformes que tous les discours du temps de paix ne pouvaient obtenir.
* * * * *
Une éducation capable d’accroître le jugement et la volonté est parfaite, quelles que soient les choses enseignées. Avec ces seules qualités, l’homme sait orienter sa destinée.
* * * * *
Mieux vaut comprendre qu’apprendre.
CHAPITRE V
La morale.
Parmi les causes de la force d’un peuple figure au premier rang le degré de sa moralité. Lorsque la Russie se trouva sans munitions ni vivres, par la faute d’une série de ministres, de généraux et de bureaucrates prévaricateurs, elle comprit nettement le rôle de la morale dans la vie des nations.
* * * * *
La morale d’un peuple est l’œuvre de son passé. Le présent crée les vertus de l’avenir. Nous vivons de la morale de nos pères et nos fils vivront de la nôtre.
* * * * *
Toute règle morale est d’abord une gêne, une contrainte qu’il faut imposer. La répétition seule en fait une habitude facilement acceptable.
* * * * *
Une moralité commerciale élevée donne à un peuple la supériorité sur des rivaux n’atteignant pas le même degré de moralité. Quand un éditeur, par exemple, inscrit sur la couverture d’un guide ancien une date récente pour tromper l’acheteur, ou qu’un fabricant réputé d’objectifs met sa marque sur un instrument médiocre, ils ne font que favoriser les concurrents étrangers tenant à jour leurs guides et vérifiant leurs instruments.
* * * * *
La guerre actuelle aura contribué à prouver que, même en politique, l’honnêteté est utile. L’Allemagne sait aujourd’hui ce que lui coûta la violation de ses engagements à l’égard de la Belgique. Les ministres russes qui trahirent leur patrie et occasionnèrent les désastres d’où sortit la révolution durent faire dans leurs cachots de sérieuses réflexions sur les avantages de la probité.
* * * * *
On citera pendant longtemps comme preuve de l’inintelligence des foules les socialistes russes complotant d’abandonner les Alliés, entrés en guerre uniquement pour défendre la Russie, sans comprendre que de tels projets déshonoraient leur pays et engendraient à son égard une méfiance qui l’empêcherait à l’avenir de trouver des alliés.
* * * * *
L’honnêteté raisonnée est de la sagesse, mais du fait seul qu’on la raisonne elle tend à ne plus être de l’honnêteté.
* * * * *
Un des plus sûrs résultats des manœuvres diplomatiques allemandes fut de provoquer une méfiance universelle. L’Allemagne a détruit dans le monde toute confiance en ses discours. Elle souffrira longtemps de cette défiance désormais indestructible.
* * * * *
En méprisant, au nom de leurs théories philosophiques, toutes les lois morales pendant la guerre, les Allemands auront involontairement contribué à la création d’une morale internationale. Réunis pour se défendre, les peuples ont tellement insisté sur les principes pour lesquels ils luttaient que ceux-ci, jadis un peu vagues, finiront par s’incruster dans les âmes et inspirer un respect si universel qu’on n’osera plus les violer.
* * * * *
Suivant les philosophes allemands, la morale qui règle les rapports entre individus ne s’applique pas aux États. En leur qualité de souverains absolus, les gouvernements ne sont liés par aucun traité. On ne pourra évidemment attacher qu’une confiance bien limitée aux futurs contrats faits avec un pays professant de pareilles doctrines.
CHAPITRE VI
L’organisation et la compétence.
L’organisation résulte simplement de l’application des principes dominant toutes les sciences: dissocier les éléments générateurs d’un phénomène, les étudier séparément et rechercher l’influence de chacun d’eux. Pareille méthode implique division du travail, compétence et discipline.
* * * * *
D’Alexandre à Auguste et à Napoléon tous les esprits supérieurs furent de grands organisateurs. Aucun d’eux n’ignora qu’organiser ne consiste pas seulement à créer des règlements, mais aussi à les faire exécuter. Dans cette exécution gît la principale difficulté de l’organisation.
* * * * *
Pas d’organisation possible si chaque individu et chaque chose n’occupent pas leur vraie place. L’application de cette élémentaire vérité demande malheureusement une clairvoyance assez rare chez certains peuples.
* * * * *
La valeur d’une organisation quelconque dépend du chef placé à sa tête. Les collectivités, aptes à exécuter, sont incapables de diriger et moins encore de créer.
* * * * *
Appliquées à l’organisation d’œuvres de prévoyance sociale, d’assurances, de retraites et d’éducation technique les habitudes de travail collectif et de discipline rendirent d’immenses services aux Allemands. Leur organisation de l’apprentissage, par exemple, empêcha chez eux la crise de la main-d’œuvre si menaçante en France.
* * * * *
L’absence de coordination des services semble le plus irréductible défaut des administrations latines. Des générations de ministres ont vainement tenté d’y remédier. Ce défaut sévissait à tel point qu’à Paris une rue était dépavée et repavée trois à quatre fois dans le même mois, parce que les services du gaz, de l’eau et de l’électricité ne parvenaient pas à s’entendre pour faire en une seule fois cette opération. Pendant la guerre on vit des délégués officiels, envoyés en Amérique par deux ministères différents, se faire concurrence pour acheter les mêmes chevaux que, faute d’entente préalable, ils payaient quatre fois plus cher.
* * * * *
Multiplier les contrôles dans un service public c’est éparpiller tellement les responsabilités qu’elles finissent par disparaître. Ce qui est contrôlé par trop de personnes n’est jamais bien contrôlé.
* * * * *
La faible valeur de l’organisation des services publics dans certains pays ne tient pas seulement à l’indifférence des employés et à leur peur des responsabilités, mais à ce que la faveur remplace souvent la compétence.
* * * * *
Les Américains semblent avoir très bien saisi tous les secrets de l’organisation. Leur grand ingénieur Taylor a montré que dans la plupart des travaux d’usine on peut, en éliminant méthodiquement les efforts inutiles, obtenir les mêmes résultats avec beaucoup moins de fatigue. Quantité d’usines, même allemandes, sont maintenant organisées d’après ce principe.
* * * * *
La nécessité devient vite un puissant facteur d’organisation. Il est douteux que l’esprit de méthode réputé des Allemands soit supérieur à celui qui permit aux Anglais de former en deux ans une armée de 4 millions d’hommes avec ses officiers, ses munitions et tout le matériel compliqué des guerres modernes.
* * * * *
Une des causes de notre faiblesse économique et gouvernementale tient à ce que les industriels étaient mis chez nous à l’écart du gouvernement ou traités en suspects. Les nécessités de la guerre ayant rendu leur concours indispensable, on dut constater que des problèmes fort complexes furent, grâce à eux, facilement résolus. S’ils n’agirent pas toujours assez vite, c’est que la redoutable incompétence des bureaux entrava constamment leur action.
* * * * *
L’interview de l’administrateur général des vivres en Amérique serait utilement affichée dans certains bureaux dont l’organisation fut si défectueuse pendant la guerre.
«Les vivres n’ont pas besoin, disait-il, d’une dictature, mais d’une sage administration. Je conçois, pour moi, cette administration non dans des décrets draconiens ou des inquisitions arbitraires, mais dans une harmonieuse entente et une intelligente coopération des trois grands groupes intéressés: producteurs, distributeurs, consommateurs. Mes conseillers seront pris exclusivement parmi ces trois groupes et non parmi les théoriciens ou les bureaucrates.» Quel abîme entre la mentalité qui a dicté ces lignes et celle de nos gouvernants!
* * * * *
La Russie a constaté expérimentalement que l’organisation même médiocre d’un grand pays est fort longue à établir et ne s’improvise pas. Cette organisation n’acquiert de valeur qu’après avoir été fixée dans les âmes.
* * * * *
L’excès d’organisation ne semble pas toujours favorable au progrès. La méticuleuse organisation de la Chine finit par paralyser toutes les initiatives et la conduisit à un état de décrépitude dont elle ne peut sortir.
* * * * *
Un pays gouverné par l’opinion ne saurait l’être par la compétence.
* * * * *
Le nombre peut créer l’autorité, mais non la compétence.
* * * * *
Une des grandes supériorités de l’industrie sur les administrations publiques est que la compétence s’y voit préférer à la hiérarchie et surtout à la faveur.
* * * * *
La compétence sans autorité est aussi impuissante que l’autorité sans compétence.
* * * * *
La compétence devient inefficace dès qu’elle est sous les ordres de l’incompétence.
CHAPITRE VII
La cohésion sociale et la solidarité.
Les armes ne suffisent pas à constituer la puissance d’un peuple. Elle réside surtout dans la cohésion mentale créée par l’acquisition de sentiments communs, d’intérêts communs, de croyances communes. Tant que ces éléments ne sont pas stabilisés par l’hérédité, l’existence d’une nation reste éphémère et à la merci de tous les hasards.
* * * * *
Même invisible, l’influence de l’ordre social pèse d’un poids énorme sur notre vie journalière. Elle oriente nos pensées et nos actes beaucoup plus que tous les raisonnements.
* * * * *
Une société se maintient par l’équilibre des intérêts de ses membres. Quand cet équilibre est rompu, les appétits et les haines, contenus grâce aux freins sociaux lentement édifiés, se déchaînent librement. Le pouvoir change alors sans cesse de mains et l’anarchie dure jusqu’au jour où une autorité forte, apte à rétablir l’ordre, est universellement réclamée.
* * * * *
A défaut de communauté ethnique, la foi en un même idéal religieux, politique ou social, peut créer chez un peuple l’identité de pensées et de conduite nécessaire au maintien de son existence.
* * * * *
L’union des partis politiques est indispensable à un pays pour lutter contre ses ennemis. Si les dissensions qui nous avaient conduits au bord de l’abîme renaissaient après la guerre, la France se verrait menacée d’une irrémédiable décadence.
* * * * *
Il ne serait pas inutile de rappeler par une inscription gravée dans l’enceinte des parlements que les peuples n’ayant pas su, comme jadis les Grecs et plus tard les Polonais, renoncer à leurs luttes intestines, finirent par la servitude et perdirent jusqu’au droit d’avoir une histoire.
* * * * *
Un parti politique tenant à être utile s’attacherait à prouver aux foules que la fusion des classes doit remplacer leurs rivalités. Vainement tentée pendant longtemps, cette fusion deviendra peut-être possible avec la démonstration pratique des bienfaits de l’association.
* * * * *
Aux rapports impersonnels et froids des diverses classes sociales, la vie des tranchées aura substitué des relations cordiales et une discipline sans raideur. Quand les hommes se connaissent, ils constatent vite qu’ils s’égalisent sur beaucoup de points et que les différences d’origine livresque sont sans importance.
* * * * *
Les émotions collectives résultant d’une guerre prolongée rapprochent les hommes qui les ont ressenties en commun. Elles créent entre eux une solidarité susceptible de survivre à la disparition de ces émotions.
* * * * *
Les peuples dont la solidarité n’aura pas été définitivement fixée par la guerre verront sûrement succéder aux luttes militaires les batailles socialistes, les batailles économiques et bien d’autres encore.
* * * * *
La solidarité fondée sur l’intérêt possède une base solide, celle appuyée sur la fraternité ou la charité fut toujours fragile. C’est aux groupements d’intérêts similaires que l’Allemagne doit beaucoup de ses progrès économiques.
* * * * *
Les transformations sociales utiles ne dériveront pas des théories socialistes actuelles, mais d’une solidarité sans dogme qui se préoccupera surtout d’améliorer l’existence de chacun par une éducation mieux adaptée aux besoins nouveaux et par des formes diverses d’association.
* * * * *
Si le mot solidarité arrivait à remplacer celui de socialisme un grand progrès serait réalisé, car la puissance des mots est généralement supérieure à celle des doctrines.
* * * * *
Inutile de prêcher aux hommes qu’ils sont frères, chacun sachant bien que ce n’est pas vrai. Plus inutile encore de les exhorter à des luttes de classes. Elles sont créatrices de ruines réciproques. Il faut simplement leur prouver qu’ils ont intérêt à s’aider en associant leurs efforts.
CHAPITRE VIII
Les révolutions et l’anarchie.
Les révolutions les plus difficiles sont celles des habitudes et des pensées.
* * * * *
De toutes les révolutions, la plus profonde, peut-être, fut celle réalisée par l’Angleterre lorsque, contrairement à ses traditions séculaires, elle accepta, pendant la guerre, de remettre tous les pouvoirs entre les mains de l’État et lui accorda un droit absolu sur la vie et la fortune des citoyens. Ce bouleversement national s’effectua sans désordre, parce qu’il fut l’œuvre de tous les partis et non d’un seul comme les révolutions antérieures.
* * * * *
Provoquer une révolution est toujours facile, la prolonger difficile.
* * * * *
Renverser un autocrate n’est nullement supprimer le régime autocratique. Des milliers de sous-autocrates irresponsables, nécessaires à l’administration d’un pays, continuent en effet à détenir le pouvoir réel. Le régime peut changer de nom, mais ils restent les vrais maîtres.
* * * * *
Une révolution brusque ne fait que substituer un nouvel arbitraire à l’ancien.
* * * * *
Les barrières sociales que les révolutions renversent se relèvent tôt ou tard, car les peuples ne peuvent subsister sans leur pouvoir limitateur, mais elles ne se relèvent généralement pas à la même place.
* * * * *
Il est parfois plus facile à un peuple de supporter ses maux que les remèdes employés pour les guérir.
* * * * *