Hier et demain

Part 5

Chapter 53,064 wordsPublic domain

Il semblerait qu’arrivés à une certaine phase de leur existence, les peuples ne puissent progresser sans l’action de grandes crises bouleversant leur vie. Elles paraissent nécessaires pour les dégager de l’étreinte d’un passé devenu trop lourd, de préjugés et d’habitudes trop fixés.

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Un peuple vieillit vite lorsque, ne sachant pas s’adapter aux nécessités nouvelles, il se laisse dépasser. A en juger par les statistiques industrielles, maritimes et commerciales, certaines nations étaient avant la guerre considérablement distancées par d’autres. La lutte actuelle sera peut-être un stimulant capable de réveiller les activités endormies.

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Lorsqu’une catastrophe met en évidence l’usure et par conséquent l’insuffisance d’une ancienne armature sociale, la nécessité de la transformer s’impose. Bien dirigée, cette difficile opération rend à la société ébranlée une vie nouvelle. Mal conduite, et ce cas est le plus fréquent, elle engendre une anarchie qui, pour certains peuples, a marqué la fin de leur histoire.

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Parmi les causes de destruction menaçant les civilisations trop vieilles, on peut citer l’accumulation des règlements régissant la vie sociale. Ils paralysent les libertés, les initiatives, et finalement la volonté d’agir.

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Certaines professions créèrent à toutes les époques les mêmes déformations mentales. Machiavel se plaignait déjà de la paperasserie et de la routine des états-majors de son temps.

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Le développement du pacifisme, chez un peuple entouré de nations avides de conquêtes, désagrège les ressorts de son activité et le conduit rapidement à être asservi.

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Un passé de grandeur est toujours pour les peuples un lourd, parfois même un écrasant fardeau.

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Le degré de vitalité des diverses nations sera plus visible encore au lendemain de la paix que pendant la guerre.

LIVRE IV

Facteurs matériels de la Puissance des Nations

CHAPITRE PREMIER

L’âge de la houille.

Dans la phase d’évolution actuelle du monde, les actions des peuples et des rois sont dominées par des nécessités économiques beaucoup plus fortes que leurs volontés.

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L’âge industriel a définitivement envahi le monde. La supériorité d’un peuple n’est plus caractérisée par le développement de sa philosophie, de sa littérature et de ses arts, mais par sa richesse en houille et sa capacité technique.

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Dans tout le monde antique et jusqu’à une époque récente la puissance d’un pays dépendait beaucoup du nombre et de la capacité de ses habitants. Elle résulte principalement aujourd’hui de sa richesse en charbon.

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L’évolution nouvelle de l’âge moderne se caractérise par le rôle de la houille. Sans utilité il y a deux siècles, elle est devenue si indispensable que la vie d’un pays s’arrêterait avec sa disparition. Plus de chemins de fer, plus d’usines, et en temps de guerre plus de canons.

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La houille seule pouvait créer le machinisme rénovateur moderne de la civilisation.

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Dans la vie des peuples, l’enchaînement des phénomènes finit par dominer toutes les volontés. La découverte de mines de houille permit à l’Allemagne la fabrication économique de produits d’exportation. Il en résulta une surproduction nécessitant la conquête de marchés lointains et, par voie de conséquence, la création d’une flotte puissante pour protéger ces exportations. Les ambitions germaniques grandirent et la réalisation de l’ancien rêve d’hégémonie parut possible.

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La richesse d’un pays en charbon et en fer détermine aujourd’hui, non seulement le niveau de sa puissance militaire et industrielle, mais encore sa possibilité d’expansion commerciale.

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Le rôle prépondérant du fer et du charbon dans les guerres modernes a été mis en évidence par le manifeste des six grandes associations industrielles de l’Allemagne affirmant que sans la conquête du bassin de Briey, au début de la guerre, la lutte n’aurait pu être continuée, faute du fer nécessaire aux munitions.

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La puissance conférée à un pays par sa richesse en charbon résulte du fait que le travail annuel d’un ouvrier, coûtant environ 1 500 francs, peut être accompli par une quantité de houille valant 3 francs. L’ouvrier-houille coûte donc cinq cents fois moins cher que l’ouvrier humain[1].

[1] On trouvera les éléments de ce calcul dans mon ouvrage: _Les enseignements psychologiques de la guerre_ (27e édition).

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La prospérité économique de l’Allemagne tient surtout à ce qu’elle extrait annuellement de son sol 190 millions de tonnes de charbon. Leur énergie mécanique représente le travail manuel de 950 millions d’ouvriers.

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Tâcher d’accaparer l’énergie solaire comme le firent les plantes qui formèrent jadis la houille sera pour les peuples privés de charbon un des gros problèmes de l’avenir.

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Un pays dont la richesse houillère est insuffisante ne peut fabriquer économiquement. Il se trouve par conséquent forcé de limiter ses exportations à des produits dont la fabrication exige une faible force motrice.

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Accroître la production houillère d’un pays revient à augmenter le chiffre de ses travailleurs. Avec beaucoup de houille et peu d’habitants un peuple est plus riche et plus fort qu’avec peu de charbon et beaucoup d’habitants.

CHAPITRE II

Les luttes économiques.

Les luttes économiques sont parfois aussi ruineuses que les luttes militaires. L’histoire montre qu’elles engendrèrent la décadence de plusieurs pays.

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Pas de progrès sans concurrence, et par conséquent sans luttes industrielles.

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De nos jours, une lutte économique peut enrichir le vainqueur. Une lutte militaire le ruine pour longtemps. Les relations entre peuples seront transformées quand des expériences suffisamment répétées auront prouvé l’exactitude de cette vérité.

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Un peuple envahissant progressivement une nation avec ses produits arrive à la dominer aussi complètement que s’il l’avait conquise par les armes. La dépendance économique crée vite la dépendance politique.

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Les alliances militaires sont faciles, parce qu’elles associent des intérêts semblables. Les alliances économiques durables sont presque impossibles, les intérêts industriels et commerciaux des alliés n’étant pas identiques.

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En matière industrielle et commerciale, aucune barrière douanière, aucune intervention de l’État, aucun règlement ne sauraient protéger utilement l’incapacité professionnelle et le défaut d’initiative.

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Quand un peuple possède une industrie presque prospère, l’agriculture par exemple, il doit s’efforcer avant toute autre entreprise de rendre cette industrie entièrement prospère.

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D’après les statistiques, la France malgré la qualité de son sol n’obtient, en raison de ses procédés inférieurs de culture, qu’une moyenne de 13 hectolitres de blé à l’hectare, alors que l’Allemagne et l’Angleterre en obtiennent 21 et le Danemark 27. La différence est du même ordre pour l’avoine et l’orge. Ne semble-t-il pas évident qu’améliorer notre culture serait autrement rémunérateur que de fabriquer péniblement pour l’exportation des marchandises rendues par la concurrence peu rémunératrices?

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C’est avec raison qu’un éminent défenseur de l’agriculture disait récemment qu’elle deviendra la pierre angulaire de la reconstitution nationale.

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La capacité d’absorption commerciale des peuples lointains se réduit à mesure qu’ils progressent. Le Japon et bientôt le reste de l’Asie semblent devoir se fermer entièrement aux produits européens.

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Dans les pays où l’industrie est restée individuelle, elle ne saurait lutter contre les associations formées à l’étranger.

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Une des grandes forces de l’industrie allemande est d’avoir régularisé l’association des fabricants de produits similaires et rendu ainsi très économique la production.

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Les associations d’industries semblables, généralisées depuis longtemps en Allemagne sous le nom de cartels, sont une condition nécessaire des progrès industriels modernes. Pour lutter utilement contre de nouvelles invasions commerciales, nos fabricants devront apprendre à s’associer au lieu de se combattre.

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La lutte contre l’invasion des marchandises allemandes n’est possible que par la fabrication de produits similaires au même prix. L’établissement de barrières douanières supposées inviolables n’aurait d’autres conséquences que l’introduction, par les pays neutres, de produits fabriqués en Allemagne ou dans ces mêmes pays neutres par des Allemands. Ce serait enrichir à notre détriment d’autres peuples.

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Il a fallu le conflit mondial pour révéler que le commerce allemand allait progressivement conquérir tous les marchés. On accumulera bien des discussions avant d’expliquer comment, avec une situation aussi exceptionnelle, les Germains ne firent pas l’impossible pour éviter la guerre.

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Les futures tentatives d’hégémonie industrielle de l’Allemagne seront aussi redoutables que son rêve d’hégémonie militaire.

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En attendant le jour où l’orientation des idées aura complètement changé, le monde verra sans doute les luttes économiques alterner avec les luttes guerrières et s’engendrer réciproquement.

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Les guerres à main armée représentent un état transitoire, les luttes économiques un état permanent.

CHAPITRE III

Le conflit entre les conceptions chimériques et les nécessités économiques.

Bien que souvent invisibles, les nécessités économiques sont les grandes régulatrices du monde moderne.

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L’État avec son inexpérience, sa rigidité, son irresponsabilité et l’indifférence de ses employés, ne saurait intervenir dans les rouages compliqués du commerce sans les fausser entièrement.

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Les théories politiques illusoires exercent parfois plus de ravages que les canons. Les conceptions socialistes sur le pacifisme, la lutte des classes, la destruction du capital furent les causes principales d’erreurs militaires et économiques sous le poids desquelles la France faillit succomber.

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Oublieux de la puissance des lois économiques qui mènent le monde, la plupart des hommes politiques restent persuadés que les formules et les décrets issus de leurs craintes ou de leurs désirs peuvent changer le cours des choses.

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Une des expériences les plus démonstratives du danger de violer les lois économiques est fournie par les résultats des taxations pendant la guerre. Elles contribuèrent à la disette de charbon et de divers aliments.

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L’activité possible d’un peuple dépend de toute une série de facteurs indépendants de ses désirs: production de son sol, chiffre de sa population, aptitudes de sa race surtout.

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Un pays qui, sous prétexte de se suffire à lui-même, refuserait d’acheter au dehors les matières premières: coton, soie, houille, etc., nécessaires à diverses industries, déterminerait la mort de ces industries et des commerces qui s’y rattachent.

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Certaines exportations d’articles de luxe peuvent être facilitées par des sympathies internationales. Celles des matières premières indispensables, telles que la houille ou le coton, dépendent de nécessités impérieuses supérieures à tous les sentiments.

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Prétendre cesser les relations commerciales avec un peuple qui peut seul obtenir économiquement certains produits indispensables constitue une illusion dangereuse. Le boycottage des personnes est utile, celui des marchandises fabriquées souvent nécessaire, celui des matières premières impossible.

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Supprimer le risque et la concurrence dans les entreprises industrielles, comme le rêvent encore les socialistes latins, serait tarir tous les progrès de la civilisation.

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L’exploitation de nos richesses industrielles et agricoles après la guerre exigera un développement immense du crédit nécessitant une décentralisation financière d’où résultera la renaissance des anciennes banques provinciales que les grandes sociétés firent disparaître. Seules ces banques régionales peuvent apprécier la valeur des industries locales et par conséquent le crédit qu’elles méritent.

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La diversité des conseils donnés par les théoriciens sur le sens de nos futurs efforts montre qu’ils tiennent plus de compte de leurs désirs que des possibilités économiques.

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En poursuivant l’édification de sociétés imaginaires filles de la raison pure, les théoriciens préparent la décadence des nations où ils vivent.

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L’établissement d’une ligue pour la paix semble facile parce que, malgré tous les enseignements de l’histoire, on suppose les alliances capables de survivre à des intérêts économiques contradictoires.

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L’affirmation des diplomates allemands que les petits États doivent disparaître au profit des grands dérive d’une conception jadis exacte mais inapplicable à l’évolution économique actuelle du monde. Une fédération de petits États gardant leur indépendance est aujourd’hui possible alors que leur annexion ne saurait être maintenue que par une oppression militaire fort coûteuse.

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Avec l’évolution des idées résultant de l’observation des faits, la domination de territoires étrangers, but principal de la guerre actuelle, apparaîtra bientôt comme une opération ruineuse dans le présent et sans profit pour l’avenir.

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Développer la production et supprimer tous les obstacles dont les socialistes cherchèrent à l’entraver, devrait être le but essentiel de notre future politique.

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Le premier ministre de la Grande-Bretagne disait au Parlement que l’avenir des peuples dépendra du parti qu’ils sauront tirer des enseignements de la guerre. Le monde est entré, en effet, dans une phase de civilisation où l’action des chimères serait aussi funeste que celle des plus destructives invasions.

CHAPITRE IV

Le rôle de la fécondité.

Du microbe jusqu’à l’homme, la fécondité fut toujours une cause, sinon de supériorité, au moins de prospérité. A l’époque des invasions germaniques qui détruisirent la civilisation romaine, l’inlassable fécondité des envahisseurs constitua leur principale condition de succès. Tués par milliers ils renaissaient toujours.

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Tout peuple qui se développe avec excès devient fatalement envahisseur et destructeur des peuples dont la fécondité est moindre.

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Un pays est redoutable pour ses voisins quand son sol ne lui procure plus une nourriture suffisante. La faim fut l’origine des grandes invasions qui bouleversèrent jadis l’Europe.

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Si les hordes germaniques n’avaient pas autrefois pullulé sur un sol incapable de les nourrir, le monde n’eût connu ni la destruction de la civilisation romaine, ni les mille ans du moyen âge, ni la guerre actuelle.

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Il est dangereux de ne prospérer que lentement auprès d’un peuple grandissant très vite. La guerre a prouvé l’importance de cette vérité.

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La paix ne devra pas faire oublier les paroles suivantes prononcées au Reichstag: «Tous les idéals humanitaires sont pour toujours ensevelis. Nous voulons ce dont nous avons besoin, et surtout de la terre pour nourrir de plus grandes masses d’hommes.»

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Les Allemands qui avant la guerre voyaient, sous l’influence de causes identiques à celles agissant en France, leur natalité commencer à décroître, n’en cherchaient pas le remède dans des procédés fiscaux, mais considéraient «qu’une politique de repopulation est avant tout une politique de colonisation des campagnes».

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La rivalité dans la fécondité est devenue pour certains économistes l’idéal à proposer aux peuples. Toute l’histoire des êtres, de l’insecte jusqu’à l’homme, et celle des invasions germaniques de l’antiquité à nos jours, démontrent que la surpopulation fut toujours une cause de guerres d’extermination et de conquêtes.

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Darwin a insisté sur cette loi générale ne souffrant pas, dit-il, d’exception: les êtres se reproduisent dans une telle proportion que les descendants d’un seul couple d’animaux quelconques envahiraient rapidement le monde s’ils n’étaient pas régulièrement détruits en partie à chaque génération. Les êtres humains subissant cette loi sont obligés quand ils se multiplient trop ou de se détruire réciproquement, ou d’envahir les pays voisins.

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La qualité de la population représente un facteur de progrès fort supérieur à sa quantité. S’il en était autrement les pays du monde les plus peuplés, tels que la Russie et la Chine, au lieu de rester demi-barbares, seraient à la tête de la civilisation.

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Dans les civilisations de type industriel le succès appartient forcément aux peuples non les plus nombreux, mais les plus travailleurs, les plus disciplinés, les plus capables d’efforts collectifs, s’ils possèdent en même temps assez de fer et de houille.

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Un grand pays sans charbon n’a pas intérêt à voir sa population s’accroître. L’Italie, dépourvue de houille, n’a pu devenir industrielle et semble destinée à rester pauvre.

LIVRE V

Facteurs psychologiques de la Puissance des Peuples

CHAPITRE PREMIER

Rôle de certaines qualités secondaires dans la vie des peuples.

Des qualités inutilisables à certaines périodes de la civilisation déterminent la prospérité d’un peuple quand de nouvelles conditions d’existence permettent leur utilisation.

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Les supériorités littéraires, artistiques et intellectuelles furent dans certaines civilisations, celles des anciens Grecs et des Italiens de la Renaissance, par exemple, des éléments de grandeur. La patience, la ténacité, l’obéissance aux règlements et autres qualités jadis tenues pour médiocres constituent dans les civilisations à forme industrielle des conditions de succès.

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L’âge moderne, avec sa technique compliquée et sa division du travail, exige des qualités de patience, de vigilante attention, de minutie, d’effort soutenu et de solidarité que des races individualistes à intelligence vive ne pratiqueront jamais facilement.

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Le sentiment de la continuité est pour un peuple un élément de stabilité très lent à acquérir et sans lequel il ne saurait, cependant, ni durer ni grandir.

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La force des peuples modernes dépend de moins en moins de leurs gouvernants. Elle se compose surtout d’une addition de millions de petits efforts individuels. Un pays devient grand lorsque tous ses citoyens travaillent à sa grandeur. Son déclin est rapide quand il abandonne à l’État les initiatives et les responsabilités.

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Les succès d’un peuple sont dus aujourd’hui moins à la valeur de ses gouvernants, ou même de ses élites, qu’à certaines qualités, secondaires possédées par la majorité des citoyens.

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Les supériorités individuelles peuvent parfois se remplacer par de modestes qualités collectives. Avec des poussières d’individualités médiocres les Allemands ont su faire des agrégats très forts.

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La puissance d’un peuple exige des qualités communes à la grande majorité de ce peuple. La supériorité des élites ne suffit pas à déterminer sa grandeur.

CHAPITRE II

La volonté et l’effort.

La bataille de la Marne, qui sauva Paris de la destruction et représente le plus important événement de notre vie nationale, est un mémorable exemple du rôle dominateur de la volonté des hommes sur les prétendues fatalités de l’histoire.

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Une des plus fécondes découvertes de la psychologie moderne est d’avoir montré que notre activité consciente constitue la manifestation superficielle d’une activité inconsciente beaucoup plus importante.

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La volonté peut être consciente ou inconsciente. Dans la volonté inconsciente la décision arrive toute formée dans le champ de la conscience. La volonté consciente est au contraire précédée d’une délibération et par conséquent d’une évaluation des motifs.

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La décision volontaire la plus réfléchie contient presque toujours une part de volonté inconsciente ayant contribué sinon à la faire naître, du moins à la fortifier. Quand le président des États-Unis déclara la guerre à l’Allemagne il est probable que dans la balance des motifs où se pèsent nos décisions vinrent inconsciemment agir des facteurs tels que l’utilité d’une armée en cas de conflit avec le Mexique ou le Japon, l’importance prépondérante du rôle à prendre pour les États-Unis dans les affaires du monde, etc. De ce bloc de motifs la décision belliqueuse finit par jaillir.

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S’il existe parfois une grande divergence entre les actes d’un homme et ses propos, c’est que la volonté inconsciente peut différer nettement de la volonté consciente créée par des influences superficielles. On le vit au début de la guerre quand pacifistes et socialistes agirent d’une façon si opposée à leurs doctrines.

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La volonté inconsciente créée par les aïeux, puis fortifiée par l’éducation et les influences du milieu, dirige les actes. La volonté consciente dirige surtout les discours.

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La place de l’homme dans la vie est marquée non par ce qu’il sait, mais par ce qu’il veut et ce qu’il peut.

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Les événements dominent les volontés faibles. Ils sont dominés par les volontés fortes.

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Pour progresser, il ne suffit pas de vouloir agir, il faut d’abord savoir dans quel sens agir.

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La clairvoyance est plus rare encore que la volonté.

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La guerre a réveillé en France les vieilles énergies. Notre situation économique dans le monde dépendra de la continuité de nos efforts pendant la paix.

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L’homme d’action est un constructeur ou un destructeur suivant la direction de ses efforts.

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Le progrès naît de la continuité de l’effort; la décadence, du repos.

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Le seul moyen d’obtenir la continuité de l’effort est de transformer cet effort en habitude par une éducation convenable. Ce n’est pas à l’instruction livresque qu’un tel résultat peut être demandé.