Hier et demain

Part 7

Chapter 73,100 wordsPublic domain

Dans un pays divisé en classes possédant des intérêts contraires, une révolution peut se faire pacifiquement, mais il est bien rare qu’elle reste longtemps pacifique.

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Une révolution, à ses débuts, ne se gouverne pas plus qu’une avalanche pendant sa chute.

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La contagion mentale est le plus sûr facteur de propagation d’une révolution.

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Le plus grave danger menaçant une assemblée révolutionnaire n’est pas dans les réactions qui se font à sa droite, mais dans les surenchères surgissant à sa gauche.

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Une révolution accomplie par des foules ne suit d’autre direction que les impulsions mobiles et désordonnées de ces foules. De tels mouvements ont une grande force, mais ils sont sans durée et engendrent fatalement l’anarchie.

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Les révolutionnaires russes ont oublié de méditer ce mot de Napoléon: l’anarchie ramène toujours au pouvoir absolu.

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Les révolutions qui commencent se meuvent dans une atmosphère d’illusions et de surenchères génératrices d’un désordre social d’où, finalement, les restaurations surgissent.

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Parmi les causes de révolutions figure la perte de la foi générale dans la valeur des conceptions anciennes dirigeant la vie sociale. L’anarchie qui en résulte est alors une recherche inquiète de vérités nouvelles capables d’orienter un peuple.

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C’est pendant la période de triomphe d’une révolution, lorsque, les liens sociaux étant rompus, chacun suit ses impulsions, qu’apparaît le mieux le rôle indispensable joué dans les sociétés par la discipline et la cohésion.

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Les historiens jugeant les événements révolutionnaires leur attribuent souvent des causes bien étrangères à leurs origines réelles. Quand, au début de la révolution russe, les soldats abandonnèrent les tranchées, ce ne fut pas au nom de principes incompréhensibles pour eux, mais simplement afin de participer au partage des terres promis par les socialistes.

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Un des plus effrayants résultats de la révolution russe fut de transformer par la destruction des cohésions sociales une armée de plusieurs millions d’hommes parfaitement aguerris la veille, en un troupeau sans âme fuyant devant la moindre attaque.

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Les ennemis du dedans rendent une nation impuissante contre les ennemis du dehors.

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Certaines révolutions, telles que la révolution russe, détruisent en quelques mois l’œuvre d’agrégation réalisée par des siècles d’efforts.

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La clairvoyance est rare chez les révolutionnaires. Dès leurs premiers triomphes ceux de la Russie poursuivirent trois buts également funestes à l’avenir de leur pays: 1º une paix immédiate et par conséquent l’abandon des Alliés qui s’étaient engagés dans la guerre pour eux; 2º la promesse du partage des terres qui créera des luttes permanentes sur tous les points du territoire; 3º la séparation des diverses nationalités de la Russie qui entraînera la destruction de l’immense empire.

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Après la séparation de l’Ukraine, grande province de 30 millions d’hommes très fertile et très riche, puis de la Finlande et de la Lithuanie, la Russie restera encore le plus vaste des empires, mais il en sera aussi le plus pauvre et se verra entouré de provinces hostiles, toujours en lutte.

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La révolution russe a simplement substitué à un rigoureux régime un régime plus dur encore. Elle a de nouveau montré que les peuples ont les gouvernements qu’ils méritent.

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Aucune analogie à établir entre la Révolution française et la révolution russe. La première fut faite par des bourgeois instruits, la seconde par des ouvriers et des paysans illettrés dont le niveau mental ne dépasse guère celui des anciens Scythes.

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Pour la majorité des ouvriers russes une révolution se résume en cette notion: personne ne commande, chacun fait ce qu’il veut.

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Tant que les idées de l’Allemagne resteront inchangées, l’Europe sera menacée de guerres fréquentes. Mais l’artificiel empire germanique représentant un état féodal superposé à un état industriel, les Allemands eux-mêmes comprendront un jour l’incompatibilité de ces deux régimes. Il en résultera nécessairement une de ces révolutions de pensées, toujours génératrices de révolutions politiques profondes.

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Quoique les grandes révolutions soient aisément prédites, il n’est guère d’exemples que leurs plus importantes conséquences aient été pressenties.

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L’anarchie est partout quand la responsabilité n’est nulle part.

LIVRE VI

Le Gouvernement moderne des Peuples

CHAPITRE PREMIER

Les progrès démocratiques.

Grâce à la guerre, l’égalité qui n’existait que dans les codes finira sans doute par s’introduire un peu dans les mœurs.

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La guerre actuelle aura fait davantage pour la réalisation des idées démocratiques que des révolutions violentes. Les hommes soumis aux mêmes dangers ont appris a se connaître et à constater l’équivalence des capacités d’ordres différents.

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La guerre marquera sans doute le triomphe définitif de la démocratie dans le monde. Monarques et diplomates ont trop manqué de clairvoyance pour que les peuples consentent désormais à remettre aveuglément leur destinée entre leurs mains. Les guerres ne seront peut-être pas moins fréquentes, mais elles seront au moins déclarées par ceux qui en supportent le fardeau.

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La guerre menace toutes les autocraties et cependant elle a eu pour résultat l’apparition dans les pays en lutte de gouvernements autocratiques. Utiles parfois pour les décisions rapides, ils ont cependant accumulé de telles erreurs que la nécessité s’imposa de contrôler leur gestion par des commissions compétentes.

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Avec l’évolution des temps nouveaux, nul pouvoir absolu ne sera capable de concilier et coordonner les intérêts variés et parfois contradictoires des divers groupes sociaux pour les adapter à l’intérêt général.

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La guerre mondiale ayant eu pour résultat d’ébranler fortement l’autorité des conceptions autocratiques, les seules monarchies pouvant subsister seront celles de pays où le souverain ne gouverne pas et constitue simplement un symbole de l’unité nationale.

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Le passage de l’autocratie individuelle à l’autocratie collective semble devoir être pour beaucoup de peuples une des conséquences de la guerre européenne.

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Si l’antique loi de l’offre et de la demande continue a régir le monde, il est probable qu’après la guerre les ouvriers verront leur situation grandir énormément, en raison de la rareté de la main-d’œuvre, devant les nouveaux besoins de l’industrie.

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Avec un peu d’ordre et la fermeture des cabarets, la classe ouvrière arrivera vite à constituer une nouvelle bourgeoisie. La partie moyenne de l’ancienne bourgeoisie: magistrats, fonctionnaires, professeurs, etc., a beaucoup de chances, au contraire, de former bientôt une catégorie de prolétaires qui alimenteront peut-être l’armée socialiste abandonnée par les ouvriers satisfaits de leur sort.

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Un grand progrès sera réalisé quand les électeurs des pays démocratiques éliront pour les représenter, au lieu d’avocats ou d’hommes confinés dans les livres, des industriels, des agriculteurs, des commerçants connaissant les réalités de la vie.

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Le véritable progrès démocratique n’est pas d’abaisser l’élite au niveau de la foule, mais d’élever la foule vers l’élite.

CHAPITRE II

L’étatisme allemand et l’étatisme latin.

L’étatisme et sa forme ultime, le collectivisme, tendaient, avant la guerre, à devenir la religion nationale des peuples latins. Héritier du pouvoir de la Providence et de celui des rois, l’État constituait pour eux une entité mystique toujours critiquée, mais sans cesse invoquée par des citoyens lui réclamant surtout la satisfaction de leurs exigences personnelles.

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Le libéralisme respectueux de toutes les opinions et l’étatisme n’admettant que la sienne semblent de plus en plus inconciliables. Les progrès de l’étatisme feraient disparaître toute trace de liberté par l’établissement d’une censure permanente des écrits, des actes et des pensées.

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L’histoire de la politique en France depuis trente ans est celle des conquêtes du socialisme étatiste. A défaut du nombre, il avait l’audace et le nombre cède toujours à l’audace. Ses surenchères démagogiques et ses menaces conduisirent le pays à l’extrême bord de l’abîme où, sans la guerre, il eût probablement sombré.

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Les résultats si différents obtenus par l’étatisme en France et en Allemagne contribuent à montrer non seulement que les effets des institutions dépendent de la mentalité des peuples qui les adoptent, mais encore que les mêmes mots peuvent désigner, d’un pays à l’autre, des choses bien différentes.

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L’étatisme allemand est une institution surtout militaire. Sortant peu de son domaine, il laisse aux industriels leur liberté d’action. L’étatisme latin, au contraire, prétend tout gérer et tout diriger. Quand il n’absorbe pas les entreprises industrielles, il les traite en ennemies et les accable de règlements vexatoires paralysant leur essor.

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L’étatisme germanique est un facteur des immenses progrès économiques de l’Allemagne, alors que l’étatisme latin fut une des causes les plus sûres de notre décadence industrielle.

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Lorsqu’un État prétend tout diriger et tout absorber, il se trouve bientôt en présence d’intérêts collectifs inconciliables, qui limitent son action. Son impuissance se résout alors en anarchie.

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Dans les pays où l’étatisme latin domine, la gestion suprême des affaires semble dévolue à des ministres. En fait, elle appartient à une légion de commis irresponsables. Les ministres, peu écoutés, en raison de leur incompétence, de la faible durée de leurs fonctions et de l’indiscipline générale, n’exercent qu’une autorité illusoire.

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Tout individu travaillant à une œuvre collective au succès de laquelle il n’est pas intéressé fournit un faible rendement. De ce principe psychologique, si méconnu des socialistes, résulte que les entreprises gérées par l’État coûtent cher et rapportent peu.

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Une des forces de l’industrie américaine est de se passer des interventions de l’État. La faiblesse de la nôtre est due aux entraves étatistes. Si nos conceptions ne changent pas, notre industrie succombera sous le poids des lois et des règlements.

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Quand les citoyens ne peuvent pas s’entendre pour gérer leurs affaires, il faut bien que la lourde et coûteuse machine de l’État intervienne.

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Les administrations de l’État et celles de l’industrie privée présentent cette distinction fondamentale que les premières s’occupent beaucoup plus de la forme que du fond, alors que les secondes dédaignent la forme et ne s’attachent qu’aux réalités utiles.

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Le mépris des lois économiques, l’incohérence des taxations et des réquisitions pendant la guerre, la paralysie de toutes les initiatives par des bureaux tyranniques et incompétents, peuvent faire pressentir dans quelle anarchie tomberait un pays asservi définitivement au régime du socialisme étatiste.

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Les renchérissements consécutifs aux taxations pendant la guerre ne firent que confirmer d’anciennes expériences. La Convention avait déjà dû reconnaître que rien ne peut remplacer l’initiative privée, la liberté du travail et le jeu mutuel des échanges.

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Décourager la culture du blé par des taxations forçant l’agriculteur à vendre sa récolte au-dessous du prix de revient et par conséquent à cesser cette culture, puis tâcher de la ranimer par des subventions soumises à l’arbitraire administratif, constituent deux exemples mémorables de la pernicieuse influence des interventions étatistes.

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Si, après la guerre, les initiatives industrielles, agricoles et commerciales sont paralysées par des règlements vexatoires résultant d’interventions étatistes, la décadence des peuples soumis à ce régime est certaine. Il n’y a pas de progrès sans les initiatives individuelles et ces initiatives sont impossibles dès que l’État prétend diriger l’organisme compliqué de l’industrie et du commerce.

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Le socialisme pacifiste, qui avait tant contribué à nos premières défaites par l’insuffisante préparation due à la diffusion de ses doctrines, a repris l’influence perdue au début de la guerre pour deux motifs: 1º le développement universel, par suite des nécessités de la guerre, d’une autocratie étatiste très voisine du joug rêvé par les socialistes; 2º l’affirmation, impressionnante sur l’imagination populaire, que l’on pourrait obtenir la paix au moyen d’un congrès international socialiste.

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L’étatisme latin est une forme inférieure de gouvernement, ayant eu son utilité comme jadis le régime féodal, mais qui n’en a plus aujourd’hui. En se prolongeant il aurait pour terme ultime l’égalité dans la servitude, puis la décadence.

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La théorie allemande de l’État souverain absolu n’acceptant d’autre loi que sa volonté implique nécessairement la prépondérance de la force sur le droit. C’est pour justifier cette prédominance que les philosophes allemands ont été amenés, après avoir divinisé l’État, à identifier le droit et la force, et à considérer la douceur et l’humanité comme des marques d’impuissance.

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La conception allemande de l’État ne pouvant être lié par aucun traité est plus asiatique que romaine, plus ancienne que moderne. Elle constitue une véritable régression contre laquelle le monde entier s’est dressé.

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En faisant de l’État une divinité souveraine, Hegel et ses successeurs formulèrent simplement en termes philosophiques la conception militaire de tous les rois de Prusse.

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L’étatisme et le socialisme sont si voisins qu’en Allemagne la majorité des socialistes constitue un parti gouvernemental.

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Il est incontestable qu’en quelques années l’Allemagne avait réussi à se placer à la tête de l’industrie. Mais on se tromperait fort en attribuant son succès à des influences étatistes. Une éducation technique supérieure, une discipline sévère, la solidarité des diverses industries, l’intervention de hautes individualités capables de diriger, les grandes entreprises et surtout la possession de riches mines de houille furent les causes des progrès réalisés en vingt-cinq ans.

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Précieuse pour coordonner l’effort d’esprits médiocres, l’organisation étatiste de l’Allemagne ne saurait favoriser les recherches importantes, œuvre exclusive des élites. En perdant son individualisme l’Allemagne a perdu ses grands savants, ses grands écrivains, ses grands penseurs.

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L’étatisme peut être momentanément une cause de progrès pour les peuples faibles, mais, inévitablement, il engendre la décadence. Quand l’État seul pense et agit à la place des citoyens, ils deviennent incapables de penser et d’agir. Les supériorités individuelles se noient dans une médiocrité universelle, puis disparaissent.

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Les partisans irréductibles de l’étatisme deviendront fort dangereux après la guerre. Ayant vu l’autocratie étatiste imposée à tous les peuples pendant le conflit, ils en concluent à son utilité pendant la paix. De toute évidence, pourtant, un régime adapté à une situation anormale n’a de valeur que pour cette situation.

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Si l’étatisme militaire créé par la guerre se continuait pendant la paix on peut se demander dans quelles limites seraient tolérées l’indépendance de pensée et la liberté individuelle. De la solution donnée à ce problème l’avenir de la civilisation dépend.

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L’individualisme moderne a vu se dresser contre lui deux ennemis redoutables: le socialisme et le germanisme. Si l’humanité finit par préférer l’asservissement collectif à la liberté elle entrera dans un âge de définitive régression.

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Déterminer les limites respectives de l’individualisme et de l’étatisme sera un des plus difficiles problèmes de l’avenir.

CHAPITRE III

La religion socialiste.

Le rôle des croyances n’est pas moins important aujourd’hui que dans le passé. Beaucoup d’hommes se croient dégagés de toute religion, mais l’esprit mystique les domine toujours. La foi socialiste est une des manifestations de cet esprit au même titre que le bouddhisme et l’islamisme.

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Les adeptes de sectes politiques diverses: nihilistes, francs-maçons, socialistes, etc., sont des êtres religieux ayant perdu d’anciennes croyances, mais ne pouvant se passer d’une foi pour orienter leurs pensées.

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En enseignant la fraternité universelle et la déchéance de l’homme, le christianisme a détruit chez les Romains l’idée de patrie et anéanti la civilisation antique. Le triomphe de l’idéal socialiste désagrégerait aussi le culte de la patrie et, par la lutte des classes, il engendrerait des guerres civiles conduisant chaque patrie à se détruire elle-même.

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Les croyances à forme religieuse comme le socialisme sont inébranlables parce que les arguments restent sans prise sur une conviction mystique. Le fidèle croit et ne raisonne pas.

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Tous les dogmes, les dogmes politiques surtout, s’imposent généralement par les espérances qu’ils font naître et non par les raisonnements qu’ils invoquent.

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Guidés seulement par la raison les pacifistes avaient de justes motifs pour déclarer la guerre impossible. Ils oubliaient seulement que les peuples sont orientés par des forces sur lesquelles la raison est sans prise.

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Les historiens ne constateront pas sans étonnement que le catéchisme socialiste allemand n’exerça ses ravages chez les ouvriers français et les politiciens qui les suivent qu’après avoir été pratiquement abandonné en Allemagne.

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Malgré leurs divergences de principes, le socialisme collectiviste et le militarisme conduisent exactement au même résultat: la servitude.

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Plusieurs penseurs ont soutenu que le triomphe du socialisme pouvait amener un retour complet à la barbarie. L’expérience de la Russie montre du moins qu’un peuple subjugué par la foi socialiste tombe vite dans un état d’anarchie qui le rend victime de voisins peu soucieux d’adopter une foi génératrice de pareilles conséquences.

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Il n’existe qu’une parenté illusoire entre le socialisme latin et celui des Américains et des Allemands. Préoccupés surtout de la production des richesses, ces derniers l’ont favorisée, sachant bien que l’ouvrier en profite toujours. Préoccupés uniquement de la répartition des richesses, les socialistes français et leurs législateurs n’ont au contraire cessé, en poursuivant le capital, de le détourner des entreprises nationales et de l’obliger à se porter sur les placements étrangers. Ils ont ainsi accentué notre décadence économique.

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La guerre de classes, adoptée par les socialistes français après avoir été délaissée par leurs confrères allemands, serait plus meurtrière et plus coûteuse encore que les guerres entre peuples. Ces dernières ne créent, en effet, que des ruines provisoires, alors que la première engendrerait une ruine définitive.

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L’homme ne donne tout son rendement que s’il est directement intéressé au succès de l’œuvre entreprise. De ce principe psychologique résulte que l’ouvrier ne touchant pas un salaire proportionnel à ses efforts pour la prospérité de son usine, et l’employé de l’État travaillant à prix fixe, fourniront toujours un rendement médiocre.

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Si le socialisme consistait simplement à vouloir l’amélioration du sort des multitudes, tout le monde serait socialiste, mais les deux points fondamentaux de la doctrine: la lutte des classes et la suppression du capital, entraîneraient la désagrégation des sociétés et leur ruine.

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Jamais le rôle du capital ne s’est révélé aussi important que pendant la guerre mondiale. Non seulement la puissance d’expansion économique d’un pays, mais surtout sa force défensive et par conséquent son indépendance, résultent de sa richesse. Il importe donc de ne plus entraver son développement comme ne cessent de le faire les législateurs dominés par les influences socialistes.

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Les pays où les socialistes auront le pouvoir, non de détruire le capital, ce qui est impossible, mais de le faire émigrer, sont voués à une rapide décadence.

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Le rôle du capital, prépondérant dans la guerre actuelle, le sera plus encore dans les guerres futures. L’obus du canon de 75 coûte 60 francs, celui du 305, 2 500 francs. Pour détruire un canon ennemi à 4 kilomètres il faut tirer plus de 1 000 projectiles du 155 court. La destruction d’un canon ennemi valant 10 000 francs, coûte plus de 300 000 francs avec le 155 et énormément plus avec des calibres supérieurs. Les spécialistes auteurs de ces calculs ont évalué à 25 milliards les dépenses de l’artillerie depuis le commencement de la guerre.

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Un pays sans capital est un pays sans défense.

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La prodigieuse persistance des illusions socialistes se trouve bien marquée dans les lignes suivantes d’un savant écrivain. «La dure épreuve imposée depuis trois années au monde n’a rien appris aux socialistes. Ils tournent obstinément autour des mêmes formules, par lesquelles ils s’appliquaient jadis à créer les plus dangereuses illusions. Tout ce qu’ils voient dans cette guerre c’est la possibilité d’en tirer argument en faveur de cette lutte des classes sociales qui constitue le fond de leur doctrine.»

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Les nations peuvent-elles prospérer sans concurrences intérieures et extérieures? Les socialistes résolvent facilement ce problème, mais l’expérience ne l’a pas résolu encore.

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Vivant dans les théories abstraites indépendantes des lois économiques, les socialistes peuvent promettre aux foules les paradis dont elles sont avides. Limités par des nécessités économiques inflexibles, les adversaires du socialisme ne sauraient faire les mêmes promesses et posséder par conséquent le même prestige.

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