Part 12
La Géorgie fournit également, depuis plusieurs années, une sorte de graine à gros cocons blancs ou jaunes, mais de qualité fort inférieure.
Dans le but d’éviter un insuccès complet, les éducateurs du vilayet de Hudavendighiar élèvent presque généralement de toutes ces diverses races à la fois, et malheureusement en quantités plus grandes que ne peut de beaucoup contenir le local en cas de marche ordinaire.
Outre les graves inconvénients qui résultent de ce dernier procédé à plusieurs points de vue techniques, il entraîne un emploi de semence qui représente, sans exagération, le décuple de la quantité nécessaire dans l’état normal des choses.
Pour ce qui est de la qualité de la grège produite à Brousse, la presque disparition des races indigènes a été fort préjudiciable. Depuis que les cocons japonais prennent une si grande part dans la fabrication de la soie de Brousse, la qualité de celle-ci a subi une dépréciation très sensible et elle ne jouit plus aujourd’hui des privilèges qui lui étaient acquis, il y a une quinzaine d’années, sur les marchés de consommation en Europe.
Les industriels du pays, les plus directement intéressés dans la question, semblent avoir compris que ce mouvement rétrograde du mérite de leur produit ne s’arrêtera point là; livrés à leurs propres ressources, ils se trouvent dans l’impossibilité de prendre la moindre initiative de nature à remédier à l’état actuel des choses.
D’autre part, la crise permanente à laquelle le commerce de la soie est sujet depuis plusieurs années et qui maintient la grège aux plus bas prix où elle ait été, est une autre source de découragement pour les industriels de ce pays, qui se trouvent aujourd’hui plus démoralisés que les éducateurs eux-mêmes.
Dans ces conditions, on conçoit facilement que les quelques tentatives faites pour introduire à Brousse de la graine saine confectionnée en France d’après le système Pasteur, soient restées sans effet, malgré les grands avantages pouvant découler de cette importation dans l’état présent de la sériciculture locale.
Diverses maisons françaises s’occupant de grainages d’après le système Pasteur, les premières arrivées dans cette partie de l’Asie-Mineure, doivent leur insuccès aux considérations qui précèdent.
Un sériciculteur expérimenté et connaissant la situation véritable du pays est parvenu à faire adopter les graines Pasteur dans quelques régions séricicoles du vilayet, en commençant par les distribuer à produit au lieu de chercher à les vendre contre espèces.
Une maison de Constantinople vient également de distribuer, à peu près dans les mêmes conditions, aux environs de Brousse une petite quantité (50 kilos environ) de la graine faite en France d’après le même procédé.
Ces essais ont donné les meilleurs résultats possibles comme production; malheureusement, vu l’étendue séricicole de la province, ils ont été faits sur une trop petite échelle, et c’est à peine si quelques contrées environnant le chef-lieu du vilayet--mises à même de reconnaître la supériorité de ces graines--commencent à les employer de préférence à toute autre semence. Dans l’intérieur du pays, c’est-à-dire dans les régions essentiellement séricicoles, on ignore encore complètement la découverte de M. Pasteur.
La généralisation de l’emploi des graines Pasteur dans la province de Hudavendighiar ne serait certainement pas sans profit pour les spécialistes français qui chercheraient à l’entreprendre. Toutefois il faudrait, pour qu’une semblable spéculation pût réussir, se contenter pour une période de deux années au moins,--et c’est là une condition _sine qua non_,--de distribuer la graine aux paysans _à produit_. Le système introduit de la sorte nécessiterait sans doute quelques sacrifices au début, mais il donnerait infailliblement de beaux résultats une fois adopté d’une façon générale, ce qui ne peut être mis en doute, étant donnée l’efficacité aujourd’hui bien établie du système Pasteur.
IV
LA RÉCOLTE SÉRICICOLE DE 1880-81
Voici quelques chiffres officiels sur les résultats de la campagne séricicole de 1880-81.
Cocons et Soies
Cocons à l’état _frais_ vendus sur le marché de Brousse durant les mois de juin-juillet 1880.
QUALITÉS OCQUES KILOGRAMMES
Japonais 269,120 345,000 Indigènes 41,606 53,333 Bagdads 52,408 67,190 Bouharas 21,322 27,335 ------- ------- 384,456 492,858
Pour la clarté des opérations qui vont suivre, il est indispensable de convertir cette quantité de cocons à l’état _frais_, en cocons _secs_.
Or, 384,456 ocques ou 492,858 kilogrammes de cocons frais, représentent approximativement:
Ocques: 116,500, ou kilos: 149,350 de cocons à l’état sec.
Cocons à l’état _sec_ vendus sur le marché de Brousse, depuis le mois d’août 1880 jusqu’à la fin de mai 1881.
QUALITÉS OCQUES KILOGRAMMES
Japonais 81,634 104,659 Indigènes 12,618 16,177 Bagdads 14,308 18,343 Bouharas 8,059 10,333 ------- ------- 116,619 149,512
Il a été importé, en 1880-81, des contrées environnant Brousse ou d’autres régions séricicoles une quantité de 104,659 ocques ou 134,178 kilogrammes de cocons à l’état sec de diverses races, parmi lesquelles les japonais dominaient dans les proportions ci-dessus.
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Récapitulation:
Cocons vendus à Brousse à l’état frais. 116,500 ocq. ou 149,350 k. -- -- -- sec. 116,619 149,512 Cocons à l’état sec provenant des environs 104,639 134,178 ------- ------- Total général: 337,778 ocques 433,040 k.
Il y a dans le vilayet de Hudavendighiar deux marchés importants où s’approvisionnent généralement les filateurs de soie de la province: Brousse et Bilédjik.
La quantité ci-dessus représente le produit des contrées environnant Brousse et qui alimentent les filatures de cette ville.
Quant aux produits des régions qui fournissent Bilédjik, nous en ferons mention sommairement aussi afin de faire ressortir l’ensemble de la production du vilayet.
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_Place de Brousse._--La quantité de 433,040 kilogrammes de cocons secs, total général de la récapitulation précédente, formant l’approvisionnement des filateurs de Brousse, a été convertie en soie dans les diverses filatures de cette ville (45 fabriques à la française, 2,100 tours environ), du mois de juin 1880 au mois de mai 1881. Elle a produit 928 balles de soies grèges, de premier ordre, filées en grande partie dans les titres fins, sur lesquels la demande a spécialement porté l’année dernière. Ces 928 balles, qui pèsent de 80 à 100 kilos chacune, représentent environ 83,520 kilogrammes de soies.
Cette quantité de grèges calculée, dans l’ensemble (comme en 1855 et 1864), sur la base de 62 fr. 80 le kilogramme, bien que ce prix soit le cours le plus élevé de la campagne de 1880-81, représente une somme de 5,245,000 francs, qui est la valeur approximative des soies produites à Brousse en 1880-81.
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_Place de Bilédjik._--Si l’on se reporte à la moyenne de la production des dix dernières années, on constate que cette place fournit ordinairement la moitié de la quantité de grèges fabriquées à Brousse. Les qualités et partant le rendement des cocons qui se consomment à Bilédjik sont identiquement les mêmes que ceux de la matière première employée ici. Les races japonaises s’y trouvent peut-être en plus grande proportion. L’élevage des vers s’y fait du reste de la même manière, et le résultat de chaque campagne--comme plus ou moins de réussite--concorde généralement avec celui de Brousse. La campagne de 1880-81 ne s’est guère écartée de cette règle, puisque les fabriques réunies de Bilédjik, Kuplu, Seughud et Lefké (1,100 tours environ, système français) ont fourni près de 400 balles de grèges formant ensemble 36,000 kilogrammes; ce qui représente à peu près le 43 % de la production obtenue dans les autres régions séricicoles du vilayet.
Les 400 balles ou 36,000 kilogrammes de soies fabriquées à Bilédjik et ses dépendances, estimées également au même cours de 62 fr. 80 le kilogramme (ces grèges sont aussi dénommées _soies_ de Brousse sur les marchés européens), forment un montant de 2,260,000 francs, comme valeur approximative de la production soyeuse en 1880-81 dans les contrées séricicoles environnant Brousse.
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Ce chiffre ajouté à celui ci-dessus de 5,245,000 francs donne un total de 7,505,000 francs, ce qui représente--au cours nominal de 62 francs 80 c. le kilogramme de grège--la valeur approximative des soies produites dans toute la province, durant la campagne séricicole de 1880-81.
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Ces soies,--à l’exception de quelques balles dirigées sur Marseille,--ont été expédiées ou consignées sur le marché de Lyon.
En 1870-71, pendant la guerre franco-allemande, Londres et Nottingham avaient reçu à peu près 30 % de la production soyeuse du vilayet. Après 1871, ce chiffre avait baissé presque immédiatement à 10 %, puis à 5 %, puis à 1 %. Pendant la campagne 1880-81 rien n’a été exporté de Brousse pour les marchés anglais.
Déchets de soie provenant de toutes les contrées séricicoles du vilayet.
Ce qui relève dans une faible mesure l’infériorité du chiffre total ci-dessus, comme valeur de la production actuelle en comparaison du chiffre auquel s’élevait le montant des produits soyeux du pays, il y a seize années, ce sont les _déchets de soie_, dont la valeur et la quantité ont augmenté d’une manière très sensible durant ces derniers temps, pendant que l’article principal, la grège, éprouvait, dans la même période, une réaction contraire.
Ainsi, tels débris de soie ou de cocons dont on ne tirait aucun parti avant 1865, offrent aujourd’hui une ressource importante aux fabricants ou négociants du pays. Parmi ces débris, il y en a qui servaient d’engrais, il n’y a pas encore longtemps, aux jardins mûriers qui entourent les villes ou les villages où sont installées des filatures. On supportait même quelques frais pour débarrasser les fabriques de certains déchets très inférieurs à cause de leur exhalaison fétide. Ces mêmes déchets font en ce moment l’objet d’un commerce très actif entre Brousse et Marseille.
L’augmentation des déchets de soie, dans la proportion actuellement existante, est la preuve la plus manifeste que l’on puisse donner à l’appui de la décadence des races de cocons dans ce pays. Car il est avéré que lorsque les cocons produits sont _sains_, c’est-à-dire de qualité supérieure, la plus grande partie de la matière soyeuse dont ils se composent pouvant être convertie en soie, _il y a peu de déchets_; tandis que les années où les cocons obtenus sont de qualité inférieure, soit que l’éducation des vers ait été par trop contrariée à la suite d’intempéries pendant la période délicate de l’élevage, soit que la quantité générale de la graine mise à l’éclosion ait été infectée à un degré plus ou moins grand, ce qui est ici l’effet du hasard, la quantité des déchets produits accuse immédiatement une augmentation très sensible.
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Voici le relevé approximatif des déchets de soie qui ont été exportés, durant la campagne 1880-81, pour le marché de Marseille presque exclusivement:
Qualités Quantités en kil. Valeur en fr. Frison blanc, vert et jaune 36,000 432,000 Doupion fin et ferme 5,000 80,000 Bourre de soie 3,000 30,000 Cocons percés mélangés 75,000 337,500 Chiques, piqués, ratis et rouillés 37,500 150,000 Cocons doubles (par exception) 5,000 20,000 Frisonnets crus et cuits 30,000 45,000 Bassinets et crapauds 300,000 450,000 ------- --------- 491,500 1,544,500
En comparaison des cours actuels de la soie, la valeur de ces diverses qualités de déchet se trouve disproportionnellement élevée. Ainsi l’article frison étant coté 22 francs le kilogramme au moment où la grège de Brousse valait 145 francs le kilogramme, en 1868, ne devrait valoir que 9 francs 60 le kilogramme, du moment que le coût de la soie est réduit à 63 francs. On paye les frisons 12 et même 13 francs. Cette disproportion qui existe, dans des limites plus accentuées, sur presque tous les autres déchets, explique la valeur acquise par certains débris de soie dont on ne se préoccupait pas avant cet état de choses.
Le commerce de la soie se fait à Brousse sur _ocque_ qui représente 1225 grammes, et par _livre turque_, qui équivaut en moyenne à 23 francs. Le cours de change de cette monnaie dont le marché régulateur est Constantinople, varie de 22 fr. 80 à 23 fr. 70, ce dont il faut tenir compte dans le coût des achats.
Le commerce des cocons et des déchets de soie se fait aussi sur _ocques_, mais par _piastres_. Actuellement 108 piastres valent une livre turque. Ce taux varie également suivant la prime que l’or acquiert sur les diverses espèces de monnaie argent ou cuivre du pays.
Le gouvernement turc perçoit, à la vente des cocons sur les divers marchés du vilayet, un droit de 10 et demi % que le producteur supporte comme dîme.
Ce droit est perçu par l’administration des six contributions indirectes dont les revenus sont concédés à un groupe de banquiers de Constantinople.
La soie provenant des cocons qui ont acquitté la dîme de 10 et demi %, paye au moment de l’exportation à l’étranger un droit fixe de 1 % que l’administration des douanes encaisse en évaluant la soie grège au prix invariable de 217 1/2 piastres l’ocque (39 francs le kilog.). Les cocons exportés à l’état brut payent, outre la dîme, le même droit fixe de 1 % sur la base d’estimation de 74 1/2 piastres l’ocque (13 fr. 35 le kilog.).--Les déchets exportés sont taxés _ad valorem_.
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En réunissant le dernier chiffre ci-dessus de 1,544,500 francs, représentant la valeur des déchets de soie, avec celui de 7,505,000 francs montant des grèges, la valeur approximative des produits soyeux du vilayet de Hudavendighiar exportés pour la France durant la campagne 1880-81 atteint le total général de 9,049,500 francs.
Cette somme, qu’il faut considérer comme le produit des récoltes moyennes que la province a eues depuis 1864, n’arrive même pas au total obtenu cette année-là, lequel était de 12,076,400 francs contre 28,178,400 francs en 1855.
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Il n’est pas superflu de faire ressortir ici qu’en vue d’établir une comparaison, aussi précise que possible, entre les résultats de ces diverses périodes séricicoles, c’est le prix fixe de 62 fr. 80 par kilog. de soie grège qui a uniformément servi de base d’estimation aux produits de 1855, 1864 et 1880. Or, comme, dans ce laps de temps de vingt-cinq années, la soie écrue a passé par tous les prix, depuis 50 jusqu’à 145 francs le kilog., les valeurs énumérées ci-dessus ont pu, selon les fluctuations du cours de la grège, doubler en faveur de certaines campagnes séricicoles, ou subir une diminution au désavantage de certaines autres années; mais il reste bien établi que la moins-value constatée dans les résultats depuis 1855 n’a jamais cessé d’exister dans les mêmes proportions que celles indiquées ci-dessus, puisque cette moins-value repose sur la diminution matérielle des récoltes[9].
[9] Rapport à de M. Grégoire Bay. Ce rapport, en raison de la compétence spéciale de son auteur, est le plus complet qui ait encore été adressé au département des affaires étrangères sur l’industrie de la soie à Brousse.
V
AVANTAGES QUE PRÉSENTERAIT LA CRÉATION D’UNE CONDITION DES SOIES A BROUSSE
Il arrive très fréquemment que des contestations surgissent entre certains fabricants de soie et les maisons avec lesquelles ils sont en relations commerciales à Londres, Nottingham, Lyon, Marseille, Paris.
Ces contestations sont assez généralement motivées par un déficit de poids qu’accusent les balles expédiées en France et en Angleterre.
Ce déficit doit-il être attribué ou à l’humidité de la soie à son départ de Brousse, ou à une soustraction qui aurait été opérée pendant le trajet, ou à toute autre cause, c’est ce qu’il est assez difficile et délicat de déterminer exactement.
Quoi qu’il en soit, il n’en est pas moins certain que malheureusement les contestations entre vendeurs et acheteurs sont fréquentes.
Il conviendrait donc, dans l’intérêt général du commerce français avec Brousse et le vilayet de Hudavendighiar:
1º Ou d’instituer à Brousse une _Condition publique des soies_ placée sous le patronage exclusif du gouvernement français et dont on obtiendrait le privilège par firman impérial, ce à quoi la France peut et doit prétendre étant presque exclusivement intéressée dans ce commerce;
2º Ou d’établir un système mettant à même le Vice-Consulat de France à Brousse de délivrer aux expéditeurs des certificats spéciaux d’expédition pouvant avoir pleine créance sur les places françaises.
Dans les deux cas la question paraît devoir être résolue. Il s’agit donc d’appliquer le mode qui conviendrait le mieux.
La première initiative créerait en Asie un établissement _essentiellement français_. C’est là un point de vue de la question qu’il ne faut pas dédaigner si l’on tient compte des progrès commerciaux incessants que les Anglais et les Américains font en Asie-Mineure, progrès commerciaux habilement dissimulés sous couleur de propagande religieuse.
Il serait même très intéressant à ce sujet d’établir un parallèle entre les résultats pratiques que la France recueille actuellement de sa longue tradition de protection des intérêts chrétiens en Levant et les résultats déjà obtenus par les missions protestantes anglaises et américaines, missions peu anciennes d’ailleurs. On verrait ceci; c’est que les missions étrangères ne se servent, en Orient, des intérêts religieux que pour ouvrir des débouchés au commerce de leurs pays, et que la protection séculaire des intérêts chrétiens en Levant, si elle ne ferme pas précisément à la France des débouchés commerciaux, n’est pas employée à lui en créer de nouveaux.
Pour en revenir à la question principale, nous répétons que si une Condition publique des soies était créée à Brousse elle aurait tout d’abord l’avantage d’être un établissement essentiellement français. Elle aurait également un autre avantage. Elle pourrait chercher à propager à Brousse les graines de vers à soie de reproduction française et fournirait aux Chambres de commerce françaises des données techniques sinon statistiques sur les récoltes soyeuses du pays.
Cet établissement subsisterait par les taxes de conditionnement des mille balles de soie produites annuellement par les deux villes de Brousse et de Bilédjik, balles qui toutes auraient incontestablement avantage à passer par la condition des soies.
On établirait un tarif _ad hoc_ et naturellement plus élevé que les tarifs de conditionnement en France. L’intérêt que les négociants d’Asie trouveraient à faire conditionner leur soie avant l’expédition est un sûr garant de la faveur qui accueillerait l’établissement que nous préconisons.
Si la seconde initiative seule était adoptée, les certificats spéciaux d’expédition que délivrerait le Vice-Consulat pourraient être basés, ou sur une attestation émanant de l’administration des contributions indirectes du pays, constatant que telle balle contient tant d’ocques, tant de flottes, ou sur la vérification officielle faite au consulat même sur des bascules de précision.
L’une ou l’autre de ces institutions serait bien vue par les industriels de Brousse. Tous, croyons-nous, souscriraient à l’idée de l’établissement par la France d’une Condition publique des soies.
Si l’intérêt du Trésor doit entrer ici en ligne de compte il faut observer que si l’une de ces idées était adoptée les recettes du Vice-Consulat au lieu de se tenir dans une moyenne annuelle de cinq à six cents francs s’élèveraient immédiatement à douze ou quinze mille francs au minimum[10].
[10] Rapport de M. E. Dutemple, vice-consul de France à Brousse, décembre 1880.
CHAPITRE III
LES TAPIS DE SMYRNE
Procédés de fabrication.--Les maisons de Ouchak.--Les prix moyens.--Le commerce général.--Les dessins.--Les tapis de Gheurdès et de Koula.
I
PROCÉDÉS DE FABRICATION
Les tapis turcs, connus sous le nom de tapis de Smyrne, se fabriquent dans toute l’Anatolie, mais principalement dans trois villes: Ouchak, Gheurdès et Koula, qui donnent chacune à leurs produits un cachet particulier.
C’est à Ouchak surtout que se fabriquent les tapis à haute laine. Les femmes turques s’en occupent presque seules. Il n’a été permis que depuis quelques années aux femmes grecques de tisser des tapis à haute laine; par contre, les femmes grecques fabriquent exclusivement cet autre produit à double face, appelé dans le pays Kilim grec.
Les procédés de fabrication sont simples et faciles: un grand châssis posé verticalement porte dans le haut un cylindre en bois sur lequel on passe la chaîne, qui est tendue par une traverse également en bois. A la partie inférieure de ce châssis, un autre cylindre reçoit le tapis à mesure qu’il est exécuté.
Les ouvrières sont assises devant le cadre qui porte la chaîne. Pour composer le dessin elles prennent les fils de laine teinte et préparés d’avance et les nouent à la chaîne par des nœuds coulants. Elles passent ensuite la trame à la main, serrent les nœuds avec un grand peigne de bois et enfin nivellent la partie tissée avec des ciseaux. Tout ce travail est exécuté avec une dextérité et une précision incroyables.
D’ordinaire, chaque ouvrière n’exécute que la partie du dessin qui lui est assignée. Aussi connaît-elle de mémoire le nombre des fils qu’elle doit employer et n’est-elle jamais indécise pour composer une nuance. Mais quand il s’agit d’exécuter un nouveau dessin, on choisit l’ouvrière la plus experte, pour composer sur le croquis qui lui est soumis un modèle qu’elle livre ensuite aux autres femmes qui doivent tisser le tapis. Ces dernières se servent de l’envers du modèle pour en compter les points et confectionner la pièce voulue. Avec cette méthode de fabrication, le tapis ne présente aux regards que les têtes des laines égalisées, sans laisser voir ni la chaîne ni la trame. La durée de pareils tapis est indéfinie.
On compte à Ouchak 2,000 métiers, dont 600 environ sont en activité toute l’année.
La fabrication occupe en moyenne 4,000 ouvrières et ouvriers, soit 3,000 femmes et 500 jeunes filles pour le tissage, et 500 hommes pour le lavage des laines et la teinture.
Le salaire des ouvrières est de 4 fr. à 4 fr. 80 cent. par semaine.
Chaque femme tisse par jour, en moyenne, de 20 à 25 centimètres de longueur, sur 68 centimètres de large.
Pour l’exécution d’un tapis d’environ 4 mètres de large, on emploie ordinairement six femmes, qui travaillent à 68 centimètres environ les unes des autres.
II
MAISONS DE OUCHAK.--PRIX MOYENS.--LE COMMERCE GÉNÉRAL.--LES DESSINS
Ouchak est habité principalement par des Turcs commissionnaires qui achètent en petite quantité les tapis offerts à la vente ou fabriqués sur leurs ordres et exportés directement par eux à Smyrne moyennant une commission à leurs correspondants. Ces derniers à leur tour les adressent partie en France, partie en Angleterre.