Éloge du sein des femmes Ouvrage curieux
Chapter 2
La pièce suivante prouve que la gorge des mortelles est digne de plus d'amour et d'admiration que celle des déesses même, et que ces dernières en conviennent, ce qui est plus extraordinaire encore:
Au temps de l'aimable saison, Iris rêvant dans la prairie, S'endormit sur un mol gazon Tapissé d'une herbe fleurie. Zéphire, charmé de son teint, Qui d'un vif incarnat se peint, Vint d'abord faire le folâtre, Autour de sa gorge d'albâtre. Jalouse d'un transport si doux, Flore gronda son infidelle, Et lui dit, pleine de courroux: Me préférer une mortelle! Zéphire qui se sentoit fort, Reparti: Voyez cette belle! Flore jeta les yeux sur elle, Et convint qu'il n'avait pas tort.
Il n'est donc plus étonnant qu'en traduisant l'inimitable Anacréon, un de nos poëtes français ait dit:
Que ne suis-je la fleur nouvelle Qu'au matin Climène choisit, Qui sur le sein de cette belle Passe le seul jour qu'elle vit!
Le _Poëte sans fard_ a trouvé fort bon ce souhait, et l'a développé de cette manière:
Hélas! trop cruelle Silvie, Permettez au moins que j'envie Le beau sort de certaines fleurs Dont vous vous parez avec grâce, Et dont votre beau teint efface Toutes les plus vives couleurs. Oui: je voudrois être la rose Que vous placez sur votre sein. D'une telle métamorphose Quel est, direz-vous, le dessein? Le voici: par vos mains cueillie, Mon destin seroit des plus doux; Je n'aurois qu'un seul jour de vie, Mais je ne vivrois que pour vous.
Un poëte anacréontique du dix-neuvième siècle, non moins grand admirateur de cette belle portion des charmes du sexe qui fait tourner la tête au nôtre, exprime ainsi le même souhait, d'être changé en rose[2]:
AIR: _Je vais quitter ce que j'adore._
Vive, de la métempsycose Le système consolateur, Par lui mon esprit se repose Sur un avenir enchanteur. Que mon être se décompose, L'espoir m'offre un riant tableau: L'Amour, sous les traits d'une rose, Me promet un être nouveau.
AIR: _Une fille est un oiseau._
Oh! comme je jouirais De cette métamorphose! Sur le sein d'une autre Rose Comme je m'étalerais! Centuplant pour plaire à Rose, De mes doux parfums la dose, Avec plaisir je m'expose, A mourir sur ses attraits: Mourir!... oui; mais je suppose Que je puis d'une autre chose Prendre encor la forme après. (_bis_.)
[Note 2: Voy. _Le Bouquet de roses, ou le Chansonnier des Grâces_, première année, Favre, Palais-Égalité.]
Le plaisant et érotique Le Pays, dans la lettre suivante adressée à sa Caliste, souhaite aussi de mourir sur son sein:
«Quand je sortis hier de chez vous, j'en sortis avec une bonne résolution de m'aller tuer, afin d'avoir l'honneur de vous plaire une fois en ma vie, et de vous défaire pour jamais d'une personne incommode; mais jusques ici je n'ai pas exécuté mon dessein, à cause de l'embarras où je me suis trouvé à choisir un genre de mort. J'eus d'abord envie d'imiter feu Céladon, d'amoureuse mémoire, et de m'aller précipiter dans la rivière; mais j'eus peur que l'eau ne me rejetât sur les bords, aussi bien que lui, et que je ne fusse recueilli par quelques nymphes pitoyables qui, malgré moi, me sauvassent la vie. Il me prit aussi fantaisie de m'aller pendre à votre porte, à l'imitation du pendart Iphis; mais je m'imaginai que ce seroit vous déshonorer que de faire un gibet de votre porte; outre que c'est un genre de mort pour lequel j'ai eu de l'aversion dès le temps que j'étois petit enfant. Je pensai aussi à m'empoisonner, mais je crus que du poison ne seroit pas capable de m'ôter la vie, non plus qu'à Mithridate, à cause de la grande habitude que j'en ai faite. N'étant pas mort depuis si longtemps que je me nourris de crainte, de chagrin, d'inquiétude et de désespoir, qui sont les poisons du monde les plus violents, apparemment je ne pourrois pas mourir pour prendre de l'arsenic ou de l'antimoine. Je n'oubliai pas aussi qu'un poignard mis dans le sein étoit un bon expédient pour mourir: mais je crus que je ne devois pas choisir ce genre de mort qu'avoit choisi une femme qui mourut de regret d'avoir fait une chose que je meurs de regret de ne pouvoir faire. Mon désespoir est trop différent de celui de Lucrèce, pour ne pas mourir d'une mort différente. Enfin, Caliste, j'ai passé la nuit à chercher sans pouvoir trouver la mort dont je devois mourir. Au reste, ne croyez pas que ce soit la mort qui m'étonne, ce n'est que la manière de mourir qui m'inquiète: car, pour vous dire le vrai, après avoir vécu avec tant de chagrin, je voudrois bien mourir d'une mort qui me donnât un peu de plaisir. Je viens de penser à une qui seroit très-bien mon affaire: ce seroit, Caliste, de mourir entre vos bras, _pâmé sur votre sein_. Je sens bien en mon coeur que je n'ai pas d'horreur pour cette mort comme pour se noyer, s'empoisonner, se pendre ou se poignarder. Obligez-moi donc en me laissant mourir de cette sorte; car, puisqu'enfin vous voulez que je meure, que vous importe que ce soit de douleur ou de plaisir?»
Je serais tenté de croire qu'il y a, dans le charme attaché à une belle gorge, un talisman, de la magie et de l'enchantement; ce qui pourtant détruit cette idée, c'est le sonnet suivant, adressé à des belles qui demandaient un secret, un sortilége et des paroles magiques pour se faire aimer:
Pourquoi me demander la ruse criminelle Par quoi l'art des démons met les coeurs dans les fers? Vous, de qui la magie est blanche et naturelle, Et fait qu'à vos appas tant de voeux sont offerts. Par vos charmes vainqueurs l'esprit le plus rebelle Rend grâces à l'amour des maux qu'il a soufferts, La flamme de vos yeux est trop pure et trop belle Pour unir sa puissance à celle des enfers Ce beau sein qui fait naître et vos lis et vos roses Forme un enchantement de tant de belles choses, Que leur force invincible a droit de tout charmer Mais pour vous mieux servir de leur pouvoir extrême, Ajoutez seulement ces trois mots: _je vous aime_; Qui pourrait s'empêcher alors de vous aimer?
LES DEUX SAINTS.
AIR: _La Fête des bonnes gens._
Qu'en ce jour tout résonne, Des chants dictés par nos coeurs. Dérobons à l'automne Ce qui lui reste de fleurs; Pour les belles, qu'on apprête Des bouquets et des refrains; C'est aujourd'hui la fête, La fête de tous les saints.
Tous les saints, ah! Glycère, C'est beaucoup pour un seul jour; Toi, qui n'adore guère Que le plaisir et l'Amour, Deux patrons, c'est bien honnête; Comme toi, je me restreins. Et désormais je ne fête, Ne fête que tes deux saints.
Ces deux saints que je chante N'ont que des dehors flatteurs, Et chacun d'eux m'enchante Par de riantes couleurs. Leur parure se compose Du plus brillant des satins, Ce sont deux boutons de rose Qui couronnent tes deux saints.
Longtemps sans les connaître. Je ressentis leur pouvoir; Il t'en souvient peut-être, C'est toi qui me les fis voir. A ce spectacle sensible, Vers eux j'étendis les mains Non, non, il n'est pas possible De voir de plus jolis saints.
Quoiqu'ils soient, ma Glycère, Presqu'aussi durs qu'un rocher, Parfois à ma prière Ils se sont laissé toucher; Jaloux de les voir encore, Je donnerais, je le dis, Pour ces deux saints que j'adore, Tous les saints du Paradis.
FÉLIX.
CHAPITRE II.
DES BEAUX TÉTONS.
Avant de déterminer la forme et les qualités qui rendent une gorge parfaite, examinons en quoi consiste la beauté d'une femme. Il faut, dit-on, qu'elle réunisse les trente points suivants:
La jeunesse. Taille ni trop grande ni trop petite. N'être ni trop grasse ni trop maigre. La symétrie et la proportion de toutes les parties. De beaux cheveux longs et déliés. La peau délicate et polie. Blancheur vive et vermeille. Un front uni. Les tempes non enfoncées. Des sourcils comme deux lignes. L'oeil bleu, à fleur de tête; et le regard doux. Le nez un peu long. Des joues un peu arrondies, avec une petite fossette. Le rire gracieux. Deux lèvres de corail. Une petite bouche. Dents blanches et bien rangées. Le menton un peu rond et charnu, avec une fossette au bout. Les oreilles petites, vermeilles et bien jointes à la tête. Un cou d'ivoire. Un sein d'_albâtre_. _Deux boules de neige._ Une main blanche, longue et potelée. Les doigts terminés en pyramides. Des ongles de nacres, de perle, tournés en ovale. L'haleine douce. La voix agréable. Le geste libre et sans affectation. Le corsage délié. La démarche modeste.
On a dit qu'Hélène réunissait ces trente points. _Franciscus Corniger_ les a mis en dix-huit vers latins. Vincentio Calmeta les a aussi mis en vers italiens qui commencent par _Dolce Flaminia_.
Voici ceux de François Corniger:
MULIERIS PULCHRITUDO.
_Triginta hæc habeat, quæ vult formosa videri Foemina: sic Helenam fama fuisse refert. Alba tria, et totidem nigra; et tria rubra; puellæ. Tres habeat longas res, totidemque breves. Tres crassas, totidem graciles, tria stricta, tot ampla, Sint itidem huic formæ, sint quoque parva tria. Alba cutis, nivei dentes albique capilli: Nigri oculi, cunnus, nigra supercilia._ _Labra, genæ, atque ungues rubri. Sit corpore longo, Et longi crines, sit quoque longa manus. Sintque breves dentes; auris, pes. Pectora lata, Et clunes, distent ipsa supercilia. Cunnus et os strictam, stringunt ubi cingula stricta, Sint coxæ et culus, vulvaque turgidula. Subtiles digiti, crines et labra puellis. Parvus sit nasus, parva mamilla, caput._
En voici la traduction, que rapporte un vieux livre français intitulé: _De la louange et beauté des Dames_.
Trois choses blanches: la peau, les dents et les mains. Trois noires: les yeux, les sourcils et les paupières. Trois rouges: les lèvres, les joues et les ongles. Trois longues: le corps, les cheveux et les mains. Trois courtes: les dents, les oreilles et les pieds. Trois larges: la poitrine ou le sein, le front et l'entre-sourcil. Trois estroites: la bouche, _l'une et l'autre_, la ceinture ou la taille et l'entrée du pied. Trois grosses: le bras, la cuisse et le gros de la jambe. Trois déliées: les doigts, les cheveux et les lèvres. Trois petites: les tétins, le nez et la teste.
L'auteur du _Procès et amples examinations sur la vie de Carême-Prenant_, etc., dit qu'une belle femme se compose des beautés de divers pays.
Qui voudra belle femme querre (chercher), Prenne visage d'Angleterre, Ayant le corps d'une Flamande Et les tetins d'une Normande, Entés sur un cul de Paris, Il aura femme de bon prix.
* * * * *
Celle qui a les bras charnus, Grosse mammelle, nez camus, Longue raison et courtes mains, Elle est sujette au bas des reins.
* * * * *
Fille qui fait tetins paroir (paraître) Son corps par étroite vêture On se peut bien apercevoir Que son c.. demande pâture.
Les trois quatrains ci-dessus sont tirés du _Momus Redivivus_, t. II, p. 30 et 31, publié par Mercier de Compiègne, qui, lui-même, les a pris dans l'ouvrage cité plus haut.
BLASON DE LA BELLE FILLE.
Une dame d'excellente beauté En tous ses faits doit estre modérée, Avoir le coeur rempli de loyauté, Maintien rassis, contenance assurée; Bouche riant, mignonne, savourée, OEil verdelet, le front largettement, Clere de vis[3], de couleur proprement. Menton fourchu, la chevelure blonde. Humble regard à lever doucement, Parfaite en bien seroit la plus du monde.
Ferme tetin sur l'estomac planté, Large entre-deux, rencontre relevée Gorge plaisante, et le col long, santé, Le nez traitiz[4], sourcille déliée, Mollette main, blanche, bien alliée De doigts et bras gresle tant seulement, Gente de corps, taillée adroitement. Hauteur moyenne et de belle faconde, Gorriere[5] un peu, parler courtoyement, Parfaite en bien seroit la plus du monde.
Parmy les rains bien fournis à planté, Grosse cuisse et devant haut enc...ée, Motte à plein poing, sans être trop hantée, De doux accueil et de rebelle entrée, Le ventre épais, barbe de frais rasée, Tenir l'escu au besoing droitement, Et son bourdon serrer estroitement, Je ne m'enquiers du trop ou peu profonde, Le compagnon porter joyeusement Parfaite en bien seroit la plus du monde.
[Note 3: Visage.]
[Note 4: Bien fait, joli.]
[Note 5: Recherchée dans sa toilette.]
ENVOY.
Prince gentil, pour vostre esbatement Si vous trouvez un tel appointement Au petit pied, jambe grossette et ronde, Montez dessus et picquez hardiment, Parfaite en bien seroit le plus du monde.
PIERRE DANCRE
ÉPIGRAMME PAR LE SIEUR MOTIN.
Si les esprits sont amusez A joüer aux Champs Elisez, Quand ils veulent jouer aux quilles, Les boules sont tetins de filles. Il est bien vray qu'en cet esbat La boule les quilles abbat, Mais icy c'est une autre affaire, Car aux quilles vient le contraire, Puisqu'au lieu de les renverser Les tetins les font redresser.
CHANSON.
J'ayme une fille de village, De qui le gros sein pommelé Monstre qu'elle tient recelé Sous sa cotte un gros pucelage.
Aussi est-ce à elle qu'on baille De son village tout l'honneur, Capable d'allumer un coeur D'une autre flamme que de paille.
Le plus galant des troubadours français, le célèbre Marot, nous instruit particulièrement de la beauté des tétons dans l'épigramme suivante:
SUR LE BEAU TETIN.
Tetin refait, plus blanc qu'un oeuf, Tetin de satin blanc tout neuf, Tetin qui fait honte à la rose, Tetin plus beau que nulle chose, Tetin dur (non pas tetin, voire, Mais petite boule d'yvoire) Au milieu duquel est assise Une frèze, ou une cerise, Que nul ne void ne touche aussi; Mais je gage qu'il est ainsi, Tetin donc au petit bout rouge, Tetin qui jamais ne se bouge, Soit pour venir, soit pour aller, Soit pour courir, soit pour baller, Tetin gauche, tetin mignon, Tousjours loing de son compagnon, Tetin qui portes tesmoignage Du demeurant du personnage. Quand on te void il vient à maints Une envie dedans les mains De te taster, de te tenir: Mais il se faut bien contenir D'en approcher, bon gré ma vie, Car il viendroit une autre envie.
O tetin ne grand, ne petit, Tetin meur, tetin d'appétit, Tetin qui nuict et jour criez, Mariez moy tost mariez. Tetin qui t'enfles et repousses Ton gorgias de deux bons pousses, A bon droit heureux on dira Celui qui de laict t'emplira Faisant d'un tetin de pucelle, Tetin de femme entière et belle.
Nous croyons faire plaisir au lecteur en mettant à la suite de la pièce de Marot celle de Guichard, qui lui sert de réponse.
LES TÉTONS.--À CLÉMENT MAROT.
Sur les tétons, Marot, je pense comme vous: C'est l'ornement, le trésor d'une belle. A des tétons qui peut être rebelle? L'oeil ne peut voir rien de plus doux. Bienheureuse la main qui les tient à son aise! Et plus heureuse encor la bouche qui les baise! Hélas! pourquoi gêner leur liberté? Nul ajustement ne les pare Comme l'entière nudité. Ce qu'il faut d'embonpoint, leur élasticité, L'intervalle qui les sépare, Ce poli du satin, cette aimable rondeur, Du bouton incarnat de la rose naissante, Ce bouton surpassant la forme et la couleur, Ce transparent tissu de neige éblouissante, Et l'azur qui dessous se divise et serpente. Tout est vu, pressé, dévoré, Le BEAU TETIN, par vous gentiment célébré Valoit-il les tétons pour lesquels je soupire? Mon cher Marot, eh quoi! ces tétons pleins d'appas Ne vous font point revoler ici-bas! J'en remettrois la gloire à votre lyre.
O de tous les tétons, tétons victorieux, Chef-d'oeuvre de l'amour, tétons.... tétons des Dieux! Foible mortel, renonce à chanter leur empire; Tout l'Olympe assemblé n'y pourroit pas suffire; Et, ce qui fait leur prix, ce qui fait mon bonheur, Auprès de ces tétons je sens.... je sens un coeur.
Benserade a rivalisé avec Marot dans l'apothéose des beaux tétons; car quel poëte ne les a pas chantés! et voici la belle définition qu'il en donne dans un sonnet:
Beau sein déjà presque rempli, Bien qu'il ne commence qu'à poindre, Tétons qui ne font pas un pli, Et qui n'ont garde de se joindre.
De jeunesse ouvrage accompli, Que de fard il ne faut pas oindre; Si l'un est rond, dur et poli, L'autre l'égale et n'est pas moindre.
Sein par qui les dieux sont tentés, Digne échantillon de beautés, Que le jour n'a point regardées;
Il garantit ce qu'il promet, Et remplit toutes les idées Du paradis du Mahomet
La blancheur, la rondeur et la fermeté sont donc trois qualités essentiellement requises pour mériter aux tétons le nom de beaux. Marot, qui était connaisseur dans cette sorte de friandise, les aimait ronds, comme on le voit dans ces vers, qui renferment des conseils sur le choix d'une maîtresse.
Quand vous voudrez faire une amie, Prenez-la de belle grandeur: En son esprit non endormie, Et son tetin bonne rondeur. Douceur En coeur, Langage Bien sage, Dansant, chantant par bons accords, Et ferme de coeur et de corps.
Si vous la prenez trop jeunette, Vous en aurez peu d'entretien; Pour durer, prenez-la brunette, En bon poinct d'asseuré maintien: Tel bien Vaut bien Qu'on fasse La chasse Du plaisant gibier amoureux: Qui prend telle proye est heureux.
Marot le prouve encore par ce rondeau:
Toutes les nuicts, je ne pense qu'en celle Qui a le corps plus gent qu'une pucelle De quatorze ans, sur le point d'enrager, Et au dedans un coeur, pour abbréger, Autant joyeux qu'eut onques demoiselle.
Elle a beau teint, un parler de bon zèle, Et le tetin rond comme une groiselle, N'ay-je donq pas bien cause de songer Toutes les nuicts? Touchant son coeur, je l'ay dans ma cordelle, Et son mary n'a, sinon le corps d'elle; Mais toutefois, quand il voudra changer, Prenne le coeur, et pour le soulager, J'auray pour moi le gent corps de la belle Toutes les nuicts.
Bois-Robert, né à Caen, en 1592, a aussi chanté le sein dans les stances suivantes:
Beau sein, belles bouches d'yvoire, Vivants objects de ma memoire, Cheres delices de mes jours, Qui dedans vos rondes espaces Cachez la demeure des Graces Et la retraicte des Amours.
Gorge de lys, pommes d'albatre De qui mon oeil est idolatre, Source des amoureux desirs. Parfait assemblage de charmes, Digne sujet de tant de larmes, De tant de vers et de soupirs:
Objects d'eternelle allegresse, Petits messagers de jeunesse, Petits gemeaux ambitieux, Qui desja pour vous trop cognestre Ne faisant encor que de naistre, Vous enflez d'orgueil à nos yeux.
* * * * *
Plus heureux qui pour vous soupire; Le mal qu'il se plaist d'endurer: Mais, ô merveille que j'adore, Je tiens bien plus heureux encore Celuy qui vous fait souspirer.
Charles Cotin nous fait voir dans le sonnet suivant _sur les tétons_, qu'ils doivent être fermes, ronds, et bien écartés l'un de l'autre.
Tandis que deux voisins sans se joindre véquirent, Tous deux également de tous furent aimez; Tous deux enflez d'orgueil et de grace animez. Partagèrent entr'eux l'honneur qu'ils acquirent;
Tous deux avoient quinze ans à l'âge qu'ils naquirent; Tous deux sur même moule ils paraissoient formez; L'un l'autre ils se fuyoient de dépit enflammez, L'un à l'autre enviant les conquêtes qu'ils firent.
Bien qu'un prince passât, ils ne s'ébranloient point; Mais enfin leur orgueil s'enfla jusqu'à ce point, Que leur triste union commença de paroître.
Ils se baisèrent tant, qu'ils en firent pitié; L'amour de tous naquit de leur inimitié, Et de leur union le mépris vint à naître.
M. Le Pays paraît être du même goût, quand il dit à son Iris, dans le portrait qu'il fait d'elle:
«Votre gorge semble avoir été faite au tour; et l'on peut dire que c'est une beauté achevée. Votre sein est digne de votre gorge; il est blanc, gras et potelé. Les deux petits globes qui le composent ne sont éloignez que de deux doigts, et cependant je suis assuré que de leur vie ils ne se sont baisez, quoi qu'ils soient frères, et qu'ils deussent bien s'aimer, si la ressemblance fait l'amitié.»
L'auteur de la chanson picarde, qui commence par ces mots: _Ton himeur est, Catherene_, les aimait aussi avec cette qualité; il fait dire à l'amant:
Pour ta bouche elle est plus rouge Que n'est la creste d'un cocq; Et ta gorge qui ne bouge, Paroit plus ferme qu'un roc.
Une belle gorge étant la meilleure recommandation que puisse avoir une femme, elle ne saurait trop la voiler pour la garantir du hâle; car il en est peu de privilégiées aujourd'hui à qui l'on puisse adresser ce madrigal:
On a beau dire, Iris, pour louer votre teint, Que sa blancheur est sans seconde: Pour moi qui ne dis rien de flatteur ni de feint, Je soutiens qu'il en est une plus grande au monde. N'en déplaise à la vanité De votre superbe visage; Vos tétons, belle Iris, en bonne vérité, Voudroient-ils en blancheur lui céder l'avantage?
_La Puce de Mme des Roches_, Paris, 1583, in-4o; 1610, in-8o. Réimprimé, 1868, Paris, Jouaust, petit in-8o.
On sait quelle fut l'origine de ce recueil. La haute société de Poitiers s'honorait alors de deux dames appartenant à la race des _Précieuses_, de Molière, c'étaient Mme des Roches et sa fille Catherine. Poëtes elles-mêmes, mais dans une mesure très-restreinte, elles réunissaient autour d'elles une société de beaux esprits. Les Grands-Jours, tenus à Poitiers en 1579, amenèrent autour de ces dames tous les magistrats que cette solennité avait appelés dans cette ville. Un jour, Étienne Pasquier aperçut une puce qui s'était «parquée au beau milieu du sein» de Mlle des Roches; il fit remarquer la témérité de l'animal; il s'ensuivit quelques propos badins; l'incident provoqua d'abord l'échange de deux pièces de vers entre Pasquier et Mlle des Roches; les savants magistrats, prenant fait et cause, se mirent à célébrer la puce en français, en latin, en espagnol, en grec même. Pasquier recueillit ces divers morceaux; de là vint le volume qui devait avoir pour titre: _la Puce de Mlle des Roches_, car ce ne fut pas madame sa mère qui fut l'héroïne de l'aventure. L'uniformité du sujet donne à ces compositions une teinte de monotonie, mais la forme en est toujours agréable, et on y trouve de gracieux détails. L'éditeur de 1868 a suivi le texte de l'édition de 1610, en notant les principales variantes (les préfaces des deux éditions sont tout à fait différentes); il s'est borné à reproduire les pièces françaises.
Nous nous contenterons de citer la pièce ci-dessous, d'Étienne Pasquier. Elle résume à elle seule tout ce que les autres poëtes en ont pu dire.
LA PUCE.