Éloge du sein des femmes Ouvrage curieux

Chapter 3

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Ainsi que dedans le pré, D'un vert émail diapré, On voit que la blonde avette Sur les belles fleurs volette, Pillant la manne du ciel, Dont elle forme son miel; Ainsi, petite pucette, Ainsi, puce pucelette, Tu voles à tâton Sur l'un et l'autre téton; Or, ayant pris ta posture, Tu t'en viens à l'aventure. Soudain après héberger Au milieu d'un beau verger, Paradis qui me réveille, Lorsque plus elle sommeille: Là, prenant ton bel ébat, Tu lui livres un combat, Combat qui aussi l'éveille, Lorsque plus elle sommeille.

Je ne veux ni du taureau, Ni du cygne, blanc oiseau, Ni d'Amphytrion la forme, Ni qu'en pluye on me transforme. Puisque ma dame se paist Sans plus de ce qui te plaist, Plust or à Dieu que je pusse Seulement devenir puce! Tantost je prendrois mon vol Tout au plus haut de ton col, Ou, d'une douce rapine, Je sucerois ta poitrine, Ou lentement, pas à pas, Je me glisserois plus bas, Et d'un muselin folastre, Je serois puce idolastre, Pinçottant je ne sçais quoi, Que j'aime trop plus que moi!

Mais las! malheureux poëte! Qu'est-ce qu'en vain je souhaite? Cet échange affiert à ceux Qui font leur séjour aux cieux. Et partant, puce pucette, Partant, puce pucelette, Petite puce, je veux Adresser vers toi mes voeux. Si tu piques les plus belles, Si tu as aussi des aisles Tout ainsi que Cupidon, Je te requiers un seul don Pour ma pauvre âme altérée, O puce! ô ma Cythérée! C'est que ma dame, par toi, Se puisse éveiller pour moi! Que pour moi elle s'éveille, Et ait la puce en l'oreille!

ÉTIENNE PASQUIER[6].

[Note 6: Étienne Pasquier, avocat, naquit en 1529 et mourut en 1615.]

MADRIGAL.

Le téton de Babet est plus blanc que l'albastre; Pour estre ferme et rond il n'a point de pareil; On ne peut sans amour voir son bouton vermeil, Faut-il donc s'estonner si j'en suis idolastre!

Quand j'y porte la main de son consentement Rien ne peut estre égal à mon contentement, Je suis ravy d'avoir ce charmant privilége, Mais quand elle s'oppose à mon ardent dessein, O Babet! ô friponne, aussitost, m'escriay-je, Vous faites bien la fière avec votre beau sein, Ah! vrayment vostre sein est un beau sein de neige.

(_Nouveau mélange de pièces curieuses, tant en prose qu'en vers_. Paris, A. de Sommaville, 1664, in-12.)

Il existe un poëme allégorique et moral, intitulé: _Architrenius_, publié à Paris en 1517, in-4o, et dont l'auteur, Jean d'Hanteville ou d'Hanville, était un moine qui vivait à la fin du douzième siècle. Ce bon religieux mettait, dans ses vers, sans y entendre malice, des traits un peu vifs; il se plaît, par exemple, à tracer le portrait d'une jeune beauté; un passage est relatif au sein, il tombe dans notre domaine:

_Non implet longoeva sinum, puerilibus annis_ _Castigata sedes, teneroque rotundula botro...._

Nous avons sous les yeux une traduction inédite de ce fragment:

«Tel qu'une graine vermeille de raisin, un petit tetin, frais et poli, s'élève mollement sur un sein arrondi, et la couleur de rose contraste avec cette touffe de lys. Ces deux globes charmants sont grossis par l'effet de leur jeunesse, et non par le lait qui ne les a pas encore remplis. Un léger noeud de ruban les serre sans en comprimer la fermeté. Elevés au milieu d'une surface plane, ces monticules font voir au milieu d'eux comme un vallon.»

LES DÉLICES DE LA POÉSIE GALANTE. Paris, Ribou, 1666, in-12.

SIXAIN.

_En envoyant un bouquet de jassemin._

Allez, doux jassemin où l'amour vous appelle, Et si vous approchez du beau sein de Philis, Dont la blancheur ternit celle des plus beaux lis, Avant que de mourir, dites à cette belle Que je croirais mon sort bien doux D'y pouvoir mourir avec vous.

SOMAISE.

SUR UNE SANGSUE QUI PIQUE LE SEIN DE SYLVIE.

Quel objet de courroux se présente à ma vue? Un insecte cruel, une noire sangsue Pique un sein plus blanc que les lys, Dont tous les traits sont accomplis. Crois-tu bien te souler du sang de ma Silvie? Sa blancheur te devrait détourner du dessein De lui piquer le sein. Si tu veux contenter ta malheureuse envie, La peine suivra ton souhait, Car soudain tu perdras la vie Et tu n'auras sucé que des gouttes de lait.

LE BUSC.

Cette pièce étant un peu longue et assez médiocre, nous n'en reproduirons qu'un fragment:

Ce bois touche par privilege Un double petit mont de neige Qui, par un joli mouvement Se soulève fort mollement Et puis mollement se rabaisse, Allant et revenant sans cesse D'un air charmant et gracieux, Comme s'il s'approchait des yeux Pour ses beautés faire connoistre Et puis mollement disparoistre.

L'AMOUR SUR UNE GORGE REBONDIE.

SONNET.

C'est ici qu'on peut voir qu'en l'un et l'autre monde Je règne également et je donne des loix; J'en ai deux aujourd'hui que j'habite à mon choix Et dans chacun des deux ma gloire est sans seconde.

Sur deux fermes tétons mon empire se fonde; J'y soumets sans efforts les plus superbes rois; Il n'en est point qui puisse éviter mes exploits Et que ma politique à la fin ne confonde.

Je ne crains pas, comme eux, les moindres changemens; J'aime à voir remuer, et les soulèvemens Servent à ma grandeur, s'ils font leur décadence.

Et quoy que les prudens et les plus advisés Imputent la faiblesse aux États divisés, Si les miens ne l'étoient, j'aurois moins de puissance.

Louis XV demanda un jour à Bouret, secrétaire du cabinet, comment il trouvait la dauphine et si elle avait de la gorge. Il répondit que Marie-Antoinette était charmante de figure et qu'elle avait de beaux yeux. «Ce n'est pas cela dont je vous parle, répondit Sa Majesté, je vous demande si elle a de la gorge.--Sire, je n'ai pas pris la liberté de porter mes regards jusque-là.--Vous êtes un sot, continua le monarque en riant, c'est la première chose qu'on regarde aux femmes.»

RONDEAU.

Au doulx chant de ces alouettes En ces moys dauril et de may Je me mettois en grand esmoy De dire plusieurs bergerettes La desirois mes amourettes A les tenir aupres de moy Au doulx chant.

Pour manier les mammelettes Et leur bailler soubdain la foy Tout ainsi que faire le doy Dessus ces belles herbelettes Au doulx chant.

MARINO.

Les tétons des belles sont deux tours vivantes d'albâtres d'où l'Amour blesse les amants. Ce sont deux écueils contre lesquels nos libertés vont agréablement faire naufrage; deux mondes de beauté éclairés par deux beaux soleils qui sont les yeux. Un auteur français les compare à deux pommes et s'écrie:

Heureux qui peut monter sans bruit Sur l'arbre qui porte ce fruit.

Au commencement du XVIIIe siècle, les dames portaient sur leur gorge découverte des croix et des petits Saint-Esprit en diamants. Aussi, un prédicateur s'écria-t-il un jour en chaire: «Bon Dieu! peut-on plus mal placer la croix qui représente la mortification, et le Saint-Esprit, auteur de toutes bonnes pensées.»

Voici une pièce manuscrite attribuée à Voisenon; j'ignore si elle a été imprimée, mais comme elle est peu connue, les lecteurs seront sans doute charmés de la trouver ici.

LES TETONS DE MA COUSINE.

Il te souvient de ce Pygmalion, De la statue élégante qu'il aime, Et que Vénus, pour sa dévotion, Avoit changée en une autre elle-même.

En toi le cas pareil est arrivé; Tu fus statue; car, par expérience J'en suis certain, et ce qu'ici j'avance Est dans ces vers un peu plus bas prouvé.

Étant encor bloc de marbre insensible Tout étoit dur; tu n'avois nul ressort; Vénus voulut t'amollir tout le corps Pour te le rendre aux plaisirs plus flexible.

Pour recevoir et donner un baiser Bien tendrement à l'amant qui te presse, Elle amollit ta bouche enchanteresse, Elle amollit tes bras pour l'embrasser.

Jambes d'abord et ce qui les surmonte Gardent encor un peu de dureté, Moins que le marbre, et si plus haut on monte, On trouvera de l'élasticité.

Mais ce qui peut mieux prouver mon système, Elle oublia de changer tes tétons; Ils sont taillés aussi juste, aussi ronds Et blancs et durs comme le marbre même.

MADRIGAL.

Tout ici baise, Jeanneton, Ton mouchoir baise ton téton, Tes cheveux se baisent et rebaisent, Je vois tes lèvres se baiser; Et si toutes choses se baisent Voudrais-tu bien me refuser?

Je n'ai pas envie de déterminer positivement ici de quelle taille doivent être les tétons, ni prendre parti dans le différend qui pourrait s'élever sur la longueur, la largeur et la distance de ces deux parties du corps des belles; je dirai seulement que si les hommes ont raison de donner la préférence aux plus gros, d'autres n'ont pas tort de préférer un sein qui n'est pas fort garni. Il faut croire, sur ce point, que Le Pays parlait sérieusement et sans flatterie à sa Caliste, lorsqu'il s'exprimait ainsi:

«Votre sein n'est pas des plus remplis, mais ce que vous en avez est blanc; et, s'il m'est permis de le dire comme je le pense, le morceau, pour être petit, ne laisse pas d'être délicat.»

Une chose au moins que je puis avancer hardiment, c'est qu'une femme ne saurait être belle, si elle n'a une belle gorge et un beau sein. Aussi voyons-nous que de tous les faiseurs de portraits, aucun n'oublie les tétons, quand il veut peindre une beauté parfaite.

M. Victor Cousin, dans son ouvrage sur _Mme de Longueville_, parle à diverses reprises de l'objet qui nous occupe. Décrit-il (t. Ier, p. 321) un portrait de la duchesse par Anselme van Hull, il observe que «le sein à demi-découvert, paraît dans sa beauté modeste.» A-t-il l'occasion de retracer les traits d'Anne d'Autriche, de la duchesse de Chevreuse, de Mme de Montbazon, il n'oublie pas de vanter la perfection de leur gorge. Le philosophe éclectique, le traducteur de _Platon_, l'éditeur de l'infortuné _Abailard_, était connaisseur.

CHAPITRE III.

S'IL EST DE LA BIENSÉANCE QUE LES DAMES LAISSENT VOIR LEURS TÉTONS, ET S'IL EST PERMIS AUX AMANTS DE LES TOUCHER.

La solution de ce problème présente de grandes difficultés, et pourrait être la matière d'une longue et savante dissertation; mais les longs ouvrages me font peur:

«Au lieu d'épuiser la matière, Il n'en faut prendre que la fleur.»

Molière fait dire au Tartuffe, qu'un sein découvert blesse l'âme, et fait naître de coupables pensées. Le petit-père André se récriait là-dessus avec beaucoup de zèle dans un de ses sermons: «Quand vous voyez, disait-il, ces tétons rebondis et qui se montrent avec tant d'impudence, bandez, messieurs, bandez-vous les yeux.» Un autre prédicateur turlupin, si ce n'est pas le même, défendait aux filles de découvrir leurs seins, et d'en laisser approcher la main entreprenante des amants; «car, disait-il pour terminer une violente sortie «quand la Hollande est prise, adieu les Pays-Bas.» Il faisait, par ce mot de Hollande, allusion au fichu de batiste ou de toile de Hollande qui couvrait alors le sein de nos belles, un peu plus que leur gaze très-claire ne le fait aujourd'hui.

On trouve dans le _Cabinet satyrique_, les vers suivants:

SUR LES FEMMES QUI MONTRENT LEUR SEIN.

ÉPIGRAMME.

Les filles qui, au temps passé, Souloient descouvrir leur visage, Ceste coustume ont délaissé Pour de leur sein nous faire hommage; S'elles en continuent l'usage, Descouvertes jusqu'à l'arçon, Sus, sus! enfants, prenons courage, Nous leur verrons bientost le c..

QUATRAINS SUR LE MESME SUBJECT.

A vostre advis, si celle-là Qui va la gorge descouverte Ne faic pas signe par cela Qu'elle voudroit estre couverte?

* * * * *

Madame, cachez vostre sein Avec ce beau tetin de rose, Car si quelqu'un y met la main, Il y voudra mettre autre chose.

* * * * *

Les dames qui monstrent leurs seins, Leurs tetins, leurs poictrines nuës, Doit-on demander si tels saincts Demandent chandelles menuës?

STANCES SUR LA DÉFENSE DES GORGES DESCOUVERTES DES DAMES.

Je ne sçay par quelle malice On dit aujourd'huy que c'est vice De montrer son sein rondelet, Veu qu'au temps premier d'innocence La femme n'eut onc cognoissance N'y de robe ny de colet.

Elle cheminoit toute nuë Par les prés, sur l'herbe menuë, Parlant avec son amoureux: Blasmerons-nous les femmes belles Qui commencent par leurs mamelles A ramener ce temps heureux?

Il faut cacher la main sauvage, Pleine de sang et de carnage, Et couvrir la bouche qui ment, Mais une mamelle gentille Et le blanc tetin d'une fille Ne se doit cacher nullement.

Il faut enfermer sans lumière, Au plus profond d'une tanière Le serpent et l'ours affamé, Mais un beau sein que l'on descouvre N'a le venin d'une couleuvre, Pour estre clos et renfermé.

Fol est l'usurier qui resserre Ses facultez dedans la terre Et tient son or ensevely; Mais les pucelles libérales, Entre deux pommes bien esgales, Montrent l'ivoire bien poly.

Tout aussi tost que nos déesses Voulurent monstrer les richesses De leurs beaux tétons précieux, Amour, aveugle de nature, Ne vola plus à l'aventure, Et se desbanda les deux yeux.

Il rougit une double fraise Dedans le feu de sa fournaise, Deux soufflets furent les tétons, Qui de chaudes vapeurs s'enflèrent Et dedans nos âmes soufflèrent Le feu d'amour que nous sentons.

Mais que servent ces jardinages, Tant de couleurs et de feuillages, Si l'oeil humain en est absent? Et voyons-nous dessus l'espine Fleurir une rose pourprine Pour la cacher lorsqu'elle sent?

Quand Aquilon par l'air galope Et qu'en janvier il envelope La terre d'un pasle bandeau, Tous ses plaisirs elle abandonne, Elle gémit, elle frissonne, Comme un prisonnier au cordeau.

Mais quand Zéphire la courtise, Lui despouillant sa robe grise Pleine de cent mille glaçons, Elle est du soleil penetrée Et enfante d'une ventrée Mille fleurs de mille façons.

Vénus honteusement traictée, Devant les dieux fut garottée Avecques Mars, son favory; Promptement accourut Jeunesse Qui vint destacher sa maistresse, En despit du cocu mary.

Pour éternelle récompense, La mère d'Amour à Jouvence Despoüilla ces deux monts charnus: De là vient que les damoiselles, Quand on leur taste leurs mamelles, Ont souvenance de Vénus.

Je ne prétends pas m'ériger en casuiste pour décider si les femmes peuvent et doivent montrer leur sein; mais quand je pourrais prouver, d'une manière péremptoire, qu'il est plus à propos que les femmes se le couvrent, je ne sais si j'aurais le courage de l'entreprendre. Je vois, d'un côté, tous les amants déchaînés contre moi, si je m'oppose ainsi à leurs plaisirs; et, d'un autre côté, toutes nos élégantes, furieuses de me voir condamner une mode qu'elles suivent presque généralement. Je citerai donc seulement ces vers de Mercier de Compiègne, qui me paraissent justes. Il dit, en parlant aux auteurs, au sujet du poëme de la _Guerre des Dieux_, dans lequel Parny s'égaye sur les tétons de la sainte Vierge, et ne gaze pas assez ses tableaux:

Revenez, le goût vous rappelle, Mais gazez un peu vos tableaux; Drapez Vénus: elle est plus belle Quand un nuage la recèle; Le demi-jour sied à Paphos.

Voici les vers auxquels Mercier fait allusion:

Junon, Vénus et d'autres immortelles Se moquaient de la brune Marie: Son embarras, son air de modestie, Servaient de texte aux illustres belles. Mais n'en déplaise à ces juges sévères, De grands yeux noirs, doux et voluptueux, Des yeux voilés par de longues paupières, Quoique baissés, sont toujours de beaux yeux. Lorsqu'elle parle, une bouche de rose Est éloquente et même on lui suppose Beaucoup d'esprit. De pudiques tétons, Bien séparés, bien fermes et bien ronds, Et couronnés par une double fraise, Chrétiens ou juifs, pour celui qui les baise, N'en sont pas moins de fort jolis tétons.

PARNY.--_Guerre des Dieux_, ch. Ier.

Le Pays est pour la mode qui trotte, quand il parle de cet air à sa Margoton:

«J'ai un nouvel avis à vous donner sur ce que je vis hier que vous teniez vos petits tétons enfermez aussi exactement qu'une religieuse. Vous avez tort, Margoton, de tenir ainsi en prison deux jeunes innocens qui n'ont point encore commis de crime. Je vous assure qu'ils souffrent cette clôture à contrecoeur. Malgré le linge qui les resserre, j'ai remarqué qu'ils en soupirent de tristesse, et qu'ils en sont tout enflés de colère. A cause que vous êtes sage de bonne heure, vous voulez peut-être qu'ils vous imitent; mais ne savez-vous pas qu'ils sont plus jeunes que vous: que vous avez quatorze ans, qu'ils n'ont que quatorze mois; et qu'ainsi, quand vous seriez déjà sérieuse, il leur seroit permis de faire encore les badins? Lorsque vous n'étiez pas plus âgée qu'ils le sont présentement, votre nourrice n'avoit point de honte de vous montrer toute nue; pourquoi en auriez-vous donc de nous montrer à nud deux jeunes enfans qui ne sont jamais si beaux que quand ils sont découverts? N'est-ce point que la tante qui vous gouverne a peur que, si vous les laissiez sans contrainte, ils n'usassent mal de leur liberté, et qu'ils ne l'employassent à attaquer la nôtre? Si c'est pour cette raison qu'elle vous les fait couvrir si soigneusement, elle devroit aussi vous obliger à cacher vos yeux et vos autres appas, puisque vous n'en avez aucun qui ne dérobe tous les jours quelque coeur ou quelque liberté. Mais je veux lui apprendre que vos tétons en deviendront plus malicieux, plus ils seront enfermés. Car si, dans leur prison, ils découvrent quelque trou par où ils puissent voir le jour, ils se mettront là en sentinelle, pour assassiner le premier homme qui les regardera: si bien qu'on fera mieux de leur donner liberté toute entière; car alors on s'apprivoisera avec eux tout de bon, ils en deviendront moins dangereux.»

Louis XIII ne fut point de cet avis, lui qui ne pouvait souffrir la vue d'un sein découvert, ainsi qu'on en peut juger par l'anecdote suivante:

Chacun sait que Louis XIII était impuissant ou à peu près. Un conseil de médecins, après l'avoir visité, déclara que jamais postérité ne sortirait de lui. Aussi, ce fils atrabilaire d'un père si galant, haïssait le sexe en général. Les femmes lui inspiraient un éloignement qui tenait de l'aversion. La vue d'un sein même jeune, frais et ferme le dégoûtait. Il ressentait le même dégoût et presque de l'effroi à la vue d'autres charmes plus secrets. Chez lui, la nature ne se taisait pas seulement à leur approche, elle se révoltait. De là cette réputation de chasteté que les courtisans ont faite à ce monarque; de là l'infécondité d'Anne d'Autriche après dix années de mariage, et le délaissement déplorable de cette voluptueuse princesse.

L'inclination que Louis XIII éprouva pour Mlle d'Hautefort ne dément point cette assertion; elle l'appuie au contraire d'un sensible témoignage. Louis s'était attaché à cette jeune personne parce qu'elle était organisée comme lui. Elle ne laissait voir aucune des faiblesses naturelles aux dames. Un écrivain ingénieux a dit que Louis XIII n'était amoureux que depuis la ceinture jusqu'en haut, et que ses amours étaient vierges. Cette pruderie était poussée si loin qu'elle donna lieu à une impolitesse qui trouve naturellement sa place ici. Dans un voyage que fit Louis XIII, il s'arrêta à Poitiers. Il y eut un grand couvert; on recherchait avidement alors ces exhibitions de souverain, comparables à celles des ménageries, sauf l'argent donné à la porte. Une jeune spectatrice de l'appétit royal avait le sein découvert; Louis XIII, ayant arrêté un moment sa vue sur cette indignité, enfonça son chapeau sur ses yeux et les tint baissés pendant tout le reste du dîner. Jusque-là ce n'était que de la chasteté, voici quelque chose de plus. La dernière fois que le prince pudibond but, il retint une gorgée de vin dans sa bouche, puis, visant en chasseur habile, lança cette réserve sur les appas indiscrètement exposés. La pauvre fille, dégouttante du liquide projectile, sortit toute confuse et s'évanouit dans la pièce voisine. Un écrivain jésuite, le père Barri, en rapportant cette anecdote, assure que «cette _gorge_ découverte méritait bien cette _gorgée_.» Jeu de mots pitoyable, qui ne persuadera point qu'un souverain, encore même que ce ne soit pas tout à fait un homme, puisse se conduire de la sorte avec une femme.

On trouve le quatrain suivant, dans un livre fort rare, intitulé: _Procès et amples examinations sur la vie de Carême-Prenant_, et dans le _Momus Redivivus_, que j'ai déjà cités:

Fille qui fait tétin paroir, Son corps par étroite vêture, On se peut bien apercevoir Que son c.. demande pature.

Claude de Pontoux, poëte et médecin, né en 1530, à Châlons-sur-Saône, n'a guère chanté que l'amour. Il nous a laissé une chanson que nous rapportons ici parce qu'elle est relative au sujet que nous traitons:

Ma petite Jeanneton Me permet bien que je taste Son beau col et son menton, Et veut bien que je m'ebaste: Mais sitôt que je me haste De ravir le beau bouton Qui fleurit sur son téton Et les fraisettes jumelles, Elle me dit en riant: Ne touchez pas là, friand; C'est le joyau des pucelles.

LA PUDEUR.

Pourquoi, belle Aglaé, nous faire apercevoir Ce sein éblouissant où le regard s'attache? On aime le fichu qui le laisse entrevoir; Mais on aime encor plus la pudeur qui le cache.

ED. CORBIÈRE.

Charles Cotin soutient, dans les jolis vers suivants, que c'est une précaution inutile que de cacher les tétons.

Vous cachez votre sein, mais vous montrez vos yeux, Qui de tout vaincre ont le beau privilège; N'est-ce pas me sauver du milieu de la neige, Pour m'exposer au feu des cieux?

Montreuil semble épouser le parti contraire, lorsqu'il fait le reproche suivant à sa maîtresse:

Pourquoi me montrer votre sein, Puisqu'un fâcheux jaloux s'oppose à mon dessein? Votre bonté me tue autant qu'elle me plaît; Mes yeux sont trop heureux, ma bouche est malheureuse, Et pour mon pauvre coeur, il ne sait ce qu'il est.