Part 6
Si vous êtes dans un cercle nombreux, où un ignorant _incroyable_ trouve le secret d'ennuyer, s'il vous assomme depuis une heure par mille impertinences débitées en arrangeant sa cravatte, relevant ses bottes, montrant ses dents, étalant ses grâces, soyez sûr que cet impitoyable ennemi de la société ne pourra résister à l'attaque d'un PET, qui l'arrêtera tout court, au milieu de l'éructation de ses sottises, tirera tous les esprits de la captivité, en faisant diversion au babil assassin de leur ennemi commun.
S'il arrive qu'une assemblée brillante garde depuis deux heures un silence plus morne que celui des anciens chartreux; si, les uns par ignorance, les autres par timidité, enfin par cérémonie, on est près de se séparer sans avoir prononcé un seul mot, soyez sûr que le PET va ranimer tout le monde, épanouir les figures, dilater les cœurs, et prodiguer tous les charmes d'une conversation enjouée, saupoudrée de critique et de plaisanterie. D'où je conclus que le PET est le père de la joie, de la santé, de l'esprit, et de la liberté. J'ai fini. Adieu.
_Claudite jam rivos pueri, sat prata biberunt._
_P. S._ Il a paru, il y a longtemps, un _Art de péter_, parodié sur l'art poëtique de Boileau, et une pièce intitulée: _Généalogie de Milord PET_; mais il m'a été impossible de me procurer ces ouvrages. Il vient de paroître une pièce intitulée _Caquire_, par M. de _Vessaire_, parodiée de Zaïre, 1 vol. in-8^o. qui se trouve chez les mêmes libraires.
RÉGLEMENT PROVISOIRE
DE LA SOCIÉTÉ
DES FRANCS-PÉTEURS.
Tout récipiendaire doit avoir un état au moins honnête, de l'aisance et une sorte de crédit dans le monde.
Il ne sera admis qu'aux deux tiers des suffrages.
L'épreuve sera d'un an entier.
On ne prendra point d'argent pour la réception d'un Franc-péteur. On devrait payer au contraire les hommes assez courageux pour oser devenir libres et procurer la liberté aux autres.
Il faudra, pour être reçu, n'avoir pas moins de 24 ans, et pas plus de 60.
On exige du récipiendaire une disposition marquée pour l'éloquence, et sur-tout la connaissance de sa langue.
Les Francs-péteurs n'auront au-dehors aucunes marques distinctives. Dans leurs assemblées seulement, ils porteront au cou un ruban blanc, au bout duquel pendra la figure en or de Zéphire, couronné de toutes sortes de fleurs, avec cette devise: A LA LIBERTÉ.
Le lieu des séances se nomme _Case_.
La formule du serment pour être reçu, est conçue en ces termes: «Tenant à grand honneur d'entrer dans la société des Francs-péteurs, je promets une constante soumission à son directeur et une tendre amitié à tous les frères. Ennemi déclaré du préjugé, je le combattrai en tous lieux, en pétant librement, souvent et méthodiquement».
Cette formule prononcée à haute voix sera suivie d'une canonnade ou salve de pets, en signe d'allégresse.
Les repas se font dans la salle du _Zéphire_ ou de la _Liberté_.
Les discours d'éloquence ne seront prononcés que dans la _Case_, ainsi que les bons poëmes et odes, à l'honneur du Pet.
Les petits madrigaux, quatrains, épitres, stances et couplets ne seront reçus qu'à table.
Les Francs-péteurs ne feront des vers que dans l'intention de faire ensuite de meilleure prose.
Les applaudissemens ne se manifesteront que par le bruit des pets. L'improbation, par le silence.
Le recueil sera publié tous les ans, et marchera de pair avec celui des mille et une autres sociétés en vogue.
Tous les deux mois, on tiendra la _Case_ ordinaire.
Le conseil tiendra tous les huit jours.
Chaque année, le premier ventôse, époque où les vents impétueux sont censés faire le plus de fracas, sera l'assemblée générale, où les officiers de chaque case feront l'extrait des délibérations du conseil; les trésoriers y rendront leurs comptes. Les réflexions et observations seront proposées par écrit et signées de leur auteur.
Chaque case est composée d'un directeur, d'un vice-gérent ou directeur en second, d'un orateur, d'un foudroyant, d'un introducteur et d'un trésorier.
Tous les officiers composeront le conseil, et y appelleront les cinq derniers officiers sortans de charge, avec les plus anciens frères; de sorte qu'ils seront toujours au nombre de douze.
Il n'y aura point de chef, ni de secrétaire-général, ou perpétuel, car leur autorité balancerait d'abord et neutraliserait ensuite le pouvoir de l'universalité.
Il ne pourra y avoir absolument qu'une Case d'établie dans chaque ville, excepté à Paris, où il y en aura trois, l'une au centre et les deux autres répondantes à l'orient et à l'occident.
Chaque Case ne pourra être composée que de trente sujets exclusivement. Ils suffisent pour ramener à la liberté des concitoyens de bonne foi.
La société aura des correspondans dans toutes les communes de la République; et dans les pays étrangers, un chef de correspondance, auquel tous les autres associés rendront compte de leurs opérations.
On s'assemblera tous les deux mois, à 8 heures du matin, en été, et à dix en hiver. On fera un dîner honnête, mais frugal.
Il n'y aura point de frères du second ordre.
_Nota._ Si la société a lieu, on donnera plus d'étendue à ce réglement, mais le nom de la société ne changera pas.
FIN.
NOTE BIBLIOGRAPHIQUE.
Les littérateurs qui, comme moi, voudroient se délasser de travaux plus sérieux, par la traduction des autres éloges comiques, seront bien aise sans doute de connaître l'ouvrage suivant, dans lequel ils trouveront une vaste carrière.
Il est intitulé: AMPHITHEATRUM SAPIENTIÆ SOCRATICÆ JOCO-SERIÆ, hoc est, _Encomia et commentaria auctorum quà veterum, quà recentiorum propè omnium; quibus res, aut pro vilibus vulgò aut damnosis habitæ, styli patrocinio vindicantur, exornantur: opus ad mysteria naturæ discenda, ad omnem amœnitatem, sapientiam, virtutem, publicè privatèquè utilissimum, in 2 tom. partim ex libris editis, partim manuscriptis congestum tributumque, à GASPARE DORNAVIO philosopho et medico. HANOVIÆ, typis Vechelianis, 1619, in-folio._
C'est dans ce recueil précieux que j'ai puisé une partie de mon éloge du PET.
Voy. pag. 349, _Rodolphi Goclenii problemata de crepitu ventris_; et pag. 355, _De peditu ejusque speciebus, crepitu et visio, discursus methodicus in theses digestus, autore Buldriano Sclopetario, Blesense. Clareforti, apud Stancarum Cepollam, sub signo divi Blasii_, 1596.
Parmi les éloges que contient ce recueil, et que nous n'avons pas cités dans la préface de cet ouvrage, pour ne pas la rendre trop longue, voici ceux qui nous paraissent les plus dignes de trouver des traducteurs:
De la Fourmi, par _Erasme Ebner_, page 80.
De l'Araignée. _Ant. Thylesius._ 112.
De la Puce de Cath. Desroches. _Barn. Brisson._ 27.
Du Moucheron. _Virgile_ et _Jean Ja comot._ 113.
Du Ver luisant. _Mich. Gehlerus._ 173.
Des Vers. _Ulysse Aldrovandus._ 171.
De la Paille. _Fred. Widebramus._ 232.
De la Colombe. _Ulyss. Aldrovand._ 374.
De la Boue. _Joan. Majoragius._ 173.
Du Chêne. _Gasp. Dornavius._ 201.
De la Barbe. _Ant. Hotomanni._ 318.
Du Cygne. _Jean Passerat._ 373.
Du Scarabée. _Gasp. Dornavius._ 126.
Du Cheval. _Juste Lipse._ 489.
Du Chien. _Philippe Camerarius._ 517.
Du Lièvre. _Titus Strozza._ 602.
De la Porte. _Jean Campanus._ 657.
Des Huîtres. _Michael Mayer._ 613.
Du Singe. _Daniel Heinsius._ 539.
De la Petitesse. _Ericius Puteanus._ 772.
Du Rire. _Par le même._ 777.
Du Mercure. _Mich. Mayer._ 604.
Du Fer. _Nicolas Monard._ 614.
De l'Eléphant. _Juste Lipse._ 480.
De l'Alouette. _Ulys. Aldrovand._ 466.
Du Plongeon. _Jacq. Eyndius._ 468.
De l'Hirondelle. _Par le même._ 457.
De la Pie. _Par le même._ 465.
De la Grue. 470.
Du Geai. _Par le même._ 455.
Du Corbeau. _Jov. Pontanus._ 454.
De la Chouette. _Euricius Cordus._ 455.
Du Veau. _Mich. Mayer._ 505.
Du Mouton. _Par le même._ 504.
_Nota._ Je me propose de publier ceux des _Poux_, de la _paille_, de la _boue_, de la _cigogne_ et de l'_œuf_, si celui-ci a le succès que j'en espère.
NOTES OMISES.
A la page 79. PET DE NONNE.
Les nones ont donné le nom de PET à une de leurs pâtisseries les plus exquises. Tout le monde connaît les _pets de nonne_, dont les directeurs, les abbés, les pater et les prélats, étaient si friands et toujours si bien approvisionnés. Ce PET est une espèce de croquignolle, un beignet de forme globulaire, appelé en latin: _monialis crepitus_.
A la page 106.
Un homme se trouvant dans un cercle nombreux après le dîner, se tenoit debout, appuyé sur la cheminée, et tournant le dos au feu, comme cela se pratique assez ordinairement. La trop vive chaleur du feu, qui l'incommodoit beaucoup, provoqua chez lui un vent des mieux conditionnés. Il s'en excusa en homme d'esprit et sans se déconcerter: «Je vous demande mille pardons, dit-il, mais je suis de la nature du bois verd, quand je brûle, je pète».
POESIES
_FUGITIVES_.
LA PUCE,
_Traduite du latin d'Ovide_,
Insecte imperceptible et pourtant redoutable, Dont le dard importun plonge avec volupté Sur la peau de satin qui couvre un sexe aimable, Quels termes employer contre ta cruauté?
De son sang le plus pur je te vois altérée, Nuancer de son corps les roses et les lys, D'un ébène inégal, d'une tache pourprée Qui déparent l'éclat de ses membres polis.
Lorsque d'une beauté qui doucement sommeille, Tu ne respectes point les plus parfaits contours, Je la vois tressaillir; elle bondit, s'éveille, Et perd un songe heureux qu'inspiraient les amours.
Errant impunément sur deux sphères de neige, Tu parcours en tyran les états de Cypris, Rien n'est inaccessible à ton cours sacrilège, Par-tout tu fais du mal et te crois tout permis.
Je souffre, j'en conviens, des mortelles blessures Dont tu couvres les flancs de la beauté qui dort; Sur ses appas secrets tes nombreuses morsures Outragent un réduit fait pour un plus beau sort.
Ah! pour te pardonner, il faut être toi-même, Déjà ton ennemi, que ne suis-je le mien! Que je meure, jaloux de ton pouvoir suprême, Si bientôt je n'acquiers un sort égal au tien.
Signalant sa bonté par un charmant prodige, Si la nature en toi voulait me transformer! Et puis me rendre moi: quels plaisirs! mais que dis-je? Puce, je jouirais: mais, qu'est-ce sans aimer?
N'importe, il faut calmer le feu qui me dévore, Ne pourrai-je devoir à quelqu'enchantement, Aux talens précieux du serpent d'Epidaure L'ivresse que promet un si doux changement?
Des philtres de Circé, des charmes de Médée Le pouvoir est connu dans le vaste univers, Je devrais à leur gloire, alors bien décidée, Changeant d'être à mon gré, mes plaisirs les plus chers.
Oh! comme profitant de la métamorphose, Et sous son dernier voile adroitement caché, Je serais à Cloé, quand sa paupière est close, Sans lui faire de mal, fortement attaché!
Ensuite, parcourant un plus sombre parage, Je glisserais sans bruit vers le temple sacré, Où nul autre avant moi n'a porté son hommage, Où le trait de l'amour n'a jamais pénétré.
Jusqu'à l'aube du jour poursuivant ma victoire, Je redeviendrais homme, afin de mieux sentir; J'appaiserais ma belle, en me couvrant de gloire, En la persuadant de tout mon repentir.
Mais, si de ce miracle effrayée et surprise, Mon amante à mes feux opposant son courroux, Appellait ses valets: alors, sans lâcher prise, Je redeviendrais puce et les braverais tous.
Ensuite avec Cloé, libre par leur absence, De ma première forme empruntant le moyen, Je prendrais à témoins les dieux, de ma constance, Je saurais la réduire à ne refuser rien.
Moitié gré, moitié force, enfin Cloé vaincue, De ses trésors secrets me faisant l'abandon, Dirait, en soupirant, languissante, abattue, Ah! ne me quitte plus, et reçois ton pardon.
LA PUCE,
_Traduite du latin de Nicolas_ MERCIER _de Poissy_[14].
AH! te voilà donc enfin prise! Maudite puce, je te tiens, Pour te perdre dans ma chemise Tu prends d'inutiles moyens. De mon repos vile adversaire, Depuis assez longtemps ton dard, Sur ma peau se donnant carrière, Rend vains ma recherche et mon art. O bonheur! viens donc, scélérate, Il faut, puisque je suis vainqueur, Que ma juste vengeance éclate Et punisse enfin ta noirceur. Oh! comme elle fait l'hypocrite! Lorsque sur elle l'ongle pend, Voyez comme, sans mouvement, Du châtiment qu'elle mérite Elle espère éloigner l'instant, Me tromper et prendre la fuite. Ton espoir est vain, tu mourras, Perfide! rien de ma colère Ne peut suspendre les éclats. Mais avant tout, il faut me faire L'aveu de tous tes attentats. Dis, combien de fois tes morsures, Le jour, la nuit, à tout propos, Ont troublé par mille blessures, Mes études et mon repos. Tu ne dis rien, mais le silence Me prouve encore ton offense. Monstre! allons, donnez-moi de l'eau, Du fer, du feu; que son supplice, Sous cent formes toujours nouveau, Bien lentement l'anéantisse. Ces pattes, il faut les trancher; Bon! noyons maintenant la tête, Et livrons son corps au bûcher Que j'ai construit d'une allumette.
Ensuite, oubliant le délit, D'un grain de millet je vais faire La petite urne funéraire, Dont le socle est le pied du lit. Par cette succinte épitaphe, Dans le style élégiographe, Avertissons toutes ses sœurs De mettre un terme à leurs noirceurs. Je veux que leur troupe éperdue, Tremble enfin et fuie à la vue De ces épouvantables mots: »Ci-gît, après de longs supplices, »Une puce auteur de mes maux; »Ainsi périront ses complices, »Qui pourraient troubler mes travaux».
ÉPITRE AU PLAISIR.
O toi, dont la sublime essence, Les attraits, la douce influence Nous annoncent de ton auteur La sagesse et la bienfaisance, Ame de la nature immense! Salut! adorable enchanteur! D'un ami des arts et des roses, Qui cherche tes effets, tes causes, Embellis les loisirs touchans, De tes fleurs récemment écloses, Des coloris dont tu disposes Viens animer mes faibles chants.
Plus habile à sentir qu'à peindre, Je ne te cherche pas, sans craindre, Au milieu de nos passions: Je veux te contempler, t'atteindre, Te savoir, te fixer, sans feindre Tes profondes impressions. Je pourrai manquer ton image, Sur l'aîle d'un léger nuage, Tu peux échapper à mes yeux; Mais si de mon stérile hommage Un seul sentiment est l'ouvrage, Si j'attendris, je suis heureux.
A des calculs métaphysiques, A des discours scientifiques D'Estaing[15] donnant un vaste essor, Me laisse le cœur froid et vuide, L'homme de t'embrasser avide, En te voyant, te cherche encor. Je veux à ses mains enfantines Offrir des roses sans épines, Et le sentier le plus riant; D'ailleurs, de ta faveur suprême Je ne jouirais plus moi-même, On te perd en t'analysant.
Quand, pour s'aimer dans son ouvrage, Dieu construisit à son image Le type des êtres divers, Toi seul, par ta chaleur féconde, Animas et peuplas du monde Les mornes et trop froids déserts. Avec l'astre dont la lumière Embrase la nature entière, Dieu te fit jaillir de ses mains; Docile à ta voix salutaire, Par toi des femmes la première Charma le premier des humains.
Alors, timide, alors sans aîles, Riche des grâces naturelles, Et pur, comme un rayon du jour, Tu fus placé par la nature, Sur une touffe de verdure, Auprès de l'innocent amour; Las des travaux de la campagne, Auprès de sa chaste compagne Abel te retrouvait le soir; Des fruits offerts par la tendresse De leurs feux tempéraient l'ivresse, Lorsqu'entr'eux tu venais t'asseoir.
Dans ses désirs insatiable Bientôt, à ton instinct aimable L'homme ennuyé ferma son cœur; Son art, en construisant des villes, Outrage et détruit tes asyles, Un luxe insolent est vainqueur. Pensant que tu ne peux suffire A son bonheur, à son délire, L'homme invente la volupté. L'intérêt devient son complice, Mais bientôt pour notre supplice Naît l'affreuse satiété.
Ah! tu n'es pas ce que nos vices, Et nos erreurs, et nos caprices, T'ont fait dans leur aveuglement; Fils et charme de la nature, Un comme elle et sans imposture, Tu n'es que dans le sentiment. Armé du flambeau des furies, L'amour dans nos ames flétries Distille un poison empesté; Mais tu détestes ces contrées, Ou le cynisme des Térées, T'élève un trône ensanglanté.
Les alcôves mystérieuses Où d'extases voluptueuses Se bercent d'insensés mortels, Ces bals où la magnificence Prodigue l'or à l'indécence Ne furent jamais tes autels; Avec tes étreintes si douces Je ne confonds pas les secousses D'une ardente velléité; L'_incroyable_ parfumé d'ambre
Te voit mourir dans l'antichambre, Au boudoir tu n'as pas été.
Quand, précédé par les haleines Des zéphirs caressans nos plaines, Mai riant vient tout rajeunir; Avec lui tu viens dans nos âmes Allumer de nouvelles flammes, Et disposer tout à s'unir. C'est toi seul dont la main brûlante Fait germer, fait croître la plante, Et la rend capable d'amour; C'est toi qui, la rendant nubile, Places sur sa tige fertile L'époux qui la rend mère un jour.
Dans une douce promenade Rêver au bruit d'une cascade, A tous les heureux qu'on a faits, A ceux que l'on peut faire encore; A l'orphelin qui nous implore Rendre l'allégresse et la paix; Sur les nuages qu'elle dore Voir lentement poindre l'aurore Qui va ranimer les forêts; S'environner de la nature, Voilà l'ivresse la plus pure! O plaisir! voilà tes bienfaits!
A l'Auteur de GÉRARD DE VELSEN.
Amsterdam, le 15 juin 1797.
Le GÉRARD DE VELSEN que j'ai publié n'est que ma propre traduction de votre original, entreprise dans les momens qui me restaient des affaires publiques, en 1793, période où votre GÉRARD me vint en mains. J'avais d'abord l'idée d'y ajouter quelques notes historiques,[16] mais crainte d'être regardé comme voulant allumer une chandelle au soleil, je m'en suis passé. D'ailleurs, la politique dans laquelle je me trouvais comme enseveli ne m'en laissa guère le loisir.
Agréez l'hommage que le devoir et le sentiment m'inspirent, et que je m'empresse aussi de rendre aux rares talens qui vous distinguent si glorieusement. Daignez m'accorder votre précieuse amitié, en me croyant très-respectueusement, etc.
GUILLAUME HOLTROP.
A L'AUTEUR
_Des Nuits d'Hiver et de la Conciergerie._
De Vezoul, le 25 Prairial, an 5.
Je lisais avant-hier vos _Nuits de la Conciergerie_,[17] mes sens étaient émus, mon imagination exaltée; je jetais? quelques idées sur le papier, j'y ajoutai des rimes, et c'est ce que j'ose vous offrir aujourd'hui. Pardonnez ce faible hommage: souriez à l'essai d'un jeune homme de seize ans qui demande et a besoin d'encouragement et d'exemple.
Quelle âme sensible et naïve A tracé ces sombres tableaux? Quelle voix touchante et plaintive Gémit au fond de ces cachots? Quel pinceau!... quelle touche mâle! Qu'il sait bien choisir ses couleurs! Silence! son chagrin s'exhale! Qu'il peint bien ses justes douleurs!
O toi dont le tendre délire Produit des accords si touchans; Toi, dont l'harmonieuse lyre Émeut, échauffe tous mes sens! Et toi, sa compagne chérie, Toi qui partageas ses malheurs, Souffre que mon âme attendrie Avec vous répande des pleurs.
Quand sur l'émail de la prairie Un doux songe te fait errer, Avec toi, dans ta rêverie, Oh! qu'il m'est doux de m'égarer! Quand un autre songe t'inspire, Te change en guerrier courageux, A tes côtés je vois, j'admire Mon pays libre et vertueux.
Quand ta Joséphine inquiette Vient te consoler en prison, De mon cœur ma bouche interprète Répète à chaque instant son nom. Quand par un ordre sanguinaire, Plongé vivant sous les tombeaux, Tu nous retraces ta misère, Je sens, je partage tes maux.
Que tu sais bien de la nature Nous peindre les rians attraits! Que d'une ame innocente et pure Tu sais bien nous offrir les traits! Que ton simple et touchant ouvrage Remplit mes sens de volupté! Pardonne à ce trop faible hommage, C'est le cœur seul qui l'a dicté.
RÉPONSE.
A LA LETTRE PRÉCÉDENTE.
Quoique votre trop flatteuse lettre, citoyen, et vos jolis couplets ne soient signés que de la lettre initiale B....l, je crois avoir deviné juste, en vous en croyant le père, et j'aime mieux courir le risque d'une erreur, que d'une ingratitude. Recevez l'expression de toute ma sensibilité: si la vérité ne dicte pas vos éloges, c'est au moins l'amitié, et ce dernier sentiment m'est si cher, j'en ai tant besoin, pour supporter mon infortune, que je lui pardonne tout.
D'une captivité cruelle Vous louez trop le triste fruit, Mon cœur, au sot orgueil rebelle, Par votre encens n'est pas séduit. La complaisance maternelle N'a jamais fasciné mes yeux. Une éloquence naturelle Est pour moi l'art le plus heureux.
Souffrant, prêt à cesser de vivre, Ai-je pu croire qu'à ces _Nuits_ Le destin me ferait, survivre, Et finirait mes longs ennuis? Dans le sein d'une épouse chère J'épanchais ma sombre terreur; Je ne voulais qu'elle sur terre, Pour confidente et pour lecteur.
Le neuf thermidor me rappelle A ses baisers, à son amour; Je ne renaissais que par elle, Pour elle je chéris le jour. De mes mains, la reconnaissance Laisse échapper le manuscrit. Un voile sert mon impuissance, Mais l'amour encor me trahit.
C'est à vous de cueillir des palmes Au Pinde, et la rose à Paphos, Vous dont les jours sereins et calmes S'écoulent dans un doux repos. Seize ans, âme sensible, aisance, Forces, talens, vous avez tout: La carrière pour vous commence, Moi, je suis las et suis au bout.
FIN.
NOTES:
[1] Les savans ne nous ont pas dit si l'Être suprême souffla dans la bouche d'Adam, pour l'animer, ou si ce fut dans, son antipode; cette question était, pourtant, aussi digne de leurs recherches, que tant d'autres inutiles.
[2] Voilà un homme bien aisé à nourrir!...
[3] La Polente est une bouillie faite avec de la farine d'orge brûlée. Elle est encore en usage dans plusieurs contrées d'Italie.
[4] Subtile et leve peditum Libonis. CATULLE.
[5] Ce Métroclès qui rougit pour un pet, est bien différent de sa sœur, qui, éprise pour le dégoûtant Cratès, non-seulement pétait bien en compagnie, mais faisait en public, ce que n'osait faire au lit avec sa femme le pudibond Louis IX. Voyez l'édition que j'ai donnée des amours d'Hypparchie et Cratès. 1 vol. in-18.
[6] Voy. le _Naudaeana_, pag. 102 et 103; Paris, 1701, in-12. _Fr. Roger_ au voyage de la Terre Sainte, pag. 230, et les _Essais de Montaigne_, liv. Ier. chap. 20, page 62 de l'édition in-8^o.
[7] Elle se célébrait à Athènes au mois d'octobre.
[8] _Frédérick DEDEKIND_, allemand, publia dans le seizième siècle un ouvrage dans le goût de l'_Éloge de la folie_. C'est un éloge ironique de l'impolitesse et de la grossièreté, intitulé: _GROBIANUS sivè de incultis moribus et inurbanis gestibus_. _Francfort, 1558, in-8^o._ L'auteur paraît avoir eu plus de finesse dans l'esprit que ses contemporains n'en avaient alors. Il est rare de trouver ce poëme avec le GROBIANA qui en est la suite; aussi le dictionnaire historique ne parle-t-il pas de ce dernier poëme.
[9] Voyez Suétone, vie de Claude César, chap. 32, page 274, _edit. Patini_.
Les Juifs prétendent que quand ils pètent en faisant leurs prières, c'est un mauvais augure, et un bon, lorsqu'ils éternuent. Ils n'osent ni péter, ni allumer leur feu le jour du sabbat. Les Turcs sont de même.