Éloge du pet

Part 5

Chapter 53,804 wordsPublic domain

Les _internes_ sont l'anis, le fenouil, les zédoaires, enfin tous les carminatifs et les échauffans. Les _externes_ sont les clystères et les suppositoires. Si l'on fait usage de tous les deux, on sera certainement soulagé.

On demande s'il y a analogie entre les sons, si on peut les marier et en faire un ensemble de musique pétifique? On demande aussi combien il y a de genres de pets, par rapport à la différence du son? Quant à la première question, un musicien très-célèbre répond du succès de la musique demandée, et promet incessamment un concert de ce genre. A l'égard de la seconde question, on répond qu'il y a soixante-deux sortes de sons parmi les PETS. Car, selon Cardan, le podex peut produire et former quatre modes simples de pets, l'_aigu_, le _grave_, le _réfléchi_, et le _libre_. De ces modes, il s'en forme cinquante-huit, qui avec l'addition des quatre premiers, donne dans la prononciation 62 sons, ou espèces différentes de _pets_. Les compte qui voudra. _Qui potest capere, capiat._

Il y a trois causes principales de la variété de ces sons, savoir: la _matière du vent_, la _nature du canal_ et la _force du sujet_. Si la matière du vent est sèche, le son du PET est clair. Plus elle est humide, plus il est obscur; plus elle est égale et de même nature, plus il est simple; plus elle est hétérogène, plus il est multisonore.

Si le canal est étroit, le son sera aigu; s'il est large, le son sera grave. La preuve résulte de la grosseur ou de la délicatesse des intestins, dont l'inanition ou la plénitude influe beaucoup sur le son, car on sait que ce qui est vuide est plus sonore que ce qui est plein. La troisième cause de la différence du son, consiste dans la vigueur du sujet. Plus la nature pousse fortement et vigoureusement, plus le bruit du pet est grand, plus il est étoffé.

Il est donc clair que la différence des sons naît de la différence des causes. On le prouve facilement par l'exemple des flûtes, des trompettes et des flageolets. Une flûte à parois épaisses et larges, donne son son obscur. Une flûte étroite et mince en rend un clair; enfin, une flûte dont les parois tiennent le milieu entre l'épais et le mince en rend un mitoyen. La constitution de l'agent est encore une cause qui prouve cette assertion. Que quelqu'un, par exemple, qui a le vent bon, embouche une trompette, il en tirera infailliblement des sons très-forts, et le contraire arrivera, s'il a l'haleine faible et courte. Disons donc que les instrumens à vent sont bien inventés et bien utiles pour l'appréciation des pets. Par eux, on tire des conjectures très-certaines. O admirables flûtes, tendres flageolets! graves cors de chasse! etc. Vous êtes bien faits pour être cités dans l'art de péter, quand on vous embouche mal; mais vous savez rendre une raison juste d'un son perçant ou grave, quand une bouche habile vous fait résonner. Soufflez donc habilement, musiciens.

L'estime que m'inspire un confrère laborieux me fait une loi de citer la nouvelle machine que vient d'inventer le cit. Regnier, membre du Lycée des Arts, auteur d'une foule de découvertes utiles à l'humanité. Son aëromètre, servant à fixer la durée et la force de l'air, peut être employé, avec succès pour déterminer la nature et la force du PET, et je n'ai pas dû le passer sous le silence. (Voyez l'annuaire du Lycée des Arts, où l'on trouve tout, excepté mon nom, et je vous dirai un autre jour le POURQUOI.)

QUESTION MUSICALE. DUO SINGULIER. BELLE INVENTION POUR FAIRE ENTENDRE UN CONCERT A UN SOURD.

Un savant allemand a proposé ici une question très-difficile à résoudre; savoir s'il y a de la musique dans les PETS? _distinguo._ Il y a de la musique dans les pets diphtongués, _concedo_: dans les autres, _nego_.

La musique que produisent les pets diphtongues, n'est pas de celle qui s'exprime par la voix, ou par l'impulsion de quelque chose de sonore, comme d'un violon, d'une guitarre, d'un clavecin, etc. Elle ne dépend que du mécanisme du sphincter de l'anus, qui se resserrant ou s'élargissant, forme des sons graves, ou aigus. Les pets diphtongues font seuls de la musique.

Deux petits garçons, mes compagnons d'école, avaient chacun un talent qui nous amusait tous trois. L'un rotait tant qu'il voulait sur différens tons, l'autre pétait de même. Le dernier, pour y mettre plus d'élégance et de raffinement, se servait d'un petit clayon à égouter les fromages, sur lequel il ajustait une feuille de papier; puis s'asseyant dessus à nud, et tortillant les fesses, il rendait des sons organiques et flûtés de toute espèce. La musique n'était pas à la vérité très-harmonieuse, ni les modulations fort savantes; il serait même difficile d'imaginer des règles de chant pour un pareil concert, et de faire aller ensemble, comme il faut, les bas et haut-dessus, les tailles et basses-tailles, les hautes et basses-contres, mais un habile compositeur pourrait en tirer un système musical digne d'être transmis à la postérité, dans le poëme de l'espagnol _Yriarte_, sur cet art. C'est une diatonique distribuée à la Pythagoricienne, dont on trouvera les _chroma_, en serrant les dents, on réussirait certainement. Veut-on obtenir des sons aigus? choisissez un corps rempli de fumées subtiles et un anus étroit. Voulez-vous des sons deux fois plus graves? faites jouer un ventre plein de fumées épaisses et un canal large. Le sac à vents secs rendra les sons clairs, et le sac à vents humides, des sons obscurs. Le bas ventre est une orgue polyphtongue, d'où l'on peut tirer, comme d'un magasin, au moins douze tropes ou modes de sons, dont on choisira seulement ceux consacrés à l'agrément, tels que le _lyxoleidien_, l'_hypolyxoleidien_, le _dorique_ et l'_hypadorique_. Ce qui est trop sensible détruit le sentiment. _A sensibili in supremo gradu destruitur sensibile_, c'est un axiôme de philosophie. On ne fera donc rien que de modéré, et l'on sera sûr de plaire. Autrement, on épouvanterait, en imitant les sons bruyants des cataractes de Schaffouse, des montagnes d'Espagne, des sauts de Niagara ou de Montmorency dans le Canada, qui rendent les hommes sourds et font avorter les femelles, avant qu'elles soient grosses.

Avant de finir ce chapitre, je ne puis, en bon citoyen, me dispenser de dédommager des torts de la nature ceux de mes amis envers lesquels elle a usé de rigueur. Il s'agit de faire participer un sourd à cette musique.

Il prendra donc une pipe à fumer, en appliquera la tête à l'_anus_ d'un concertant, et tiendra l'extrémité du tuyau entre les dents, comme on tient une montre par le bouton pour en observer le battement. Par le bénéfice de la contingence, il saisira tous les intervalles des sons dans toute leur étendue et leur douceur. Nous en avons plusieurs exemples dans _Cardan_ et _Baptiste Porta_, de Naples. Si quelqu'autre personne qu'un sourd, veut avoir ce plaisir et participer au goût, il pourra, comme le sourd, tirer fortement son vent. Alors, il recevra toutes les sensations et toute la volupté qu'il en pourra prétendre.

DU PET MUET MAL-PROPREMENT DIT VESSE. DIAGNOSTIC ET PROGNOSTIC.

Il s'agit maintenant de nous faire comprendre sans parler. Les _pets_ muets vulgairement appellés _vesses_, n'ont point de son, et se forment d'une petite quantité de vents très-humides. On les nomme en latin VISIA, du verbe _visire_, en allemand _feistein_, et en anglais _fitch_, ou _vetch_. Elles sont _sèches_ ou _foireuses_. Les sèches sortent sans bruit, et n'entraînent point avec elles de matière épaisse. Les _foireuses_ sont au contraire composées d'un vent taciturne et obscur, et emportent toujours avec elles un peu de matière liquide. Elles ont la vélocité d'une flèche ou de la foudre, et sont insupportables par l'odeur fétide qu'elles exhalent. Jean Despautère a dit qu'une liquide jointe à une muette dans la même syllabe, rend brève la voyelle douteuse, ce qui signifie que l'effet de la vesse foireuse est très-prompt.

Un diable du pays latin voulant un jour lâcher un pet, et ne faisant qu'une vesse foireuse, s'écria avec colère et indignation, en maudissant la trahison de son derrière: _nusquam tuta fides?_ Il n'y a donc plus de bonne foi dans le monde! On fait donc très-bien, quand on craint ces vesses, de mettre bas les culottes, et de lever sa chemise, avant de les lâcher. Il faut être sage, prudent et prévoyant.

Les vesses foireuses sortant sans bruit, sont un signe qu'il n'y a pas beaucoup de vents. La partie liquide qu'elles entraînent donne lieu de croire qu'elles sont salutaires. Elles indiquent la maturité de la matière, et qu'il est tems de soulager ses reins, suivant cet axiôme:

_Maturum stercus est importabile pondus._

C'est un lourd fardeau que l'envie d'aller à la selle.

DE PETS OU VESSES AFFECTÉES ET INVOLONTAIRES.

Le _pet affecté_ ne se passe guères parmi les honnêtes gens, si ce n'est parmi ceux qui logent ensemble et qui couchent dans le même lit. Alors, on affecte d'en lâcher pour se faire rire, ou pour se faire pièce; on les pousse si dodus et si distincts, qu'on pourrait les prendre pour des coups de couleuvrines. J'ai connu une dame qui se couvrant l'anus avec sa chemise, s'approchait d'une chandelle récemment éteinte, et pétant et vessant lentement et par gradation, la rallumait avec la dernière adresse. Mais une autre qui la voulut imiter ne réussit point, réduisit la mèche en une poudre ardente qui se dissipa bientôt en l'air, et se brûla le derrière, tant il est vrai que: _Il n'est pas permis à tout le monde d'aller à Corinthe_. Un amusement très-joli, c'est de recevoir une vesse dans sa main, de l'approcher du nez de celle ou de celui avec qui l'on est couché, pour les faire juger du goût ou de l'espèce.

Le _pet involontaire_ a lieu à l'insçû de celui qui lui donne l'être, lorsqu'on est couché sur le dos, ou qu'on se baisse, ou qu'on fait de grands éclats de rire, ou enfin, quand on éprouve de la crainte. Celui-là est ordinairement excusable.

EFFETS UTILES DES PETS ET DES VESSES.

Tout pet est salutaire par lui-même, en tant que l'on se débarrasse d'un vent qui incommode. Cette évacuation détourne plusieurs maladies, la fureur, la douleur hypocondriaque, la colique, les tranchées, la passion iliaque, etc. Mais lorsqu'ils remontent, ou ne trouvent pas de sortie, ils attaquent le cerveau par la prodigieuse quantité de vapeurs qu'elles y portent, corrompent l'imagination, rendent mélancolique, frénétique, et engendrent d'autres maladies très-fâcheuses. De-là, les fluxions qui se forment par la distillation des fumées de ces météores sinistres, et qui descendent dans les parties inférieures: heureux quand on en est quitte pour la toux, et les catarrhes. Le plus grand mal est d'être incapable de toute application, et rebuté par l'étude et le travail. Partez comme moi de ce principe, cher lecteur, qu'il y a une utilité particulière à péter; je vais en citer plusieurs exemples.

Une dame, dans un cercle nombreux, est attaquée d'un mal de côté: allarmée d'un accident si imprévu, elle quitte une fête qui semblait n'être faite que pour elle, et dont elle était l'ornement. On s'agite, on s'inquiète, on vole à son secours. La faculté s'assemble à la hâte, consulte, raisonne, cherche la cause du mal, cite force auteurs, s'informe de la conduite et du régime de la dame. La malade s'examine et se rappelle qu'elle a imprudemment retenu un gros pet qui lui demandait son congé.

Une autre, sujette aux vents, retient douze gros _pets_ captifs, qui successivement essaient de se faire jour. Elle se met à la torture, pendant une longue séance, et se présente à une table bien servie, croyant y faire figure. Qu'arrive-t-il? elle dévore des yeux des mets auxquels elle ne peut toucher. Tout est plein, son estomach rempli de vents, ne peut plus recevoir de nourriture.

Un petit maître, un abbé poli, un grave magistrat, tous trois également contrefaits, font de leur corps une caverne d'Eole; ils y introduisent les vents, l'un par ses éclats, l'autre ses doctes entretiens, le dernier dans ses longues harangues. Bientôt ils sentent l'effort d'une violente tempête intestine, se roidissent contre sa fureur. Pas un d'eux ne lâche le moindre pet; de retour chez eux, une violente colique que toute la pharmacie ne peut appaiser, les abat impitoyablement, et les met à deux doigts de la mort.

Que de biens ne procure point un pet lâché à propos. Il dissipe tous les symptômes d'une maladie sérieuse, il bannit toutes craintes et tranquillise par sa présence les esprits allarmés. Tel se croyant dangereusement malade, appelle tous les sectateurs de Galien, qui tout-à-coup faisant un pet copieux, remercie la médecine, et se trouve parfaitement guéri. Tel autre se lève avec un poids énorme sur l'estomach, et sort du lit tout gonflé. Il n'a cependant fait la veille aucun excès. Sans goût, sans appétit, il ne prend aucune nourriture, s'inquiète, s'allarme; la nuit vient, et ne lui apporte que la faible espérance d'un sommeil interrompu. A l'instant où il se met au lit, une tempête s'élève dans la basse région, les intestins émus semblent se plaindre, et après de violentes secousses, un gros pet se fait jour et laisse notre malade confus de s'être inquiété pour si peu de chose.

Une femme esclave du préjugé n'avait jamais connu les avantages du Pet. Depuis douze ans, victime malheureuse de sa maladie, et de la médecine, elle avait épuisé tous les remèdes. Eclairée enfin sur l'utilité du Pet, elle pète librement et souvent; dès-lors, plus de douleurs, elle jouit d'une santé parfaite.

Si la _vesse_ trouble l'économie de la société par sa nature malfaisante, le _Pet_ est son antidote. Il la détruit, et l'empêche de paraître, lorsqu'il a eu lui-même assez de force pour se faire un passage, car il est évident, d'après tout ce que j'ai dit, qu'on ne vesse que parce qu'on n'a pas voulu péter, et que par-tout où se trouve le frère aîné le Pet, sa sœur, la vesse ne peut se trouver.

Je trouve dans un très-ancien manuscrit, la pièce suivante, qui n'est pas sans mérite, et qui va très-bien à mon sujet.

AIR: _De la Reynie._

Ah! je prétends punir votre insolence, Remarquez bien ce que vous avez fait: Quoi, vous osez péter en ma présence, Savez-vous bien où peut aller un pet?

RÉPONSE.

Un pauvre PET réduit à l'esclavage, Las de souffrir une sale prison, Est-il puni pour se faire un passage? La liberté fut toujours de saison.

Quoi, pour un PET échappé sans malice, Ai-je péché contre les réglemens? Déclarez-nous, grands juges de police, Si vous voulez aussi régler les vents.

Un PET est-il assez de conséquence, Pour élever contre un cul tous nos sens? Ce pauvre cul, quoique plein d'innocence, Pour vous fléchir, vous donne de l'encens.

Jamais un PET, soit dit sans vous déplaire, Ne fut poussé plus méthodiquement, J'avais aussi mes raisons pour le faire, Car jamais PET ne fut sans fondement.

Veillez, ô guet, à nettoyer les rues, Réglez les jeux, la chair et le poisson; Mais sur les culs vous n'avez point de vues, Un cul peut tout dedans son caleçon.

Que feriez-vous de nous en votre empire, Disaient les vents du nord et du levant; Vous qui grondez contre un simple zéphire Qui par hasard est venu du Ponant?

Appaisez donc, Monsieur, votre colère, A quoi sert-il à moi de disputer? Vous permettez à mon âne de braire, Défendrez-vous à mon cul de PETER?

Ah! si j'osais, mais je n'ose le dire, Ou, si j'osais vous le dire tout bas; Je n'en puis plus, mon mal de ventre empire, Je vais... sous moi.... ne le sentez-vous pas?

Ce serait une injustice de croire que les rires excités par le PET, sont plutôt des signes de mépris et de pitié, que la marque d'une véritable joie. Le PET contient en lui-même un agrément essentiel, indépendant des lieux et des circonstances.

Auprès d'un malade, une famille en pleurs attend le fatal moment qui va lui enlever un chef, un fils, un frère, un époux. Quel tableau désespérant et terrible! tout-à-coup, un PET parti avec fracas du lit du moribond, suspend la douleur des assistans, fait naître une lueur d'espérance et excite encore au moins un sourire. Si, près d'un moribond, où tout n'inspire que le deuil, le PET peut égayer les esprits et dilater les cœurs, doutera-t-on du pouvoir de ses charmes? En effet, susceptible de diverses modifications, il varie ses agrémens, et doit par-là plaire généralement. Tantôt précipité dans sa sortie, impétueux dans son mouvement, il imite le fracas du canon; alors il plaît à l'homme de guerre; tantôt, retardé dans sa course, gêné dans son passage par les deux hémisphères qui le compriment, il imite les instrumens de musique. Bruyant quelquefois dans ses accords, souvent flexible et moëlleux dans ses modulations, il doit plaire aux ames sensibles, et presqu'à tous les hommes, car il en est peu qui n'aiment pas la musique, puisque les brutes même en sont touchées. Le PET étant agréable, son utilité particulière et générale étant bien démontrée, sa prétendue indécence combattue et détruite, qui pourra lui refuser son suffrage? Cicéron, liv. I. des Offices, dit: _Ce qui est utile, agréable et honnête, est censé avoir une bonté et une valeur réelle._

Loin de blâmer les péteurs, les anciens encourageaient au contraire leurs disciples à ne se point gêner. Les Stoïciens dont la philosophie était la plus épurée de ces tems-là, disaient que la devise des hommes était, _à la liberté_. Les plus grands philosophes, et Cicéron lui-même, préféraient la doctrine stoïque aux autres sectes qui traitaient de la félicité de la vie humaine. Tous, par des argumens sans réplique ont obligé leurs adversaires, de convenir que parmi les préceptes les plus salutaires à la vie, non-seulement les pets, mais encore les rots, devaient être libres. On peut voir ces argumens dans la 9e. épître familière de Cicéron à PŒTE, 174, et l'on y verra, entre une infinité de bons conseils, celui-ci: _Qu'il faut faire et se conduire en tout selon que la nature l'exige._ Il est donc inutile d'après cela, d'alléguer avec emphase les lois de la pudeur et de la civilité qui, toutes respectables qu'elles sont, ne doivent pourtant pas l'emporter sur la conservation de la santé et de la vie même.

Mais enfin, s'il est encore quelqu'esclave de ce préjugé, sans le dissuader de péter, nous allons lui donner le moyen de dissimuler au moins son _pet_. Il aura donc soin de l'accompagner d'un vigoureux _hem_, _hem_. Si ses poumons ne sont pas assez forts, il affectera un grand éternuement; alors, il sera accueilli, fêté même de toute la compagnie, et comblé de bénédictions. S'il ne peut ni l'un, ni l'autre, il crachera bien fort, ou remuera bien fort sa chaise. S'il ne peut faire tout cela, qu'il serre les fesses bien fort. La compression et le resserrement du grand muscle de l'anus rendra femelle ce qui devait être mâle. Cette malheureuse finesse fera payer bien cher à l'odorat ce qu'elle épargne à l'ouïe, mais je ne garantis pas des suites funestes de cette ruse, et je conclus qu'il vaut mieux, comme l'archevêque que je vais citer, appeller l'attention sur un autre objet, par une transition ingénieuse:

Notre archevêque Mitra, Prélat de bonne figure, Fit l'autre jour un gala, Où l'on ne but point d'eau pure.

Un chanoine gros et gras, Et d'une épaisse encolure, Fit le plaisir du repas; J'en vais conter l'aventure.

Assis sur son perroquet, Siège étroit pour sa quarrure, Il tomba sur le parquet, Sans se faire une blessure.

Etendu comme un crapaud, Tout prêt à crever d'enflure, Il nous lâcha bien et beau Un vent de mauvaise augure.

Au bruit de cet accident, Chacun rit outre mesure, Monseigneur dit gravement: Buvons tous, je vous conjure.

Dans le siècle dernier, une vieille femme, sourde comme un pot, faisait ses prières dans l'église de Bonne-Nouvelle, à Paris. Profondément baissée devant l'image de Marie, elle lâchait à plusieurs reprises des _pets_ assez intelligibles. «Bonne femme, lui dit charitablement quelqu'un qui, placé derrière elle, les recevait de la première main, bonne femme, vous pétez... Ah! monsieur, répliqua-t-elle, je vous demande bien pardon; j'ai le malheur d'être sourde, et je croyais que c'était seulement des vesses». Il arriva la même chose à Œthon, qui n'était pas sourd, au rapport de Martial, livre 12. épigr. 78., qui finit ainsi:

»_Sed quamvis sibi caverit precando,_ »_Compressis natibus Jovem et salutet,_ »_Turbatus tamen, usque et usque pedit,_ »_Mox_ Œthon, _deciesque, viciesque._

Mes lecteurs me sauront gré de leur offrir l'énigme suivante:

»_Ante domum quidam, seclam coeco parat antro,_ «_Proripere incautus, nil metuensque mali,_ »_Nam se exissetratus, quidam arcte comprimit, ipsis_ »_In foribus; clamor surgat ut inde gravis._

_SOLUTIO._

»_Absque sono flatus saepe affectatus acuto,_ »_Non affectatum ventris it in crepitum._

_Henri_ BEBELLE, dont les facéties composées en 1506 sont si rares, que M. de la Monnoye lui-même paraît n'en avoir eu aucune connaissance, puisqu'il n'en dit rien, et que l'on ne trouve le titre de ce livre sur aucun catalogue, nous a conservé le trait suivant:

Un orateur lâcha un PET, en présence du grand Sigismond, duc d'Autriche, qu'il haranguait: «Si vous voulez parler, dit-il en se retournant vers son derrière, il faudra que je me taise». Puis, sans faire paraître le moindre embarras, il continua sa harangue. Sa présence d'esprit et son ton flegmatique, dans un moment si périlleux, plurent tant à ce Prince qui aimait la gaîté, qu'il eut depuis lors toutes sortes d'égards pour cet orateur facétieux. Voilà la fortune d'un littérateur due à un pet. Il y a tant d'ouvrages encore meilleurs que celui-ci, qui ont conduit l'auteur à l'hôpital!

En voici encore un tiré du même auteur:

Un prêtre baptisait un enfant. Lorsqu'il en fut à ces paroles de l'exorcisme: _il fit de la boue avec son crachat_, la sage-femme qui tenait l'enfant et qui se baissait pour ramasser de la poussière, lâcha un pet énorme. Le prêtre étonné quitte sa lecture. «Voyez, dit-il aux assistans, quelle est la force miraculeuse des paroles sacrées, j'ai commandé à Satan de sortir, il est sorti, en remplissant l'air de sa puanteur, comme vous devez le sentir». La femme déconcertée, et qui n'a pas entendu ce qu'a dit le prêtre, dit que c'est l'enfant qui a pété et non pas elle.—Que le mal Saint-Jean t'arde, répond l'autre irrité. Car si tu es aussi impoli en naissant, en présence d'un prêtre respectable et dans un lieu saint, que feras-tu donc, dans un âge avancé?»

Le père des Calembourgs, le fameux marquis de Bièvre, a dit plusieurs choses très-plaisantes sur le Pet. Comme j'écris de mémoire, et que cette partie de mon moral, jadis bien fournie, me manque souvent au besoin, je citerai seulement cette plaisanterie. Quelqu'un disait dans une société où il se trouvait, que la guerre était un terrible fléau, mais qu'heureusement il courait des bruits de paix (de _pet_.) oh! pour cela, dit le marquis, _ce n'est pas sans fondement_. L'orateur qui se disposait à faire de l'esprit sur son texte, fut arrêté tout court, au milieu de son vol, et tout le monde rit encore. (Le lecteur ne trouvera pas à présent le mot très-neuf).

Mais je m'aperçois avec chagrin que le nombre obligé des pages que doit avoir mon volume, me force de finir, je remets donc à une autre édition tout ce qui me reste à dire sur le PET, ou aux deux ouvrages indiqués dans ma préface, si toutefois vous pouvez les trouver; et avant de fermer le volume, je veux vous donner un conseil dont vous sentirez toute l'importance.