Éloge du pet

Part 4

Chapter 43,741 wordsPublic domain

Il fit venir une hibernoise de son voisinage, c'est-à-dire, de la halle, qui mange, à un repas, autant de viande que six rouliers en mangeraient de Paris à Montpellier. Cette femme, ruinée par son appétit et la chaleur de son foie, gagne sa vie comme elle peut. Il lui fit manger de la viande autant qu'elle en voulut et put manger, avec force légumes venteux. Il lui prescrivit de ne point péter ni vesser, sans l'avertir auparavant. Aux approches des vents, il prit un de ces larges récipients, tels qu'on les emploie pour faire l'huile de vitriol, et l'appliqua exactement à son anus, l'excitant encore à péter par d'agréables carminatifs et lui faisant boire de l'eau d'anis, enfin, de toutes les liqueurs de sa boutique, capables de répondre à son intention. L'opération s'est faite à souhait, c'est-à-dire, très-copieusement. Alors, notre chymiste satisfait prit une certaine substance huileuse ou balsamique dont il n'a pas voulu me dire le nom, la jetta dans le récipient et fit condenser le tout au soleil par circulation, ce qui produisit une quintessence merveilleuse. Il s'imagina que quelques gouttes de ce résultat pourraient enlever les taches de rousseur de la peau. Il en essaya le lendemain sur le visage de plusieurs jolies harangères du marché aux poirées, qui toutes perdirent sur-le-champ ces vilaines taches, et virent avec tout le plaisir qu'on peut s'imaginer, leur teint blanchir à vue d'œil. Les tendrons reconnaissans l'ont payé, dit-on, _in-cute_; c'est le salaire qui pouvait le mieux payer le galant et salace pharmacien. Alors, le journal de Paris, et des affiches disséminées avec profusion ont préconisé cette utile découverte, digne de faire le pendant des redingottes _à l'anglaise_ et des _dragées de Keiser_. On espère donc que nos beautés en perruque blonde, en coëffures à la _Titus_, à la _Caracalla_, feront une grande consommation de ce merveilleux spécifique, si précieux sur-tout aux habituées de Tivoli, de l'Elysée, d'Idalie, de Thélusson, de Paphos, Mousseaux, etc. Bref, elles feront la fortune du pharmacien à qui elles élèveront des statues, comme à un nouvel _Abdéker_, et à qui on ne pourra plus reprocher qu'il ne connaissait que la carte des pays bas.

DU PET ARTIFICIEL.

La plus précieuse observation que je puisse faire à l'avantage du PET, est celle, non moins étonnante que vraie, de son utilité, dans les mystères de la reine de Paphos et d'Amathonte. Cette déesse si voluptueuse et si sensuelle, sachant bien que toutes les jouissances qu'elle procure, seraient imparfaites, si la présence du dieu PET ne leur donnait la dernière période, et voulant concilier avec ce besoin, la délicatesse du sens olfactoire, chez ses prêtresses, a inventé elle-même le PET _artificiel_, dont le but est de conserver, dès son origine, ce qu'il a de réjouissant, en évitant ce qu'il a de désagréable à l'odorat. Elle a voulu que le bruit du PET se fondît agréablement avec celui des soupirs et des baisers, qu'il assaisonne, et au moyen d'une petite vessie remplie de parfums, adaptée ingénieusement sous.... mais le conte suivant va vous le dire:

LES DEUX PETS.

CONTE.

Tant s'en faut que toujours la fin d'une aventure Réponde à son commencement; Telle promet d'abord une volupté pure, Qui se termine en un tourment. Bien l'éprouva Damon, français et gentilhomme; Car tout français se dit comte ou marquis, Ou gentilhomme au moins en quittant son pays, Et celui-ci se disait tel à Rome.

Or, comme bien savez, un français n'est pas homme A se laisser ronger d'ennuis; Il choisit donc une Laïs, Qui, moyennant certaine somme, L'admit au rang des favoris. A Rome comme ailleurs, femme qui sait son prix, Ne livre rien sans savoir comme. À demain, lui dit-elle, et selon vos désirs, Je vous préparerai la voie Qui conduit aux plus grands plaisirs; Apportez seulement argent, vigueur et joie; Et vous verrez beau jeu si la corde ne rompt. Croyez que le galant ne manqua d'être prompt. Au rendez-vous il la trouve parée, De la façon que Cithérée Reçoit le Dieu Mars dans ses bras, Une moitié de ses appas Se trouvait assez éclairée, Pour que l'autre qu'on ne voit pas, Par le galant fut désirée. Un souper fin, tel qu'il le faut Dans les plaisirs d'un tête à tête, Fut le prélude de la fête Que payait bien notre ribaud. Ils mangèrent assez, mais ils ne burent guère, Longue nuitée et court repas, C'est ainsi qu'on fait à Cithère, Lorsqu'on s'y prépare aux ébats; Enfin notre bonne commère, Reçut Damon entre les draps. Ah! quelle volupté s'emparant du compère, Le défrayait de ses ducats! Tous ses sens occupés de l'amoureuse affaire, A de si grands transports livraient son ame entière, Qu'il paraissoit devenu fou. Les amours libertins, regardant son derrière, En un coin riaient tout leur saoul.

Cependant la Laïs romaine, Gagne son argent de son mieux, Et d'un mouvement gracieux Aide l'agent qui se démène, Lorsque du souterrain tout d'un coup part un bruit Qui de Damon l'oreille blesse. Redoutant les effets de quelque odeur traîtresse, Il allait quitter le déduit. «Quoi! ce bruit vous fait peur, dit-elle, «Sachez qu'on aime ici les plaisirs réunis. »Continuez Damon: c'est un régal exquis, »Que pour votre odorat a préparé mon zèle, »Mettez sans crainte votre nez »Dans les draps parfumés d'une essence nouvelle, »Et ce bruit que vous soupçonnez, «Est l'heureux signal qui l'appelle». Il la croit, et fait bien alors de s'y fier. Une délicate vessie, Pleine de parfums d'Arabie, Qu'avait pressée à propos son fessier, Avait causé le bruit qui venait d'effrayer Damon, dans le moment le plus doux de sa vie.

On appelle cela PET ARTIFICIEL, Ordinaire galanterie De toute femme d'Italie, Qui fait un trafic corporel.

Cette volupté réunie, Mit le comble au plaisir de l'amant sensuel; Après un petit intervalle, Notre brave et vigoureux mâle, Se met à reprendre le jeu, Qui, par malheur, dure si peu. Un second bruit vient frapper son ouie; Nez aussi-tôt de plonger dans le lit, Pour cueillir à point tout le fruit De la précieuse ambroisie. Mais pour le coup ce fut un PET au naturel; Qui, sortant chaudement de la région sale, Fit un atmosphère mortel D'atômes imprégnés de matière fécale: Pour surcroît de malheur encore plus cruel, Un humide substanciel, S'attachant à l'engin trop voisin de la source, Abbattit sa vigueur et laissa sans ressource L'amoureux qui maudit l'air pestilenciel, Et dit en s'enfuyant. «Ah! de cette chrétienne »Devais-je pas me défier? »Et prévoir que le trou culier »D'une femelle italienne, »Ne pouvait être qu'un évier.»

C'est à regret que j'obéis à la nécessité d'être historien fidèle, en rapportant un conte aussi graveleux,[13] mais, ne devant passer sous silence rien de ce qui a rapport à mon sujet, j'aime mieux encourir le risque d'une imprudence, que de passer pour ignorant, dans une matière où toute mon érudition doit être déployée. Au reste, _Bayle et Brantôme_ en ont fait autant. D'ailleurs ce conte me donne occasion d'apprendre aux lecteurs qu'il est du fameux abbé _Sabathier_ de Castres, auteur des _Trois Siècles de Littérature_, des _Siècles Payens_, des Mémoires de _miladi Kilmar_, et du _journal Politique National_, en 1789. Aujourd'hui à Vienne. Tandis que j'y suis, je citerai le trait suivant, cité par Nicodême Frischlin, (édit. de _Strasbourg_. 1525. _in-16_.)

Quelqu'un ayant lâché un vent au milieu d'une nombreuse société, un de ses amis lui en fit reproche. Par Jupiter, répondit le péteur, il y a longtems que mon derrière désire parler, il ne lui manque que ta langue. Veux-tu la lui donner?

Le trait de naïveté suivant, dans une fille d'auberge, plaira sans doute aux plus graves personnages.

LE PET FRANÇAIS.

Deux anglais arrivant dans un village en France, Etaient de fatigue harrassés, En outre fort embarassés, Pour trouver un lieu de pitance; Car tous les deux, ignorant le français, Aux paysans parlaient anglais; Les manans ne surent jamais Aucun autre langage, Que celui qu'on parle au village; Cependant le curé plus sage, Reconnoissant à leur baragouinage Qu'ils avaient besoin de manger, Et qu'ils cherchaient à se loger, Lors par le bras vous les prend et les mène A l'auberge la plus prochaine. L'hôte les voyant arriver, Et désirant chez lui les conserver, Les saluant, en suivant sa marotte, Il leur fait signe de s'asseoir, Puis bientôt appelant Javotte: Allons, dit-il, tire-moi cette botte; Près d'eux on s'empressait, oh! dame! il fallait voir: Chacun était jaloux de bien remplir sa tâche; Mais en voulant tirer trop fort, La Javotte fait un effort, Et devant tout le monde, avec grand fracas, lâche Ce qu'ordinairement avec soin chacun cache. Le pauvre maître consterné, En cas se trouvant très-peiné, Lui dit: «Puante, eh bien! que veux-tu que l'on dise »De notre honnêteté chez messieurs les Anglais? —Mais qu'est-ce que ça fait, dit-elle avec franchise, Ces deux messieurs n'savont pas le français.

L'abbé de Marigny, a oublié dans son poëme sur le _pain béni_, dont j'ai donné une édition, de nous raconter l'anecdote suivante. Elle prouve que non-seulement _le Pet_ a le privilège d'égayer les sociétés, mais que les plus augustes mystères de la religion ne sont pas à l'abri de son humeur joviale et libre.

LE PET BÉNI.

Une bonne villageoise rendait le pain béni. Un cierge à la main, les barbes du bonnet et, la robe détroussées, elle était en présence du célébrant, et flanquée du bédaut. Sa timidité naturelle s'augmenta, lorsque le curé, pour payer son pain béni et son cierge, lui présenta le cul d'une assiette d'étain à baiser. La bonne dame était sourde passablement. Un PET assez ronflant qu'elle lâche, déconcerte la gravité des ministres de son culte. Curé, bédaut, enfans de chœur, suisse, enfin, chacun de ceux qui l'environne se serre les lèvres pour ne pas rire aux éclats. La bonne femme qui n'a pas fait attention à son échappée, croit que l'on rit de la petitesse de son pain béni, et dit pour s'excuser: «Ce n'est pas ma faute, Mr. le Curé: si j'avais eu du beurre et du sel, je l'aurais fait plus gros». Pour le coup, le quiproquo fut si plaisant, que chacun n'y put tenir. Le service divin fut interrompu, et bien en prit aux hommes d'église d'être obligés de se tourner vers l'autel, pour ne pas scandaliser les fidèles par leur rire qu'augmentait la contenance tranquille de la péteuse.

J'ai dit qu'un pet avait mis en fuite des sorcières: il a quelquefois eu le mérite d'épouvanter ces fiers anglais qui se croient les dieux des mers, témoin le fait suivant rapporté par un anonyme.

LE PET ET LE POLITIQUE.

Au café, de grands politiques, Parlaient entr'eux des affaires publiques; Tel à la guerre et tel à paix croyait. Toutefois chacun convenait Que la guerre serait certaine Dès le premier coup de canon. De la triste réflexion Les pauvres gens très-fort en peine, Pour mieux penser à cet objet, Gardaient le plus profond silence. Un d'eux qui, par ennui, de bien bon cœur dormoit, Se retourne, s'agite, et lance un ferme pet. Oh! parbleu, de ce coup je déserte de France, Dit un milord, qui là pour lors était; Vous l'avez entendu? l'hostilité commence.

Non-seulement le Pet est le père de la gaîté, mais ce qui doit encore le rendre recommandable aux républicains, il est celui de l'égalité. Il rapproche les distances que l'orgueil a mises entre le maître et le valet. Il rend le premier affable et donne de l'esprit au second.

Un noble voulant s'amuser aux dépens de son laquais et l'embarrasser, leva la cuisse et donna l'essor à un gros PET; puis s'adressant à son domestique qui était présent: Cours après ce fuyard, dit-il, et rapporte-le moi, mort ou vif. Vite, dépêche-toi, il me le faut. Le valet, d'abord embarrassé, prend enfin son parti; il sort et rentre un moment après.—Je l'ai trouvé, not' maître. En même-tems s'approchant de lui, lâche un pet qui valait bien le premier, et lui dit: Le voilà! le gentilhomme fronce le sourcil d'abord, et finit par rire à gorge déployée. Je n'en finirais pas, et je ferais un volume _in-folio_, si, nouveau _Calmet_, ou _Montfaucon_, je me livrais aux recherches des traits historiques anciens et modernes, sur le pet. En voici un assez piquant.

Un jour, entre la poire et le fromage, des citoyens qui ne comptaient des jours de leur vie que ceux qu'ils passaient à rire, proposaient diverses questions à résoudre. Un prêtre de Louvain, nommé Antoine, et un autre aussi plaisant que lui, agitaient la question de savoir quelle est la plus noble partie du corps humain. Celui-ci nomme les yeux. Celui-là le cœur. L'un dit que c'est le cerveau, tel autre dit autre chose, et chacun motive son opinion du mieux qu'il peut. Antoine, quand ce fut son tour, dit que c'est la bouche, et se fonde sur d'excellentes raisons. Son adversaire lui répond que c'est la partie sur laquelle nous nous asseyons. On réfute son avis, il persiste et le prouve en disant que d'ordinaire c'est toujours l'homme le plus distingué de la compagnie, qui s'assied le premier, que par conséquent c'est le cul qui jouit exclusivement de ce privilège. Les convives applaudirent par de grands éclats de rire à la justesse de son avis. Antoine vaincu dissimule son humeur; mais quelques jours après, rencontrant au même endroit, son adversaire, qui causait, tandis que l'on dressait le couvert, il s'approche de lui et lui lance le pet le plus vigoureux. Celui-ci se fâche. Va-t'en plus loin, vilain puant, lui dit-il, où diable as-tu appris à vivre?...—Chez toi, répond Antoine, en riant. Tu te fâches! eh pourquoi? si je t'avais salué de la bouche, tu me l'aurais rendu bien poliment; et parce que je te salue, avec la partie que toi-même as dit être la plus noble du corps humain, tu me traites de cochon! je suis plus poli que toi qui ne me le rends pas. Ainsi, Antoine, qui avait été vaincu dans la première occasion, eut cette fois tous les rieurs de son côté.

L'ingénieux St.-Evremont, ayant eu le malheur de faire un PET, en présence de sa maîtresse, obtint son pardon, en lui envoyant les stances suivantes.

Unique objet de mes désirs, Philis, faut-il que mes plaisirs Pour rien se changent en supplices, Et qu'au mépris de votre foi Un pet efface les services Que vous avez reçus de moi?

Je sais bien, ô charmant objet, Que vous avez quelque sujet D'être pour moi toute de glace; Et je confesse ingénument, Puisque mon cul fait ma disgrace, Qu'elle n'est pas sans fondement.

Si pourtant cette extrême amour, Dont j'eus des preuves chaque jour, Pour un pet s'est changée en haine, Vous ne pouviez jamais songer A rompre une aussi forte chaîne, Pour un objet aussi léger.

S'il est vrai qu'on n'ose nier La porte à chaque prisonnier, Alors que la princesse passe: Ce pet pouvait avec raison, Vous demander la même grâce, Puisqu'il se voyait en prison.

S'il ne s'est pas fort bien conduit, S'il a fait quelque peu de bruit, Lorsqu'il se fraya cette voie, C'est qu'il était si transporté Qu'il fit en l'air un cri de joie, En recouvrant sa liberté.

Hélas! quand je viens à songer A ce sujet faible et léger Qui cause mon malheur extrême, Je m'écrie en ma vive ardeur: Fallait-il me mettre moi-même, Près de vous en mauvaise odeur?

Si pour un _pet_ fait au hasard Votre cœur où j'ai tant de part, Pour jamais de moi se retire, Voulez-vous que dorénavant Vous me donniez sujet de dire Que vous changez au moindre vent?

A ces jolis vers du délicat St.-Evremond, nous pouvons ajouter la réponse du célèbre cardinal du Perron, à Henri IV, dans une semblable circonstance. Ce prélat jouant aux échecs avec le monarque, lâcha un _pet_ en même-tems qu'il plaçait un cavalier; il fit pardonner cette liberté, en disant avec esprit: au moins, sire, ce cavalier n'est pas parti sans trompette.

C'est ainsi que le comte de Cantagnède, de la maison de Menesès en Portugal, répara par un bon mot, une liberté pareille qu'il prit un jour avec le roi Don Jean IV. Ce roi, dont il était le favori, lui donnant un coup sur la fesse, il lui péta dans la main, et le roi restant confus et piqué de ce manque de respect: Sire, répond le favori, votre majesté peut-elle frapper jamais à une porte, qu'on ne la lui ouvre incontinent? Ce mot plut autant au roi que l'action l'avait offensé.

Buchanan avait été précepteur des enfans de M. de Brassac; comme il était un jour à sa table, il lui arriva, en mangeant un potage bien chaud, de laisser aller un vent qui fit du bruit. Mais sans se déconcerter, il dit à ce vent qui était sorti malgré lui: Tu as bien fait de sortir, car j'allais te brûler tout vif.

Un abbé italien, très-sujet à lâcher des vents, se trouvant en compagnie, en fit un très-intelligible, et jouant la surprise, se retourna en parlant à son derrière.—Che impertinente, lui dit-il, che indiscreto, parler cosi alto innanzi le Donne, è interrompere scioccamente una bella conversazione. «Vous êtes un impertinent, un indiscret, de parler si haut devant des dames, et d'interrompre insolemment une belle conversation».

Un consul à qui le même accident arriva, tandis qu'il haranguait Henri le Grand, se tira aussi d'affaire avec esprit. Dès que le PET lui fut échappé, il se retourna vers son derrière: Taisez-vous, dit-il, sot que vous êtes, attendez du moins que j'aie fini. Le Prince, qui aimait la plaisanterie, trouva celle-ci fort bonne, et fut content dit harangueur.

Tous les péteurs n'ont pas eu l'avantage de donner impunément l'essor à mon héros; l'aventure que je vais raconter prouve qu'il en est qui ont trouvé des gens grossiers, qui n'étaient pas disposés à en rire comme nous.

Un homme obligé, dans un cabaret, de partager son lit avec un voyageur, l'avertit qu'il avait le ventre du monde le plus bruyant, et qu'il faisait un tintamarre épouvantable. Vous serez, dit-il, canonné toute là nuit par des vents horribles qui s'ouvrent le passage malgré moi. L'autre lui répond: mon ventre est plus modeste que le vôtre, mais il est plus traître. Vous serez incommodé toute la nuit par des vents discrets qui ne feront à la vérité aucun bruit, mais qui feront acheter chèrement leur discrétion à votre odorat. _Passe-moi l'émétique, je te passe la saignée._ Les deux coucheurs convinrent donc de se faire grâce mutuellement de leurs infirmités, mais le dernier se proposait de se mettre à l'abri de la canonnade par un stratagème. En effet, il prit un soufflet qu'il se mit entre les jambes, et dès que le premier fit jouer son artillerie, il souffla tellement le canonnier, que celui-ci fut obligé de quitter le lit, et d'aller porter sa batterie ailleurs. «O ciel, dit-il, quels vents glacés! je crois que cet homme a l'hiver dans le corps, je n'y puis plus tenir».

Un homme dans une compagnie de gens de distinction, fut très-déconcerté, lorsqu'un vent coulis éclatant, forçant la prison, publia sa honte. Au moins, dit-il, vous ne direz pas que j'ai fait un coup de ma tête.

Un autre se trouvant dans un cercle nombreux, fit la même chose, et s'écria: oh! pour celui-là, il est authentique, car c'est un pet passé par-devant notaires. En effet on remarqua, en riant beaucoup, qu'il y avait deux notaires dans la compagnie.

Une jeune et belle héritière d'une des premières maisons d'Angleterre, dansant à un bal de la cour un menuet avec un jeune officier très-pauvre, lâcha un pet, et devint très-confuse. Le jeune militaire, pour tirer la princesse d'embarras, joua la honte et parut si confus, que toute la cour fut persuadée qu'il était le coupable. Il sortit donc au milieu des ris et des huées, qu'il souffrit avec un courage digne de Curtius. Ce généreux dévouement ne resta point sans récompense. La riche héritière en fut si reconnaissante, qu'elle offrit ses attraits, ses biens immenses et son amour à ce jeune héros, qui jamais n'eût osé prétendre à ce degré? d'éclat, si un _pet_ ne lui eût fourni une si favorable occasion.

DES SIGNES ET DES EFFETS PROCHAINS DU PET.

On en compte de trois sortes; les _apodictiques_, les _nécessaires_ et les _probables_.

Les _apodictiques_ sont ceux dont la cause étant présente, annonce que l'effet ne tardera pas à se manifester. Ainsi un homme qui aura mangé des pois et d'autres légumes, des raisins, des figues nouvelles, qui aura bu du vin doux, caressé sa femme ou sa maîtresse, peut s'attendre à un signe prochain d'explosion.

Les _nécessaires_ sont ceux où un second effet résulte du premier, comme le tintamarre, la mauvaise odeur, etc.

Enfin, les _probables_ sont ceux qui ne se rencontrent pas toujours, et n'accompagnent pas ordinairement toutes les espèces de PETS, comme la contraction, le bruit ou l'aboiement du ventre, la toux et les petites ruses de chaises, d'éternuement ou de trépignements de pieds, pour ne pas être reconnu péteur. A ce propos je citerai pour exemple le moine dont il est question dans la pièce suivante:

_Inter erat rasos abdomine venter anhelo Forte olim ludi pars, Grobiane, tui. Semper erat victu que satur potu que refertus, Thura dabat mensis non adolenda diis. Postici edebant male olentia sibila folles, Multa quid? hic monachus nil nisi flatus erat. Forsitan ad mensam cum Coenobiarcha sederet, Atque unâ monachus carperet iste cibos; Ecce velut displosa sonat vesica, decori Oblitus, laxo podice grande crepat: Tum crepitus fratrum bibulas ut transvolet aures, Et strepitum pedibus dat, gravitur que screat. Hic abbas, bone frater, ait, hoc transeat iste. Et strepuere pedes et crepuere nates._

et cette épigramme citée par Rodolphe Gochlenius, sur quelqu'un qui employait la même ruse.

_Rasus erat, memini, cujus postica pet anum,_ _Fistula spirabat semper odore gravi. Forsan ut accubuit sumpturus prandia, ventris Mittebat crassum crassa sabura sonum, Atne quis missum posseœœt deprehendere bombum, En strepitum moto concitat ipse pede. Tunc strepitus non est crepitus, ridente sub ore, Increpitans ventos, Coenobiarcha refert._

Il est donc important de prévenir les jeunes gens et les vieillards, de s'accoutumer à ne point rougir, lorsqu'ils péteront, mais d'en rire les premiers, pour égayer la conversation.

On n'a point encore décidé si péter en pissant est un effet malin, ou bénin. Moi je le crois bénin, et je me fonde sur l'axiôme assez vrai qui dit:

_Mingere cum bombis res est gratissima lumbis._

En effet, pisser sans péter, c'est aller à Dieppe sans voir la mer.

Cependant, il est ordinaire de pisser avant que de péter, parce que les vents aident à la première opération en comprimant la vessie; ils se manifestent ensuite.

Comme il est des privations de tout genre, et qu'un assez grand nombre de personnes ne pètent que rarement et très-difficilement, que par conséquent il leur arrive une infinité d'accidents et de maladies, j'ai pensé que je devais écrire pour eux, et placer ici les remèdes et les moyens qui peuvent les exciter à rendre les vents qui les tourmentent. Je dirai donc en deux mots, qu'il y a deux espèces de remèdes, pour provoquer les vents, les _internes_ et les _externes_.