Éloge du pet

Part 3

Chapter 33,642 wordsPublic domain

Le PET est un vent renfermé dans le bas ventre, causé par le débordement d'une pituite attiédie, qu'une chaleur faible a atténuée et détachée sans la dissoudre; un air comprimé qui cherchant à s'échapper, parcourt les parties internes du corps, et sort enfin avec précipitation, quand il trouve une issue que la bienséance empêche de nommer. Sa définition est conforme aux règles les plus saines de la philosophie, puisqu'elle renferme le genre, la matière et la différence.

Le pet sort par l'anus et en cela diffère du _rot_, ou rapport espagnol, qui sort par la bouche, quoiqu'il soit le résultat des mêmes causes.

L'occasion se présente ici tout naturellement de parler du _rot_; il va de pair avec le _pet_, quoiqu'au rapport de plusieurs, il soit plus odieux que son analogue. Cependant on a vu à la cour de Louis XIV un ambassadeur, au milieu de la splendeur et de la magnificence qu'étalait à ses yeux étonnés l'auguste monarque français, lâcher un _rot_ des plus mâles, et assurer que dans son pays le _rot_ faisait partie de la noble gravité qui y régnait, ce qui lui a fait donner le nom de _rapport espagnol_.

Les femmes qui se serrent pour avoir la taille fine, sont sujettes à péter beaucoup, selon le médecin _Fernel_, parce que leur intestin _cœcum_ est si flatueux et si distendu, que les vents qu'il renferme font autant de ravages qu'en faisaient autrefois ceux qu'Eole retenait dans les montagnes d'Eolie; de sorte que, par leur moyen, on pourrait entreprendre un long voyage sur mer: aussi est-ce avec beaucoup de raison qu'un peintre joyeux a placé une femme entre un moulin à eau par-devant, et un moulin à vent par-derrière, auxquels elle donne en même-temps l'action de leur emploi.

Le savant auteur de _l'art de péter_ a examiné s'il fallait mesurer le PET, à l'aune, au pied, à la pinte, au boisseau, et voici la solution de ce problème, donnée par un excellent chymiste. Si en enfonçant le nez dans l'anus, de manière que la cloison du nez divisant l'anus également, fasse de vos narines une paire de balances, vous sentez de la pesanteur, en mesurant le PET qui sortira, il faut le prendre au poids; s'il est dur, c'est à l'aune ou au pied; s'il est liquide, c'est à la pinte; s'il est grumeleux, c'est au boisseau, etc. Si enfin, il est trop petit, imitez les gentilshommes verriers, soufflez au moule, jusqu'à ce qu'il ait acquis un volume raisonnable.

Les grammairiens divisent les lettres en voyelles et consonnes; comme nous faisons plus qu'eux profession de ne point effleurer la matière, mais de la faire sentir et goûter, telle qu'elle est, nous divisons les PETS en _vocaux_ et en _muets_ ou _vesses_ proprement dits.

Les _Pets vocaux_ se nomment _pétards_. On peut consulter là-dessus _Willichius Jodochus_, qui nous apprend que le _Pétard_ est un éclat bruyant, engendré par des vapeurs sèches. Il est _grand_ ou _petit_, suivant les causes et les circonstances. Le grand est _pléni-vocal_, et le petit _semi-vocal_.

La grandeur du calibre d'où il sort, les alimens venteux dont ils se nourrissent, et la médiocrité de la chaleur naturelle dans les intestins, produisent chez les paysans le _grand Pet-pétard, ce phénix des pets, semblable à l'explosion des canons, et aux pédales de l'orgue, et dont la démonstration des tonnères, par Aristophanes ne donnerait qu'une très-faible idée.

Le vrai PET ou le _pet clair_ n'a point d'odeur, mais on le confond avec le _pet muet_ ou _pet féminin_ et avec le _pet épais_ ou _pet de maçon_, qui présente le plus hideux spectacle, et de-là cette injustice que l'on fait à notre héros.

Les _pets clairs_ sont _simples_ ou _composés_. Les _simples_ consistent en un grand coup seul et momentané, Priape les compare à des outres crevées. Ils ont lieu quand la matière est abondante, composée de parties homogènes; quand la fissure d'où ils sortent est assez large et quand celui qui les pousse est robuste. Les _composés_ partent par éclats, et comme une décharge d'artillerie. On les nomme _diphtongues_ et une personne robuste peut en faire vingt, tout d'une tire.

Le pet est diphtongue, quand l'orifice est bien large, la matière copieuse, les parties inégales et mêlées d'humeurs chaudes et tenues, froides et épaisses. Alors s'opère une canonnade, où l'on distingue des syllabes diphtonguées, comme pa pa, pax, pa-pa-pa, pax, et toujours _crescendo_. Rien de plus joli, de plus récréatif que ce mécanisme des pets diphtongues, quand l'anus est assez ample, et entouré d'un _sphincter_ fort et élastique. C'est un de ces pets qui a fait fuir les sorcières dont nous avons parlé, page 40 de cette dissertation.

_Terribles effets du pet diphtongue._

Le _pet diphtongue_ est plus terrible que le tonnère. S'il ne foudroie pas, il étonne, rend les uns sourds et les autres hébêtés, et cela par l'extrême compression de l'air, qui devenu libre, ébranle tellement en sortant, les colonnes de l'air extérieur, qu'il peut détruire et arracher en un clin d'œil les fibres les plus délicates du cerveau, donner un mouvement de rotation à la tête, la faire tourner sur les épaules comme une girouette, briser à la septième vertèbre l'étui de la moëlle allongée, et par cette destruction, donner la mort. Hélas! combien de poulets tués dans les œufs, combien de fœtus avortés ou étouffés dans le sein de leurs mères, par la forte explosion du PET diphtongue! plus puissant que les exorcismes, il a plus d'une fois fait prendre la fuite au diable lui-même, et l'anecdote suivante, dont la vérité est constante, en fournit un exemple.

Le diable tourmentait depuis longtems un homme pour qu'il se donnât à lui. Cet homme ne pouvant plus résister aux persécutions du malin esprit, y consentit sous trois conditions qu'il lui proposa sur-le-champ. 1^o. Il lui demanda une grande quantité d'or et d'argent; il la reçut dans l'instant; 2^o. il exigea qu'il le rendît invisible, le diable lui en enseigna les moyens et lui en fit faire l'expérience, sans l'abandonner. Enfin, cet homme était fort embarrassé sur ce qu'il lui proposerait en troisième lieu, qui pût mettre le diable dans l'impossibilité de le satisfaire, et comme son génie ne lui fournissait point à l'instant l'expédient qu'il en attendait, il fut saisi d'une peur dont l'excès le servit par hasard fort heureusement, et le sauva de sa griffe. On rapporte que dans ce moment critique, il lui échappa un pet diphtongue, dont le tapage ressemblait à celui d'une décharge de mousqueterie. Alors, saisissant avec présence d'esprit cette occasion, il dit au diable: «Je veux que tu m'enfiles tous ces pets, et je suis à toi». Le diable essaya l'enfilement, mais quoiqu'il présentât d'un côté le trou de l'aiguille et qu'il tirât de l'autre à belles dents, il ne put jamais en venir à bout. D'ailleurs, épouvanté par l'horrible tintamarre de ce _pet_, que les échos avaient rédupliqué, confus, forcené même de se voir pris pour dupe, il s'enfuit en lâchant une vesse infernale qui infecta tous les environs, et délivra de la sorte ce malheureux du danger éminent qu'il avait couru.

Il est constant que dans tous les royaumes, républiques, villes, villages, hameaux, familles, châteaux de campagnes, où il y a des bonnes, des vieilles et des bergers, dans les livres et les histoires anciennes, il y a eu une infinité de maisons délivrées des diables, par le secours des _pets diphtongues_. Ce sont de petits _tonnères de poche_; leur vertu et leur salubrité sont actives et rétroactives, ils sont d'un prix infini; l'antiquité la plus reculée les a reconnus tels de-là ce proverbe des romains: UN GROS PET VAUT UN TALENT. Or, si l'on considère que le talent romain, valait 84 liv., 100 et 125 livres de notre monnoie, j'observerai en passant qu'un gros pet est plus lucratif qu'un beau poëme, car le tems est passé où un Alexandre donnait 480 mille écus à Aristote pour son livre de la nature des animaux. Auteurs, cessez d'écrire, puisque les arts ne vous nourrissent plus; mangez des haricots et pétez.

La nature des pets est variée à l'infini, suivant le climat, la condition, et le moral des individus. Un habile observateur les a classés de la manière suivante.

1^o. _Pets départementaux._ Ceux-là ne sont pas si falsifiés que ceux de Paris, où l'on raffine sur-tout. On ne les sert pas avec tant d'étalage; mais ils sont naturels, et ont un petit goût salin, semblable à celui des huîtres vertes. Ils réveillent agréablement l'appétit.

2^o. PETS DE MÉNAGE. Nous apprenons, d'après les remarques d'une grande ménagère de Pétersbourg, que ces pets sont d'un goût excellent dans leur primeur, et que quand ils sont chauds, on les croque avec plaisir; mais dès qu'ils sont rassis, ils perdent leur saveur, et ressemblent aux pillules, qu'on ne prend que pour le besoin.

3^o. PETS DE PUCELLE. On écrit de l'île des Amazones, que les pets qu'on y fait sont d'un goût délicieux et fort recherchés. On dit qu'on ne les trouve que dans ce pays, mais je n'en crois rien. Toutefois on avoue qu'ils sont extrêmement rares; _rara avis in terris_. Voyez le _Roman de la rose_.

4^o. _Pets de maître en fait d'armes._ Les lettres du camp près Constantinople, nous annoncent que les pets de ces escrimeurs sont terribles, et qu'il ne fait pas bon de les sentir de trop près, car, comme ils sont toujours plastronnés, on dit qu'il ne faut les approcher que le _fleuret à la main_.

5^o. _Pets de demoiselles._ Ce sont des mets exquis, sur-tout dans les grandes villes, où on les prend pour du croquet à la fleur d'orange. Ce pet est un _semi-vocal_ ou petit pet, composé d'une matière très-sèche et très-déliée, qui se portant avec douceur le long du canal de sortie, qui est fort étroit, soufflerait à peine une paille. Ce _pet_ n'allarme point les nez sensuels, et n'est point indécent comme la vesse et le pet de maçon.

6^o. PETS DE JEUNES FILLES. Quand ils sont murs, ils ont un petit goût de _revas-y_, qui flatte infiniment les véritables connaisseurs.

7^o. _Pets de femmes mariées._ On aurait un long mémoire à transcrire sur ces pets; mais on se contentera de la conclusion de l'auteur, et l'on dira d'après lui, «qu'ils n'ont de goût que pour les amans, et que les maris n'en font pas ordinairement grand cas».

8^o. _Pets de bourgeoises._ Les bourgeois de Rouen et de Caen nous ont envoyé une longue adresse en forme de dissertation, sur la nature des pets de leurs femmes. Nous voudrions bien les satisfaire, en imprimant en entier cette dissertation, mais les bornes que nous nous sommes prescrites nous le défendent. Nous dirons en général que le pet de bourgeoise est d'un assez bon fumet, lorsqu'il est bien dodu, et proprement accommodé, et que faute d'autres, on peut très-bien s'en contenter.

9^o. _Pets de paysannes._ C'est ici le lieu de répondre à certains mauvais plaisans qui ont perdu de réputation les pets de paysannes. On nous mande des environs d'Orléans, qu'ils sont très-beaux et très-bien faits; quoiqu'accommodés à la villageoise, ils sont encore de fort bon goût. On assure aux voyageurs que c'est un véritable régal pour eux, et qu'ils peuvent les avaler en toute sûreté, comme la _montmorency_, et les gobets à courte-queue.

10^o. _Pets de bergères._ Les bergères de la vallée de Tempé en Thessalie, nous donnent avis que leurs pets ont le véritable fumet du Pet, c'est-à-dire, qu'ils sentent le sauvageon, parce qu'ils sont produits dans un terrein où il ne croît que des aromates, comme le thim, le serpolet, la marjolaine, la sariette, etc., etc. Elles entendent qu'on fasse une grande différence de leurs pets avec ceux des autres bergères qui prennent naissance dans un terrain inculte: la marque distinctive qu'elles enseignent pour les reconnaître et n'y être pas trompé, c'est de faire comme on fait aux lapins de garenne, c'est-à-dire, flairer au moule.

11^o. _Pets de vieilles._ Le commerce de ceux-ci est si désagréable, qu'on ne trouve point de marchand pour les négocier. On ne prétend pourtant point pour cela empêcher personne d'y mettre le nez. Le commerce est libre.

12^o. _Pets de boulangers._ Nous recevons à leur sujet la note suivante du Hâvre; la voici telle qu'un maître boulanger de cette ville nous la transmet:

«L'effort que fait l'ouvrier en faisant sa pâte, le ventre serré contre le pétrin, rend les pets diphtongues. Ils se tiennent quelquefois comme des hannetons, de sorte qu'on pourrait en avaler une douzaine, tout d'une tîre.» Cette remarque est des plus savantes et de fort bonne digestion. Ce pet est aspiré, ou petit pet _semi-vocal_, composé d'une matière humide et obscure: pour en donner l'idée et le goût, je ne puis mieux le comparer qu'à un pet d'oie: peu importe que le calibre qui le produit, soit large ou étroit; il est si chétif qu'on sent bien que ce n'est qu'un avorton.

13^o. _Pets de potiers de terre._ Ces pets, sans contredit, sont faits au tour, mais ils n'en sont pas meilleurs. Ils sont sales, puans, et tiennent aux doigts. On ne peut pas les toucher, crainte de s'emberner.

14^o. _Pets de tailleurs._ Ils sont ordinairement de très-bonne taille et ont un goût de prunes, mais les noyaux sont à craindre.

15^o. _Pets de géographe._ Ceux-là, semblables à des girouettes, tournent à tout vent. Quelquefois cependant, ils s'arrêtent du côté du nord, ce qui les rend perfides.

16^o. _Pets de courtisannes._ Vous pouvez prendre la galerie noire du Palais-Egalité, même tout le palais et les rues environnantes, si vous voulez faire des dégustations et des expériences pneumatiques sur cette nature de pets. On en trouve d'assez drôles; leur goût est assez appétissant: ils crient toujours famine, en langue allemande: mais prenez-y bien garde, il y a beaucoup d'alliage dans cette denrée. Si vous se trouvez pas mieux, prenez-les au poinçon de Paris.

17^o. _Les pets de cocus._ Il y en a de deux sortes. Les uns sont doux, affables, mous, etc. Ce sont les pets des _cocus volontaires_; ils ne sont pas malfaisans. Les autres sont brusques, sans raison et furieux. Il faut s'en donner de garde; ils ressemblent au limaçon, qui ne sort de sa coquille que les cornes les premières. _Fœnum habent in cornu._ Heureusement les pets des cocus malgré eux sont excessivement rares, de notre siècle, qui est celui de la tolérance et de la liberté.

18^o. _Pets de savans._ Ces derniers sont précieux, non par leur volume, mais par la noblesse du foyer d'où ils sortent. Ils sont aussi très-rares, parce que les savans, rangés sur les banquettes du Palais national des sciences et des arts, à l'Institut ou aux Conseils, ne pouvant, dans une assemblée publique, interrompre une lecture importante, pour donner l'essor à un pet, sont obligés de le féminiser pour lui donner un passeport, et ne pas déranger l'ordre des travaux, des lectures et des motions. Ils sont en revanche vigoureux, quand ils sont les enfans de la solitude et de la liberté, car les savans de nos jours mangent plus de fèves que de poulardes.

Quant aux petits auteurs, comme moi, nous avons carte blanche dans le cabinet; nous nous égayons par la bruyante harmonie du pet diphtongue; elle nous fournit des idées, dans la composition de l'ode, et son bruit se mêle agréablement à l'emphase avec laquelle nous récitons nos vers. Le célèbre Boursault fit certainement beaucoup de jolis pets, et les regarda avec beaucoup d'attention, pour les peindre avec autant de vérité et de goût, qu'il l'a fait dans son _Mercure galant_. Certes, il était plein de son sujet, quand il fait si bien dire à mon héros:

Je suis un invisible corps, Qui de bas lieu tire mon être; Et je n'ose faire connoître; Ni qui je suis, ni d'où je sors. Quand on m'ôte la liberté, Pour m'échapper, j'use d'adresse, Et deviens femelle traîtresse, De mâle que j'aurais été.

19^o. _Pets de commis._ Après ceux des fournisseurs de la république, ceux-ci sont les mieux nourris, et font honneur à la cuisine de leurs auteurs. Aussi m'est-il arrivé plus d'une fois en fréquentant les bureaux, d'entendre des salves de pets, dont les plumitifs indolens et désœuvrés s'amusent à se saluer réciproquement. C'est à qui développera la plus belle et la plus sonore basse-taille. C'est un concert brillant et bien soutenu. Si ces messieurs n'ont rien de mieux à faire, ils ont raison, il faut égayer l'ennui d'un bureau, et il vaut mieux péter pour tuer le tems, que de médire, de faire des libelles, ou de mauvais vers. D'ailleurs, j'ai amplement démontré les inconvénients terribles qu'occasionnerait la crainte de péter; et je ne puis trop louer ceux des commis laborieux qui, plus sages que Métroclès, dont j'ai parlé ci-dessus, aiment mieux passer pour grossiers, en lâchant le captif, que d'interrompre leur besogne, en allant péter dans le corridor, car un proverbe dit: «il vaut mieux péter en compagnie, que de crever dans un petit coin».

L'anecdote suivante prouvera avec quelle sévérité mon héros punit ceux qui veulent s'opposer à ce qu'il jouisse du droit imprescriptible de citoyen français, libre et philosophe.

LES TROIS ACCIDENS[12].

Trop de crainte nous perd. Sans exorde plus ample, Je vais en donner un exemple.

Nicette tenait dans sa main

Un œuf frais qu'elle allait porter à sa grand'mère Le verglas qui couvrait la terre La faisait chanceler tout le long du chemin. Plus elle craint et moins elle est légère; Certain vent importun alors la tourmenta, Vent qu'elle eût bien voulu lâcher à la sourdine; Elle apperçoit qu'on l'examine, Et jusqu'au blanc des yeux le rouge lui monta. Le malheur fut complet par défaut d'assurance, Il survint un ruisseau qu'il fallut enjamber; Nicette lève un pied, glisse, perd la cadence, Et serrant bien les poings pour faire résistance, PÉTA, créva son œuf, et se laissa tomber.

20^o. _Pets d'acteurs et d'actrices._

J'ai déjà dit qu'ils ne paraissaient point sur la scène, mais puisqu'on y fait paraître des chevaux, il est probable qu'on leur accordera le même privilège: jusqu'à ce moment, ils s'y trouvent incognito et de contrebande, comme ceux des savans, en changeant de sexe. Notre théâtre offre tous les jours des innovations si heureuses dans le tragique, que je ne serais pas surpris d'entendre une pétarade arrangée par _Méhul_, _Gossec_ et _Chérubini_.

LE PET DU VILAIN.

Rutebeuf, le plus célèbre parmi les Trouvers Picards, celui d'entr'eux qui paraît avoir eu le plus d'esprit et d'imagination, n'a pas dédaigné de prendre la défense du PET, dans un tems où l'orgueil de la chevalerie, et la tyrannie féodale, accablaient de mépris les gens de la campagne. Voici ce qu'il raconte:

«Un villageois, malade d'une indigestion, est à toute extrémité: Satan, selon sa coutume, envoie saisir l'ame, mais par dédain pour un objet si peu important, il n'emploie à cette vile fonction que le plus simple de ses satellites. Celui-ci n'imaginant pas que l'ame d'un _Vilain_ dût sortir par le même passage que celle des autres, attache un sac à la porte opposée; tout-à-coup une crise heureuse (le secours du dieu PET,) soulage le malade. Le sot député voyant le sac se remplir, le lie promptement et va le porter à son souverain; mais Satan maudissant cette ame infecte, jure de n'en jamais recevoir qui ait habité un corps de vilain.

Or maintenant, ajoute Rutebeuf, malheureux sur la terre, chassés du ciel, rebutés des enfers, je vous le demande, Messieurs, où iront ces infortunés?...»

Ce conte de Rutebeuf mérite d'être cité, quoiqu'il ne soit pas de la bonne compagnie; il montre combien il a fallu d'efforts et de philosophie pour ramener les hommes au respect qu'ils doivent à la classe utile et respectable des cultivateurs.

Parmi les écrivains anciens et modernes, qui ont écrit sur le _pet_ et qui lui ont rendu les honneurs qu'il mérite, on peut citer _Bebelle_, _Frischlin_, _Marot_ et _St.-Evremond_. L'aimable philosophe St.-Evremond avait du PET une idée bien différente de celle que s'en fait le vulgaire. Il l'appellait un soupir, et disait un jour à sa maîtresse, devant laquelle il avait fait un PET:

Mon cœur outré de déplaisirs, Etait si gros de ses soupirs, Voyant votre humeur si farouche; Que l'un d'eux se voyant réduit A n'oser sortir par la bouche, Sortit par un autre conduit.

L'immortel _Clément_ MAROT n'a pas dédaigné de travailler sur le _cul_, sur le _pet_ et sur la _vesse_. Si je ne craignais de donner à ce volume, trop d'étendue, (car j'ai encor d'autres choses à vous dire) je rapporterais ici ses vers, mais pour ne pas remplir mon livre de l'esprit des autres, je vous prie de voir, pour ce qui regarde le cul, les blasons 24. et 34. tom. 3. édit. de la Haye, 1791. _in-12._, le blason 35., pour le pet et la vesse, et le blason 24. si vous êtes curieux d'y voir le c..

Parler du _pet_ sans parler du cul, c'est décrire Rome sans parler du Capitole, il faut donc que je fasse son éloge en deux mots. Il est certainement la plus noble partie du corps, puisqu'il a l'honneur de se coucher le premier. C'est le cul qui répare tous les malheurs du corps. C'est par lui que toutes les humeurs et venins sont purifiés, et que l'on est rendu à la vie. La partie la plus essentielle de l'homme, c'est le cul. On peut vous crever un œil, et même tous les deux, sans que cela vous empêche de vivre. On peut vous couper les bras et les jambes; on peut vous faire l'opération qui rendit Abailard moine, on peut vous boucher les oreilles, et vous n'en vivrez pas moins, mais si on vous bouche le cul, je vous défie de vivre seulement quatre jours. Le supplice le plus cruel inventé par un tyran de l'Asie était de faire attacher un esclave sur une selle, en lui bouchant le derrière, et de le laisser dans cette posture, en lui donnant force à manger, jusqu'à ce que cette constipation forcée l'eût suffoqué lentement. Voyez le _Podicis encomium_, page 348 de _l'Amphitheâtrum sapientiæ Socraticæ_, par _Gasp. Dornavius_.

QUESTION CHYMIQUE.

_Esprit de pets pour enlever les taches de rousseur._

On demande s'il est possible en chymie de distiller un pet et d'en tirer la quintessence. On a décidé pour l'affirmative, et il n'y a point de doute que le cit. Quinq... si fameux par ses lampes, sa crème de tartre, ses eaux odontalgique et virginale, etc., n'obtienne les plus satisfaisans résultats de la distillation d'un PET.

Il vient tout récemment de reconnaître, après un long travail, que le pet est de la classe des esprits. Après avoir eu recours à son alambic, voici comme il procéda.