Écrits spirituels de Charles de Foucauld
Part 9
_Lundi, 3 h. du matin._--Mon Seigneur Jésus, merci de m’avoir éveillé, merci de m’avoir appelé pour veiller avec Vous, entre la Sainte Vierge et sainte Magdeleine. Que Vous êtes bon!... Tout sommeille encore, à la maison et au dehors! Seul Vous veillez avec votre Mère et Votre adoratrice fidèle... oh! que Vous êtes bon, mon Dieu, de m’avoir fait lever et appelé à veiller, avec Vous, entre elles!... Vous, êtes silencieux, à genoux; Vous priez votre Père, Vous Le contemplez, Vous Lui offrez ces hommes pour lesquels Vous êtes venu sur la terre; ceux qui Vous entourent d’abord, puis tous les autres, présents et futurs... Votre Mère et sainte Magdeleine sont à genoux près de Vous, bien près de Vous, contre Vous, un peu en arrière, de manière à Vous voir, et elles Le contemplent en Vous, elles ne Vous perdent pas des yeux: muettes, elles Vous adorent intérieurement, et leur âme s’abîme en Vous, en un amour et une adoration sans fin. Leur cœur est partagé entre la jouissance et la douleur: tantôt elles jouissent profondément de se sentir si près de Vous, seules avec Vous, de Vous posséder, de Vous avoir si près d’elles dans cette solitude et ce silence, pendant ces heures de calme, de paix et de prière... tantôt une vision sanglante passe devant leurs yeux, et elles se disent douloureusement: dans vingt-cinq jours, où sera-t-Il? Entre ses bourreaux, lié, souffleté, frappé, et, quelques heures après, tout ce Corps bien-aimé, que nous adorons si doucement, ne sera plus qu’une plaque de sang. Il sera cloué à une croix, et Il mourra!... Et alors, votre douleur, ô ma Mère, ô Magdeleine, est grande comme la mer; vos yeux se mouillent, et, anges de paix, vous pleurez amèrement... O ma Mère, Mère du Perpétuel Secours et vous, ma mère sainte Magdeleine, mettez-moi entre vous pendant ces heures de veille; je vous donne mon âme, faites-lui partager vos sentiments, votre amour, vos joies et vos douleurs, faites-en ce qu’il vous plaira, je ne vous demande qu’une chose, une seule chose pour elle: servez-vous-en pour faire d’elle ce qui consolera le plus le Cœur de Notre-Seigneur!... Je me remets à vous pour toujours, ô mes mères bien-aimées; que je console Notre-Seigneur Jésus le plus possible pendant tous les moments de ma vie!...
O mon Dieu, merci d’être à Vos pieds!... _Deficit anima mea._ Que Vous êtes divinement bon! Vous m’aimez... n’est-ce pas folie de le penser?... Vous, Dieu parfait, m’aimer, moi, créature si pauvre et, hélas! si maligne, si lâche, tombant mille fois par jour; non, ce n’est pas folie, c’est vérité, c’est la vérité de Votre Cœur divin, et Votre Amour est loin de nos amours, et Votre cœur loin de nos cœurs!... Oui, c’est vérité, Vous m’aimez, tout néant et misère que je suis... Vous nous le dites, Vous daignez nous le dire, cela suffit..., mais, quand Vous ne me l’auriez pas dit, le seul fait de me faire lever, de m’appeler pour veiller avec Vous, entre Votre Mère et sainte Magdeleine, ne le prouve-t-il pas assez? Oh! mon Dieu, que Vous êtes bon! que je suis heureux! Mon Dieu je Vous aime, je Vous adore, faites-moi, mon Dieu, avec votre Mère et sainte Magdeleine, me perdre et m’abîmer dans Votre contemplation et Votre amour!...
_8 heures matin._--Nous sommes autour de Vous: la Sainte Vierge, sainte Magdeleine, les apôtres, et cet être indigne et misérable à qui Vous permettez de se tenir à Vos pieds. La chambre est close... aucun bruit du dehors n’y parvient, si ce n’est le son de la pluie. Vous ouvrez la bouche et Vous parlez, mon Dieu... tous Vous regardent, tous Vous écoutent, avec quel amour et quel soin!... Vous avez, dites-Vous, encore huit jours à passer à Ephrem, Vous en partirez mardi prochain, demain en huit, pour aller en Galilée, où Vous ne ferez que passer, car vendredi en quinze, Vous serez de retour à Béthanie, et vendredi en trois semaines, jour de l’immolation de la Pâque, ce sera aussi le jour de l’Immolation de l’Agneau de Dieu (ô Jésus, que dites-Vous?)... Pendant ces huit derniers jours de retraite, Vous allez repasser avec Vos enfants, qui font cercle autour de Vous, les principaux actes de Votre vie... Vous êtes la _voie_, la _vérité_ et la _vie_. Vous serez toujours, par Votre grâce et Vos sacrements, la _vie_ des âmes, et Vous y verserez toujours largement cette vie; quant à la _vérité_ et à la _voie_, Vous les avez données depuis trente ans, et Vous continuerez à les donner à la terre jusqu’à l’Ascension: mais alors ce sera fini; il faudra que la terre vive de souvenir, jusqu’à la fin des temps; _Vos enseignements et Vos exemples_ sont ensemble tout à la fois et la _voie_ et la _vérité_.
L’INCARNATION
«Voyez, dans cette Incarnation, l’_amour pour les hommes_, l’amour qu’a Dieu pour eux et, par conséquent que vous devez avoir à Son exemple, pour être parfaits comme votre Père céleste est parfait... Cet amour, comme il est actif, agissant, comme il est profond, Lui faisant franchir comme d’un bond la distance qui sépare le fini de l’infini, et Lui faisant employer, pour notre salut, ce moyen extérieur, inouï, l’Incarnation: Lui, Dieu, Créateur, venir vivre sur la terre...
[Le Christ]: «Voyez ce _dévouement_ aux hommes, et examinez quel doit être le vôtre... Voyez cette _humilité_ pour le bien de l’homme, et apprenez à vous abaisser pour faire le bien, à aller le premier aux âmes, comme j’ai été le premier aux âmes..., à vous faire petit pour gagner les autres, à ne pas craindre de descendre, de perdre de vos droits quand il s’agit de faire du bien aux âmes; à ne pas croire, non plus, qu’en descendant on se met dans l’impuissance de faire du bien; au contraire, en descendant on m’imite, en descendant on emploie, pour l’amour des âmes, le moyen que j’ai employé Moi-même; en descendant on marche dans _ma voie_, par conséquent, dans la _vérité_, et on est dans la meilleure place pour avoir la vie et la donner aux autres; car la meilleure place pour cela, c’est toujours mon imitation. Je me mets au rang des créatures par mon Incarnation, à celui des pécheurs par la circoncision, le baptême: _descente, descente, humilité, humilité..._, descendez toujours, humiliez-vous toujours; que ceux qui sont les premiers se tiennent toujours, par l’humilité et la disposition d’esprit, à la dernière place, en sentiment de descente et de service... _Amour des hommes, humilité, dernière place_, en dernière place tant que la volonté divine ne vous appelle pas à une autre, car alors il faut obéir: l’obéissance avant tout..., la conformité à la volonté de Dieu. Dans la première place, soyez à la dernière par l’esprit, par l’humilité; occupez-la en esprit de service, en vous disant que vous n’y êtes que pour servir les autres et les conduire au salut et que, même si vous leur commandez, vous ne faites que les servir, puisque vous ne leur commandez que dans le but de les sanctifier...
MÉDITATION SUR LA VISITATION
Évangile selon St Luc, 1, 39.
«A peine incarné, j’avais demandé à ma Mère de me porter à la maison où va naître Jean, afin de le sanctifier avant sa naissance... Je me suis donné au monde pour son salut, dans l’Incarnation... Avant même de naître, je travaille à cette œuvre, la sanctification des hommes... et je pousse ma Mère à y travailler avec Moi... Ce n’est pas elle seule que je pousse à travailler, à sanctifier les autres, dès qu’elle me possède: c’est toutes les autres âmes à qui je me donne. Un jour, je dirai à mes apôtres: «Prêchez», et je leur donnerai leur mission et leur tracerai leurs règles... Ici, je dis aux autres âmes, à toutes celles qui me possèdent et vivent cachées, qui me possèdent, mais n’ont pas reçu mission pour prêcher, je leur dis de sanctifier les âmes en me portant parmi elles en silence; aux âmes de silence, de vie cachée, vivant loin du monde dans la solitude, je dis: «Toutes, toutes, travaillez à la sanctification du monde, travaillez-y comme ma Mère, sans parole, en silence; allez établir vos pieuses retraites au milieu de ceux qui m’ignorent; portez-Moi parmi eux en y établissant un Autel, un Tabernacle, et portez-y l’Évangile, non en le prêchant de bouche, mais en le prêchant d’exemple, non en l’annonçant, mais en le vivant; sanctifiez le monde, apportez-Moi au monde, âmes pieuses, âmes cachées et silencieuses, comme Marie m’a porté à Jean...
_5 heures soir._--... Le temps passe, mon Dieu, les heures s’écoulent... encore une journée finie, encore un soir arrivé; hélas! hélas! qu’ils sont peu nombreux les jours qui Vous restent à passer ici-bas! Combien peu de soirs nous compterons encore à Vos pieds!... Dans vingt-cinq jours, où serez-Vous à cette heure? Hélas, mon Dieu, Vous ne serez plus vivant, et par quelles douleurs Vous serez sorti de la vie!... Vous êtes venu ici-bas pour nous seuls, mon Dieu... et les hommes ne Vous ont pas reçu à Votre naissance, et Vous feront sortir violemment du monde, au milieu des plus affreux tourments... C’est ainsi que la terre aura reçu son Dieu, les hommes leur Sauveur et leur Créateur!... Il est vrai que c’est pour entrer dans Votre gloire que Vous quittez la terre... Et il est bien juste que Vous cessiez d’être l’homme des douleurs pour être le Roi de gloire... Mon Dieu, par quel débordement de tourments allez-Vous passer, avant de prendre Votre place à la droite de Votre Père!... Quand Vous êtes entré dans le monde, on ne Vous a pas reçu: toutes les portes de Bethléem se sont fermées à Votre naissance... Vous étiez à peine né depuis quelques jours, qu’on Vous a poursuivi pour Vous faire périr... Pendant les trente années qui ont suivi, Vous n’avez trouvé la paix qu’à condition de Vous cacher, ou en pays étranger ou dans Votre petite ville, perdue dans la montagne, ensevelie dans le silence et dans l’abjection... Dès que Vous êtes sorti du silence, on Vous a persécuté: les premiers, Vos concitoyens, ont voulu Vous mettre à mort, et, depuis trois ans que Vous prêchez, ce ne sont que menaces de mort de toutes parts, et voici que Vous allez permettre qu’on en vienne à l’effet. Voilà comment la terre a reçu son Dieu! Et Vous ne l’avez pas maudite, mon Dieu, et Vous la quitterez en la bénissant! Et Vous la bénissez chaque jour, et Vous la bénirez des millions de fois chaque jour, jusqu’à la consommation des siècles. Et Vous la comblez, et continuez toujours à la combler de grâces insignes...; Vous reviendrez en elle, non seulement Vous reviendrez, mais Vous serez en elle jusqu’à la consommation des siècles, et non seulement en un endroit, mais en une foule de lieux!... Mais, maintenant, c’est l’heure du départ qui va sonner. Mon Dieu, merci d’être à Vos pieds!... Merci de cette grâce que Vous me faites de partager avec la Sainte Vierge, sainte Magdeleine, Vos saints Apôtres, Votre dernière retraite, Vos derniers voyages et Vos derniers jours!...
LA NATIVITÉ
Évangile selon St LUC, 2, 7.--«Et elle enfanta son fils premier né; elle l’enveloppa de langes et le coucha dans une crèche...»
«Je suis né, né pour vous, né dans une grotte, en décembre, dans le froid, l’abandon, au milieu d’une nuit d’hiver, dans une pauvreté inconnue des plus pauvres, une solitude, un délaissement uniques au monde... Qu’est-ce que je vous apprends, mes enfants, par cette naissance?... _à croire à mon amour_, Moi qui vous ai aimés jusque-là... à espérer en Moi, Moi qui vous aime tant;... je vous apprends le _mépris du monde_ dont je fais si peu de cas, _la pauvreté, l’abjection, la solitude, l’humilité, la pénitence_;... je vous apprends à m’aimer, Moi si aimable, qui ne me contente pas de me donner au monde dans l’Incarnation, de le sanctifier invisiblement dans la Visitation, non, cela ne suffit pas à ma tendresse; dès ma naissance, je me montre à vous, je me donne à vous complètement, je me mets entre vos mains. Désormais, vous pourrez me voir, me toucher, m’écouter, me posséder, me servir, me consoler: aimez-Moi, aimez-Moi, Moi que vous avez si près de vous, qui me donne tellement à vous, qui suis si aimable; Moi qui, par une bonté inouïe, ne me donne pas à vous, à ma naissance, pour quelques jours, pour quelques années, mais qui suis entre vos mains pour y être désormais jusqu’à la fin des temps... Considérez ce bonheur infini que je vous donne par ma naissance, de pouvoir _me servir_, me servir en servant l’Église, me servir en servant le prochain, me servir, Moi, vivant là, près de vous, dans le Tabernacle... Non seulement vous pouvez me servir, mais vous pouvez me _consoler_. J’ai vu tous les instants de votre vie à tous, dans tous les instants de la mienne, et mon Cœur humain, qui vous aime si tendrement, a joui ou souffert dans tous ces instants: joui s’ils étaient consacrés au bien, souffert s’ils étaient employés à faire le mal. Quel bonheur pour vous de pouvoir me _consoler_ en tous les instants de votre vie!... et puis, en me faisant si petit enfant, enfant si doux, je vous crie: _confiance! familiarité!_ n’ayez pas peur de Moi, venez à Moi, prenez-Moi dans vos bras, adorez-Moi! Mais, en m’adorant, donnez-Moi ce que demandent les enfants: des baisers; ne craignez pas, ne soyez pas si timides devant un petit enfant si doux, qui vous sourit et vous tend les bras. Il est votre Dieu, mais Il est plein de douceurs, et de sourires, ne craignez pas. Soyez toute tendresse, tout amour et toute confiance... Je vous dis aussi: obéissance!... Obéissance non seulement _directement_ à Dieu, mais aussi _indirectement_ à Dieu, en obéissant, en vue de Lui et comme à Lui-même, à ceux qu’Il vous donne comme précepteurs: parents, supérieurs ecclésiastiques, directeurs de conscience, supérieurs de toute espèce, chacun dans la mesure où Dieu vous dit de lui obéir!...
LA CIRCONCISION
St LUC, 2, 21. «Le huitième jour où l’enfant devait être circoncis étant arrivé...»
«J’ai voulu être circoncis, et j’ai voulu recevoir le nom de Jésus, Sauveur... j’ai voulu être au rang des pécheurs pour vous apprendre _l’humilité_: voyez, mes enfants, comme tous mes actes sont des leçons d’humilité; c’est que vous avez bien besoin de l’apprendre et de la pratiquer tous les jours de votre vie. C’est par l’orgueil que les anges se sont perdus, par orgueil qu’Adam est tombé..., vous serez toujours tentés d’orgueil; enfoncez-vous dans _l’humilité_; là est le salut..., aussi j’ai voulu vous en donner mille fois l’exemple: mon _Incarnation, humilité infinie, sans mesure_; ma naissance, _humilité_; tout est humilité en Moi. Je suis doux et humble de cœur.
«... Avec l’humilité, j’ai voulu, dans la circoncision, vous enseigner l’obéissance: l’obéissance parfaite à toutes les prescriptions de l’Église, grandes ou petites; obéissance sans discourir, sans arrière-pensée d’utilité propre, obéissance pour obéir.
«... J’ai voulu vous apprendre la _pénitence_, et vous donner un peu d’amour: la pénitence en embrassant cette douleur, l’amour en saisissant cette occasion de verser, dès le huitième jour de ma vie, du sang pour vous.
«J’ai voulu être appelé Jésus, d’abord parce que ce nom est la _vérité_, cette vérité que vous devez tant aimer...; ensuite parce qu’il est profondément tendre et doux, et exprime à merveille mon _amour_ pour vous; enfin, parce qu’il est propre à vous inspirer _confiance_ en Moi, à vous porter à me tendre toujours la main, comme on la tend vers son Sauveur, à vous adresser toujours à Moi avec le plus _confiant_, le plus total abandon... Et c’est ce que je veux de vous... Je me suis fait et dit cent fois votre Père... Tout en étant adoré en Dieu, je veux de vous un amour de fils et de frère: abandon, confiance...
VIE CACHÉE
LUC, 2, 39. «... Ils s’en retournèrent en Galilée, à Nazareth, leur ville.»
«Après ma présentation et après ma fuite en Égypte, je me retire à Nazareth...; là, je passe les années de mon enfance, de ma jeunesse, jusqu’à 30 ans... C’est encore pour vous, _pour votre amour que j’y suis_... Quelle est cette vie? C’est pour votre instruction que je la mène: pendant ces trente ans, je ne cesse de vous instruire, non par des paroles, mais par mon silence et mes exemples. Qu’est-ce que je vous apprends? Je vous apprends d’abord qu’on peut faire du bien aux hommes, beaucoup de bien, un bien infini, un bien divin, sans parole, sans sermon, sans bruit, dans le silence et en donnant le bon exemple... Quel exemple?... Celui de la piété, des devoirs envers Dieu amoureusement remplis, de la bonté envers tous les hommes, de la tendresse envers ceux qui nous entourent, des devoirs domestiques saintement accomplis; de la pauvreté, du travail, de l’abjection, du recueillement, de la retraite, de l’obscurité d’une vie cachée en Dieu, d’une vie de prières, de pénitence, de retraite, toute perdue et abîmée en Dieu. Je vous apprends à vivre du travail de vos mains pour n’être à charge à personne et avoir de quoi donner aux pauvres, et je donne à ce genre de vie une beauté incomparable..., celle de mon imitation...
«...Tous ceux qui veulent être parfaits... doivent vivre _pauvrement_, dans l’imitation la plus fidèle de ma pauvreté de Nazareth... Combien je prêche à Nazareth l’_humilité_, en passant trente ans dans ces obscurs travaux; _l’obscurité_ en restant 30 ans si inconnu, Moi, la lumière du monde; _l’obéissance_, Moi qui ai été soumis pendant trente ans à mes parents, saints sans doute, mais hommes, et je suis Dieu!... Comment pourriez-vous, après m’avoir vu si obéissant pendant longtemps à ceux à qui je ne devais aucune obéissance, dont j’étais le Maître Souverain, le Créateur et le Juge, refuser une _obéissance parfaite_ à ceux dont, Moi, votre Dieu, je vous dis: «Qui les écoute m’écoute»?
_Quel mépris des choses humaines_, des grandeurs humaines, des manières mondaines, de tout ce qu’estime le monde: noblesse, richesse, rang, science, intelligence, réputation, considération, distinction mondaine, belles manières!... Combien je repousse tout cela loin de Moi, pour ne laisser voir en Moi qu’un très pauvre ouvrier, vivant très pieusement dans une grande retraite!...
MÉDITATION SUR LA TENTATION DE NOTRE-SEIGNEUR AU DÉSERT
St LUC, 4, 12.
«J’ai permis au démon de me tenter au désert, et cela pour vous, par amour pour vous, pour votre instruction; afin, d’abord que vous sachiez qu’on est plus tenté au désert qu’ailleurs, et que ceux qui se retirent, pour l’amour de Moi, dans la solitude, ne soient ni surpris, ni découragés par la multitude des tentations; afin qu’ensuite, vous voyiez tous que la tentation n’est pas péché, puisque Moi-même, je suis tenté... et tenté de choses monstrueuses (par conséquent vous ne devez ni vous attrister, ni vous décourager quand vous êtes tentés, ni dédaigner vos frères, ni les blâmer quand ils le sont); puis, afin que vous voyiez comment on résiste aux tentations: il faut y résister tout de suite, dès qu’elles se présentent, dès le premier instant. Un excellent moyen de les combattre, c’est de leur opposer des paroles de la Sainte Écriture, lesquelles tirent de leur origine une force divine...
_Mercredi, 3 heures du matin._--Merci, mon Dieu, de m’avoir éveillé et de m’avoir fait lever! Oh! mon Dieu, dans la tristesse, le serrement de cœur des derniers jours, la seule consolation est d’être souvent à Vos pieds, de Vous regarder sans cesse; mais, je veux oublier ma consolation, mon Dieu, je ne veux rien faire pour elle, mais tout pour la Vôtre; la Vôtre aussi, mon Dieu, c’est que Vos enfants soient le plus possible autour de Vous. Vous nous dites, sinon à tous, du moins à beaucoup et certainement à moi (et que je Vous en remercie!): «Veillez et priez avec Moi». Sainte Vierge, sainte Magdeleine, mettez-moi entre vous aux pieds de Notre-Seigneur... Faites-moi Le regarder, Le prier avec vous, tenez nos yeux, notre esprit et nos cœurs éveillés!... Tout repose au dehors... Voici Jésus devant nous; Il prie, Il adore Son Père, Il prie pour les hommes, Il nous regarde de temps en temps, doucement, pour nous encourager, sans sortir de Sa prière. Mon Dieu, je Vous adore!... Faites-moi passer cette fin de nuit, cette journée, toutes mes nuits, tous mes jours dans Votre contemplation et Votre amour!... O mon Dieu, Vous êtes là, Vous êtes devant moi, que voulez-Vous que je pense, que je Vous dise du fond du cœur?
--Je ne te demande pas de beaucoup penser, mais de beaucoup aimer, me répond Votre Esprit, adore-Moi et aime-Moi; regarde-Moi, dis-Moi et répète-Moi sans cesse que tu m’aimes, que tu te donnes à Moi, que tu veux que tous mes enfants m’aiment et se donnent à Moi.
--Tout dort, tout repose! O merci, mon Dieu, de m’avoir appelé à Vous adorer, à Vous aimer! tenez mes yeux ouverts et ouvrez les portes de mon âme: faites-moi me perdre et m’abîmer dans Votre contemplation, Votre adoration, Votre amour...
MÉDITATION SUR LA VIE PUBLIQUE
St LUC, 4, 42.
[Notre-Seigneur]: «C’est ainsi que j’ai passé devant vos yeux les trois ans de ma vie publique, passant les jours tout entiers à instruire et à guérir, à faire le bien, aux âmes d’abord, aux corps ensuite. Et, le soir, que faisais-je? Le soir, je me retirais loin de cette foule à laquelle je m’étais si pleinement consacré le jour, et, cherchant la solitude, je m’enfermais avec vous dans une maison hospitalière, ou bien, j’allais dans la montagne, sur quelque sommet désert, et je passais la nuit en prière..., de toute manière, je passais la nuit dans le recueillement, le silence, à l’écart des foules, dans la veille et la prière... C’est l’exemple que je vous laisse. C’est pour vous que j’ai agi ainsi: Moi qui suis assez fort, assez maître de Moi pour être partout comme seul avec mon Père, puisque je Le vois sans cesse, je suis toujours avec Lui, je n’ai besoin ni de solitude pour me recueillir, ni de silence pour Le prier, ni de prières particulières pour m’unir à Lui. Au milieu des foules, en parlant, je suis aussi uni à Lui que dans la plus profonde solitude. Je n’ai pas besoin de méditer pour Le connaître, car je Le connais; je n’ai pas besoin de me fortifier par Sa contemplation, car je suis divinement fort... Je n’ai besoin ni de solitude, ni de veille, ni de silence, ni de prière, car, au dedans de Moi, la prière est continuelle et parfaite... C’est pour vous donner l’exemple que j’ai passé tant de nuits dans une veille solitaire, à prier mon Père, sous le ciel étoilé ou dans le secret d’une chambre close... Puisque je fais tout pour vous tous, aimez-Moi donc et aimez-vous les uns les autres... Et suivez mes exemples; prenez un sommeil aussi court que possible, et passez la plus grande partie que vous pourrez de vos nuits à veiller dans le recueillement et le silence, en priant, en contemplant, en vous abîmant en Dieu...»
LA DÉFENSE DES DISCIPLES
St LUC, 5, 32.
«Souvenez-vous, mes petits enfants, comme je vous ai défendus, chaque fois que les Pharisiens vous faisaient des reproches ou cherchaient à vous embarrasser par leurs questions. Faites de même... Défendez les bons contre les méchants, les faibles contre ceux qui les oppriment injustement. Je vous ai défendus, par amour pour vous et par amour pour tous les hommes, pour vous personnellement, pour vous porter à m’aimer par reconnaissance, à aimer votre prochain par l’imitation de ce que je faisais, pour vous délivrer d’un mal prochain, d’un danger ou d’une peine qui vous menaçait pour vous donner l’exemple et vous _apprendre à défendre vos fils_, vos enfants spirituels, tous les innocents, tous les opprimés, comme je vous ai défendus... Ai-je jamais manqué à ce devoir de défendre ceux qu’on attaquait injustement? Jamais, et je n’y manquerai pas jusqu’à mon dernier soupir... Je défends ceux qu’on attaque, même contre vous, contre mes amis; je défends Magdeleine contre sa sœur... Je suis fidèle et je ne vois jamais attaquer mes amis sans prendre aussitôt leur défense. Faites de même, c’est une œuvre de charité, une des marques de l’amour que vous devez avoir pour le prochain...»