Écrits spirituels de Charles de Foucauld
Part 10
_Jeudi, 3 heures du matin._--... Oh! qu’il est doux d’être à Vos pieds, entre la Sainte Vierge, sainte Magdeleine, parmi Vos saints Apôtres qui, eux aussi, se sont levés et veillent silencieusement, Vous regardant et priant!... Les heures passent, et Vous priez toujours, Vous contemplez Votre Père, et Vous Le priez pour Vos enfants... Cette dernière prière est courte, car elle est toujours exaucée et toute-puissante: Votre Père vous écoute toujours, Il fait tout ce que Vous voulez, et Vous ne demandez que ce qu’Il veut; aussi un mot Vous suffit pour demander. Vous lui mettez les choses devant les yeux par un simple mouvement de l’âme, priant, en peu de paroles, Celui qui exauce pleinement toutes Vos paroles, et avec qui Vous ne faites qu’un... Mais, la contemplation de Ses beautés est longue, en Vous l’acte d’amour dure longtemps..., cette contemplation est amour; cette adoration, l’éternité tout entière ne Vous sera pas de trop pour Vous y livrer: elle remplira pour Vous les siècles éternels: aussi les heures d’une nuit sont bien peu de chose et passent comme un éclair dans cette céleste occupation... Vous contemplez Dieu, immobile, tantôt à genoux, tantôt assis, promenant de temps en temps un regard tendre sur ces enfants de Dieu serrés autour de Vous et sur leurs anges gardiens qui Vous adorent. Vous contemplez Dieu; Marie, Magdeleine, les Apôtres Le contemplent aussi, car ils Vous regardent: leurs yeux ne se détachant pas de leur Bien-Aimé. Ils prient en silence, les yeux fixés sur Vous, Vous, le Tout de leur âme, dont le pâle et doux visage est faiblement éclairé à la pâle lumière d’une petite lampe. Ils Vous regardent, et la plupart se perdent dans cette contemplation muette, s’abîmant à Vos pieds sans autres pensées, mais Vous regardant et Vous adorant avec tout l’amour de leur cœur. Quelques-uns sentent, en Vous regardant, s’élever de douloureuses pensées dans leur âme... Ce Jésus Bien-Aimé, ce Dieu béni, ce Maître chéri, combien de temps Le verrons-nous encore parmi nous? Combien de nuits passerons-nous encore ainsi, à Ses pieds, dans cette douce prière? Dans trois semaines, à pareille heure, il Lui restera un jour et demi à vivre. O douleur des douleurs! Et, douleur mille fois plus grande, au milieu de quels tourments sortira-t-Il de cette terre qui ne L’a pas reçu, qui Le chasse, qui n’a eu pour Lui, toute sa vie, que des persécutions? Oh! mon Dieu, si Vous avez tant d’ennemis et de bourreaux et si peu d’amis, faites du moins que Vos amis soient fidèles, qu’ils soient courageux, ardents à Votre service, ne reculant devant rien de ce qui peut Vous plaire, devant rien de ce qu’il Vous est agréable qu’ils fassent, mais qu’ils soient prêts à tout pour Votre amour et Votre service!...
GUÉRISON DE L’HOMME A LA MAIN DESSÉCHÉE UN JOUR DE SABBAT
St LUC, 6, 10.
Jésus: «Souvenez-vous du _courage_ avec lequel, au milieu même de mes ennemis pendant même qu’ils complotaient pour me perdre, j’ai proclamé, à leur face, la criant bien haut, la doctrine de vérité, et ces vérités mêmes que je savais leur être les plus odieuses, les plus insupportables... Souvenez-vous avec quel courage j’ai fait devant eux, au milieu d’eux, ces miracles, ces guérisons, ces actes qui les transportaient de rage et leur faisaient jurer ma mort... Je l’ai fait pour vous, pour votre bien, afin de prêcher la vérité bien haut et afin de donner, à tous les hommes, une leçon de _courage_ dans l’accomplissement de la charité, et dans l’accomplissement des devoirs religieux en particulier; afin de donner, aux pasteurs des âmes, une leçon de courage dans la prédication. Ne cachez pas la vérité, quoi qu’il doive vous en coûter; si vous en êtes martyrs, tant mieux: vous régnerez plus tôt avec Moi dans la maison de mon Père... Mais, souvenez-vous de l’exemple que je vous donne. Je suis la lumière, je n’ai pas le droit de me mettre sous le boisseau: il faut que j’éclaire les hommes, même malgré eux, jusqu’à ce que mon Père fasse sonner l’heure de mon repos; vous de même, vous qui êtes pasteurs d’âmes; je vous ai mis sur le chandelier: vous êtes obligés d’éclairer les hommes, qu’ils le veuillent ou non; vous êtes obligés de semer la semence que je vous ai confiée, de crier sur les toits la doctrine que je vous ai confiée à l’oreille. Criez, semez, prêchez; faites-le pour m’obéir; faites-le avec une joie d’autant plus douce qu’en le faisant, non seulement vous m’obéissez, mais vous m’imitez... Qu’on vous écoute ou qu’on ne vous écoute pas, prêchez toujours, et priez toujours pour que vos paroles rapportent du fruit; si elles n’en rapportent pas, continuez sans tristesse ni découragement, avec une certaine joie de cet insuccès, puisque, n’ayant pas de succès, vous partagez mon sort...
LES BÉATITUDES
«Bienheureux ceux qui auront la pauvreté d’esprit; qui, non seulement rejettent les biens matériels, ce qui est le premier degré, mais montent bien plus haut et vident complètement leur âme de tout attachement, de tout goût, de tout désir, de toute recherche qui n’a pas Moi pour but... Cette pauvreté d’esprit fait le vide complet dans l’âme, la vidant et de l’amour des choses matérielles, et de l’amour du prochain, et de l’amour de soi-même, chassant d’elle tout, tout, et n’y laissant qu’une place entièrement vide que j’occupe tout entière... Moi, alors, je leur rends divinisé cet amour des créatures matérielles qu’ils ont chassé de leur âme pour me donner la place entière... Ils ont chassé de leur âme ces amours; seul, j’occupe leur âme vide de tout et pleine de Moi; mais en Moi, en vue de Moi, ils recommenceront à aimer toutes ces choses, non plus pour eux, ni pour elles, mais pour Moi: ce sera la charité ordonnée. Ils aimeront toutes les créatures pour Moi, et ils n’en aimeront aucune pour elle, car ils me doivent tout leur amour, ils doivent se perdre en Moi, et n’avoir rien que par Moi et pour Moi, l’amour comme le reste. Bienheureux ceux qui seront si pauvres d’esprit, si vides de tout, si pleins de Moi!...
«Bienheureux ceux qui ont faim! ceux qui ont faim de justice, du règne de la justice sur la terre, de mon règne sur la terre, de ma gloire; faim de me voir glorifié par toutes les âmes; faim de voir ma volonté parfaitement accomplie par tous les êtres!... Ayez donc toujours cette grande faim de la justice, de voir la justice parfaitement accomplie, et par vous-même et par tous les hommes; la faim de voir la volonté de Dieu parfaitement faite par vous et par tous les hommes; la faim de votre parfaite sanctification et de la parfaite sainteté dans tous les hommes... C’est cette faim qui presse mon propre Cœur!... Ayez-la de plus en plus, non en vue de vous, ni en vue des hommes, mais en vue de Dieu, par amour de Dieu... Bienheureux serez-vous alors! car vous serez parfaitement unis à mon propre Cœur!...
«Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu’ils sont malheureux, pauvres, en deuil, malades, souffrants du corps ou de l’âme, éprouvés de quelque manière que ce soit; bienheureux parce que ces souffrances serviront à expier leurs péchés; bienheureux parce que ces souffrances les détachent du monde, de la terre, et les portent à lever les yeux vers Moi et à s’attacher à Moi... Plus heureux encore, ceux qui pleurent leurs péchés... Plus heureux encore et encore, ceux qui pleurent de tristesse de ne pas me voir et d’être exilés dans cette vallée de larmes, loin de Moi... Encore plus heureux ceux qui pleurent mes douleurs, ma Passion, toutes les souffrances que j’ai endurées sur la terre... Et plus heureux que tous, ceux qui pleurent par pur amour, qui pleurent parce qu’ils m’aiment, sans cause distincte, qui pleurent non de douleur, ni de désir, mais seulement parce qu’en pensant à Moi, tout leur cœur se fond, et qu’ils ne peuvent retenir leurs larmes.
«Heureux ceux que les hommes haïssent et persécutent à cause de Moi! heureux, oui, car s’ils m’imitent, ils auront part à mon sort... en vraies épouses, ils partageront pleinement le sort de leur Époux... heureux, car qu’y a-t-il de plus doux que de souffrir avec ce qu’on aime?... Bienheureux, puisqu’ils auront ce double bonheur, souffrant avec leur Bien-Aimé et souffrant pour Lui... Heureux, car, par ces souffrances même, s’accroîtra leur amour pour moi: il s’accroîtra dans la mesure des souffrances qu’ils souffriront pour moi... et cet amour croissant ne sera pas passager, mais durable, il durera pendant le temps et pendant l’éternité... Oh! bienheureux ceux qui souffrent persécution avec Moi et pour Moi, et dont l’amour croît sans relâche pendant ces persécutions! Ne refusez, ne craignez jamais les peines, les haines, les persécutions souffertes pour Moi; recevez-les, au contraire, avec joie, bénédiction, action de grâce, reconnaissance à Dieu et aux hommes, en me remerciant du fond du cœur, en priant pour vos ennemis et vos bourreaux, en vous joignant, anges terrestres, à leurs anges gardiens pour me demander leur conversion, et en vous réjouissant du fond du cœur d’avoir été jugés dignes de souffrir humiliation et souffrance pour mon amour! N’oubliez pas que c’est ainsi que je traite tous ceux que j’aime d’un amour de prédilection: ainsi j’ai traité les patriarches et les prophètes, ainsi je traiterai et j’ai traité ma mère, ainsi j’ai traité mon bien-aimé père Joseph, ainsi je vous traiterai, Magdeleine, ainsi je vous traiterai, Pierre, Jean, Jacques, vous tous mes bien-aimés!... et ainsi surtout je me traite Moi-même, Moi qui dois être le premier en tout...
«Et qu’elle sera bénie la fin de ces douleurs!... Plus vous aurez aimé et souffert pour Moi en ce monde, plus vous aurez été persécutés pour Moi, et mieux vous me verrez, et mieux vous m’aimerez éternellement dans l’autre...
_5 heures du soir._--Mon Dieu parlez, Votre petit serviteur écoute: entre la Sainte Vierge et sainte Magdeleine, devant Vos Apôtres qui font le cercle, je suis là, tout petit, me blottissant, Vous regardant et écoutant...
--«Aimez vos ennemis... Bénissez ceux qui vous maudissent. Faites du bien à ceux qui vous veulent du mal... Si on vous frappe sur une joue, tendez l’autre... Si on vous arrache votre manteau, laissez prendre aussi votre tunique... Donnez à quiconque vous demande... Et si on vous prend quelque chose, ne le redemandez pas... Faites aux autres ce que vous voulez qu’ils vous fassent... Soyez miséricordieux comme votre Père Céleste est miséricordieux... Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés... Pardonnez et Dieu vous pardonnera... Ne regardez pas la paille de votre frère, mais votre poutre...»
«Tous ces commandements sont des commandements de charité, mes enfants, et ils ne peuvent vous étonner si vous comprenez bien, une fois pour toutes, que tous les hommes ne font ensemble qu’une seule et même famille dont Dieu est le Père commun, Créateur, Conservateur, Père de tous de la même manière: Il aime tous les hommes incomparablement plus que le père le plus tendre n’aime ses enfants... Et il veut que, parmi ces fils et ces fidèles, tous, sans exception si tendrement aimés, règne cette concorde, cet amour, cette tendresse, au besoin cette indulgence et cette douceur toujours prête à céder, qu’un tendre père veut voir régner entre ses enfants... C’est ainsi qu’Il veut qu’on se cède les uns aux autres, que l’on s’entr’aide sans mesure, que chacun cède de son droit, loin de le réclamer jamais; qu’on cède au frère injuste pour le corriger par la douceur et maintenir la paix dans la famille, priant seulement pour lui afin qu’il se corrige... Enfin, vous le voyez, toute cette série de recommandations que je vous ai faites n’ont d’autre but que d’entretenir la paix et l’amour entre tous les frères qui composent la grande famille humaine... Gardez toujours toutes ces prescriptions, et ayez au fond de l’âme, gravé profondément, ce principe d’où toutes découlent: tous les hommes sont vraiment, véritablement _frères_ en Dieu, leur Père commun, et Dieu veut qu’ils se regardent, s’aiment, se traitent en tout, comme les frères les plus tendres.
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«Et soyez compatissants les uns pour les autres: voyez comme je suis compatissant pour vous, comme je souffre, comme j’ai pitié, compassion de toutes les douleurs, comme je soupire avec celui-ci, comme je pleure avec cet autre. J’ai compassion de leurs deuils, de leurs maladies, de leurs inquiétudes, de leur faim, de leurs faiblesses, de leur ignorance...; non seulement j’ai fait du bien aux âmes et aux corps, mais mon Cœur a une pitié, une compassion profonde pour tous les maux de l’âme et du corps... La compassion fait partie de l’amour dans tout cœur mortel et dans tout amour humain...
LA TEMPÊTE APAISÉE
St LUC, 8, 24.
«Mes enfants, quoi qu’il vous arrive, souvenez-vous que je suis toujours avec vous... souvenez-vous que, visible ou invisible, paraissant agir ou paraissant dormir et vous oublier, je veille toujours, je suis partout, et je suis tout-puissant. N’ayez jamais nulle crainte, nulle inquiétude: je suis là, je veille, je vous aime (vous ne doutez plus, j’espère, de mon amour!), je suis tout-puissant... Que vous faut-il de plus?... Tout ce qui vous arrive vous arrive par ma permission ou ma volonté, par la permission ou la volonté de mon amour, pour que vous en tiriez un grand bien, grand bien que je vous aide Moi-même à en tirer par ma grâce... Ne craignez donc rien, puisque rien ne peut vous arriver sans ma permission... ne vous affligez de rien, du moins d’une douleur qui dépasse ces mouvements de sensibilité instinctifs, prompts et passagers, qui sont des effets de la nature et des sens; mais conformez votre volonté à la mienne...
«Souvenez-vous de ces tempêtes que j’ai apaisées d’un mot, leur faisant succéder un si grand calme... Souvenez-vous de la façon dont j’ai soutenu Pierre marchant sur les eaux... Je suis toujours aussi près de chaque homme que je l’étais alors de vous, et aussi disposé à l’aider, à le secourir en tout ce qui sera pour le bien de son âme. Ayez confiance, foi, courage; soyez sans inquiétude pour votre corps et votre âme, puisque je suis là, tout-puissant, et vous aimant. Mais, n’oubliez pas que je suis là... que votre confiance ne naisse pas de l’insouciance, de l’ignorance des dangers, ni de la confiance en vous ou en d’autres créatures; non, votre situation est très grave, vous n’avez que quelques années, quelques jours pour gagner une éternité bienheureuse ou mériter le feu éternel... les dangers que vous courez sont imminents: les démons, ennemis forts et rusés, votre nature, le monde, vous font constamment une guerre acharnée; vous n’avez aucune confiance à avoir en vous-mêmes; repassez dans votre esprit vos péchés et vos années, et cet examen de votre passé vous montrera le fond que vous pouvez faire sur votre vertu, votre esprit, sur tout ce qui est vous; sur les autres, vous ne pouvez pas compter davantage; ils ne peuvent ni agir pour vous, ni vous suivre malgré vous, et, sans Moi, ils sont aussi impuissants que vous... Oh! en cette vie, la tempête est continuelle, et votre barque est toujours près de sombrer... Mais Moi je suis là, et avec Moi elle est insubmersible: défiez-vous de tout, et surtout de vous, mais ayez en Moi une confiance complète, qui bannisse l’inquiétude...»
_8 heures, soir._--Mon Dieu, voici l’heure du silence revenu. La nuit enveloppe la terre, le ciel est noir et couvert de nuages, on n’entend d’autres bruits qu’un chant lointain... Qu’il est triste, ce chant qui sort de quelque manoir mondain et qu’apporte le vent!... Comme il est faux!... Comme c’est bien le cri que pousse la nature humaine quand elle n’est pas divinisée par Vous, mon Sauveur, ce chant qui voudrait être un chant de joie et qui, malgré lui, est si plaintif, c’est bien le son des plaisirs humains qui, plus ils font d’efforts pour être joyeux, plus ils sont gros de larmes. Oh! que nous sommes heureux, mon Sauveur Jésus, d’être si loin de ce triste monde, dont à peine nous arrive, avec les rafales du vent, un écho lointain! Qu’il fait bon se serrer près de Vous, dans cette chambre bien close, entre Votre Mère, sainte Magdeleine et Vos Apôtres, Vous regarder, Vous contempler, Vous écouter, et, maintenant que la nuit s’avance, rester silencieux à Vos pieds, entre ces saintes âmes, en se perdant avec elles dans Votre contemplation!... Mon Seigneur et mon Dieu, où serez-Vous, d’aujourd’hui en trois semaines? hélas! hélas! à cette heure, aura lieu Votre repas pascal, Votre dernière Cène... à cette heure, Vous serez à quelques instants de Votre agonie, de Votre arrestation... O mon Dieu, faites-moi passer cette nuit qui, dans trois semaines, à pareil jour, sera si lamentable, de manière à Vous consoler le plus possible!...
MULTIPLICATION DES PAINS
St LUC, 9, 16.
[Le Christ]: «Mes petits enfants, souvenez-vous que parmi tous les miracles que j’ai faits devant vous, certains ont été d’un genre tout particulier... Ils ont été la figure d’un grand mystère... Je vous ai expliqué, ainsi qu’à la foule, quelque chose de ce mystère à Capharnaüm, et ces vérités ont tant surpris les hommes que la plupart ne m’ont pas cru, et que beaucoup de mes disciples se sont retirés de Moi et ont, dès lors, cessé de me suivre. Je veux parler des multiplications des pains qui présagent le sacrement de mon Corps et de mon Sang que j’instituerai la veille de ma mort, à la dernière heure et au dernier repas que je prendrai et que je passerai avec vous... Je ne puis me décider, mes enfants, à vous quitter complètement... je ne veux pas vous laisser orphelins..., je vous quitterai à cette heure même, d’aujourd’hui en trois semaines, mais je reviendrai bientôt à vous, ressuscité, d’abord jusqu’à mon Ascension, et ensuite dans le T. S. Sacrement de l’Autel jusqu’à la fin des temps... Ainsi, tout en montant au Ciel, je resterai sur la terre, et je serai parmi vous jusqu’à la consommation des siècles... Je le ferai parce que vous êtes _froids_, pour vous rendre _chauds, fervents, aimants, tendres_, par ma présence, ma vue, la vue de mon amour..., parce que vous êtes faibles pour vous rendre _forts, courageux_, par le sentiment de ma présence, par la claire vue que je suis toujours avec vous...; parce que vous êtes sans espérance et sans confiance, pour vous donner _espoir_ et _confiance_ à la vue de mon amour pour vous, de ma familiarité avec vous...; parce que vous êtes tristes et découragés, pour vous rendre _heureux, joyeux, pleins d’allégresse_, par le bonheur d’être aux pieds, aux genoux de votre Bien-Aimé, d’être sans cesse en sa présence...; parce que vous êtes portés à vous occuper de choses matérielles, extérieures, mondaines, passagères, de ce qui concerne votre corps, pour vous porter à les laisser de côté et à ne vous occuper, au contraire, que de choses _spirituelles, intérieures, célestes, éternelles_ concernant _votre âme_; en vous attirant dans une église par ma présence; en vous faisant passer les journées au pied de mes autels, par dévotion pour ma présence; en vous portant à me prier, Moi que vous sentirez si près de vous dans le Tabernacle; en vous portant à passer vos journées entières en contemplation devant la Sainte Hostie, que vous savez être vraiment Moi, vraiment Jésus que vous aimez...--Ce n’est pas tout; en vous donnant ce Pain céleste, je ne me place pas seulement devant vous pour être adoré, quoique cette seule présence soit déjà un bien infini, un don divin, parfait, le Tout: en vous donnant ainsi ma présence dans vos Tabernacles jusqu’à la fin des siècles, je vous fais un premier don infini... mais je vous en fais deux autres, infinis aussi... je me donne à vous, en deuxième lieu, pour être votre nourriture, et en troisième lieu, pour être offert par vous en sacrifice à mon Père en mon nom...
LA DOUCEUR
LUC, 9, 56.
«Une autre vertu que je vous ai bien souvent recommandée par mes paroles et plus souvent encore par mes exemples, c’est la _douceur_: c’est pour vous, pour votre bien à tous que je vous l’ai tant de fois prêchée... Pratiquez cette _douceur dans vos pensées_, éloignant, chassant comme des inspirations du diable toute pensée d’amertume, de dureté, de raideur, de violence, de colère, de rancune, d’antipathie, de jugements sévères sur ceux dont vous n’êtes pas chargés; accueillez, nourrissez les pensées douces, tendres, charitables, les pensées de sympathie, de bonté, de reconnaissance... Attendrissez-vous en regardant l’amour que vous devez à tous les hommes, mes enfants bien-aimés, vos frères; la reconnaissance que vous devez, à tous, qui vous font tous quelque bien par la communion des saints, par la gloire que tous me donnent, bon gré, mal gré, à Moi votre Bien-Aimé. En tous les hommes, vous avez des amis tendres et très puissants, puisque vous avez, avec eux, continuellement, leurs bons anges. Soyez tout miel, toute tendresse, toute paix dans vos pensées... Et soyez de même dans vos paroles..., si parfois, par devoir, vous êtes obligés d’avoir des paroles sévères, que votre sévérité même laisse voir, comme au travers d’un voile transparent qui couvre un fond d’éternelle douceur, qu’elle n’est que passagère, qu’elle cessera aussitôt que le bien même des âmes à qui elle s’adresse ne la demandera plus, qu’elle ne demande qu’à s’évanouir et à faire place à la douceur.
LE PLUS GRAND COMMANDEMENT
LUC, 10, 28.
«Souvent, mes petits enfants, on m’a demandé devant vous quel était le plus grand commandement; j’ai toujours répondu: le premier commandement est d’aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de tout son esprit, de toutes ses forces...; le deuxième est d’aimer son prochain comme soi-même.--Qu’est-ce que c’est que m’aimer ainsi, mes enfants? C’est m’aimer souverainement, par dessus tout, autant que vous le pourrez, autant que vous le permet la grâce que je vous donne!... Et qu’est-ce que c’est que d’aimer?... Aimer, cela contient bien des choses, qui diffèrent selon les caractères et selon les dons de Dieu. Dieu donne tantôt tel sentiment, tantôt tel autre, fait sentir à telle âme telle chose, à telle autre, telle autre chose. Il fait sentir à la même âme en un temps tel sentiment, en tel autre temps un autre, et le tout avec des intensités très différentes; ces sentiments font tous partie de l’amour, en sont les effets réels, mais nous les sentons plus ou moins selon la volonté de Dieu, Sa grâce et notre fidélité à recevoir cette grâce. Parmi ces sentiments, qu’on peut dire innombrables et qui font tous partie de l’amour, on peut compter surtout _le désir de voir, de connaître_, le _désir de posséder_ le Bien-aimé, le _désir d’être aimé de Lui, le désir de Lui plaire, le désir de Lui faire du bien, le désir de Le louer, l’admiration, le désir de L’imiter, le désir d’être approuvé par Lui, le désir de Lui obéir en tout, le désir de Le voir heureux, le désir de Le voir en possession de tout ce qui est bon, avantageux pour Lui, le désir, en un mot, de tout ce qui est son bien; le désir de souffrir pour Lui, le désir de souffrir avec Lui, le désir de partager ses travaux, sa vie, ses états, le désir de conformer entièrement son âme à la Sienne, le désir de se donner à Lui, de ne vivre que pour Lui, de ne respirer que pour Lui, le désir de travailler pour Son service, la douleur de Ses souffrances, la joie de Son bonheur, la douleur des choses qui Lui causent de la peine_, en conformité avec Lui, _la joie des choses qui Le réjouissent_..., etc., etc. Tous ces sentiments sont des effets de l’amour, appartiennent à l’amour, sont dans l’amour, mais tous ne sont pas l’amour; un seul d’entre eux est vraiment l’essence de l’amour, c’est _celui qui consiste à désirer passionnément et par dessus tout, à tel point qu’on compte tout le reste pour rien..., qu’on ne vive que pour l’accomplissement de ce seul désir...: le bien de l’Être aimé..._