Écrits spirituels de Charles de Foucauld

Part 11

Chapter 113,905 wordsPublic domain

«Et je vous ai dit que le deuxième commandement, c’est _d’aimer le prochain comme soi-même_... En effet, pour m’aimer parfaitement, vous avez fait le vide total de votre âme, vous n’y avez rien laissé, ni choses matérielles, ni le prochain, ni vous-même, vous vous êtes vidé de tout, vous m’avez donné toute la place, et j’y règne seul, la remplissant entièrement... Mais, une fois que je règne pleinement et seul en vous, je m’établis dans votre âme, et j’y place tout ce que je veux y voir, comme un propriétaire place dans sa maison le mobilier qu’il y veut. J’y place mes vertus, ma bonté, et la première des choses que j’y mets, que j’y veux avoir et que je vous ordonne de conserver pour Moi, en vue de Moi, pour mon usage, pour m’obéir, dans cette maison de votre âme que vous avez faite mienne, c’est l’amour de tous les hommes, de vous-même et de tous les autres.--_Amour de tous au même titre, parce que vous êtes miens, et amour de tous (de vous compris parmi les autres) très grand, parce que vous m’êtes tous très chers_ comme je vous l’ai assez prouvé, mes petits enfants, et par toutes les grâces dont les hommes sont comblés depuis l’origine du monde, et par cette grâce incompréhensible de l’Incarnation, par ma vie entière, et par dessus tout, par ce qu’il me reste à vous donner et à souffrir pour vous, mes enfants bien-aimés... enfants de mon cœur!...»

_Samedi, 9 heures soir._--Mon Dieu, voici la nuit venue. Le vent souffle en ouragan, de temps en temps la pluie l’accompagne..., tous les bruits se sont tus..., on n’entend que le vent qui souffle et la pluie qui tombe... Vous priez immobile et silencieux, une petite lampe éclaire Votre visage si beau, si pâle, si calme, si pensif... Tout près de Vous, la Sainte Vierge, sainte Magdeleine sont à genoux et prient... Vos apôtres sont là aussi, silencieux, recueillis, priant: tous Vous regardent, les yeux ne se lassent pas de Vous voir. Mettez-moi avec eux, à Vos pieds, mon Dieu!

LA PRIÈRE

LUC, 11, 13.

[Notre-Seigneur]: «Vous m’avez demandé plus d’une fois comment il faut prier, mes enfants, et je vous l’ai fait voir... La prière, c’est l’entretien avec Dieu, c’est le cri de votre cœur vers Dieu. Il faut donc que ce soit quelque chose d’absolument naturel, d’absolument vrai, l’expression du plus profond de votre cœur..., ce n’est pas vos lèvres qui doivent parler, ce n’est pas votre esprit, c’est votre volonté... Votre volonté se manifestant, se répandant dans toute sa vérité, sa nudité, sa sincérité, sa simplicité à votre Père, et présentée par vous devant Lui, voilà ce que c’est que la prière; cela ne demande donc souvent ni un long temps, ni beaucoup de paroles, ni beaucoup de pensées; cela varie: tantôt ce sera un peu plus long, tantôt tout à fait court..., selon les désirs de votre cœur...; s’ils sont parfaitement simples, un mot les exprimera; s’ils sont moins simples, il vous faudra quelques phrases pour les exposer... De toute manière, c’est l’état de votre volonté que vous exposez..., l’état de votre cœur si vous le voulez, mais non de votre cœur avec ses imperfections, ses attaches désordonnées, non, c’est l’état de votre cœur rectifié par votre volonté, l’état de votre cœur tel que vous voulez qu’il soit, en en retranchant tout ce que vous n’y admettez pas, tout ce que vous en repoussez: la prière, c’est donc la demande de ce que vous voulez, de ce que vous voulez avec l’aide de la grâce, de ce que vous voulez en vue de Dieu.

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«Priez ainsi, veuillez tout ce que je veux, cela seul que je veux, comme je le veux, dans la mesure où je le veux: «_Mon Père, que votre volonté se fasse!_» Cette prière sera celle que vous ferez éternellement dans le ciel...

«Tout ce que désire Dieu et par conséquent, tout ce que vous désirez, tout ce que veut Dieu et, par conséquent, tout ce que vous voulez se trouve compris dans ces mots: «Père que votre volonté soit faite...»

«La prière, c’est tout entretien de l’âme avec Dieu, c’est encore cet état de l’âme qui regarde Dieu sans parole, mais uniquement occupée à Le contempler, Lui disant qu’elle L’aime, par ses regards, tout en étant muette des lèvres, même de la pensée... _La meilleure prière est celle où il y a le plus d’amour._ Elle est d’autant meilleure que les regards de l’âme sont chargés de plus d’amour, que l’âme se tient plus tendrement, plus amoureusement devant son Dieu. La prière, dans cette acceptation la plus large du mot, peut être ou une contemplation muette, ou une contemplation accompagnée de paroles... paroles d’adoration, d’amour, d’offrande de soi, de don de tout son être... paroles d’actions de grâces du bonheur de Dieu, des faveurs faites à soi ou à d’autres créatures... paroles de regret de réparation des péchés propres ou de ceux d’autrui... paroles de demande...

«... _Mes enfants: dans la prière, ce que je veux de vous, c’est l’amour, l’amour, l’amour._

«Outre le temps que vous devez consacrer chaque jour uniquement à la prière, vous devez, pendant tout le reste de vos journées, élever le plus souvent possible votre âme vers Moi; selon le genre de vos occupations, vous pouvez, en vous y livrant, ou bien penser constamment à Moi, comme il arrive dans certains travaux purement manuels, ou bien vous ne pourrez que de temps en temps lever les yeux vers Moi; que ce soit, du moins, le plus souvent possible. Il serait bien doux, bien juste de pouvoir me contempler sans cesse... ne jamais me perdre de vue; mais ce n’est pas possible en ce monde aux hommes ordinaires, vous ne le pourrez que dans le ciel. Ce que vous pouvez et devez faire, c’est, pendant le temps que vous employez à des occupations autres que la seule prière, lever les yeux de l’âme vers Moi, aussi souvent et aussi amoureusement que vous le pouvez et, tout en travaillant, garder ma pensée aussi présente à votre esprit que cela vous est possible, selon votre genre de travail... De cette manière, vous me prierez sans cesse, continuellement, autant que cela est possible à de pauvres mortels.

_Prier_, vous le voyez, c’est surtout penser à Moi, en m’aimant... plus on m’aime, mieux on prie. La prière, c’est l’attention de l’âme amoureusement fixée sur Moi: plus l’attention est amoureuse, meilleure est la prière.

LA SAINTETÉ

St LUC, 12, 48.

«Et vous, mes chéris, vous mes favoris, vous mes privilégiés, mes bien-aimés entre tous, souvenez-vous, vous, mes élus, de cette grave parole que je vous ai dite: «Il sera plus demandé à celui qui a plus reçu»... C’est pour vous qu’elle a été dite, vous mes choisis, vous mes comblés, vous à qui j’ai tout dit, tout donné, vous qui avez reçu tant et tant de grâces..., plus vous aurez reçu, plus il vous sera demandé... La grandeur des faveurs que je vous ai faites est le signe, que je vous donne moi-même, de la grandeur de la sainteté que je demanderai de vous... N’ayez donc pas la folie de croire que c’est orgueil de votre part de désirer, d’espérer, de vouloir parvenir à une très grande sainteté; c’est tellement peu orgueil que c’est, au contraire, devoir et obéissance. Les grâces dont je vous ai comblés et que, sans ingratitude, vous ne pouvez pas ne pas reconnaître, sont un ordre très précis de ma part de monter à une très grande sainteté: donner beaucoup de grâces à une âme, c’est, de ma part, comme si je lui disais: «Je veux que tu deviennes très sainte..., je te demanderai compte de ces grandes grâces que je t’ai données...»

«Pour peu que vous ayez l’ombre de raison, mes grâces, mes faveurs, en s’accumulant sur vous, ne feront que faire croître en vous l’humilité et la crainte. Bien loin de vous enorgueillir, plus vous recevrez, plus vous serez rempli de crainte et vous humilierez dans les sentiments de votre profonde bassesse. Ce qu’il y aurait à craindre plutôt que l’orgueil, si vous êtes dans votre bon sens, c’est le découragement, et il arriverait, en effet, si je ne vous faisais un devoir d’espérer toujours, malgré tout, de croire à ma miséricorde infinie et de vous jeter à corps perdu sur mon Cœur, quelque misérable que vous vous sentiez, comme l’enfant prodigue se jeta sur le cœur de son père.»

4e Dimanche de Carême

_6 heures 30 soir._--Le jour s’avance, mon Dieu; hélas, ce séjour à Ephrem est presque terminé... Que le temps passe vite! dans trois semaines, à pareille heure, Vous serez ressuscité! Quel mot! Quel éblouissement: heureux, bienheureux, infiniment glorieux pour la Sainte Trinité, toutes Vos souffrances, tous Vos travaux seront finis... Pour l’Éternité, Vous serez le Roi de gloire... Avec quelle impatience et quelle joie je verrais arriver ce jour, mon Bien-Aimé Jésus, si Vous ne deviez, pour y parvenir, traverser de telles souffrances! Mais, hélas! c’est par de telles douleurs que Vous devez entrer dans Votre gloire, que mon cœur se glace, et que je ne puis y penser sans que le froid de la mort m’enveloppe... Oh! mon Seigneur Jésus, ce sera un vendredi, votre dernier jour: vendredi prochain en quinze... Que cela s’approche!... Que tous Vos enfants Vous consolent pendant ces quelques jours, ô mon Dieu!... Que je Vous console durant tous les jours de ma vie!... Que tous Vos enfants Vous consolent le plus possible!... Que Votre volonté se fasse en tout!... Amen.

LA VOIE ÉTROITE

«Entrez par la voie étroite, car la voie large mène à la perdition...» c’est-à-dire, entrez par la voie de la mortification, de l’obéissance surtout et de la pénitence, car la voie contraire, la voie du relâchement, de la vie molle, à l’aise, indépendante, mène en enfer... Vous avez, entre bien d’autres écueils à éviter, dans la vie, ceux que je vous ai tant de fois signalés en vous disant: «Évitez le levain des pharisiens et des sadducéens»... _L’écueil des pharisiens_, c’est celui qui consiste à chercher la perfection, mais à la mettre dans des observances purement extérieures, des minuties, des formalités, au lieu de la mettre dans la pratique des vertus et l’imitation de mes exemples: cet écueil fait tomber dans l’hypocrisie, les jugements téméraires, la dureté du cœur, gouffres où l’âme sombre... _L’écueil des Sadducéens_ est le relâchement qui sous prétexte de mettre la vertu dans la sainteté intérieure de l’âme, repousse toute pratique extérieure, rejette tout ce qui gêne le corps, déclare toute mortification inutile: on devient alors esclave de ses sens, incapable de soumettre son corps ni son âme à aucune obéissance, et on rejette tout ce qui est une croix et une humiliation.

«Je vous trace la voie entre les deux écueils, en vous disant: «_Prenez la voie étroite_» et ce qu’est cette voie, je vous l’ai expliqué ailleurs: la voie étroite, c’est la voie dont j’ai donné l’exemple, la voie que j’ai signalée en disant: «Si quelqu’un veut me suivre, qu’il se renonce tous les jours et me suive.» Faites ainsi, mes petits enfants et vous vivrez! Et marchez à ma suite dans cette voie, en vous gardant des deux écueils du plaisir et des séductions...»

_8 heures soir._--Mon Seigneur Jésus, voici la nuit venue; tout se tait, l’ombre et le silence enveloppent la terre... tout dort dans le village... on n’entend aucun bruit... Vous veillez, Votre Mère, sainte Magdeleine, veillent près de Vous et Vous regardent, tristes, en priant pour Vous: elles comptent les jours: dix-huit jours jusqu’à Votre Passion, dix-neuf jours jusqu’à Votre mort... Vous mort, mon Jésus, ô Vous si plein de vie! Vous la vie! Et mort dans quels tourments! Et volontairement! Et de tout Votre Cœur! Oh! mon Dieu, et Votre Cœur a soif d’être baptisé de ce baptême... le nôtre défaille en y pensant... Mon Dieu, la voilà donc qui approche, qui arrive, qui arrive, qui est arrivée, la fin de cette vie de 33 ans passés sur la terre... Qu’elle s’est vite écoulée! De quelles ineffables douceurs Vous avez su la remplir pour moi! Quelles grâces précieuses Vous avez, chaque jour, dans cette vie bénie, répandues sur moi, sur nous qui Vous entourons, et sur toute la terre!... que dirai-je? Dirai-je, comme on Vous l’a dit une fois: «A Dieu ne plaise, Seigneur, que Vous souffriez ainsi!» Non! je ne pourrai pas avoir d’autre volonté que la Vôtre, mon Seigneur! je Vous ai donné une fois ma volonté, je ne la reprendrai jamais, elle est pour jamais perdue et noyée dans la Vôtre: que tout ce que Vous voulez se fasse, que tout ce que Vous voulez arrive, quoi que ce puisse être... Que Votre volonté se fasse, mon Dieu... je sais que Votre volonté est Votre gloire, est Votre bien... Qu’elle se fasse... Oh! mon Dieu, faites seulement que moi, que ceux dont Vous m’avez chargé plus particulièrement, que tous les fidèles de Votre Église, que tous les hommes fassent en tout Votre volonté. Amen! Amen!

LE BON PASTEUR

St LUC, 15, 4.

[Notre-Seigneur]: «Je suis le Bon Pasteur, je cours sans cesse à la recherche des brebis égarées, je vous l’ai redit cent fois: _Aimez-Moi!_ puisque je vous aime tant, toutes, ô mes brebis, et _aimez-vous les uns les autres_, puisque votre Pasteur vous aime tous si tendrement!... Soyez-Moi reconnaissants de mes soins à vous chercher, de ma bonté à vous pardonner, de ma joie quand je vous retrouve! _Aidez-moi dans mon travail, imitez-Moi_, faites tous vos efforts, avec Moi et comme Moi, chacun selon les ordres de son directeur spirituel, pour ramener le plus possible de brebis égarées... partagez mes sentiments, mes peines de voir mes brebis se perdre, ma joie quand je les retrouve..., partagez ma constance, mon espérance, mon indulgence à les chercher, mon espérance qui ne renonce jamais à croire à la possibilité de leur retour, mon indulgence à leur pardonner..., partagez ma tendresse pour elles, quand elles reviennent..., loin de leur faire des reproches et de les punir, je les comble de caresses, je tombe sur leur cœur, comme le père de l’enfant prodigue.

«_Espérez donc toujours_ le retour au bien de toutes les âmes vivant en ce monde, travaillez-y toujours dans la mesure fixée par l’obéissance, et _soyez tendres_ pour les pécheurs qui reviennent, comme je l’ai été devant vous pour tant d’âmes... En un mot, qui contient tout, _faites pour les pécheurs ce que vous voulez que je fasse pour vous_.

Lundi après le 4e Dimanche de Carême

«Mes petits enfants, le jour touche à sa fin, je n’ai plus que quelques mots à vous dire... le dénouement approche pour Moi, et cette petite retraite d’Ephrem est presque finie... Demain matin, nous partirons pour la Galilée... Je veux pourtant vous dire encore trois choses pendant que nous sommes encore recueillis dans cette solitude: d’abord, _pauvreté, pauvreté, pauvreté_. Souvenez-vous de _mes exemples et de mes paroles_ au sujet de la pauvreté: né dans une grotte, élevé dans une pauvre maison, enfant de parents pauvres, vivant pauvrement comme eux, du travail de mes mains, jusqu’au jour où j’ai passé mes jours entiers à prêcher; depuis ce temps, acceptant pour vivre les aumônes des fidèles, mais n’en acceptant que ce qu’il faut pour vivre aussi pauvrement que quand j’étais ouvrier; sans aucune possession au monde, sans une pierre pour poser la tête; choisissant mes compagnons, mes apôtres parmi les pauvres, prêchant la pauvreté. _Souvenez-vous de mes paroles_: «Bienheureux les pauvres!... Malheur aux riches... Si vous voulez être parfaits, vendez ce que vous avez et donnez-en le prix aux pauvres... Si vous ne renoncez à tout, vous ne pouvez devenir mes disciples... On ne peut suivre deux maîtres à la fois, on ne peut aimer Dieu et l’argent... Le pauvre Lazare fut porté par les anges dans le sein d’Abraham... Ceux qui quittent tout pour me suivre reçoivent le centuple en ce monde, et, dans l’autre, la vie éternelle...» Je ne veux pas laisser finir cette journée sans vous répéter: _Pauvreté, pauvreté, pauvreté!... Foi dans la prière... Humilité._»

NOTES SPIRITUELLES DÉTACHÉES

de 1897 à 1900

Ces notes se trouvent rassemblées dans deux cahiers qui portent le titre inscrit en tête de ce chapitre. Elles se rapportent aux sujets les plus divers de la vie spirituelle, et les unes sont, assurément, personnelles; les autres ont été écrites, par Charles de Foucauld, au cours de ses lectures. Nous savons qu’il lisait, avec un goût particulier, les œuvres de Sainte Thérèse, celles de Saint Jean de la Croix, et celles de Saint Jean-Chrysostome. De ces livres, il ne se sépara jamais, et, après sa mort, on retrouva des exemplaires très usagés dans l’ermitage de Tamanrasset.

I.--_Pentecôte: 6 juin 1897_

Mon Dieu, qu’est-ce qui Vous déplaît le plus en mon âme? L’esprit de prière, la confiance en Vous, l’amour, la douceur, la fidélité, la générosité me manquent... Jésus n’est pas content de moi... Sécheresse et ténèbres: tout m’est pénible: sainte communion, prières, oraison, tout, tout, même de dire à Jésus que je L’aime... Il faut que je me cramponne à la vie de foi. Si, au moins, je sentais que Jésus m’aime... Mais, Il ne me le dit jamais... Ce qui me manque surtout, c’est l’oubli de moi et un cœur fraternel pour les autres...

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--Tu me demandes en quoi tu m’offenses le plus... En ne m’aimant pas assez purement... assez uniquement..., en t’aimant et en aimant les créatures pour toi et pour elles... Ne fais rien pour toi, rien pour les créatures par amour de toi, par amour d’elles: en tout ce que tu as à faire, ne vois que Moi seul; en tout, demande-toi uniquement ce qu’aurait fait le Maître, et fais-le. Ainsi, tu m’aimeras seul--ainsi, je vivrai en toi--ainsi, tu seras perdu en Moi, tu vivras en Moi, tu n’auras plus rien de toi, mon règne sera arrivé en toi.

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«_Ta vocation._--Prêcher l’Évangile en silence, comme Moi dans ma vie cachée, comme Marie et Joseph.

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«_Ta règle_: me suivre... Faire ce que je ferais. Demande-toi en toute chose: «Qu’aurait fait Notre Seigneur?» et fais-le. C’est ta seule règle, mais c’est ta règle absolue.

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«_Ton esprit._--Esprit d’amour de Dieu et d’oubli de toi, dans la contemplation et la joie de Son bonheur, la compassion et la douleur de mes souffrances, et la joie de mes joies...; dans la douleur des péchés commis contre Moi et l’ardent désir de me voir glorifié par toute âme. Esprit d’amour du prochain, en vue de Moi qui aime tous les hommes comme un père ses enfants; désir, en vue de Moi, du bien spirituel et matériel de tous les hommes. Liberté d’esprit, tranquillité, paix. Tout en vue de Dieu seul, rien en vue de toi ni d’aucune créature.

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«_Ton oraison._--1re Méthode.--1º Qu’avez-vous à me dire, mon Dieu? 2º Moi, voici ce que j’ai à vous dire. 3º Ne plus parler, regarder le Bien-Aimé.--2e Méthode.--_Quis, quid, ubi, quibus auxiliis, cur, quomodo, quando._

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«_Ton assistance à la messe._--Divise-la en trois parties: 1º Jusqu’à la consécration: offre-Moi et offre-toi à mon Père et recommande-lui tes intentions. Remercie-Moi de ma croix, demande-Moi pardon de l’avoir rendue nécessaire...; 2º De la consécration à la communion: adore-Moi sur l’autel; 3º Après la communion: adore-Moi dans ton cœur, remercie-Moi, aime-Moi, jouis, tais-toi.

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«_Ta pensée de la mort._--Pense que tu dois mourir martyr, dépouillé de tout, étendu à terre nu, méconnaissable, couvert de sang et de blessures, violemment et douloureusement tué..., et désire que ce soit aujourd’hui... Pour que je te fasse cette grâce infinie, sois fidèle à veiller et à porter la croix. Considère que c’est à cette mort que doit aboutir toute ta vie: vois, par là, le peu d’importance de bien des choses. Pense souvent à cette mort, pour t’y préparer et pour juger les choses à leur vraie valeur[6].»

[6] Charles de Foucauld écrivait cela en 1897. Or, dix-neuf ans plus tard, le 1er décembre 1916, il sera assassiné par les Senoussistes, à Tamanrasset.

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Je ne demande pas de consolations à Jésus (d’abord je ne le mérite pas), car ce serait pour moi une joie si grande de L’entendre ou de Le sentir au fond de mon cœur, que ce serait un paradis pour moi, et on ne peut pas faire son paradis en ce monde et en l’autre. Je ne Lui demande qu’une chose: de Lui être fidèle. Hélas! je le suis si peu...

Il est juste qu’une âme si peu fervente ne goûte aucune douceur... Oui, le Bon Dieu permet quelquefois de pareilles ténèbres sans qu’une étoile vienne briller dans notre ciel. C’est alors qu’il faut se rappeler que nous ne sommes sur la terre que pour souffrir, en suivant notre doux Sauveur dans ce sentier obscur et épineux. Nous sommes pèlerins et étrangers sur terre... Les pèlerins couchent sous la tente, traversent parfois des déserts, mais la pensée de leur patrie leur fait tout oublier. Oh! oui, nous sommes bien sur une terre étrangère ici-bas..., il nous faut suspendre nos lyres et pleurer.

En tout, en tout, je ne veux que la sainte Volonté... Hélas! j’aime si peu mon Jésus que je n’ose pas Lui donner le nom de Bien-Aimé. Cependant, je désire, je veux L’aimer plus que tout ce qui est sur la terre et au ciel. A Lui seul mon cœur et ma vie!

«Quand vous vous sentirez fatigué, triste, seul, en proie à la souffrance, retirez-vous dans ce sanctuaire intime de votre âme et, là, vous trouverez votre _Frère_, votre _Ami, Jésus_ qui sera votre Consolateur, votre Soutien et votre Force...»

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--Pour te dire tout d’une seule parole, quitte tout, mon enfant, et tu trouveras tout.

--Oh! comme je suis heureux, maintenant, dans ma chère solitude, loin, loin, bien loin de ce monde où Il est tant offensé. Oh! que nous sommes heureux, seuls avec Son amour, seuls avec Sa tendresse! Je ne sens pas cet amour, mais cependant, Il sait bien que je L’aime plus que le monde entier: tout misérable que je suis, mon cœur, mon âme, ma vie tout entière, tout Lui appartient jusqu’au dernier soupir! Hélas, non, je ne L’aime pas, du moins comme je devrais L’aimer... Les paroles ne sont rien, il faut en venir aux œuvres... Demandez pour moi un amour généreux, fidèle, ardent!...

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_Depuis le péché d’Adam, l’homme ne peut plus faire, sur la terre, aucun bien dans l’ordre matériel ou spirituel, qu’au moyen d’une peine proportionnée à ce bien_... Comme les biens spirituels sont d’un ordre infiniment supérieur, comme l’amour de Dieu est le bien des biens, _ils ne peuvent s’acheter qu’au prix de peines qui vont jusqu’à la douleur_, jusqu’à des douleurs d’autant plus poignantes que le bien auquel nous tendons est plus haut. _Les obscurités et les douleurs intérieures que l’âme éprouve dans sa vie intime d’amour divin sont seules assez crucifiantes pour pouvoir servir de prix, de monnaie, si j’ose dire, pour l’achat de l’amour divin, notre bien suprême_: c’est pourquoi nous ne pouvons parvenir à aimer Dieu qu’à condition _d’acheter_ notre amour par des obscurités, des souffrances intérieures _proportionnées_ au degré d’amour auquel nous parviendrons.

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Comme nous devons désirer que tous les hommes soient en état de grâce! C’est désirer qu’il y ait autant de Tabernacles vivants, autant de corps et d’âmes animés par Jésus qu’il y a d’âmes!... Comme nous devons désirer que les âmes en état de grâce fassent le plus d’actes saints possible! C’est désirer la multiplication des actes de Jésus dont chacun glorifie Dieu infiniment!

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_Élection_ (14 novembre 1897, fête du Patronage de la Très Sainte Vierge).

1º Acquérir par la grâce divine, le _détachement_ complet de ce qui n’est pas Dieu, la _pauvreté d’esprit_ qui ne laisse subsister ni petites pensées, ni petits soucis, ni petites inquiétudes, ni pensées d’intérêt personnel, soit matériel, soit spirituel, ni petites considérations, rien de terrestre, de petit, de vain: vider entièrement l’âme et n’y laisser subsister que la seule pensée et le seul amour de Dieu... _Vivre haut, n’être plus de la terre_, vivre au ciel comme sainte Magdeleine à la Sainte Baume.