Part 2
[11] Lib. III. _Medicinalium_. c. V. art. XII.
[12] _Venuse_, aujourd’hui _Venosa_, ville de l’Italie méridionale, dans la Basilicate, près Naples, au pied de l’Apennin. Elle fut la patrie d’Horace.
Il est des personnes qui ne peuvent goûter les plaisirs de l’amour, si elles ne sont aiguillonnées par la fustigation. Cette cérémonie étrange les embrâse des feux de la lubricité, jusques à les faire écumer, et fait dresser vers le ciel cette partie qui constitue la virilité, de manière que son oscillation suit le nombre et le son des coups appliqués, pour ainsi dire, en cadence; et voilà précisément ce que vous rejettiez comme une plaisanterie et une chose incroyable, quand j’en parlai la première fois. Je vais pourtant mettre en usage, mon cher Cassius, tout ce que je crois capable de vous en convaincre, en m’étayant du témoignage des auteurs les plus dignes de foi, pour vous prouver que ceci n’est point une innovation, et que le caprice n’a aucune part à cet usage, et j’y joindrai les raisons et les exemples, d’après lesquels divers médecins et moi avons trouvé la chose vraisemblable. Je ne m’étendrai cependant pas beaucoup dans ce moment-ci sur la nécessité d’employer les orties vertes, pour en frapper les parties génitales.
Menghus Faventinus[13] assure qu’elles ont une propriété merveilleuse pour allonger, tendre, grossir et ériger le membre viril, qui, par une parcimonie de la nature, feroit craindre la stérilité.
[13] Pract. part. II cap. _de passion. membr. genital._
Pétrone vous apprendra, si vous le consultez, combien elles sont utiles pour guérir l’impuissance, et rendre aux amans leurs forces éteintes par de trop fréquentes jouissances en faisant parler Encolpe de cette manière:
«Cette partie de mon corps par laquelle j’étois autrefois un Achille, étoit alors entièrement morte et plus froide que la neige, et sembloit s’être retirée au fond de mes entrailles, sillonnée de mille rides. Ma verge ressembloit à du cuir détrempé dans de l’eau, etc.»
Je ne fais ici que transcrire l’auteur qui continue ainsi:
«Enothée, prêtresse de Priape, lui ayant promis de la lui rendre aussi dure que de la corne, mêle du cresson alenois avec de l’avrône, en forme un onguent qu’elle applique sur ses testicules, et armant ses mains d’une poignée d’orties vertes, l’en frappe légèrement au-dessous du nombril, sur les reins et sur les fesses.»
Mais pour revenir à la grande et véritable flagellation, écoutons ce que raconte à ce sujet _Jean Pic, comte de la Mirandole_, (D) qui vivoit, il y a 150 ans. Il fait ainsi, livre 3, chap. 27, de son ouvrage _contre les astrologues_, l’histoire d’un de ses amis.
«Je connois, dit-il, et il existe encore, un homme dont le tempérament amoureux, et les excès n’ont peut-être jamais eu d’exemple. Il ne peut caresser une femme, malgré la violence de ses desirs, s’il n’est auparavant fustigé. En vain sa raison lui fait regarder comme un crime ce rafinement de volupté, sa fureur pour ce cruel plaisir est telle qu’il encourage lui-même, et accuse de mollesse et de lâcheté celui qui le fouette, lorsque la fatigue ou la pitié lui font ralentir ses efforts. Le patient n’est au comble de ses plaisirs, qu’en voyant ruisseler le sang dont une grêle affreuse de coups, a couvert les membres innocens du libertin le plus effréné. Ce malheureux reclame ordinairement pour ce service, avec les plus instantes supplications, la main de la femme avilie dont il veut jouir, lui donne lui-même les verges qu’il a fait tremper dès la veille, dans le vinaigre, et lui demande à genoux la faveur insigne d’être ainsi déchiré. Plus elle frappe avec violence, plus elle acquiert de droits à son amour et à sa reconnoissance, en lui rendant des feux qu’il n’avoit plus, jusqu’à ce que le dernier période de la souffrance et l’épuisement total de ses forces, lui fassent goûter la plénitude de la volupté en égale proportion. Trouvez un seul homme pour qui le comble de la douleur, et cette espèce de torture doivent être celui du plaisir, et si d’ailleurs il n’est pas entièrement corrompu, lorsque, de sang froid, il connoîtra sa maladie, il rougira de ses excès et les détestera». Jusqu’ici c’est Pic de la Mirandole qui a parlé, mais la même chose est rapportée par _Thomas Campanella_ déjà cité, et _Jean Névisan_ (E) livre 1 de ses _Sylves Nuptiales_, art. 130. Si je ne me trompe, l’homme dont parle _Cælius Rhodiginus_ (F) livre 2, chap. 15 de _ses anciennes leçons_, avoit ce goût-là de commun avec l’ami de Pic de la Mirandole; et d’après Cœlius, _André Tiraqueau_ (G), art. V de son _Traité des Loix du Mariage_. Mais écoutons Cœlius.
Des personnes dignes de foi, dit-il, assureront avoir connu, il y a quelques années, un homme qui par un contraste bien étonnant et qu’on aura peine à croire, joignoit au physique le plus froid et le plus inhabile aux plaisirs de Vénus, l’imagination la plus érotique et le génie le plus ardent. Il n’avoit d’aptitude, de chaleur et de force pour la lutte amoureuse, qu’à proportion des coups de verge qu’il avoit reçus, et vous n’eussiez pu savoir lequel lui causoit le plus de volupté ou de la volupté elle-même, ou de la douleur qui en étoit la source et l’agent: à moins que la juste proportion de la seconde ne le conduisît à la perfection des délices de la première. Il s’abaissoit jusqu’aux prières pour être frappé de verges qu’il avoit fait durcir, depuis la veille, dans du vinaigre. La rage qu’allumoient en lui les desirs, le portoit à accabler de reproches et d’injures celui qu’il avoit chargé de cet office, dès qu’il frappoit trop mollement, et lui faisoit regarder comme imparfaite, infructueuse et nulle, toute séance qui n’étoit pas terminée par une effusion de sang. Cet homme est, je crois, le seul qui également avide de plaisirs et de souffrances, ne savouroit l’un qu’au moyen de l’autre, et pour qui les plaies, les déchiremens et l’effusion de sang fussent et le prélude et le complément des titillations et de la jouissance[14]. _Othon Brunsfeld_ (H) médecin célèbre, dans son _Onomastic. Medic._, rapporte l’anecdote suivante:
[14] Tamerlan, ce fameux empereur d’Asie, qui se faisait appeller _le Fils de Dieu_, fut père de cent enfans et vainqueur de cent peuples, se faisoit fustiger par esprit de débauche.
Lucien, tome 3, de la traduction de Perrot d’Ablancourt, parle d’un certain Pérégrinus qui avoit le même goût. Ce philosophe se fouettoit en public au milieu de tout un peuple et se débarrassoit d’une surabondance de liqueur seminale aussi effrontément que Diogène: ce qui leur fit donner à tous deux le nom de _Cynique_. Ce même Pérégrinus, surnommé _Protée_, se fit chrétien, ensuite apostat, et finit par se brûler publiquement aux jeux Olympiques.
«Lorsque sur un bûcher Pérégrin las du jour, »D’un trépas éclatant cherche la renommée, »Un _Cynique_ orgueilleux s’évapore en fumée.
(Racine. Poëme de la Religion, chant 4. pag. 133, vers 306.)
De son temps vivoit à Munich, résidence des ducs de Bavière, un homme qui ne pouvoit s’acquitter envers sa femme du devoir conjugal, s’il n’étoit pas auparavant fustigé à toute outrance. Un fait qui s’est passé sous nos yeux tout récemment et à Lubeck même, vient à l’appui de ce que j’ai déjà raconté.
Un citoyen de cette ville, marchand de beurre et de fromage, demeurant sur la place des moulins, fut, entr’autres crimes dont on le chargeoit, accusé d’adultère, dénoncé aux magistrats et le procès fait, condamné au bannissement. Une fille de joie avec laquelle cet homme avoit depuis long-temps un commerce de libertinage, traduite devant les sénateurs chargés de la justice criminelle, et qu’on nomme _die Gerichts herren_, avoua qu’il n’avoit jamais été habile à consommer l’acte de la génération, sans être auparavant fustigé, et qu’après une première course, il lui étoit impossible d’aller plus loin, si elle ne réitéroit l’opération douloureuse et salutaire, en doublant la dose[15]. Le coupable nia d’abord le fait; mais pressé par des interrogatoires fréquens et sévères, il fut contraint de tout avouer. J’ai pour garans de la verité de cette anecdote, les juges eux-mêmes, Thomas _Storning_ et Adrien _Moller_, mes amis, et qui, comme vous le savez, vivent encore. Il y a très-peu de temps qu’une personne occupant une des premières places à Amsterdam, fut accusée d’avoir une liaison de débauche avec une fille que pourtant il ne pouvoit exploiter, sans avoir été préalablement excité par une ample flagellation. L’affaire ayant été portée devant les tribunaux, la perte de son emploi fut le châtiment de sa lubricité, et long-temps après son aventure, il étoit encore la fable de la ville. Ainsi, vous ne voudrez, ni ne pourrez, je crois, vous refuser à l’évidence des preuves dont je m’environne pour vous persuader. Tâchons donc de rendre raison, s’il est possible, d’une chose qui paroît, au premier coup d’œil, si extraordinaire. Si vous consultez les astrologues, ils allégueront l’influence des astres, et diront qu’une puissance occulte et particulière du ciel, est l’unique cause de cette manie aussi extraordinaire que dépravée de certains êtres. Ils vous diront sans doute, avec Pic de la Mirandole, que la planète de Vénus présidant à la conception de l’homme a été croisée et pour ainsi dire frappée par les rayons opposés d’un autre astre, dont elle a contracté la malignité.
[15] Sénèque parle aussi d’une courtisanne qui n’employoit d’autre moyen que la fustigation pour réveiller l’amour de son galant, lorsqu’il se refroidissoit.
_Francisc. Junctinus_[16] (I) fait sur cela un très-long commentaire; mais le ciel et les astres étant des causes universelles, et ne pouvant produire dans tel ou tel autre individu des effets si particuliers, Pic de la Mirandole les rejette avec raison et cherche une cause plus immédiate. Il attribue donc le goût dépravé de son ami à une longue habitude, et continue ainsi son histoire: «Lui demandant l’origine d’une passion aussi inouïe, il me répondit qu’il la devoit à un enfant: ce début piquant de plus en plus ma curiosité, sur les instances réitérées que je lui fis, pour qu’il m’en développât davantage les causes principales et accessoires, il ajouta qu’il avoit passé ses premières années de collége avec des enfans très-débauchés, parmi lesquels le plaisir de se fouetter étoit très-commun et qui attachoient un certain prix à se rendre réciproquement ce service qui prostituoit leur pudeur.»
[16] Chap. 6 de _Judiciis Nativ._
Cœlius est du même avis que Pic de la Mirandole, dont il n’a fait que copier l’anecdote, en adoptant son opinion sur les causes de cet étrange déréglement. «Ce qui n’est pas moins surprenant, ajoute ce dernier, c’est que cet homme connoissoit toute la turpitude de cette habitude infâme et bizarre, la détestoit sincèrement et la réprouvoit avec toute la sévérité d’un juge inflexible; mais la force de l’habitude l’emportant sur sa raison, il se livroit à son invincible penchant, dans l’instant même qu’il le condamnoit. Cette habitude s’étoit invétérée et avoit jetté des racines d’autant plus profondes, qu’elle avoit été contractée dès l’âge le plus tendre, et s’étoit considérablement accrue par les charmes du plaisir qu’il avoit trouvé à se fouetter dans le commerce criminel de ses camarades. Exemple frappant de l’importance de l’éducation, qui montre combien elle est précieuse et combien elle décide de nos mœurs et de notre condition, pour le reste de la vie». J’avoue, lui dis-je, que l’habitude est si puissante qu’elle devient, pour ainsi dire, une seconde nature. Aristote[17] l’a dit, et Ennius après lui l’a répété dans ces termes:
[17] _Libr._ de _Memor._ et _reminisc._ c. 3 libr. 7. et c. 10. _Ethic._
«Un long usage devient coutume; cette coutume s’accroît par les réflexions, devient habitude, et cette habitude, par succession de temps, devient enfin pour les hommes une seconde nature.»
Galien dans son traité de l’habitude, chap. 2 et 3, a démontré avec beaucoup d’élégance, avec quelle force et quelle tyrannie l’habitude maîtrise toutes nos actions, en l’appelant une seconde nature[18]. Peut-être aussi que, dans le fait mentionné dans Cœlius et Pic de la Mirandole, l’habitude a pu, par succession de temps, faire beaucoup à la chose; mais il n’en est pas de même des hommes de Munich et de Lubeck, cités par Brunsfels et moi. Pourquoi, dit Campanella, qui a déjà parlé plus haut, l’ami de Pic de la Mirandole est-il le seul des compagnons de ses premières fredaines, qui en ait conservé le souvenir et la dangereuse habitude, et pourquoi ceux-ci n’ont-ils pas la même ardeur que lui pour la fustigation? Les effets et les vices d’une habitude quelconque sont uniformes et doivent être particuliers à chacun des individus qui l’ont adoptée. Il n’est pas vraisemblable que ceux dont nous avons parlé, se soient ainsi prostitués dès leur première enfance, en cherchant à se faire une foible image des plaisirs qu’ils ne connoissoient pas, par des flagellations réciproques. Je félicite au contraire notre vertueuse Allemagne d’ignorer ces rafinemens honteux de la débauche, ces pollutions, ces attouchemens impurs et scandaleux entre les enfans d’un même sexe; ou quand, par hasard, quelqu’un s’en est rendu coupable, (si tant est qu’on en puisse citer un exemple) d’en punir sévèrement les auteurs et en effacer l’opprobre au milieu des flammes. Quintilien, dans sa déclamation pour le soldat Marianus dont un tribun avoit voulu faire son Ganymède, s’exprimoit ainsi jadis, en parlant de nos ancêtres: «Les Germains ne connoissent pas même le nom de ce crime abominable, et l’on vit plus saintement sur les bords de l’Océan[19]». Nous en avons parlé plus amplement dans nos commentaires sur le serment d’Hyppocrate, chap. 19.
[18] Liv. 2, la Tempérance, chap. 4 et liv. 3 _de Simpl._ c. 19.
[19] Vessius pense que les déclamations attribuées ici à Quintilien l’orateur, ne sont ni de lui ni de son grand père, quoique ce dernier en ait laissé 145. Il les attribue au jeune Posthume qui prit, dit-on, le nom de César et d’Auguste dans les Gaules, avec Posthume son père, l’an 260 de J. C.
L’influence des planètes et celle de l’habitude n’étant point capables de donner à la flagellation la vertu d’exciter à l’amour, voyons enfin à lui chercher une autre cause plus directe et plus naturelle: il faut donc pour cela reprendre les choses de plus haut, et remarquer premièrement que cette flagellation ne se fait que sur le dos; vérité dont la déposition de la courtisanne de Lubeck et autres ne permettent pas de douter; les parties génitales de l’homme étant de nature par leur délicatesse et leur extrême sensibilité, à ne pouvoir endurer des coups de verges, et à plus forte raison jusqu’à l’effusion de sang. C’est donc ordinairement sur le dos que se fait cette opération. Les lombes occupent la plus grande partie du dos. Cette partie a pour base cinq vertèbres qui, placées au-dessous de celle de la poitrine, se prolongent et aboutissent à _l’os sacrum_. Elles sont couvertes au-dehors de muscles et d’une peau épaisse et grasse, et au-dedans des muscles qui l’enveloppent et forment sa partie haute, nommés par les grecs _Psoas_, d’un muscle de même nom, et par les latins _pulpa_ de _palpare_. Ils soutiennent les reins de droite et de gauche, remplissent par leur étendue, l’espace de quatre vertèbres et se joignent à la veine cave et à la grande artère. De la veine cave et de la grande artère, les reins[20] reçoivent les grands vases, qu’on nomme émulgens, spermatiques ou lombaires. Il y en a un de chaque côté. Viennent ensuite la veine et l’artère dont les ramifications s’étendent sur toute la substance de ces vases. A droite de la veine cave et sous l’émulgente, la veine droite séminaire prend naissance, et l’artère séminaire qui, partant de la grande artère, descend dans le testicule droit. A gauche, l’artère séminaire descendant du tronc de la grande artère, et la veine séminaire de la veine gauche émulgente, se rendent dans le testicule gauche. Ces parties sont composées d’une infinité de nerfs qui prennent leur source dans la moëlle de l’épine, et par lesquels les sucs contenus dans les vertèbres sont filtrés dans les reins dont ils pénètrent non-seulement l’enveloppe, mais encore la substance. De la cavité des reins, les canaux uretères se prolongent jusques à la vessie à laquelle ils sont attachés. Toutes ces parties ayant la même tâche à remplir dans l’acte de la génération, on les a désignées sous la dénomination de _lombes_, et c’est le sentiment de Marsilio Cagnati, (K) livre 4, chapitre 7 de ses diverses leçons. Les auteurs ont fait d’assez exactes recherches sur les fonctions assignées à chacune de ces parties; savoir: les os, les muscles, les reins et les vases, et tous sont d’accord. Cagnati[21] dit qu’elles concourent, chacune selon son emploi, à élaborer la semence et perfectionner l’ouvrage de la génération, suivant les loix immuables de la nature. Jérôme _Montuus_[22] et André Tiraqueau, le plus célèbre de vos jurisconsultes, livre 15, de son traité _de la loi des mariages_, art. 40, 41 et 42, sont du même avis, après l’examen le plus scrupuleux de cet objet. Consultez l’écriture sainte, toute l’antiquité, les auteurs sacrés et profanes, tous n’ont qu’une voix sur la destination des lombes, des reins et des flancs. Plusieurs passages de l’écriture sainte nous prouvent que les lombes sont les instrumens de la génération. On lit dans la Génèse, chap. 31, verset XI: «des rois sortiront de vos lombes.» Dans l’épitre de St. Paul aux Hébreux, chap. 7, vers. 5: «_vous êtes les enfans d’Abraham et sortis de ses lombes._» et verset 10: «Levi sortit du même endroit.»
[20] Le mot de REINS, en Latin REN, RENES, vient du Grec _Reein_, qui signifie couleur, parce que c’est des reins que l’urine coule. Ils sont deux, et ressemblent à ces légumes appellés phaséoles. Leur substance est rouge et dure, couverte d’une membrane déliée et d’une autre grasse, qui est un replis du péritoine. Leur longueur est de 4 ou 7 travers de doigt, leur largeur presque de trois et leur épaisseur de deux. Les Grecs nomment encore les reins OURETERES, c’est-à-dire, canaux uretères, parce qu’ils y sont contenus, comme il est dit plus bas.
[21] Lib. 2. _de anim._ texte 35.
[22] _Pract. part._ I. lib. IV, chap. dernier.
Basile le grand, dans son commentaire sur Esaïe, chap. XVI, dit que dans plusieurs passages de l’écriture, l’expression de lombes est employée pour désigner les membres servans à la génération.
Origène, (L) Homelie 1, commentant le verset 109, pseaume 37: «mes lombes sont remplis d’illusion,» l’explique ainsi: les lombes étant les réservoirs de la semence, le psalmiste indique la nature du péché, en se servant du nom de la partie qui sert à le commettre. L’expression de ceindre ses reins étoit passée en proverbe chez les Hébreux, pour signifier la continence et l’éloignement des voluptés charnelles. Jehovah, livre de Job[23] dit en y faisant allusion. «Ceins tes reins comme un homme courageux;» c’est-à-dire, reprime la luxure en homme courageux. Isidore (M) livre XI, chap. I de ses ORIGINES, dit qu’il faut l’interprêter ainsi: que le moyen de résister et le préservatif contre la luxure doit être appliqué aux parties dont la rébellion et la complexion brûlante nous portent à ce crime. Voyez Suidas, au mot PSOA.
[23] Chap. 39, v. III. et c. XL, v. II.
Saint Jérôme dans son commentaire sur Nahum, chap. II, v. 1, parle ainsi: «Regarde ton chemin, affermis tes lombes et arme-toi de courage.»
Saint Mathieu, chap. 3, vers. 4, dit en parlant de St.-Jean Baptiste: «Il portoit une ceinture de peau autour des reins.» St.-Grégoire de Nazianze, discours 42, et Nicétas dans ses commentaires, sur _idem_, nous disent la même chose. C’est aussi dans le même sens qu’il faut interprêter Esaïe[24] Jérémie[25], St. Paul[26] et Salomon qui dit en parlant de la femme forte et chaste: «_elle a ceint ses lombes de courage_»[27] St.-Pierre[28] dit «_ceindre les reins de son âme_», ce que Montuus déjà cité traduit par «_écarter de son âme toute pensée impure et lascive_». Si je ne me trompe, les Romains ont fait allusion à ces allégories, lorsqu’ils ont dit, _être ceint, porter la ceinture_, pour désigner la sagesse, la modestie et la pureté virginale, et _délier_ sa ceinture, pour être au contraire, l’emblême de la dissolution des mœurs, comme je l’ai plus amplement décrit dans la vie de Mœcènes. On observe encore aujourd’hui dans les Gaules l’usage de ceindre d’un ruban, cordon ou écharpe de soie, ceux à qui l’on décerne le triomphe littéraire, et qu’ils portent comme un monument glorieux des talens qui les distinguent du vulgaire. Ce qui, selon François Ranchin[29], dénote sur-tout dans les médecins, la nécessité d’être chaste. La ceinture annonce la contraction des reins, leur inaction, et partant la sagesse qui reprime la rébellion et l’effervescence des lombes qui nous portent à la débauche. C’est ce qui a fait croire aux anciens que Diane, déesse de la chasteté, portoit toujours une ceinture. La délier étoit chez eux le premier effet du mariage, et annonçoit la désertion de la fleur virginale[30], et cette commission étoit donnée à l’époux. Aëtius (N) dit[31] que les plaisirs du mariage sont funestes à ceux qui ont les reins ou les lombes foibles, et nommés pour cela _Elumbes_, c’est-à-dire, _éreinté, érené_. Eustathe a fait passer ce mot en proverbe, en disant _efflanqué comme un âne de Mysie_. Elumbis, _qui se se erigere non potest_. En italien, _dilumbato_; en espagnol, _flaco_; en anglais, _he that hath feble loynes_. Hadrianus Junius, cent. 6. ad. 48. donne le nom d’âne de Mysie aux éreintés; ce qui a fait dire à Pétrone que les personnes ruinées par leurs fréquens sacrifices à Vénus, ont les reins lâches, c’est-à-dire, _sans ceinture_. «Encolpe, dit-il, avoit publié par-tout qu’il avoit la goutte et les reins de la plus grande foiblesse.» Catulle, épigramme XVI, parle de ceux qui ne peuvent donner un mouvement souple et facile à leurs lombes endurcis. Et Martial, au contraire, livre 5, épigramme 79, dit: «donner à ses lombes souples et lascifs un tremblement voluptueux.»
[24] C. 32 v. 11.
[25] Chap. I, vers. 17.
[26] Epitr. aux Ephésiens, c. IV v. 14.
[27] Prov. ult. vers. 17.
[28] Epit. I. chap. I. vers. XIII.
[29] _Commentaires sur le serment d’Hyppocrate_.
[30] Horace nomme les Grâces _decentes, pudicas_, lorsqu’elles ont leur ceinture, et _solutis zonis_, quand il veut qu’elles président à ses orgies et aux mystères de la voluptueuse déesse d’Amathonte. Voyez l’ode XXX. liv. I. _O Venus, regina Gnidi Paphique_, etc.
La ceinture ayant de tout temps été l’emblême de la virginité, une femme ne doit plus la porter. Nos élégantes et nos impures nous en imposent donc bien effrontément, en ceignant leurs tailles, même à 40 ans, d’un large ruban bleu, noir, aurore ou coquelicot. C’est ainsi que la manie des modes nous fait perdre de vue, lors même qu’elle conserve celles que nous avons reçues des anciens, leur sagesse qui cachoit toujours des maximes de morale et des emblêmes de vertu dans tout ce qu’ils adoptoient, pour tous les détails qui ont rapport à la vie et au vêtement.
[31] Disc. 3, chap. 8, de son _Tetrabiblos_.
L’auteur anonyme de l’épigramme XVIII du _Priapeia_, s’exprime ainsi:
«Quand la courtisanne Téléthuse agitera-t-elle voluptueusement sur toi ses reins souples et lubriques?»