De l'utilité de la flagellation dans la médecine et dans les plaisirs du mariage, et des fonctions des lombes et des reins

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DE L’UTILITÉ DE LA FLAGELLATION DANS LA MÉDECINE ET DANS LES PLAISIRS DU MARIAGE, ET DES FONCTIONS DES LOMBES ET DES REINS;

OUVRAGE SINGULIER, Traduit du latin de J. H. MEIBOMIUS, Et enrichi de notes historiques, critiques et littéraires, d’une introduction et d’un index.

NOUVELLE ÉDITION.

A PARIS, Chez C. MERCIER, imprimeur-libraire; rue du Coq-Honoré, Nº. 120.

1795.

[Frontispice: Delicias pariunt Veneri crudelia flagra, Dum nocet, illa juvat, dum juvat ecce nocet.]

AVERTISSEMENT.

On sait que Jean-Henri Meibomius étoit un savant du dernier siècle, qui s’est rendu célèbre en médecine, par la découverte des nouveaux vaisseaux qui prennent leur chemin vers les paupières, et qu’on a appelés de son nom, _conduits de Meibomius_. Il fut long-temps professeur de médecine à Helmstadt, sa patrie, et ensuite premier médecin de Lubeck, ville d’Allemagne dans le duché de Holstein.

Le petit traité que nous publions est très-curieux, et n’est guère connu que de quelques médecins, et d’un petit nombre de gens de lettres. Il n’en existe que deux éditions devenues fort rares et fort chères, faites toutes deux en pays étrangers et fourmillant de fautes d’impression. La première à Londres 1665, in-64, et la seconde à Francfort 1670, in-8º. L’une et l’autre étant fautives, nous nous sommes déterminés d’en donner une troisième purgée de ces fautes; et pour faire connoître cet ouvrage intéressant et utile aux littérateurs, aux gens du monde, et à ceux qui ne sont pas familiers avec le grec et le latin, nous avons entrepris de le traduire, et nous avons accompagné notre version de notes historiques étroitement liées au sujet, d’observations nouvelles puisées dans des auteurs modernes, tels que MM. _l’abbé Chappe_, _de Lignac_, _Arnaud de Villeneuve_, et _Lémery_, etc., et multipliées au point qu’elles forment, pour ainsi dire, un second ouvrage aussi étendu que celui de Meibomius.

Nous avons adouci le mieux qu’il a été possible, des expressions trop libres dans les citations, de manière pourtant à ne pas nuire à la clarté du sujet, dans un ouvrage dont le but est de développer le méchanisme des parties auxquelles l’Etre-Suprême a confié l’emploi de la propagation de l’espèce, et d’indiquer les remèdes nécessaires à les rendre capables de s’en acquitter, quand un vice dans les organes ou des excès de volupté ont altéré en elles cette précieuse faculté.

Nous renvoyons ceux qui nous accuseroient d’avoir voulu faire l’apologie de la flagellation, à ce qu’ont dit dans les mêmes vues, _M. de Bienville_, dans l’avant-propos de son excellent _traité de la Nymphomanie_, pages 4 et 5; _M. de Lignac_, dans l’introduction de son traité de l’amour conjugal, page 19, et _M. Tissot_ dans celle de _l’Onanisme_, pages 7, 8 et suivantes.

Au reste, nous espérons que le plus grand nombre des lecteurs, nous saura gré de n’avoir rien négligé pour leur offrir un ouvrage complet.

Il y a des écueils inséparables de la matière, et que le traducteur le plus chaste ne peut éviter, s’il veut rendre les pensées de son original; c’est ce que nous avons éprouvé toutes les fois qu’il a été question de rendre en français les vers libres de Pétrone, Catulle, Tibulle, Ovide, Martial et Apulée. Il falloit donc abandonner le travail; non, sans doute: à côté des vers libres, je trouvois des autorités puisées dans les auteurs ecclésiastiques, les livres sacrés et les pères de l’église. L’exemple des St.-Augustin, des St.-Jerôme, des Isidore, des Lactance, des Origène et des Tertullien m’encourageoit dans mon entreprise, puisqu’écrivant en langues vivantes, ils n’ont pas cru devoir se taire sur les crimes obscènes, parce qu’on ne peut les désigner sans mots. Au reste, si nous sommes réprehensibles, notre faute est celle de Meibomius, et nous nous justifions entièrement par l’aveu sincère de la faute même, et si c’en est une, nous n’avons eu d’autre motif en traduisant cet ouvrage, que de nous occuper, de nous amuser, et de procurer aux littérateurs et aux gens du monde la connoissance d’un ouvrage que sa rareté leur avoit fait perdre, et leur en faciliter l’acquisition à moindres frais.

J’ai rassemblé dans l’introduction qui suit, tout ce qui peut servir à l’histoire de la flagellation, en offrant au lecteur un extrait lumineux et discuté de l’ouvrage de l’abbé Boileau sur cette matière: et cette compilation nécessaire à mon ouvrage ne laissera plus rien à désirer. Nous osons avancer que cet extrait, ceux de Brantôme, et l’étendue des notes dont nous avons semé l’ouvrage, dans la vue d’égayer l’aridité du style de Meibomius, ne manqueront pas de rendre ce petit traité aussi intéressant que curieux.

Quant à la manière dont nous avons traduit le latin, dans lequel il falloit remédier à des fautes d’impression ou de latinité, et à des demi-mots qui, si je puis le dire, n’étoient que les premiers linéamens des pensées de l’auteur qu’il falloit développer, nous supplions le lecteur de vouloir bien se souvenir de ce précepte d’Horace dont nous avons tâché de faire notre profit, sur-tout quand il a fallu rendre des morceaux d’anatomie, qui ne sont plus les mêmes que du temps de Meibomius, et suivre la marche nouvelle prescrite par nos nouvelles découvertes en médecine, et à laquelle je me suis le plus possible conformé.

Nec verbum verbo curabis reddere fidus lnterpres, nec desilies imitator in arctum.

(HOR. Art. Poët.)

INTRODUCTION.

L’abbé Boileau, docteur de Sorbonne, doyen et grand vicaire de Sens, sous _de Gondrin_, et ensuite chanoine de la Sainte-Chapelle de Paris, donna en 1700 un ouvrage intitulé: «Historia Flagellantium de _recto_[1] et perverso Flagrorum usu apud Christianos, ex antiquis scripturæ, Patrum, Pontificum, Conciliorum et Scriptorum profanorum monumentis, cum cura et fide expressa,» imprimé chez _Janisson_, en gros caractères, et composé de près de 400 pages _in_-12. _Du Cerceau_ et _Thiers_ le critiquèrent. On en publia une traduction plus indécente que l’original; elle fut réformée par l’abbé _Granet_, qui la fit réimprimer en 1732.

[1] L’auteur fut obligé d’ajouter ce mot _recto_ au titre, et de retrancher des choses qui choqueroient même dans un traité de chirurgie.

Un auteur anonyme déchargea sa bile sur ce livre, dans un petit ouvrage _in_-12, de 43 pages, et qui a pour titre: Lettre à M. L. C. P. D. B. sur le livre intitulé: _Historia Flagellantium_. Cette lettre est une véritable satyre, et qui attaque M. l’abbé Boileau, d’une manière hardie et peu honnête. L’éclipse, dit le critique, que souffrit l’histoire des flagellans, dès qu’elle commença à voir le jour, vint d’une suppression tacite ou de l’avidité des libraires de Hollande et d’Angleterre, et de l’empressement à enlever toute l’édition d’un ouvrage qui devoit être d’un grand débit chez eux. On m’a assuré depuis peu, dit-il, qu’on en faisoit une nouvelle édition en faveur des mousquetaires et autres jeunes gens d’agréable humeur, qui le trouvent fort à leur gré. Il est en effet très-divertissant, et peut tenir son rang dans leur bibliothèque, entre Rabelais, Bocace et les contes de Lafontaine. Il ajoute que cet ouvrage a mérité à M. Boileau le surnom de _Flagellant_, pour le distinguer des autres abbés Boileau, fort connus dans le monde par leur réputation et leur mérite. Dans tout le cours de la satyre, le critique appelle M. Boileau de ce nom de Flagellant ou de petit Flagellant. Le portrait qu’il en fait est trop injurieux pour être rapporté ici. Je dirai seulement que ce critique n’épargne ni le livre ni la personne. Sa satyre est pleine d’invectives, de railleries, d’ironies et de réflexions mordantes, et son ouvrage peut être mis, avec justice, au rang des libelles diffamatoires. Car, après tout, dit l’auteur des nouvelles de la république des lettres, (décembre 1700, page 695,) quand il y auroit quelque chose à reprendre ou dans le choix de la matière du livre de M. Boileau, ou dans la manière dont il l’a traitée, cela n’empêche pas que l’auteur ne soit un honnête homme et de bonnes mœurs[2].

[2] Le traducteur du traité de Meibomius n’a pas d’autre réponse à faire à tous ceux qui voudroient lui faire éprouver les désagrémens auxquels M. l’abbé Boileau a été en proie.

Les jésuites attaquèrent aussi cet ouvrage, et ont extrait de ce livre ou de ceux qu’il a approuvés, diverses propositions qu’ils croyoient censurables. Il y en a une qui le paroît effectivement, et la voici en français: _Les écrivains sacrés ont fait mention onze fois des flagellations, cinq fois principalement en parlant de J. C. notre sauveur, qui fut flagellé malgré lui et contre sa volonté._ Cette expression paroît trop forte, mais on voit bien pourtant ce que l’auteur veut dire; c’est que si J. C. a été flagellé par ses ennemis, il ne s’est jamais donné volontairement la discipline, comme font les moines. Voici une autre proposition que je ne rapporterai qu’en latin: _Nec esse est cum musculi lumbares virgis aut flagellis diverberantur, spiritus vitales revelli, adeò que salaces motus ob viciniam partium genitalium et testium excitari, qui venereis imaginibus ac illecebris cerebrum mentem que fascinant ac virtutem castitatis ad extremas augustias redigunt._

Si cette proposition n’est pas fausse, il est du moins sûr qu’elle auroit beaucoup mieux sa place dans un ouvrage de quelque médecin, que dans celui d’un prêtre docteur en théologie; mais il sied mal aux jésuites de relever de semblables propositions, puisque plusieurs de leurs auteurs ont avancé des choses beaucoup plus capables de blesser les imaginations foibles et délicates.

Le dessein général de l’auteur étoit de faire voir que l’usage des disciplines volontaires est une superstition qui s’est introduite chez les moines, et qui tire son origine du Paganisme, et qu’elle est pernicieuse à la santé du corps et de l’âme. Il loue l’exercice de la mortification de la chair comme un acte saint et méritoire, lorsqu’il est autorisé par la loi divine ou établi par l’église. Or, celui dont il s’agit n’est point autorisé par la loi divine. Il n’en est point fait mention dans l’ancien testament. La loi de Moïse, au contraire, (Deut. 25, 2, 3.) défendoit de donner aux criminels plus de quarante coups de fouet, d’où il suit qu’elle ne permet pas aux moines ni à aucun autre particulier, de s’appliquer plus de quarante coups de fouet, ni de se déchirer la peau d’une manière si cruelle, pendant que l’on chante lentement _miserere_, _de profundis_ et l’antienne _salve regina_. La loi naturelle nous défend de faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qui nous fût fait; et la loi de Moïse nous défend de nous faire à nous-mêmes ce qu’elle ne veut pas que nous fassions à un autre. Dans l’évangile, J. C. ni les apôtres n’ont pas fait mention de la flagellation, car, par le passage de St.-Paul, je _mortifie ma chair_ (Corinth. 9, 27.), l’auteur fait voir qu’il ne favorise point la discipline que se donnent les moines. Il remarque que la flagellation involontaire est fort ancienne, puisqu’elle étoit en usage parmi les payens, avant la fondation de Rome. Elle étoit même établie par la loi divine, (proverb. 13, 24 et 23, 13) pour punir les enfans et ceux qui faisoient quelque faute qui méritât cette punition. Mais outre ces flagellations involontaires, il y en avoit de volontaires et de libres. Tertullien rapporte que c’étoit une coutume parmi les Lacédémoniens de célébrer de certaines fêtes en l’honneur de Diane, et que ce jour-là, pour honorer la déesse, les jeunes gens se fouettoient eux-mêmes devant son autel, et quelquefois jusqu’au sang. Environ l’an 476 de J. C., les juifs rabins mirent au nombre de leurs cérémonies une espèce de flagellation volontaire, mais elle étoit mutuelle, et ils se flagelloient les uns les autres alternativement. Dans les premiers temps de l’église, où la pénitence étoit dans sa plus grande ferveur, l’usage de la discipline étoit une chose inouïe. Du temps de St.-Augustin, on avoit coutume de flageller les hérétiques et les criminels, mais les chrétiens ne se flagelloient point eux-mêmes. Ceux qui ont écrit la vie austère des anciens anachorètes ne parlent point de disciplines ni de flagellations volontaires. M. Boileau répond à un passage de St.-Jérôme, à un autre de St.-Jean Climaque, et à un troisième de St.-Cyrille d’Alexandrie, que les moines croient leur être favorables.

L’usage de se flageller soi-même ne fut introduit qu’environ l’an 1047 ou 1056, du temps de _Pierre Damiens_, et il ne fut toléré des personnes sages qu’avec beaucoup de répugnance. L’auteur rapporte divers exemples, tous propres à faire avoir en horreur et à tourner en ridicule la flagellation.

Voici une anecdote très-plaisante à ce sujet, tirée de _Michaël Scotus_.

Un dévot accompagnait sa femme à confesse: voyant que le confesseur la menoit derrière l’autel pour la flageller, il s’écria: Monsieur, elle est très-délicate, je reçois la discipline pour elle: cela dit, il se mit à genoux, et le confesseur fit son office; pendant la cérémonie, la femme crioit de toute sa force: frappez fortement, car je suis grande pécheresse. Il y avoit peut-être un motif de jalousie dans le dévouement du mari, et une petite vengeance de cette jalousie, dans la femme.

Cette coutume devint fort ordinaire dans la suite, et on la pratiqua jusques dans les rues. Un cordelier un jour donna le fouet en plein midi, sur les fesses, à un docteur en théologie qui avoit prêché contre la conception immaculée de la Ste.-Vierge, et les femmes crioient: mon père, donnez-lui en quatre coups pour chacune de nous.

Vers l’an 1260, vint la superstition inouïe de se fouetter soi-même, et la secte des flagellans commença en Italie. Ils alloient tout nuds en procession deux à deux, se flagellant dans les rues et dans les places publiques. Cette secte n’avoit point d’ailleurs de sentimens opposés à ceux de l’église romaine. Cependant Alexandre IV ne voulut pas l’autoriser, et plusieurs princes chassèrent ces flagellans de leurs états.

Ces observations suffisent pour mettre le lecteur en état de juger de l’histoire des flagellans par l’abbé Boileau, s’il ne la connoît pas; et je renvoie ceux qui la connoîtroient au livre lui-même, où ils trouveront des choses curieuses et des détails plus étendus.

Je ne puis me refuser au désir d’augmenter la foule des exemples qu’on pourroit citer de la flagellation volontaire, par celui de St.-Dominique, surnommé _l’Encuirassé_. Cet hermite ne se flagelloit pas seulement pour lui, mais pour expier les iniquités des autres. On croyoit alors que cent ans de pénitence pouvoient se racheter par vingt pseautiers, accompagnés de coups de fouet. Trois mille coups valoient un an de pénitence, et les vingt pseautiers faisoient trois cent mille coups, à raison de mille coups par dixaine de pseaumes. Dominique accomplissoit cette pénitence de cent ans, en six jours. Il acquittoit ainsi les péchés du peuple; mais cette flagellation continuelle rendit sa peau aussi noire que celle d’un nègre. L’usage de ces sortes de pénitence occasionna l’abolissement des pénitences canoniques. Le principal avantage de celles-ci étoit de détruire les plus mauvaises habitudes, en faisant pratiquer long-temps les vertus contraires, et non pas en faisant flageller un hermite qui n’étoit pas coupable. En effet, a dit un certain auteur, le péché n’est pas comme une dette pécuniaire que tout autre peut payer à la décharge du débiteur, en quelque monnoie que ce soit; c’est une maladie dangereuse qu’il faut guérir dans la personne même du malade.

Je serois tenté de croire que ces flagellans, animés d’abord d’un saint zèle et du désir de se mortifier, ont employé la fustigation dans la vue de matter leur chair et de faire pénitence; mais dupes peut-être de ce même zèle, et la nature ne perdant jamais ses droits, ils ont continué, avec une espèce de fureur, cette douce torture qui les dédommageoit du plaisir que leur solitude leur défendoit; car enfin, c’étoit toujours un plaisir goûté physiquement, même à l’insu du moral.

Brantôme, dans la graveleuse et cynique simplicité de son style[3], dit qu’il a ouï parler d’une grande dame de par le monde, qui ne se contentant de lasciveté naturelle, car elle étoit grande putain et étant mariée et veuve, aussi étoit-elle très-belle; pour la provoquer et exciter davantage, elle faisoit dépouiller ses dames et filles, je dis les plus belles, et se délectoit fort à les voir, et puis elle les battoit du plat de la main sur les fesses avec de grandes claquades et _blamuses_ assez rudes; et les filles qui avoient délinqué en quelque chose, avec de bonnes verges, et alors son contentement étoit de les voir remuer et faire des _tordions_ de leurs corps et fesses, lesquels selon les coups qu’elles recevoient, en montroient de bien étranges et plaisans. Autrefois, sans les dépouiller, les faisoit trousser en robe, car pour lors elles ne portoient point de caleçons, et les claquetoit et fouettoit sur les fesses, selon le sujet qu’elles lui donnoient, ou pour les faire rire ou pleurer, etc. etc. etc.

[3] Page 370, tom. I. des vies des dames galantes de son temps, édit. de Leyde, 1666, _in_-12.

Plus loin, il raconte qu’un grand prenoit ainsi plaisir à voir sa femme nue ou habillée, et à la fouetter de claquades, et à la voir manier de son corps.

Qu’une fort honnête dame, étant fille, était fouettée par sa mère quatre fois tous les deux jours, non pour avoir _forfait_, mais parce que sa mère prenoit plaisir à la voir remuer ainsi les fesses et le corps, pour autant en prendre d’appétit ailleurs, et tant plus elle alla sur l’âge de quatorze ans, elle persista et s’y acharna de telle façon, qu’à mesure qu’elle l’acostoit, elle la contemploit encore plus. Il dit plus bas, qu’un très-grand seigneur et prince, il y a plus de quatre-vingt ans, avant d’aller habiter avec sa femme, se faisoit fouetter, ne pouvant s’émouvoir ni relever sa nature baissante, sans ce sot remède. Je désirerois volontiers qu’un médecin excellent m’en dît la raison.

Voilà de terribles humeurs de personnes, dit naïvement Brantôme, en parlant de l’homme cité par Pic de la Mirandole, et dont nous avons rapporté l’exemple dans cet ouvrage.

NOTE.

On a vu dans cette introduction que de tous temps les prêtres faisant servir la religion à leurs plaisirs, ont su couvrir de ce masque redoutable les excès honteux où les portoit un tempérament fougueux qu’allumoient encore la macération qui tendoit à les rendre plus lubriques, l’oisiveté, la tranquillité des cloîtres, et la confiance aveugle qu’ils avoient inspirés à leurs sots pénitens.

Le traducteur, n’ayant entrepris que le seul ouvrage de Meibomius, et non l’effrayant tableau des crimes du clergé, et l’histoire générale de la flagellation, prie les lecteurs qui désireroient de plus grands éclaircissemens sur cette matière, de consulter:

1º. Essai philosophique sur le monachisme, par Linguet, 1776, 1 vol. _in_-8º.

2º. Nécessité de supprimer et d’éteindre les ordres religieux en France, prouvée par l’hist. philos. du monachisme, ou exposition abrégée de ce que l’on trouve de plus singulier et de plus curieux dans l’institution, la règle, l’établissement et la vie des moines de tous les cultes et de tous les pays. _Londres_ 1789, 2 vol. _in_-8º.

3º. Les prêtres démasqués, ou les iniquités du clergé chrétien. Ouvr. trad. de l’anglais. 1767, _in_-8º. 1 vol.

DE L’UTILITÉ

DE LA FLAGELLATION

DANS LA MÉDECINE

ET DANS LES PLAISIRS DU MARIAGE,

ET DES FONCTIONS

DES LOMBES ET DES REINS.

Voici enfin, mon cher Cassius, le petit traité que je vous ai promis dans une orgie bachique. Vous vous convaincrez, en le lisant, que l’usage de la flagellation n’est pas aussi extraordinaire qu’il le paroît au premier coup d’œil. Je me souviens très-bien de l’engagement que j’ai pris de vous communiquer mes réflexions sur cet objet. Ce fut lorsque nous nous trouvâmes dernièrement à table chez notre ami commun Martinus Gerdesius, conseiller du prince, et votre collègue, mais je ne me rappelle pas précisément à quelle occasion je vous dis que les coups et la flagellation servoient quelquefois à la guérison de plusieurs maladies, ce qui vous parut un paradoxe. Quoi qu’il en soit, je vais vous démontrer que l’expérience a confirmé la bonté de ce remède, en m’appuyant sur l’autorité des médecins qui l’ont enseigné et pratiqué.

Titus, disciple d’Asclépiade (A) qui vivoit sous le règne d’Auguste, comme je l’ai dit dans mon ouvrage intitulé: _Vies des médecins_, prétend, livre 2, de _l’âme_, que _les Maniaques doivent être fouettés pour leur rendre le bon sens_.

_Cœlius Aurelianus_, livre 1, _des passions lentes_, chap. 5, dit que les personnes attaquées de la _mélancolie érotique_, ou qui sont dans le délire, doivent être aussi fouettées, quand les autres moyens n’ont rien fait, et que dans plusieurs individus, cette opération a guéri l’aliénation d’esprit.

Rhazès, livre 1, _de la continence_, chapitre IV, d’après un célèbre médecin juif dont il invoque le témoignage, ordonne de lier la personne attaquée de la manie érotique et de la frapper à grands coups de poing ou de verges, si les autres remèdes ont été infructueux, et d’administrer ce topique à plusieurs reprises, si le bien ne s’opère pas dès la première fois; une seule hirondelle, pour me servir de ses termes, ne faisant pas le printemps.

Antoine Gaignier pense[4] comme Rhazès, et Valescus de Tarente s’exprime ainsi[5]: «si le malade est jeune, il faut le frapper sur les fesses à grands coups de verges, et si l’érection ne se fait pas, l’enfermer dans un cul de basse fosse, l’y tenir au pain et à l’eau jusqu’à ce qu’il demande pardon de son invergence, et lui faire observer un régime rigoureux.»

[4] _Pract. Tract._ XV. cap. XII.

[5] _Philonium_. lib. I. c. XI.

Si nous en croyons Sénèque, livre 6, _des Bienfaits_, chapitre 8, la flagellation dissipe la fièvre quarte, parce que le mouvement réchauffe et divise l’humeur âcre, épaisse et noire, qui étoit stagnante dans les viscères, comme le dit fort bien Juste Lipse dans ses commentaires.

Jérôme Mercurialis[6], (B) nous apprend que plusieurs médecins ont ordonné la flagellation à des personnes maigres, pour les engraisser et leur donner de l’embonpoint.

[6] Lib. IV _de arte gymnasticâ_, cap. IX.

Galien[7] citant à ce sujet les stratagèmes des marchands d’esclaves, qui se servoient de ce moyen pour les faire paroître plus brillans de fraîcheur et d’embonpoint, ne laisse aucun doute sur l’efficacité de ce remède[8]. Il est certain qu’il fait gonfler la chair et attire à elle les alimens. Personne n’ignore que la flagellation avec des orties vertes a le plus grand succès pour raffermir les membres et rappeler la chaleur et le sang dans les parties qui en sont privées.

[7] _Meth. med._ lib. XIV, c. XVI.

[8] Combien de nourrices, sans avoir consulté Jérôme Mercurialis, ni Galien, ont recours à ce stratagême qu’elles connoissent par tradition, et claquant les enfans sur les fesses, avant de les rendre à leurs mères, trompent par cet embonpoint factice et momentané, la confiance des tendres parens qui leur ont livré ces intéressantes créatures.

Cælius Aurelianus[9] et Thémison, liv. 1 _des Passions lentes_, veulent que ce soit avec de la férule.

[9] Lib. II, _Chr._ c. I.

Elidæus de Padoue[10] n’hésite pas d’ordonner la flagellation avec des orties vertes sur les membres tendres et délicats des petits enfans, pour hâter l’éruption de la petite vérole.

[10] _Consil. Med._ 282.

Thomas Campanella, (C) que nous avons autrefois connu à Naples, semble mettre en avant une opinion nouvelle et inadmissible, en attribuant à la flagellation la vertu de guérir les obstructions du bas ventre. Il raconte[11] que le prince de Venuse[12] un des meilleurs musiciens de son siècle, ne pouvoit aller à la garde-robe sans avoir été préalablement fustigé par un valet gagé pour remplir cette fonction; ajoutant qu’il seroit dangereux de retenir sa respiration pendant qu’on se feroit administrer ce remède, et j’en conviens.