Part 3
Le mot _fluctuare_ peint le mouvement d’oscillation et la manière de s’agiter et de se soulever de bas en haut, comme les flots, en grec, _ricnoustai_, en latin _crissare_[32]. C’est de-là qu’on a donné le nom de _ricnoma_ à une sorte de danse grecque fort lascive[33]. Telle est de nos jours celle que nous appellons la _bergamasque_, qui ne se danse que sur les théâtres, ou par des personnes masquées. Juvenal paroît y faire allusion, lorsqu’il parle, satyre 2, des jeunes Romaines, dont on applaudissoit l’adresse à se laisser doucement aller à terre, en agitant leurs fesses avec un tremblement voluptueux.
[32] _Indecenter flecti, curvari_, s’agiter, se plier, se courber d’une manière indécente et lubrique.
[33] Les O-Taïtiens ont une danse semblable, et les Espagnols ont le _fendango_. Voyez le voyage en Espagne par le marquis de Langle, tom. I, page 145.
Arnobe, livre 2. «Une troupe lubrique formoit des danses dissolues, sautoit en désordre et chantoit, tournoit en dansant et à certaine mesure, soulevant les cuisses et les reins, donnoit à leurs fesses et à leurs lombes un mouvement de rotation qui auroit embrâsé le spectateur le plus froid[34].» Voyez dans les lettres grecques celle qui est intitulée, _Megara à Bacchides_ sur la Thryallide.
[34] _Nous valons bien les Romains pour la débauche. Nous avions, il y a cent ans, les danses de caractère, la fricassée, et les rondes de société. Nous avions les danses lascives que les princes du sang et la reine faisoient exécuter à Brunoy, à Trianon et à Compiègne, par les acteurs et actrices qui jouoient le _théâtre gaillard_, pour ranimer leurs majestés épuisées._
Perse fait allusion à cette danse, lorsqu’il dit des vers licencieux qui remplissent l’esprit de l’auditeur des idées les plus voluptueuses:
«Qu’il fait beau voir là nos grands de Rome s’agiter de lascive manière, et murmurer d’une voix tremblante, lorsque ces vers libidineux pénètrent jusqu’au siège des plaisirs (les lombes), et qu’une molle prononciation chatouille leurs sens!»
Juvenal, satyre 6, vers 314, dit, en parlant des flûtes des prêtresses de la bonne déesse:
«On sait à présent ce qui se passe aux mystères de la bonne déesse, quand la flûte agite ces ménades, et fait tremblotter voluptueusement leurs reins; lorsqu’également ivres de sons et de vin, elles laissent voler leurs cheveux en tourbillons, et invoquent Priape à grands cris.»
Isidore prétend que le mot lombes, _Lumbus_, vient de _libido_, _desir_, parce que c’est dans les lombes que réside chez les hommes la cause de leurs désirs et l’aiguillon de la volupté.
Nicolas Perrot, dans son ouvrage intitulé _Cornucopia_ (O) leur donne la même étymologie. Il fait dériver _lumbi_ de _lubendo_, en intercalant une lettre, comme on le pratique assez ordinairement: ainsi de _cubo_ on fait _cumbo_; de _pago_, _pango_; de _frago_, _frango_, etc. (Voyez le savant Matth. Martinius, dans son _lexicon etymologicum_.
Les lombes et les reins qui en forment la plus grande partie ont tous deux les mêmes fonctions, pour peu que vous fassiez attention à leur conformation. On voit dans le livre des rois, ch. 7, v. 12, qu’ils servent à la génération. «Le fils qui est sorti de tes reins.»
Tertullien (P) dans son traité de _la résurrection de la chair_, nomme les reins les réservoirs de la semence.
Le prêtre Hésychius (ou autrement dit par corruption, Isicius) dans ses commentaires sur le _Lévitique, liv. I_, dit que les reins sont les dispensateurs de la liqueur séminale dans le coït; et plus loin: c’est dans les reins que se forment et se conservent les fluides destinés à la génération.
St.-Augustin, pseaume 7. v. 2, dit que par les reins, on entend les plaisirs de l’amour.
St.-Jérôme commentant Nahum, dit que tout ce qui a rapport au coït émane du ministère des reins, et répète à peu-près la même chose dans son commentaire sur Ezéchiel, chap. 16.
On lit dans Jérémie[35] et dans l’apocalypse[36], sondant les reins et les cœurs: ce que Nicolas de Lyre (Q) explique par, examinant et punissant nos concupiscences et nos mauvaises pensées; l’écriture sainte désignant par le _cœur_, nos pensées, et par les _reins_, les mouvemens de la chair. C’est par cette raison que David[37] prie le seigneur de brûler ses reins et son cœur, expressions adoptées par l’église dans ce passage d’un hymne:
[35] Chap. 17, vers. 10.
[36] Chap. 2, vers. 20.
[37] Ps. 26, vers. 2.
«Brûlez nos reins et nos cœurs, ô mon dieu, du feu de l’esprit saint, afin que nous vous servions purs et chastes de corps et de cœur, et que nous nous rendions dignes de votre amour par l’innocence de notre vie.»
On voit dans l’exode XII, V. 2, qu’il étoit prescrit aux Israélites qui mangeoient l’agneau pascal, de ceindre leurs reins, et tous les théologiens s’accordent à entendre par-là qu’ils devoient se garder de toute action et pensée charnelle.
Ausonne, épigramme 13, dit, se servir de ses reins, pour _se livrer à la volupté. «Sers-toi de tes reins.»_ On dit chez nous, en badinant, que ceux qui sacrifient à la déesse de Cythère, _purgent leurs reins_.
Hyppocrate, dans son traité des maladies internes, Aristote dans ses problêmes[38], Galien[39], Aëtius[40], dans son _Tetrabiblos_, Avicenne[41], (R) et quantité d’autres médecins, nous apprennent que les jouissances trop fréquentes ruinent les reins; ce qui a fait dire à Fulgence (S) dans sa mythologie[42] que les reins sont consacrés à Vénus. Fulgence, liv. 5 de sa mythologie, dit dans la fable de Thétis et Pelée, d’après la physiologie de Démocrite, que les payens avoient consacré chaque partie de notre corps à une divinité particulière: la tête à Jupiter, les bras à Junon, les yeux à Minerve, la poitrine à Neptune, la ceinture à Mars, les reins à Vénus, et les pieds à Mercure[43].
[38] Section IV, probl. 2.
[39] Lib, VI, comment. VI.
[40] Disc. 3, c. VIII, lib. I.
[41] Liv. III, fen. XII. trait. II. c. XI.
[42] Liv. III.
[43] _C’est ainsi que les anciens mettoient la morale à la portée de tout le monde, par des emblêmes ingénieux, et sous le manteau du culte religieux._
_Varron_, celui des Romains qui avoit le plus d’érudition, au jugement de Quintilien[44], si vous voulez remonter à la source pour trouver la véritable étymologie du mot, fait dériver _Renes_ du grec _Upo tou rein_, c’est-à-dire, ruisseaux d’où coule l’humeur obscène, nom qu’il donne au fluide séminal, ne vous y trompez pas, si nous devons en croire Isidore[45] et Lactance[46]. Il ne faut donc pas entendre par humeur obscène, cette sérosité saline contenue dans la vessie, ainsi que plusieurs l’ont cru. Isidore expliquant Varron, dit que les veines et la moëlle de l’épine, filtrent dans les reins une liqueur claire et subtile qui, détachée et provoquée par la chaleur que communique l’acte vénérien, descend des reins dans les testicules, et personne ne peut, avec un peu de bon sens, imaginer qu’il s’agisse ici de l’urine.
[44] Institut. orator. lib. 10, cap. I.
[45] Orig. lib. 10. chap. I.
[46] Ouv. de dieu, chap. 14.
Les Hébreux, par le mot _reins_, désignant la concupiscence, emploient deux mots qui signifient en français _desirer ardemment_. Les reins étant situés dans les lombes, vers les parties latérales de la région supérieure du bas-ventre, on les a crus nécessaires à la génération.
Dans Ovide, livre I des amours, Elégie XII, la plus chaste des femmes, ou du moins qui passoit pour telle, voulant éprouver la vigueur de ses prétendans, leur montre un arc et leur ordonne d’essayer de le bander.
«Pénélope éprouvoit la force de ses amans en les défiant de bander un arc de corne, afin de voir celui d’entr’eux qui avoit les reins les plus forts.»
Pénélope le dit elle-même, dans l’épigramme 69 du _Priapeia_, où le poëte la fait parler ainsi à ses galans assemblés.
«Personne ne bandait mieux que mon cher Ulysse, l’arc que je vous présente, soit l’effet de la force des reins (_laterum_) ou de l’adresse. Puisque je l’ai perdu, essayez de le bander, et celui que je trouverai vraiment homme, mâle et vigoureux, et digne de le remplacer, sera mon époux.» Martial, liv. VII, épig. 57, dit, _essayer ses reins_, pour éprouver ses forces aux combats de Vénus.
Ovide, liv. II, élégie 10 _des amours_, dit: donner de la force aux _reins_ pour exciter à la volupté.
«La volupté donnera à mes reins tout ce qui peut ranimer mes forces.»
Apulée, livre VIII, appelle _industrie, souplesse des reins_, l’avantage précieux d’une vigoureuse construction pour la lutte amoureuse. Parlant des débauches des prêtres de la déesse Syrienne: «Ils amènent, dit-il, souper avec eux, un paysan d’une taille et d’une force de reins extraordinaires.»
Juvenal et Ovide disent: _ménager ses reins, s’abstenir des plaisirs de l’amour_. Le premier, sat. VI, dit en parlant d’un Catamite[47]:
[47] Les anciens nommoient _Catamiti, Ganymedes, Concubini_, ces jeunes garçons qui tiroient un grand profit de la prostitution de leurs corps. Pétrone leur a fait donner le nom de _Gitons_, et depuis, les favoris de nos rois furent appelés _Mignons_, de _mi_, qui signifie _mon_, et de _niño_, mot Espagnol qui veut dire _petit enfant et caressé_. (Ménage et Futetière.)
«Que ne laisses-tu dormir auprès de toi, cet enfant soumis, paisible et désintéressé, cet enfant qui jamais ne te reproche d’avoir ménagé tes flancs, et de ne le pas caresser autant qu’il le désireroit.»
Et le second, livre II, de l’art d’aimer.
«Ne ménagez pas vos flancs, c’est d’eux que dépendent la fidélité de votre maîtresse, la paix et le bonheur de vos amours.»
Martial, livre XI, épigramme 105, emploie l’expression de rompre ses reins, pour fournir trop souvent la carrière amoureuse.
«Et tu prolonges jusqu’au grand jour les transports libidineux qui épuisent et rompent tes reins.»
Et plus loin, livre XII, épig. 99.
«Bassus, tu te romps les reins, mais avec des jeunes gens bien fournis de poils.»
Tibulle ou quelqu’autre auteur, dans ses Iambes à Priape, s’exprime ainsi:
«Dans mes vaisseaux enflés la liqueur prolifique »Trop long-temps ménagée, irrite mes transports; »Et rien ne peut calmer ma fureur érotique »Que la tendre Vénus, secondant mes efforts, »Sur le sein d’une belle amoureuse et lubrique, »N’ait, en brisant mes reins, dégagé leurs ressorts.
Pétrone, dans sa satyre, dit, _arracher les flancs_. (Je craignois que Giton ne m’arrachât les flancs.)
Il donne en plusieurs endroits, aux flancs de ceux qui se sont ruiné le tempéramment, les épithètes de _fatigués_, _invalides_, _épuisés_, _desséchés_ et _morts_.
Ovide, livre III, des amours, Elégie X, dit:
«J’ai vu sortir de chez vous, votre adultère épuisé, traînant à peine ses flancs desséchés et sans vie.»
Catulle, Epigramme 7.
«Pourquoi ne nous montres-tu pas tes flancs épuisés.»
Priape, s’exprime ainsi, épigramme 25 du _Priapeia_, déjà cité:
«Vous voyez comme je suis arrangé et dans quel état déplorable la débauche m’a conduit. Je suis absolument ruiné, pâle et décharné. Mes flancs sont entièrement épuisés, une toux affreuse m’arrache la poitrine et je crains de cracher ma vie avec cette salive dangereuse.»
Suétone, dans la vie de Caligula, chap. 37, dit que Catulle, jeune homme de maison consulaire, reprocha à ce monstre de lubricité «d’avoir assouvi sur lui sa brutale passion et de lui avoir épuisé les reins par ses criminels embrassemens.»
Dans Apulée, livre VIII, le jeune homme qui servoit aux plaisirs infâmes de la déesse Syrienne, dit à l’âne qui venoit le remplacer dans cette fonction:
«Puisses-tu vivre long-temps, plaire à tes nouveaux maîtres, et me donner le temps de réparer mes forces et _mes reins_ qu’ils ont épuisés.»
Tous les passages que j’ai déjà cités rendent la chose aussi claire que les rayons du soleil dans un beau jour d’été, pour me servir ici des expressions de Plaute.
Nous ne pouvons donc regarder comme nouvelle et suspecte, une opinion adoptée et confirmée par le suffrage unanime de toute l’antiquité et le témoignage des saintes écritures, que les lombes, les parties voisines, et les reins sont les instrumens de la génération. Or une chose généralement reconnue et avouée des savans, comme disent vos jurisconsultes, mon cher Cassius, ne peut être absolument fausse. Il n’y a de probable, dit Aristote, liv. 1 de ses topiques, chap. 1, texte 7, que ce qui paroît tel à tout le monde ou au plus grand nombre, et sur-tout à ceux dont on connoît la prudence et le génie, et qui se sont illustrés par les profondes connoissances. Il est donc important d’en chercher la raison avec la plus scrupuleuse attention, et d’établir, quand nous l’aurons trouvée, comment les coups de verges appliqués sur le dos ou sur les lombes, subtilisent, embrâsent les esprits et nous rendent habiles à savourer les délices de la jouissance[48].
[48] Nous ne pouvons mieux faire pour appuyer les observations faites jusqu’ici par Meibomius, sur l’utilité de la flagellation, que de citer M. l’abbé Chappe d’Auteroche, de l’académie des sciences. Ce savant abbé mourut en Californie, quelques jours après son observation du passage de Vénus sur le soleil, en 1760. Il avoit accompagné dans cette importante mission, MM. de la Condamine, l’abbé de la Caille, Joseph de Jussieu, Godin des Odonnais, Couplet, Lemonnier, Bougues, Verguin, Morainville, Clairaut et le Camus. Il remarque dans son voyage en Sibérie, fait par ordre du Roi en 1761, tome 1, page 339, que les coups de verges que l’on donne dans les bains de vapeurs, en Russie, donnent de l’activité aux fluides et du ressort aux organes. _La flagellation_, dit-il, _anime les passions_; et nous devons en croire cet estimable littérateur, qui voyageant en philosophe, ami de l’humanité, s’est attaché à observer tout ce qui peut influer sur la population.
Le lecteur qui désireroit de plus grands détails sur cette matière, peut consulter l’excellent ouvrage de l’abbé Boileau, qui a pour titre: Histoire des flagellans, où l’on fait voir le bon et le mauvais usage des flagellations, etc. _Amsterdam_ 1701, _in_-12.
Marsilius Cagnatus et Montuus attribuent tout aux lombes, puisqu’ils sont composés des parties ci-devant détaillées, c’est-à-dire, des vertèbres, des muscles, des reins, des veines, des artères et des nerfs, en donnant néanmoins le premier rang aux veines et aux artères spermatiques qui fournissent la matière de la semence, contiennent le fluide qui commence à blanchir et à s’épaissir, est déjà sperme, ou va le devenir, et de-là le transmettent dans les testicules. Ce fluide étant trop abondant dans les veines et les artères, s’y trouvant gêné, et cherchant à se répandre au-dehors, excite des picotemens agréables, le prurit vénérien, des irritations, le besoin de s’en décharger et des pollutions nocturnes, sur-tout chez les personnes qui se couchant sur le dos, communiquent trop de chaleur aux parties génitales. Barth. Montagnana[49], le philosophe Nemesius[50], (T) Joh. Matthæus[51], Garyopontus, médecin latin moderne[52], et Sennert, (U) notre professeur et notre ami, homme respectable, lorsqu’il vivoit[53], Pierre Lauremberg, _in procestriis annotat. anat. lib. 1. cap. IV_, et enfin Gaspard Hoffmann, disent tous la même chose, quoiqu’ils ne s’expliquent pas de la même manière.
[49] Consil. med. 37.
[50] De la nature de l’homme, chap. 27.
[51] _Quæst. medic._ 90.
[52] _Pract._ lib. 3. cap. 34.
[53] _Pract._ lib. 3. c. 1. sect. 1. part. VII.
B. Montagnana, dit en examinant un passage d’Avicenne[54], qu’il faut remarquer pourquoi ce médecin attribue l’impuissance à la foiblesse des reins; et après avoir dit que la matière séminale acquéroit le dernier degré de perfection, en raison du degré de chaleur et de force répandues dans les testicules, il ajoute qu’elle doit nécessairement être préparée dans les régions supérieures, dans les parties où la digestion se fait le plus promptement, comme dans le foie et les reins, et par conséquent ou plus éloignée ou plus rapprochée, suivant la constitution de chaque individu. Il conclut enfin qu’il est impossible que la véritable semence se forme et acquierre toutes les qualités requises, si les parties où elle doit s’élaborer, c’est-à-dire le foie et les reins, sont vicieuses, mal organisées et n’ont pas entr’elles un ordre et une connexion uniformes.
[54] Lib. XIX. _Fen._ 3. c. _de renibus et ren. calc._
Némésius croit que les reins n’épanchent dans les testicules qu’une sérosité saline qui n’excite seulement dans ces parties que le prurit et la chaleur du désir, et remplissent ainsi leur ministère dans l’acte de la génénération. «Les reins, dit-il, servent à épurer le sang, et ne sont dans le coït qu’une cause irritante et secondaire.» Les veines qui se rendent dans les _didimes_, puisent dans les reins un acide qui irrite le désir, de même que les humeurs acres qui se glissent entre cuir et chair, y causent des démangeaisons. L’enveloppe de ces corps glanduleux étant plus tendre et plus délicate que la peau du reste du corps, cet acide irrite et aiguillonne plus vivement les organes de la volupté, et c’est cette âcreté mordicante qui procure les pensées lascives, provoque la fureur amoureuse et opère l’éjaculation de la semence. Voilà mot pour mot ce que dit Isidore ci-dessus cité, et Joh. Matthæus ne diffère de lui, qu’en ce qu’il attribue plus de faculté au rein gauche qu’au droit: «la veine gauche séminaire, dit-il, étant placée avec l’émulgente, près du rein gauche, fournit un sang mêlé d’une substance aqueuse et salée, qui occasionne le prurit et sert de stimulant à la jouissance.» Laurenberg donne aux reins l’emploi de la génération, et ne s’explique pas autrement que Garyopontus.
Il définit les reins un tissu de muscles et de nerfs étroitement liés aux corps caverneux qui contiennent la liqueur séminale. Il leur attribue l’opération de la spermatose, et croit que c’est en eux que le fluide régénérateur est contenu et élaboré. C’est aussi l’opinion de Sennert, quoiqu’il en donne une toute autre raison, en s’expliquant plus clairement et d’une manière qui approche plus de la vérité anatomique, que celle de Garyopontus, qui ne paroît pas la connoître beaucoup. Sennert dont l’exemple est suivi par Hoffmann, prétend que les reins ne servent pas seulement à communiquer une irritation voluptueuse aux parties de la génération, mais encore à perfectionner le fluide séminal et à le transmettre. Il infère de-là, premièrement, que les reins ont un parenchyme particulier, qui ne diffère pas beaucoup de la substance du cœur et du foie, et c’est aussi le sentiment d’Arétée[55].
[55] Lib. 2. c. III. _de morbis diut._
On ne peut refuser à ce parenchyme particulier la faculté que lui donne Galien[56] d’élaborer le sang: faculté qui lui est commune avec le parenchyme de tous les autres vaisseaux. Kariesatos et Jean Beverovicius, chap. 2 de son livre sur la pierre de la vessie, l’ont démontré d’une manière évidente. La veine émulgente étant la plus considérable de celles qui prennent naissance dans la veine cave, et voiturant dans les reins plus de sang qu’il n’en faut pour les alimenter, et l’artère étant aussi trop grande pour filtrer et dépurer les sérosités, il est vraisemblable que la nature qui ne fait rien sans dessein, n’a donné tant de capacité à ces vases, que pour les faire concourir à ses vues, dans une opération particulière. Il conclut donc que cette opération n’a d’autre but que de porter dans les reins le sang des artères, qui se mêlant ensuite, dans leur substance, avec le sang des veines, et y changeant de nature, forme la base de la composition de la semence qui descend ensuite dans les testicules. Ce qui confirme l’opinion de Sennert, c’est que des diverses conformations des reins et des vases dans lesquels la nature se plaît à créer des bizarreries, pour s’amuser, il résulte qu’il y a des hommes plus amoureux les uns que les autres, et d’une complexion beaucoup plus vigoureuse. Salomon Albert et Jean Riolan[57] nous en offrent des exemples. Tous deux faisant la dissection d’un criminel, disent lui avoir trouvé trois émulgentes et les veines spermatiques dans chaque côté, qui sortoient des émulgentes. Sal. Albert infère de-là que cette prodigieuse abondance de vaisseaux et de semence devoit nécessairement opérer chez cet homme l’insatiable salacité et les desirs sans cesse renaissans dont il se plaignoit encore quelques instans même avant son supplice. Riolan écrit que le sien fut pendu pour trigamie, parce que son trop plein d’existence et de force l’avoit contraint à épouser trois femmes à la fois[58].
[56] Lib 6. _de decret. Hippocr. et Plat._
[57] Antrop. liv. 2. chap. 27.
[58] Tel étoit de nos jours Mirabeau l’aîné, député à l’assemblée constituante. (_Note de l’éditeur._)
Philippe Salmuth ayant fait la dissection de deux hommes morts du mal vénérien, trouva que les reins du dernier étoient trois et même quatre fois plus grands que ceux des hommes ordinaires. Sennert demande ensuite, dans le cas où cette opinion seroit rejettée, d’où proviennent les sels volatils qui affectent l’odorat à l’approche de plusieurs animaux non-châtrés, qui s’exhalent de toutes les parties de leur corps, mais dont la perception est beaucoup plus sensible dans les reins et sur-tout des adultes, ce qui ne se rencontre pas dans les individus de l’âge le plus tendre, ou qui n’ont pas encore été accouplés. Il ajoute encore, d’après Oiribase[59], que la surabondance de liqueur séminale trop long-temps retenue dans les vaisseaux nuit aux reins; que les médecins regardent comme la preuve de l’excessive chaleur de ces parties, le penchant au libertinage, les songes lascifs et les pollutions nocturnes qui en sont le résultat. Les physiciens disent de plus que la qualité de la semence dépend de la constitution des reins. De même qu’une érection fréquente marque la chaleur des reins, de même une longue continence et l’éloignement des plaisirs de l’amour désignent leur température glacée.
[59] Lib. 6, cap. XXXIX. _collect._
Alex. Trallien[60] et Arétée[61] nous apprennent que dans la gonorrhée simple, on diminue la force et la quantité du fluide séminal, en appliquant des remèdes qui ont cette vertu, sur les lombes, vers la région des reins.
[60] Médecin et philosophe du sixième siècle. Liv 2. chap. 9.
[61] Liv. 2. de _ses Chroniq._ chap. 7.
Pline[62] vient encore à l’appui de Sennert, et dit que des lames de plomb attachées sur les lombes et les reins, tempèrent par leur fraîcheur les transports de la passion amoureuse, et il cite à ce sujet l’exemple de l’orateur _Licinius Calvus_ qui se servit avec succès de ce remède pour arrêter un flux involontaire de semence.
[62] Liv. 34. chap. 18.
Galien[63] rapporte que les athlètes ceignoient pareillement leurs reins de ces lames de plomb, pour empêcher les pollutions nocturnes et amortir les feux de l’amour; il ne trouve pas de meilleur remède au priapisme qu’un emplâtre d’huile rosat épaissi avec de l’eau froide et appliqué sur les lombes.
[63] Liv. 5 _de tuendâ valet._ c. _ult._ lib 6. _de loc. adf._ c. ult. et lib. 14. _method. medic._ cap. 7.
Cœlius Aurelianus[64], outre les lames de plomb, ordonne des éponges imbibées à froid avec le marre de raisin.
[64] Liv. 5. Tard. pass. cap. 5.
Aëce[65] et Théodore Priscien[66] recommandent non-seulement l’application des lames de plomb sur les lombes et les rafraîchissans, mais encore défendent de se coucher sur le dos, pour ne pas augmenter le mal, par l’extrême chaleur que cette position communique à ces parties.
[65] Tetrabiblos I. disc. III. chap. 32 et 37.
[66] Liv. 2. c. XI.
Oribase[67] (V) et Paul Eginæte[68] sont du même avis. Ce dernier défend même dans la gonorrhée simple, tout médicament qui provoque les urines, comme très-nuisible aux reins qui sont placés dans la région des lombes.
[67] _Synops._ Lib. 9. c. 39 et 40.
[68] Lib. 3. c. 55 et 56.