Constantinople de Byzance à Stamboul.
Part 18
Le premier palais ottoman a été bâti par Mahomet II le Conquérant sur la place de l’ancien forum Tauri (place de Bayazid). Ce palais, habité d’abord par le Sultan, reçut plus tard, après la construction du palais de Top Kapou serail, le nom d’_Eski-serail_ (vieux palais). Il était gardé par 500 _baltadji_. Sur cet emplacement s’élève aujourd’hui le ministère de la Guerre appelé aussi _Eski-serail_.
Le sultan Mahomet II fit construire plus tard un autre palais sur l’acropole de l’ancienne Byzance, où s’élevait autrefois le palais de l’impératrice Placidie. Ce palais, dit de _Top Kapou_, fut habité par les successeurs du Conquérant jusqu’au sultan Mahmoud II, le grand réformateur, qui l’abandonna. Depuis, et jusqu’à nos jours, il a été affecté à la résidence des _Sérailis_ (femmes du palais et de la cour impériale).
Le palais se compose de plusieurs bâtiments et de _kiosques_ qui communiquent entre eux par des _mabeïns_, sortes de couloirs.
L’enceinte du palais est entourée d’une muraille flanquée de deux tours; c’est à peu près la même enceinte qui entourait l’ancienne acropole[85] de Byzance. La partie principale du palais est magnifiquement située sur la pointe la plus élevée de la colline, d’où l’on jouit d’une vue admirable sur le Bosphore, les Iles des Princes, la Corne d’Or, la Propontide et sur les montagnes de la Bithynie et de l’Olympe. On ne rencontre nulle part ailleurs un panorama aussi grandiose et aussi majestueux. L’ensemble de ces monuments offre un aspect très pittoresque. Une multitude de bâtiments, de coupoles surgissent par endroits du milieu d’immenses cyprès.
[85] Il ne faut pas confondre l’emplacement du Top Kapou serail avec celui du grand palais byzantin qui se trouvait à l’est de l’hippodrome.
Outre l’enceinte principale, le palais en possède plusieurs autres à l’extérieur. L’une des portes de l’enceinte principale se trouve près de la mosquée Sainte-Sophie; elle s’appelle _Bab-i-Humayoun_ ou porte impériale; on trouve ensuite la porte de _Soouk-Tchechmé_, une autre près de l’École de médecine et une autre près de _Yali-Kiosque_.
La porte située près de Sainte-Sophie, en face de la fameuse fontaine construite par le sultan Ahmed III, conduit à une grande esplanade plantée de cyprès et de platanes. Cette cour rappelle la Chalké antique des palais byzantins. En laissant à gauche l’église de Sainte-Irène (actuellement le musée d’armes) et en suivant la grande allée, on arrive devant la porte de l’enceinte intérieure du palais. La porte est flanquée de deux tours aux toits coniques. Elle conduit à une cour plantée de cyprès. A droite, sont les cuisines impériales, à gauche le mur du harem et l’ancienne salle du _Divan_ où se tenait autrefois le Conseil des ministres. Une tour carrée surmonte la salle. Mais cette tour ne présente plus l’ancienne forme que nous lui voyons dans l’ouvrage de Melling. De grandes fenêtres grillées éclairaient la salle du _Divan_. En face, une galerie soutenue par une colonnade donne accès et aboutit à une autre porte monumentale qui conduit à une troisième cour réservée au Sultan et aux gens du palais.
Après avoir franchi cette porte, on se trouve en présence d’un pavillon qui contient le _Divan_ ou salle du Trône, dans laquelle les Sultans recevaient les ambassadeurs et les vizirs. Ce pavillon, d’un style très original, est orné intérieurement de magnifiques faïences et de vitraux. La cheminée est tout à fait remarquable.
Dans la même cour, tout près de la salle du Trône, se trouve la bibliothèque du Sultan, qui contient de très beaux et très rares manuscrits turcs et byzantins jusqu’ici inédits. Cette cour est entourée d’une galerie à colonnades; à droite, une porte protégée par un grillage donne accès au trésor impérial.
C’est un bâtiment formé de plusieurs pièces surmontées d’un grand toit couvert de plaques en plomb. De petites fenêtres pratiquées aux murs à une très grande hauteur du sol éclairent faiblement l’intérieur. Ce trésor contient des objets extrêmement précieux ayant appartenu aux Sultans; il forme le musée privé du palais. On y voit de nos jours tous les costumes portés par les Sultans, leurs sabres, leurs coiffures, etc. Dans des vitrines sont exposés des vases remplis de pierres précieuses et de vieilles monnaies en or et en argent. Parmi les objets de grande valeur, on peut citer le trône du chah Ismaël de Perse, enlevé par Sélim en 1514. C’est un trône en or massif sculpté, garni d’émeraudes et de brillants. Puis, le trône de Selim III, en ébène sculpté et incrusté de nacre, d’argent et d’or, garni de rubis et de pierres précieuses. Au centre du dais qui surmonte le trône et qui est supporté par quatre colonnes est suspendue par une chaîne en or une des plus grosses émeraudes du monde: elle a la grosseur du poignet.
A gauche de la cour s’élève le pavillon sacré où toutes les reliques du Prophète sont soigneusement conservées. L’intérieur de l’édifice est des plus imposants. C’est un véritable chef-d’œuvre de l’art national. Quelques fenêtres percées aux bases des coupoles laissent l’intérieur dans un clair-obscur mystique. Les murs sont complètement recouverts des plus belles faïences. Des versets du Coran écrits sur des tuiles émaillées forment frise autour des salles. Les plus rares inscriptions, en grandes lettres écrites de la main même des Sultans, sont suspendues aux murs.
On rencontre au milieu de la première salle une petite fontaine en marbre sculpté garnie de gobelets en or.
L’entrée de cette partie est absolument interdite au public, même aux gens du palais. Une fois par an seulement, les hauts personnages de l’Empire y sont reçus par le Sultan pour baiser, à travers une couverture, la cassette qui renferme le manteau sacré du Prophète. Des gardiens y veillent constamment en lisant des versets du Coran.
Par une porte ouvrant au nord-ouest de cette cour on descend à un jardin en terrasses où sont construits des kiosques et des pavillons. On y jouit d’une vue splendide.
Un ancien kiosque en bois, bâti par Mahomet II s’élevait sur une terrasse à droite; sur cet emplacement, le sultan Medjid avait fait construire Mermer kiosque.
A gauche, sur la colline, c’est le fameux Bagdad kiosque, si célèbre par la magnificence de son architecture, par la beauté de ses faïences, de ses cheminées, le dessin original de ses meubles, de ses divans et de ses armoires incrustées de nacre.
Tout près de ce kiosque, on voit une autre terrasse dallée de marbre avec, au milieu, un joli bassin. C’est un des coins les plus pittoresques du palais. Dans l’enceinte du palais se trouvaient encore d’autres kiosques actuellement disparus, tels que Indjili kiosque, Yali kiosque, Harem kiosque, etc... Voici ce que nous lisons dans l’ouvrage de Melling sur le kiosque appelé Indjili (aux perles); on voit encore de nos jours les arcades de ses fondations. «Le Sultan s’y rendait chaque année pour jouir du spectacle de l’ayasma (fontaine sacrée), dont la source est dans l’enceinte du Seraï et qui jaillit, ce jour-là seulement, sous l’arcade du pavillon où des tuyaux la conduisent. Les Grecs attribuent à ses eaux une vertu miraculeuse... Le grand seigneur prend plaisir à contempler leur empressement, leur extase, et leurs ablutions; il leur jette quelques pièces de monnaie pour payer l’amusement qu’ils lui donnent et jouit des combats qu’ils se livrent dans leur activité à s’en saisir.»
Sur une des terrasses de l’enceinte moyenne du palais de _Top-Kapou_, du côté de la ville se trouve _Tchinili kiosque_ (kiosque aux faïences), ainsi nommé à cause des faïences qui décoraient jadis ses murs anciens et dont une grande partie n’existe plus aujourd’hui.
Il fut d’abord bâti par l’architecte Kémaluddin sur l’ordre du sultan Mehmed II le Conquérant (870 H.). Il fut reconstruit plus tard en 999 H., par Murad III, mais il a perdu sa forme primitive. Actuellement, il fait partie du musée d’antiquités. Deux escaliers en marbre conduisent sur une galerie à longues colonnades ornée de magnifiques mosaïques en faïence. Un petit vestibule mène dans une grande salle cruciforme voûtée à laquelle sont attenantes d’autres pièces plus petites; le plan de la construction est conçu dans un carré avec des ailes latérales.
PALAIS DE TCHÉRAGAN
Le palais de Tchéragan, situé sur les bords du Bosphore, entre _Bechiktache_ et _Ortakeuy_, fut construit par le sultan Abd ul Aziz dans le style renaissance ottoman. Il a servi, pendant vingt-sept années, de prison au sultan Mourad V. Son emplacement était jadis occupé par un palais en bois nommé Tchéragan et habité autrefois par le sultan Mahmoud, après qu’il eut enlevé sa cour du palais de Top-Kapou.
On peut considérer l’architecture de ce palais comme un essai de renaissance de l’art ottoman. La façade a été bâtie sans respect des proportions de l’art, et les ornementations surchargées n’offrent pas l’originalité intéressante de l’ancien art ottoman. A l’intérieur, la décoration est plus artistiquement comprise. Ce palais communique avec le parc de Yildiz par un pont sous lequel passe le tramway.
Il possède comme dépendances d’autres bâtiments, telles que des cuisines, des écuries, des casernes, des corps de garde, etc...
PALAIS DE DOLMA BAGTCHÉ
Le palais de Dolma Bagtché, construit par le sultan Abdul Medjid vers 1854, est composé de quatre grands bâtiments unis l’un à l’autre par des galeries couvertes, sortes de passerelles. Au point de vue architectural, ce palais n’a aucune valeur, car ses constructeurs ont surchargé les façades de colonnes et d’ornementations sans style et sans goût.
L’ensemble du portail ne représente qu’une agglomération de fragments de fleurs ornementales. L’intérieur, malgré la grande richesse des matériaux employés, n’offre rien d’artistique. On y rencontre des balustrades en cristal, des colonnes en porphyre et de grands lustres suspendus aux plafonds. Une salle de bains, construite en albâtre, attire particulièrement l’attention.
Ce palais possède une immense salle du Trône. Du côté de la terre, le palais est entouré de murs d’une grande hauteur; on y pénètre par le portail. Son emplacement était occupé autrefois par un autre palais, appelé _Bechiktache Saraï_, séjour favori du sultan Selim III. Nous voyons, dans l’ouvrage de Melling, l’ensemble de ce palais ainsi que le kiosque persan qui était bâti en pierre et revêtu extérieurement de faïences dans toutes les parties se trouvant au-dessus du rez-de-chaussée. Au milieu de ce pavillon existait un bassin avec jets d’eau. Les plafonds et les panneaux étaient ornés d’arabesques admirables. Une partie de l’ancien palais de Bechiktache fut construit par Melling pour le sultan Selim III. L’architecture de ce kiosque différait énormément de celle des autres par ses galeries et ses colonnes d’ordre corinthien.
PALAIS DE YILDIZ
Il se compose de nombreux pavillons et de kiosques disséminés dans un immense parc renfermant des forêts, des jardins et un grand lac. Ce site ravissant ne le cède en rien pour la beauté à celui de l’acropole de Byzance.
LES ANCIENS PALAIS
Parmi les palais les plus anciens, le seul qui soit encore debout est celui de _Top Kapou_. La plupart des anciens palais ayant été construits en bois tombèrent vite en ruines. Il ne reste plus rien des magnifiques édifices construits par le sultan Ahmed III sur les rives de la Corne d’Or et du Bosphore, du palais de Sultanié, construit par Suleïman à Beïkos, du Kavak seraï appelé aussi Cheref Abad[86].
[86] Les dessins de M. Laurens, qui représentent plusieurs vues du palais de Tirebolou, peuvent nous donner une idée de l’architecture de ces palais en bois.
Ce dernier se trouvait à côté de la grande caserne de cavalerie située entre Haïdar pacha et Scutari, et qui s’appelle Selimié. L’emplacement de ce palais disparu fut occupé, dit Melling, par un kiosque où le sultan Selim III assistait aux manœuvres de cavalerie exécutées sur le terrain qui le séparait de la caserne. _Aïnali kavak Seraï_ (palais des Miroirs de Kavak) ainsi appelé parce qu’il était intérieurement orné de glaces, envoyées comme cadeau par les Vénitiens au sultan Ahmet III lors de la conclusion de la paix de 1718, était situé près de Hasskeui, sur les bords de la Corne d’Or. Le sultan Selim III, après l’avoir habité seulement un printemps, l’avait abandonné, peut-être à cause des quartiers voisins de Hasskeui qui, pendant les épidémies, offraient un véritable danger. Le Sultan, depuis lors, préféra habiter pendant l’été le palais de Béchiktache.
On peut encore citer: le palais de _Nichad Abad_, situé entre Ortakeuy et Kouroutchechmé, reconstruit sous Selim III. Le palais de _Fener Bagtché_ (qui subsista jusqu’à Mahmoud I). Le palais de _Tersané_, habité par Selim III. Le palais de _Cara agatch_ (sur la rive de la Corne d’Or). Le palais de _Kiathané_. Le palais de Humayou Abad (à Bebek). Le palais de _Beyler beï_, construit sous Abdul Hamid Ier, appelé aussi palais d’Istavros.
Le palais de _Cheref Abad_, construit par Murad IV à Scutari près de la caserne Selimié a été démoli en 1794. Le palais de _Nichad Abad_ subsistait encore jusqu’à une époque très rapprochée; à sa place deux nouveaux palais ont été construits.
Le palais de _Cara agatch_ fut habité jusqu’à Selim III par les Sultans qui y transféraient leur cour pendant l’été. Le sultan Mahmoud II l’a fait démolir. Sur une des portes de ce palais on lisait le vers suivant inscrit par Ahmed III.
قد دلبر كبى دل اكلنجه سى. غمكسارم قره آغاچ باغچه سى
«Ce jardin, où je me console, offre autant d’attraits que la taille élancée d’une belle.» Les débris de ce palais ont servi à la reconstruction des palais de Kiathané.
Mehmed effendi, à son retour de Paris où il était ambassadeur à l’époque d’Ahmed III, apporta en Turquie, en même temps que plusieurs inventions, comme l’imprimerie, le dessin des palais de Versailles et de Fontainebleau. Sur les encouragements de Damad Ibrahim pacha, gendre du souverain, le Sultan, mettant à profit les nouveautés introduites par Mehmed effendi, fit construire à Kiathané des kiosques et des fontaines qu’il entoura de lacs et de cascades, tâchant d’imiter les magnificences entrevues dans les dessins français. Ce palais portait alors le nom de Saad-Abad. Il y avait, aux alentours, de nombreux kiosques destinés aux fonctionnaires. La révolte de 1143 ayant détruit ces kiosques, Selim les fit reconstruire en 1206 et plus tard en 1224. Sultan Mahmoud reconstruisit de nouveau le palais en y ajoutant une mosquée et plusieurs chalets. Le kiosque de Bebek (disparu) fut construit sous Abdul Hamid Ier par Hassan pacha, ministre de la Marine et offert par lui au Sultan. Ce joli kiosque, que nous pouvons admirer dans l’ouvrage de Melling, servait de lieu de rendez-vous au Reïss Efindi (ministre des Affaires étrangères) et aux ambassadeurs des cours étrangères. «Il est formé de trois pavillons contigus, dit Melling, celui du milieu s’avançait en saillie sur les deux autres: leur front était soutenu par des colonnes de marbre; on remarquait les contrevents des fenêtres composés de deux parties mobiles, l’une supérieure et l’autre inférieure; l’une de ces parties se levait tandis que l’autre tombait à peu près comme le sabord d’un navire. Quelques-unes de ces fenêtres se prolongeaient jusqu’à l’entablement, le dessus des croisées était décoré de guirlandes artistiquement peintes. Les toits couverts de tuiles sont d’une forme très aplatie. Une balustrade occupait le principal corps de logis et on y entrait par de petites barrières qui s’ouvraient sur le quai. Deux escaliers conduisaient extérieurement aux salons de conférence.»
VII.--L’HABITATION
Dans l’architecture ottomane, on distingue deux genres différents, le genre religieux et le genre civil. Si les édifices appartenant au premier nous permettent d’en suivre la chronologie et les étapes, il n’en est malheureusement pas ainsi des constructions civiles, qui ont subi les atteintes du temps. Cependant, quelques vieilles maisons de Brousse et des villes d’Asie Mineure, dans lesquelles subsistent encore les vestiges des antiques constructions, peuvent donner une idée, bien faible d’ailleurs, des premières habitations ottomanes. Sous l’influence de l’architecture locale, ces constructions différaient entre elles, suivant les pays où elles étaient élevées. Les premières habitations ottomanes à Constantinople furent certainement celles qu’avaient abandonnées les Byzantins. Mais, comme les coutumes et les mœurs musulmanes exigeaient un changement radical, des maisons neuves s’élevèrent bientôt partout, dans la nouvelle capitale de l’Empire ottoman.
Après les légères modifications apportées dès le début aux anciens logis, les grands personnages construisirent des _konaks_ plus appropriés à leurs coutumes. Les gens du peuple bâtirent de petites maisonnettes appelées _éves_[87]. Les habitations musulmanes et les konaks sont composés de deux bâtiments séparés, appelés _selamlik_ et _harem_; quelquefois, ces deux parties, bien que toujours séparées, sont réunies sous le même toit.
[87] Ce mot doit dériver de iv ou yiv, lequel a une analogie avec le mot youva qui signifie _nid_.
Le _selamlik_ est réservé aux hommes, et le _harem_ aux femmes. Dans les konaks à deux bâtisses séparées, la communication du selamlik et du harem est établie par un corridor suspendu entre le premier et le deuxième étage de ces deux bâtiments. Les mœurs musulmanes défendent aux hommes de vivre avec d’autres femmes que leurs parentes et leurs épouses. Le maître de la maison reste souvent au selamlik où il reçoit les visites des hommes.
Dans ces konaks, l’étage supérieur est le plus important, tandis que le rez-de-chaussée ne contient que les chambres des domestiques et des gens de service.
Les femmes, et en général les Turcs, qui aiment à rester à la maison, préfèrent les maisons de bois percées de beaucoup de fenêtres. Ces maisons n’ont que très rarement trois étages.
L’aspect extérieur est tout oriental. Au-dessus du rez-de-chaussée, des balcons à larges saillies sont supportés par de grandes consoles en bois et rappellent les balcons à encorbellement des Byzantins.
Chaque étage fait saillie sur l’étage inférieur. Le toit, très saillant, donne un caractère tout spécial à ce genre de construction et paraît avoir son origine dans le toit chinois, recourbé aux extrémités. Ce dernier serait un souvenir de la tente nomade. La maison est souvent couleur de terre-cuite.
Les cheminées, qui ont une forme particulière, portent des nids construits par les cigognes. On entre dans le konak par deux portes, dont l’une est réservée au harem et l’autre au selamlik.
La porte du selamlik donne accès à une grande cour pavée de moellons. Les voitures peuvent aisément franchir cette porte et arriver jusqu’à la cour située sous la grande salle du premier étage. Les escaliers partent d’une sorte de petite estrade en marbre qui porte le nom de _Binek-Tachi_ et d’où le maître de la maison peut facilement sauter à cheval.
Autour de cette cour, se trouvent les chambres destinées aux _Ouchaks_ (domestiques), aux _Aïvazes_ (porteurs de mets), aux _Achtchi_ (cuisiniers), etc. Une chambre est réservée à l’intendant et une autre aux eunuques. La cuisine est généralement dans le jardin; les écuries, le bain, le réservoir d’eau forment autant de dépendances autour du konak. Le bain est adossé aux murs du harem. De larges escaliers en bois conduisent au premier étage. Là est la chambre où se tient le maître de la maison.
Toutes les chambres sont pareilles et meublées de la même façon. Il n’y a nulle différence entre les chambres à coucher et les salles à manger. Un long sofa est installé le long des fenêtres près du mur et quelquefois sur les deux côtés de la chambre. On y voit aussi une niche destinée au miroir et, à côté, d’autres petites niches qui sont réservées aux cruches d’eau et aux vases en porcelaine. Des porte-pipes, appliqués aux murs, sont garnis de longues pipes en bois de jasmin, en bois de rose et autres bois précieux; toutes sont munies de bouts d’ambre. Des calligraphies en lettres harmonieusement dessinées sont suspendues aux murs dans des cadres. Des étagères pour le _Kavouk_ (coiffure), une pendule, des tapis, un brasier, voilà ce qui constitue le mobilier d’une chambre. Chaque chambre possède plusieurs grandes armoires fixes où l’on serre pendant la journée les lits, les matelas et les couvertures.
Quand on veut se coucher, on sort ces matelas et on les étale sur le plancher. De même, pour les repas, on apporte de petits tabourets sur lesquels on installe de grands plateaux ronds en cuivre étamé ou en bronze, et l’on dispose des coussins tout autour, formant ainsi une sorte de table improvisée.
Les pièces sont chauffées pendant l’hiver à l’aide de cheminées où on brûle du bois, ou à l’aide de _mangals_ (brasiers en bronze). Dans les konaks, les chambres donnent accès à une très grande salle dont les dimensions dépassent l’étendue totale des chambres. Le harem diffère peu du selamlik. Il est souvent plus grand. Les fenêtres y sont soigneusement fermées par des _cafesses_ (jalousies) pour empêcher les regards indiscrets des passants d’y pénétrer.
Ces _cafesses_ sont formées de petites baguettes en bois, clouées perpendiculairement ou quelquefois diagonalement dans les rainures d’un cadre ayant la moitié de la hauteur de la fenêtre. Les femmes, qui restent derrière ces _cafesses_, peuvent très bien voir les passants à travers les trous sans être aperçues du dehors.
Une autre rangée de fenêtres est située au-dessus des fenêtres portant les _cafesses_ pour éclairer davantage l’intérieur des chambres. Ces fenêtres sont souvent garnies de vitraux qui ajoutent à la décoration de l’intérieur un luxe de couleurs et d’images du plus joli effet.
L’abondance des fenêtres est une chose très recherchée dans les habitations. Les Turcs ont toujours reconnu l’action bienfaisante du soleil et de l’air sur la santé et ils ont doté leurs habitations d’autant de fenêtres que l’étendue de la façade le leur permettait. Le grand nombre des fenêtres vient aussi de la nécessité où se trouvaient les femmes d’occuper leurs loisirs pendant les longues heures où elles étaient retenues à la maison. Nous voyons que le côté hygiénique de cette disposition la fait appliquer aujourd’hui dans toutes les maisons modernes en Europe. Les façades des maisons anglaises modernes présentent, par l’abondance de leurs fenêtres, une certaine ressemblance avec les maisons turques. Si cette disposition paraît présenter l’inconvénient d’exposer l’intérieur aux changements brusques de l’atmosphère et aux ardents rayons du soleil, les doubles châssis et les volets viennent remédier au froid, de même que les toits avancés et les saillies des étages préservent de la chaleur.
Les portes du harem restent toujours fermées et c’est le Harem Kiahyassi (intendant du harem) qui en garde les clefs. Une armoire ronde et pivotant sur son axe facilite le service, tout en empêchant que les serviteurs et les servantes puissent se voir. Les objets une fois placés du côté des servantes, on fait tourner l’armoire sur son axe pour les mettre à la disposition des serviteurs. Le service de _Dolap_ était permis seulement aux _aïvazes_: ceux-ci étant des Arméniens, le maître de la maison leur laissait ce service, à cause de la différence de religion peu favorable à l’éclosion de sentiments trop intimes.
La plupart des konaks possèdent dans leurs jardins un grand _havouse_ (bassin). Les bains particuliers ne diffèrent presque pas des bains publics; ils ont leur apodyterium, leur tepidarium et leur caldarium, mais sur une échelle plus réduite.