Chroniques de J. Froissart, tome 11/13
Part 3
[78] Le roi entra le 11 janvier dans Paris avec une nombreuse escorte, 12,000 hommes d’après la _Chronographia_ (t. III, p. 47), et alla jusqu’à Notre-Dame (_Ist. et cr._, t. II, p. 273). S’il fallait croire la _Chr. du bon duc L. de B._ (p. 176-178), le duc de Bourbon serait entré le premier avec 800 hommes d’armes, «pour ce qu’il estoit amé de ceulx de la ville;» il se serait chargé du guet et aurait présidé au désarmement des Parisiens.
[79] Les portes furent brûlées et les chaînes portées à Vincennes (_Ist. et cr._, t. II, p. 274).
[80] Aussitôt l’entrée du roi, eurent lieu des arrestations et des exécutions; c’est ainsi que furent emprisonnés, dès le 11, plus de 300 bourgeois (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 236), 1,000 peut-être (_Ist. et cr._, t. II, p. 219), parmi lesquels Jean des Marès (_Ibid._, p. 273), Guillaume de Sens, Jean Filleul (_Chronographia_, t. III, p. 48), Jacques du Châtel, Martin le Double, Jean le Flamand, Jean le Noble et Jean de Vaudetar (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 236; voy. aussi Moranvillé, _Étude sur J. le Mercier_, p. 88, note 1). Le 12, on décapita deux drapiers, Aubert de Dampierre et Guillaume Rousseau, ainsi qu’un orfèvre, Henri de Pons, tous trois arrêtés avant l’arrivée du roi. Le 24, on décapita huit autres bourgeois; le 31, Jean Maillard, marchand, et six autres notables furent encore exécutés (_Ist. et cr._, t. II, p. 273-276), malgré les supplications des bourgeoises de Paris, venues, «toutes vestues de noir, pour requerir et avoir pardon et mercy de leurs maris» (_Chr. des Quatre Valois_, p. 309), et les prières de la duchesse d’Orléans et du recteur de l’Université de Paris (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 238).
[81] On reconnut bientôt d’après l’avis de «ceulx des finances qu’il valoit mieulx que le roi fist une composicion pour la despence qu’il ot faite en Flandres que plus proceder oultre en cas criminel» (_Chr. du bon duc L. de B._, p. 178). Aussi, dès le mois de février, plusieurs inculpés «furent mis a composicion d’argent» (_Ist. et cr._, t. II, p. 276; _Chronographia_, t. III, p. 50).
[82] Le montant des amendes, tout à fait inestimable, au dire de la _Chronographia_ (t. III, p. 50), s’éleva seulement à 200,000 francs d’or d’après Cabaret d’Orville (_Chr. du bon duc L. de B._, p. 179).
Armures et maillets sont déposés au château de Beauté[83].
[83] C’est le 12 que les maillets et les armures furent rendus (_Ist. et cr._, t. II, p. 273); ils durent être portés soit au Louvre, soit au Palais: il y en avait assez pour armer 80,000 hommes (_Relig. de Saint-Denis_, t. 1, p. 238). Le roi de plus, pour prévenir toute nouvelle rébellion, se hâta de mettre en état la bastide Saint-Antoine et construisit celle du Louvre (_Ist. et cr._, t. II, p. 274).
On rétablit tous les impôts abolis[84], et la campagne est livrée aux pillards[85]. C’est un exemple pour les autres villes de France. P. 76 à 80, 349, 350.
[84] Les impôts rétablis le 20 janvier, furent les 12 deniers par livre de denrées, la gabelle de 20 francs par muid de sel et le huitième pour le vin vendu au détail (_Ist. et cr._, t. II, p. 275). Une ordonnance royale du 27 janvier (_Rec. des ordonn._, t. VI, p. 685) supprima de plus la prévôté des marchands, dont le titulaire, Jean de Fleuri, dut rendre les sceaux; ses fonctions furent attribuées au prévôt de Paris. On supprima aussi les quarteniers, cinquanteniers et dizainiers de la ville (_Ist. et cr._, t. II, p. 276). Voy. l’article de M. L. Mancest Batifol, dans la _Bibl. de l’Éc. des chartes_ (t. LII, p. 269-284). Le roi revenait ainsi, et au delà, sur les concessions qu’il avait été obligé d’accorder aux Parisiens après la révolte des Maillotins en 1382; il les punissait en même temps de l’alliance qu’ils avaient voulu se ménager avec les rebelles de Flandre, dont on avait eu la preuve dans une lettre saisie à Courtrai (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 230).
[85] Les plaintes sont nombreuses à cette époque contre les routiers revenant des guerres de Flandre et pillant sur leur passage. Nous en trouvons mention à Villedieu (_Arch. nat._, JJ 145, fol. 169), à Noyon (_Ibid._, JJ 149, fol. 67 vº), à Crépi-en-Laonnais (_Ibid._, JJ 150, fol. 150 vº).
On ne s’en tient pas là: des arrestations sont faites; des noyades ont lieu. Maître Jean des Marès[86], lui-même, estimé jusque-là comme un sage et honnête serviteur des rois Philippe, Jean et Charles V, est condamné à mort avec quatorze autres bourgeois, dont est Nicolas le Flamand[87]. P. 80, 81, 350.
[86] Arrêté dès le 11 janvier, Jean des Marès fut réclamé, comme clerc, par l’officialité de l’évêque de Paris. Mais les ducs de Berri et de Bourgogne hâtèrent le jugement (_Ist. et cr._, t. II, p. 276-277), qui fut rendu sans que l’inculpé eût pu être «ouy dans ses excusacions» (_Chr. des Quatre Valois_, p. 310). Jean des Marès fut décapité le 28 février 1383. Dès le lendemain, le roi, accompagné de ses oncles, convoque dans la cour du Palais les bourgeois de Paris, qui s’y présentent «sans chapperons» (_Chr. des Quatre Valois_, p. 310). Pierre d’Orgemont leur reproche toutes leurs rébellions passées; le roi leur pardonne, mais vingt d’entre eux, «a prendre à la volonté du roi» (_Ibid._, p. 311), seront rançonnés (_Ist. et cr._, t. II, p. 278-280; _Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 246-248). Ceux qui n’ont pas répondu à l’appel du roi et ne sont pas rentrés à Paris sont exilés et privés de leurs biens (_Chronographia_, t. III, p. 51).
[87] C’est le 19 janvier que fut exécuté Nicolas le Flamand (_Ist. et cr._, t. II, p. 275).
Les mêmes exécutions se font à Rouen[88], à Reims[89], à Châlons, à Troyes, à Sens, à Orléans[90], partout où il y a eu rébellion contre le roi, et les villes sont condamnées à payer de fortes amendes, tout au profit des ducs de Berri et de Bourgogne. Les gens d’armes, cependant, du connétable et des maréchaux reçoivent leurs gages[91]. Les grands barons ont l’autorisation du roi de lever des impôts sur leurs fiefs pour payer leurs gens, mais la taille royale prime tout le reste[92]; que leur restera-t-il? P. 81, 82, 350, 351.
[88] Rouen fut la première ville de Normandie que le roi voulut châtier après la soumission de Paris. Une commission fut nommée à cet effet, composée de Jean Pastourel, président de la Chambre des comptes et de Jean le Mercier, auxquels on adjoignit l’amiral Jean de Vienne (_Relig. de Saint-Denis_, t. II, p. 250), qui, à la date du 27 janvier, figure à Paris dans une _montre_ avec dix-sept chevaliers et quatre-vingt-deux écuyers de sa compagnie (Terrier de Loray, _Jean de Vienne_, p. CCVI), et, le 3 mars, reçoit 2,000 francs à prendre sur les confiscations faites en Normandie (_Ibid._, p. LXXV). La commission comprenait en outre Nicolas Painel, Étienne du Moustier et Robert Thoroude (Moranvillé, _Ét. sur J. le Mercier_, p. 90). Cette commission fit arrêter trois cents notables de la ville, dont une partie furent mis à mort après Pâques (22 mars) et dont le plus grand nombre se rachetèrent. Une somme de 60,000 livres tournois fut de plus exigée des habitants (_Ibid._, p. 91).--Dans les autres villes de Normandie, notamment à Caen et à Falaise, les mêmes réformateurs «firent de grans justices» (_Fragm. d’une chronique inédite_, publiés par L. Delisle, 1895, p. 10). En date du 29 avril, une lettre de rémission est accordée à la ville de Caen (_Arch. nat._, JJ 123, fol. 52 vº) pour les _excès_ commis; en 1382, cette ville avait refusé d’envoyer 30 arbalétriers au roi (_Ibid._, fol. 47).
[89] La révolte des habitants de Reims fut une des premières à éclater; au commencement de la campagne de Flandre, ils arrêtèrent le maréchal de Bourgogne, Gui de Pontallier, qui se rendait dans le nord avec ses hommes d’armes (Kervyn, t. X, p. 474). Au 15 février 1383, le roi nomma, pour informer sur les excès de la province de Reims, des commissaires parmi lesquels se trouvent le comte de Sancerre, Tristan du Bos, maître des requêtes de l’hôtel, Gilles Gallois, général conseiller des aides, Jean de Montaigu et Regnault de la Chapelle, trésorier (_Arch. nat._, JJ 123, fol. 47 vº).
[90] Le roi part de Vincennes le 7 avril, arrive à Chartres, pour s’acquitter d’un vœu de pèlerinage; après son départ, le 26, ont lieu des «assemblées des gens du roi;» le 16, il est à Orléans (_Chronographia_, t. III, p. 52, note 1). Il fait abattre les portes et détruire les chaînes de la ville; quelques rebelles sont décapités (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 260).
[91] Cabaret d’Orville fait allusion au licenciement des hommes d’armes (_Chr. du bon duc L. de B._, p. 179).
[92] Le 11 avril, une nouvelle taxe fut établie pour un an à Paris sur la _queue_ de vin vendue en gros. Elle était destinée à réparer la ville (_Chronographia_, t. III, p. 52). La _Chronique de Pierre Cochon_ (p. 170) parle d’une amende de 80,000 livres, dont 12,000 étaient destinées au roi; 8,000 à la ville de Paris; 60,000 aux autres villes.
CHAPITRE XIX.
_1383, 17 mai._ CROISADE CONTRE LES CLÉMENTINS; L’ÉVÊQUE DE NORWICH DÉBARQUE A CALAIS.--PRISE DE BOURBOURG.--_5 juin-10 août._ SIÈGE D’YPRES.--_1er septembre._ LE ROI ENTRE EN FLANDRE.--_14 septembre._ SOUMISSION DE BOURBOURG.--_1384, 26 janvier._ TRÈVE DE LEULINGHEM.--_30 janvier._ MORT DU COMTE DE FLANDRE (§§ 356 à 406).
Le départ du roi pour la France n’a pas mis fin aux hostilités des Gantois[93]. Pierre de Wintere, Pierre du Bois et François Ackerman lèvent de nouvelles troupes, qui, sous les ordres de ces deux derniers, viennent au nombre de 3,000 hommes assiéger Ardembourg, défendu par les Bretons et les Bourguignons. Ils prennent la ville, la pillent et la brûlent en grande partie; puis dévastent le pays d’Alost et de Termonde, jusqu’à Audenarde. P. 82, 83, 351.
[93] En janvier 1383, le comte de Flandre, qui hésitait toujours à reconnaître le pape Clément, fit une dernière tentative de rapprochement avec les Gantois, qui ne put aboutir à la paix. Il voulut alors empêcher les Gantois d’agir et leur couper les vivres en occupant les passages de Courtrai, d’Audenarde, de Termonde, de l’Écluse et d’Ardembourg. Les Gantois, secrètement encouragés par le roi d’Angleterre (Meyer, fol. 192 vº), lui répondirent par la prise d’Ardembourg à la fin de janvier (_Ist. et cr._, t. II, p. 220-221 et 254).
Le comte de Flandre est informé à Lille de ces nouvelles. Il apprend aussi que les Gantois n’ont pas renoncé à l’alliance des Anglais[94], qui pensionnent Ackerman[95], et, par l’intermédiaire de Jean Salomon, leur agent à Bruges, sèment l’argent dans les Flandres[96]. Le comte veut faire arrêter Jean Salomon et deux autres anglais avec lui, mais ils lui échappent; il ne peut que les exiler. Quelques comparses seuls sont emprisonnés et rançonnés. P. 83 à 85, 351, 352.
[94] Du 1er janvier à la fin de juillet, treize marchands de Gand et de Bruges sont à Londres pour traiter de l’alliance avec le roi d’Angleterre (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 199, m. 14; 201, m. 5, 6, 11, 14; 306, m. 15). Au mois de février, nous y trouvons mêlé un clerc de la chancellerie anglaise, Thomas Stanley (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 199, m. 13, et 306, m. 13). Les Gantois, pour s’assurer la protection des prélats anglais prétendaient que le comte de Flandre était devenu partisan du pape Clément (_Ist. et cr._, t. II, 292-293, 306-307) et s’offraient à reconnaître le roi Richard pour leur seigneur (Walsingham, t. II, p. 71).
[95] François Ackerman faisait partie de la mission gantoise et portait toujours le titre d’amiral de Flandre. Il était venu de Londres à Sandwich le 4 février, avec Jean Phelippot et quatre autres députés flamands pour retenir des bateaux destinés à passer en Flandre (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 306, m. 18). Au 1er mai, il commandait neuf gros bateaux flamands et touchait pour ses gages et ceux de trente-six hommes d’armes, du 25 mars au 25 mai, 52 livres; il touchait de plus pour les gages de ses marins, du 26 mars au 9 mai, 130 livres 13 sols 11 deniers (_Ibid._, 307, m. 4); il touchait le 8 juillet, pour ses gages du 10 mai au 18 juin, 40 livres; pour ceux de ses marins, 125 livres (_Ibid._, 201, m. 11). A la date du 8 janvier 1384, Fr. Ackerman, _écuyer_ de Flandre, touche un acompte sur sa pension viagère de 200 florins (_Ibid._, 203, m. 13).
[96] Le comte essaie de se disculper auprès du roi d’Angleterre en lui envoyant des ambassadeurs (_Ist. et cr._, t. II, p. 306). Il se hâte de se faire remettre (20 février 1383) les chartes de privilèges des villes soumises (_Chr. rimée_, publiée par Le Glay, p. 112-143).
Les Anglais, déjà mécontents de la victoire de Roosebeke, saisissent cette occasion de se plaindre du comte de Flandre, qui chasse ainsi de son pays les nationaux anglais; ils menacent d’intervenir. P. 85, 86, 352.
Pendant ce temps, le pape Urbain, établi à Gênes, fait prêcher en Angleterre une croisade contre les nations clémentines, principalement contre la France. C’est d’abord l’absolution des péchés, puis la dîme sur les biens des églises qu’il concède au roi d’Angleterre et à ses barons. La croisade sera commandée par l’évêque de Norwich, Henri le Dépensier[97].
[97] La croisade fut annoncée en plein Parlement, et le 6 décembre 1382 eut lieu la publication des bulles venues de Rome (Valois, _La France et le grand schisme_, t. II, p. 226). Par ces bulles, l’évêque de Norwich, Henri le Dépensier, qui devait porter le titre de député et envoyé spécial du pape Urbain «in cruciata contra antipapam et scismaticos sibi adherentes et favorantes» (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 201, m. 6), avait pleins pouvoirs d’indulgences et d’excommunications (Walsingham, t. II, p. 71-77). «A ses bulles le pape avait joint l’octroi d’un décime à lever sur l’Église» (Wallon, _Richard II_, t. I, p. 145).
Une partie de la dîme anglaise sera réservée au duc de Lancastre, pour entreprendre une nouvelle campagne en Castille[98], soutenu par le roi de Portugal[99], qui lui aussi aura droit à la dîme ecclésiastique levée dans son pays.
[98] Avant d’entreprendre une nouvelle campagne en Espagne, d’assez longs pourparlers de paix eurent lieu entre le roi d’Angleterre, d’une part, et, de l’autre, le roi de Navarre et celui «qui se dicit regem Hispaniæ.» Les négociations duraient encore en juillet 1383 (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 199, m. 13, 14; 201, m. 1, 2, 14; 306, m. 14; 307, m. 1; _Exch._, _Queen’s Remembr._, _Nuncii_, bundle 319, nº 8).
[99] En date du 13 février, Jean Cabeca de Vaca, évêque de Coïmbre, venu à Londres en ambassade, reçoit des présents du roi (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 199, m. 13 et 306, m. 14). Quelques jours plus tard, il repart (_Ibid._, _French Rolls_ 327, m. 14). Le 9 juin, départ d’un nouveau messager du roi de Portugal, Alfonso Ruys, de Cordua (_Ibid._, _Early Chanc. Rolls_ 327, m. 3).
Durant l’hiver et le carême, on prêche cette croisade: le produit des aumônes et des dîmes monte à la somme de 2,500,000 francs. P. 86 à 88, 352, 353.
C’est suffisant pour faire les deux expéditions de France et d’Espagne. Cette dernière, qui comptera 2,000 lances et 4,000 archers, sera commandée par le duc de Lancastre, auquel on adjoint, pour lui conserver son caractère religieux, l’évêque de Londres, Guillaume[100] de Courtney. On semble avoir peu de confiance dans le duc de Lancastre; en tout cas, il ne s’embarquera pas avant le départ de l’évêque de Norwich.
[100] Froissart appelle à tort cet évêque _Thomas_.
Celui-ci, dont l’armée se compose des meilleurs chevaliers anglais, parmi eux Hugues de Calverley, Thomas Trivet et Guillaume Elmham, est à la tête de 600 lances et de 1,500 autres combattants[101], sans parler d’un grand nombre de prêtres qui l’accompagnent[102]. P. 88 à 90, 353, 354.
[101] D’après le _Religieux de Saint-Denis_ (t. I, p. 258), l’armée anglaise se composait de 800 hommes d’armes, sans compter les archers et les hommes de pied. La _Chronographia_ (t. III, p. 53) parle de 12,000 hommes; les _Chroniques de Flandre_ (_Ist. et cr._, t. II, p. 291) de 8,000 combattants. L’évêque de Norwich avait à sa _retenue_ personnelle 2,500 hommes d’armes et 2,500 archers (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 201, m. 6).
[102] L’évêque de Norwich devait assurer l’entrée en jouissance de leurs revenus aux religieux et aux bénéficiers qui participaient à l’expédition (Valois, _La France et le grand schisme d’Occident_, t. II, p. 225).
On se hâte de tout préparer[103], et après avoir juré au roi de ne pas combattre contre quiconque reconnaîtrait Urbain comme pape, l’évêque de Norwich et ses gens s’embarquent à Douvres et arrivent à Calais le 23 avril[104]. Ils ont pour instructions d’y rester un mois durant, se contentant de harceler les Français sur la frontière, et d’attendre la venue de Guillaume de Beauchamp, qui, arrivant d’Écosse à cette époque, amènera des renforts d’hommes d’armes et d’archers. P. 90, 91, 354.
[103] Les 17 et 18 mars, des bateaux sont retenus (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 199, m. 17, et 306, m. 17 et 18; _French Rolls_ 327, m. 9) et des armes achetées (_Ibid._, _Issue Rolls_ 199, m. 16; 306, m. 17); les préparatifs continuent pendant tout le carême (Walsingham, t. II, p. 85), après le mandement que l’évêque a adressé aux clercs.
[104] Le 23 avril eut lieu à Londres le conseil du roi (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 199, m. 16) qui chargea Thomas Credy et William Howelot d’aller à Sandwich surveiller l’embarquement de l’évêque de Norwich (_Ibid._, 201, m. 16). Ce n’est que le 17 mai que la flotte anglaise toucha Calais (_Ist. et cr._, t. II, p. 291); aussitôt son arrivée, l’évêque de Norwich envoya à Londres un messager (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 201, m. 6).
Bien reçu à Calais par Jean d’Évreux, l’évêque de Norwich y attend jusqu’au 4 mai[105] Guillaume de Beauchamp. Il se décide alors, d’accord avec Thomas Trivet et Guillaume Elmham à faire une chevauchée en Flandre, dont le comte a si mal traité les marchands anglais. P. 91, 92, 354.
[105] Cette date n’est pas acceptable, car on a vu plus haut que l’évêque de Norwich n’est arrivé à Calais que le 17 mai.
Malgré l’avis de Hugues de Calverley, qui conseille d’attendre encore Guillaume de Beauchamp et de chevaucher, non pas en Flandre, dont les habitants sont partisans du pape Urbain, mais en France, dans le pays d’Aire ou de Montreuil-sur-Mer, la décision de l’évêque prévaut. P. 92 à 95, 354, 355.
Le lendemain, la petite armée, forte de 3,000 hommes, quitte Calais et se dirige sur Gravelines. La ville est prise au grand effroi des populations voisines. Le comte de Flandre envoie alors deux chevaliers, Jean Vilain[106] et Jean du Moulin, demander des explications à l’évêque de Norwich; ils devront ensuite, avec un sauf-conduit, se rendre en Angleterre auprès du roi et de ses oncles. P. 95 à 97, 355, 356.
[106] Jean Vilain, le 10 juillet 1379, avait été retenu au service du roi d’Angleterre (Kervyn, t. IX, p. 516).
Les communes voisines de Gravelines s’émeuvent, et, sous la direction de Jean Sporkin[107], gouverneur des terres de madame de Bar, et du Hase de Flandre, les villes de Bourbourg, de Bergues, de Cassel, de Furnes et autres réunissent à Dunkerque une armée de plus de 12,000 compagnons pour résister aux Anglais dont les éclaireurs viennent jusqu’à Mardick[108].
[107] Le nom de Jean Sporkin figure dans l’_Armorial du Héraut Gueldre_, tout proche du sire de Vilain (Kervyn, t. XXIII, p. 471).
[108] Nord, arr. et cant. de Dunkerque.
Jean Vilain et Jean du Moulin arrivent à Gravelines; l’évêque de Norwich les ajourne au lendemain pour leur rendre réponse au sujet du sauf-conduit. P. 97 à 99, 356, 357.
Le lendemain, l’évêque leur dit qu’ils peuvent librement aller en Angleterre, mais qu’il ne saurait leur accorder un sauf-conduit, car il n’est pas aux gages du roi, mais bien à ceux du pape Urbain; que du reste, établi sur les terres de la duchesse de Bar qui soutient le pape Clément, il lui fait la guerre pour la ramener à Urbain.
En vain, Jean Vilain objecte-t-il que le comte de Flandre est tout acquis au pape Urbain; il n’obtient aucune autre réponse et va gîter le soir à Saint-Omer, accompagné de Jean du Moulin. P. 99 à 101, 357, 358.
L’évêque de Norwich apprend alors les préparatifs des Flamands à Dunkerque. Il saisit le prétexte d’une escarmouche où il a perdu à Mardick près de cent hommes, pour continuer sa chevauchée. Renforcée des troupes de Nicolas Clifton, venant de Calais, et de Jean Drayton[109], capitaine de Guines, l’armée, qui compte plus de 600 lances et 1,500 archers, marche sur Dunkerque. Les Flamands, au nombre de plus de 12,000[110], sortent de la ville pour livrer combat. P. 102, 103, 358, 359.
[109] Jean Drayton fut nommé gardien des trêves avec Guillaume de Beauchamp, capitaine de Calais, pour les parties de Picardie et de Flandre, le 26 janvier 1384 (Rymer, t. VII, p. 420 et 422).
[110] Parmi ces troupes figuraient les contingents de Furnes, de Bergues, du Franc de Bruges, d’Ypres, ainsi que les gens d’armes que le comte avait mis en garnison à Dixmude (_Ist. et cr._, t. II, p. 285 et 307).
L’évêque veut immédiatement attaquer. Hugues de Calverley conseille d’attendre quelque peu: ils n’ont pas encore envoyé de défi au comte de Flandre, qui du reste tient pour le pape Urbain; les Flamands ne leur ont fait aucun mal; ne vaut-il pas mieux dépêcher à Dunkerque un héraut, qui s’informera des intentions de tous ces gens armés et s’assurera qu’ils reconnaissent bien le pape Urbain? S’ils l’affirment, on les priera de se joindre à l’armée pour se rendre en Picardie. P. 103 à 105, 359.
Le héraut, un nommé Montfort, qui appartient au duc de Bretagne, est tué par les Flamands.
Furieux et poussés par quelques bourgeois de Gand qui sont avec eux, les Anglais se ruent sur les Flamands qui courent se réfugier dans les murs de Dunkerque; poursuivis par les Anglais, ils perdent 9,000 des leurs[111]. P. 105, 106, 360.
[111] La bataille eut lieu entre Furnes et Berghes, le 25 mai, jour de la Saint-Urbain, patron du pape reconnu par les Anglais (_Ist. et cr._, t. II, p. 286 et 291). Les Flamands perdirent de 14,000 à 15,000 des leurs (_Chronographia_, t. III, p. 53; _Chr. des Quatre Valois_, p. 311); c’était la Flandre ouverte aux Anglais (_Ist. et cr._, t. II, p. 293).
Le comte de Flandre, que ses ambassadeurs, Jean Vilain et Jean du Moulin, ont rejoint à Lille, apprend le désastre de Dunkerque sans se décourager.
Il envoie prévenir son gendre le duc de Bourgogne, qui garnit de troupes les frontières d’Artois. P. 106, 107, 360.
Quant aux Anglais, tout fiers de leur victoire, ils marchent sur Bourbourg[112], qui se rend; ils s’emparent ensuite par la force du château de Dringham[113] et de Cassel qu’ils pillent, puis se dirigent sur Aire. P. 107, 108, 360, 361.
[112] Avant d’arriver à Bourbourg, les Anglais avaient reçu la soumission des villes de Furnes, de Nieuport et de Bergues, dont Froissart ne parle pas (_Ist. et cr._, t. II, p. 283 et 286).
[113] Nord, arr. de Dunkerque.
Ils renoncent à faire le siège de cette ville bien défendue par son capitaine, Robert de Béthune, vicomte de Meaux, aidé de son frère, Jean de Béthune[114], de Jean de Roie, du seigneur de Clari[115], de Jean de Montigni, de Perduccat de Pont-Saint-Mard, de Jean de Canni[116], de Florent, son fils, et de cent vingt bonnes lances. Ils se contentent de défiler en bon ordre sous les murs de la ville et viennent mettre le siège, à deux lieues de là, devant Saint-Venant. P. 108, 109, 361, 362.