Chroniques de J. Froissart, tome 11/13

Part 2

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Pendant ce temps, Philippe apprend que ses ambassadeurs ainsi que Guillaume de Faringdon sont arrivés à Calais, où ils sont arrêtés, ne pouvant traverser, pour venir jusqu’à lui, des pays devenus français. Il n’en est pas moins décidé à combattre. Il se rend à Gand pour faire l’appel des réserves; en y joignant les contingents de Bruges, du Damme, d’Ardembourg, de l’Écluse, des Quatre-Métiers, de Grammont, de Termonde et d’Alost, il se trouve à la tête d’une armée de près de 50,000 hommes, avec laquelle il se rend à Courtrai[38]. P. 36 à 38, 331, 332.

[38] Les comptes de la ville de Gand nous apprennent que Philippe d’Artevelde était depuis le 25 octobre à Edelaere, où il était encore le 19 novembre; le 22, il était à Courtrai (_De Rekeningen der Stad Gent_, p. 334-335). C’est donc à tort qu’un peu plus loin Froissart se demande pourquoi Philippe ne reste pas à Audenarde.

A ces nouvelles, l’avant-garde française, le connétable et les maréchaux quittent Ypres pour venir camper plus loin entre Roulers et Roosebeke. Le lendemain, le roi et tout le reste de l’armée y viennent aussi, désireux d’en finir au plus vite. Il pleut et fait froid. Pourquoi Philippe ne reste-t-il pas à Audenarde? Le mauvais temps serait son meilleur auxiliaire. P. 38, 39, 332.

Le mercredi soir (26 novembre), veille de la bataille, Philippe fait prendre position à son armée entre le Mont-d’Or et Roosebeke, en un lieu protégé d’une part par un fossé et de l’autre par des haies et un petit bois; puis il rassemble ses capitaines, les harangue et leur donne l’ordre, pour le combat du lendemain, de n’épargner personne, sauf le roi qu’il veut faire prisonnier[39]. P. 39 à 41, 332, 333.

[39] Cette recommandation se retrouve aussi dans le _Religieux de Saint-Denis_ (t. I, p. 206).

La nuit se passe en alertes continuelles. P. 41, 42, 333, 334.

Le jeudi matin, de bonne heure, Philippe fait prendre le repas à ses hommes, leur ordonne de s’armer et d’aller occuper leur poste de combat. Plus de 50,000 hommes d’élite, soutenus par soixante archers anglais, composent son armée[40]. Il garde auprès de lui les 9,000 hommes fournis par Gand: tout autour se placent les autres contingents, armés de maillets et de bâtons ferrés, recouverts de cottes aux couleurs de leur ville et portant les bannières de leurs métiers. P. 42 à 44, 334, 335.

[40] Les chiffres donnés par les différents chroniqueurs varient: 60,000 hommes dans la _Chronographia_ (t. III, p. 43); 50,000 à 60,000 dans le _Petit Thalamus_ (p. 406); 40,000 dans la _Chronique de Pierre Cochon_ (p. 171), dans la _Chronique du bon duc Loys de Bourbon_ (p. 170), dans Eustache Deschamps (t. III, p. 69) et dans une rédaction d’une Chronique de Flandre (_Ist. et cr._, t. II, p. 267); 30,000 dans une autre version (_Ibid._ t. II, p. 180), «gens de commugnes et mal ordonnées.»

Du côté des Français on se prépare aussi à combattre. Dès le mercredi soir, toute l’armée est réunie à Roosebeke[41], et le roi traite les chefs et les seigneurs étrangers venus à son service. Après souper, sur le conseil de ses oncles, il propose à Olivier de Clisson de rester le lendemain auprès de lui pendant la bataille et de confier pour ce jour-là sa charge de connétable au sire de Couci. Olivier refuse de déserter son commandement d’avant-garde. P. 44 à 47, 335, 336.

[41] Le duc de Berri était arrivé le 25 (_Ist. et cr._, t. II, p. 266). La présence à l’armée de Louis, frère du roi, alors comte de Valois, n’est mentionnée que par le _Religieux de Saint-Denis_. Ce prince avait été renvoyé en Picardie, soit à Péronne (_Chronographia_, t. III, p. 44, note 1), soit à Mondidier (_Ist. et cr._, t. II, p. 210-211). Voy. Jarry, _la Vie politique de Louis de France, duc d’Orléans_, p. 20-21.

Le jeudi matin, par une bruine épaisse et pénétrante, on prend les armes; le roi entend la messe. Le connétable part en éclaireur avec Jean de Vienne et Guillaume de Poitiers[42]. Ils constatent que les Flamands, fatigués d’attendre l’attaque jusqu’à huit heures du matin, ont quitté leurs positions et marchent sur le Mont-d’Or, où ils comptent s’appuyer. Mais la vue des éclaireurs leur fait modifier leur plan: ils s’arrêtent et se forment en bataille; Philippe donne ses derniers ordres aux bombardiers et aux arbalétriers. P. 48 à 50, 337, 338.

[42] Le _Religieux de Saint-Denis_ (t. I, p. 210) parle de 12 éclaireurs français connaissant le flamand, commandés par Guillaume de Langres.

Il dispose son armée pour le combat, sans oublier les quarante archers anglais qui ont toute sa confiance. P. 50, 51, 337.

D’après les renseignements donnés par les trois éclaireurs, l’armée française[43] prend ses dispositions de combat, et l’on crée en ce jour 467 nouveaux chevaliers[44].

[43] L’armée française était forte de 12,000 hommes (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 210); de 10,000 gens d’armes d’après la _Chronique de Pierre Cochon_ (p. 171).

[44] Une rédaction des _Chroniques de Flandre_ (_Ist. et cr._, t. II, p. 180-181) énumère dans l’armée du roi: 3 ducs, 21 comtes, 100 doubles chevaliers bannerets, 2,000 autres et 6,000 écuyers.

L’oriflamme portée par Pierre de Villiers est développée, cette oriflamme qui ne se montre jamais d’ordinaire devant des ennemis chrétiens, mais qui peut bien marcher contre les Flamands, dont la foi ne reconnaît pas le pape Clément[45]. A cet instant la bruine se dissipe et le soleil fait reluire les armures des chevaliers, attendant en silence l’attaque des troupes flamandes qui marchent contre eux. P. 51 à 53, 337 à 339.

[45] La question du schisme joua dans cette campagne de Flandre un rôle plus grand que les récits des chroniqueurs ne le laissent supposer. C’est ainsi que le comte de Flandre, partisan du pape Urbain, fut toujours tenu à l’écart par les chevaliers français, qui refusèrent de combattre avec ses gens en raison de leur croyance religieuse (_Ist. et cr._, t. II, p. 215). On avait même défendu de parler flamand dans l’armée royale (Meyer, fol. 188 vº).

Les Flamands s’avancent en rangs serrés, lançant leurs traits et tirant leurs bombardes. Les gens du roi reçoivent les premiers[46] le choc et commencent à faiblir; le seigneur de Wavrin, Morelet d’Halewin et Jaques de Heere tombent morts[47]. Aussitôt l’avant-garde et l’arrière-garde arrivent à la rescousse, et, poussant de chaque côté l’armée flamande, la pressent et l’accablent; Philippe d’Artevelde est tué dans la mêlée[48]. P. 53 à 55, 339, 340.

[46] Ce furent les Bretons et les Picards qui entrèrent les premiers en bataille (_Ist. et cr._, t. II, p. 180).

[47] A ces noms il faut ajouter, d’après le _Religieux de Saint-Denis_ (t. I, p. 220), ceux de Jean Brides, du seigneur de Bavai et de Renaud (_lisez_ Robert) le Baveux.

[48] Meyer (fol. 190 vº) dit que Philippe d’Artevelde fut tué au milieu des siens «cum Jacobo Divite et Johanne Hermanno aliisque tribunis suis.»

Les gens du roi reviennent alors, et le carnage est grand[49]; les pillards, armés de coutelas, se glissent entre les combattants et massacrent tous ceux qui tombent. Les morts sont nombreux de part et d’autre[50]; Louis[51] de Cousan et Floton de Revel succombent, victimes de leur imprudence.

[49] La _Chronique du bon duc Loys de Bourbon_ signale le rôle brillant du sire de Couci et du duc de Bourbon (p. 171-174).

[50] Les pertes des Flamands furent très nombreuses; elles varient suivant les chroniqueurs: 26,000 hommes (_Ist. et cr._, t. II, p. 180 et 216); 25,000 (Deschamps, t. III, p. 70; _Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 220), sans compter les fuyards; 24,000 (_Chr. de Pierre Cochon_, p. 172); de 24,000 à 30,000 (_Petit Thalamus_, p. 406); 20,000 (_Chronographia_, t. III, p. 45); plus de 18,000 (_Chr. des Quatre Valois_, p. 306); de 16 à 18,000 (_Chr. du bon duc Loys de Bourbon_, p. 173).--Les Français furent beaucoup moins éprouvés; le _Religieux de Saint-Denis_ (t. I, p. 220) parle de 7 chevaliers et 44 hommes d’armes; les _Chroniques de Flandre_ (_Ist. et cr._, t. II, p. 216) donnent le chiffre de 100 hommes, dont 2 ou 3 chevaliers.

[51] Le _Religieux de Saint-Denis_ (t. I, p. 220) cite, au lieu de ce nom, ceux d’_Antoine_ et de _Gui_ de Cousan; ce dernier est seul mentionné dans la _Chronique du bon duc Loys de Bourbon_ (p. 172).

Affolés, les Flamands jettent les armes et s’enfuient vers Courtrai, poursuivis par les Bretons et les Français.

La bataille eut lieu entre Roosebeke et Courtrai, le jeudi 27 novembre 1382, le roi Charles étant dans sa quatorzième année. P. 55 à 57, 340, 341.

Elle n’avait duré qu’une demi-heure; les pertes des Gantois se montent à 9,000 hommes; celles de leurs alliés à 26,000.

Le roi, retiré sous sa tente, reçoit les félicitations de ses oncles et des grands barons[52]. Il demande à voir le corps de Philippe d’Artevelde; on le cherche, on le trouve, on le montre au roi, qui le fait pendre à un arbre. P. 57 à 59, 341, 342.

[52] Après la bataille, le comte de Flandre vint remercier le roi, qui le reçut mal et lui reprocha d’avoir souvent fait alliance avec ses ennemis (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 224-226).

Le jeudi même, vers minuit, le seigneur d’Herzeele apprend sous les murs d’Audenarde la défaite et la mort de Philippe. Il abandonne le siège et se dirige sur Gand, laissant Daniel d’Halewin maître de la place[53].

[53] On lit dans une chronique de Flandre: «De le desconfiture des Flamens fu le nuyt li fais sceus au siege d’Audenarde par les fuians qui escapperent; dont chil qui le siege tenoient furent tres dolant, et se deslogierent la nuyt moult en grant haste, et laissierent moult de leurs tentes et d’autres coses, et yssirent aucun chevalier et saudoyer d’Audenarde qui, en poursuiant les Flamens, en tuerent et noierent pluiseurs; et li aultre en rallerent a Gant dire la nouvelle» (_Ist. et cr._, t. II, p. 216).

Les habitants de Bruges ont connaissance de la nouvelle quelques heures plus tôt; craignant d’être pillés, ils dirigent toutes leurs richesses sur la Hollande. Pierre du Bois, blessé à Comines, se fait transporter en litière à Ardembourg, où il couche le vendredi soir, puis arrive à Gand assez à temps pour rendre courage aux Gantois, tout prêts à se soumettre. P. 59 à 61, 342.

Dès le vendredi (28 décembre), le roi quitte Roosebeke[54] et prend le chemin de Courtrai, précédé du Hase de Flandre et de 200 lances flamandes, qui pillent la ville. Le roi n’y entre que le 1er décembre; mais son arrivée n’arrête pas le pillage et le massacre: les Français ont à cœur de venger la défaite de Robert d’Artois en 1302[55].

[54] Dès le lendemain de la bataille le roi est à Thourout. C’est là que, le 29 novembre, il reçoit les députés de la ville de Bruges, accompagnés de deux Cordeliers (_Ist. et cr._, t. II, p. 267).

[55] Le 11 juillet 1302, Robert d’Artois, commandant les Français, fut vaincu et tué par les Flamands à la bataille de Courtrai, ainsi qu’un grand nombre de chevaliers dont les éperons furent suspendus comme trophées dans une chapelle de l’église Notre-Dame de Courtrai (_Ist. et cr._, t. II, p. 218).

Daniel d’Halewin, à la tête de 50 lances, vient d’Audenarde pour voir le roi et s’en retourne le jour suivant. P. 61, 62, 342, 343.

Bruges échappe au pillage des Bretons grâce à l’intervention du comte de Flandre et du duc de Bourgogne et moyennant le paiement d’une somme de 120,000 francs, exigible moitié sur l’heure et moitié à la Chandeleur prochaine[56]. P. 62 à 64, 343, 344.

[56] C’est le 30 novembre, à Thourout, que le roi prit à merci la ville de Bruges, qui reconnaissait le pape Clément et renonçait à l’alliance anglaise, se soumettant à l’autorité du roi et du comte de Flandre. La ville s’engageait de plus à payer en deux termes la somme de 120,000 francs d’or (Extrait du _Septième Cartulaire de France_, déposé aux Archives de Lille, publié par Le Glay, _Chronique rimée_, p. 106-109, et par Kervyn, t. X, p. 484-486).

Mécontentement des Bretons et autres routiers, Bourguignons et Savoyards, qui veulent retourner chez eux en pillant le Hainaut[57]. Médiation du comte Gui de Blois, qui réussit à les apaiser, et aussi à obtenir de Thierri de Dixmude[58] de renoncer à ses attaques contre la ville de Valenciennes. P. 64 à 66, 344, 345.

[57] Walsingham prétend (t. I, p. 81) qu’à la prise de Bruges les biens seuls des marchands anglais furent pillés et confisqués au profit du roi de France.

[58] Nous avons déjà eu occasion de parler du différend existant entre la ville de Valenciennes et Thierri de Dixmude, à propos du meurtre de son écuyer Daniel d’Usse (t. X, p. XVIII, note 1); Kervyn a cité de nombreux documents relatifs à cette affaire (t. X, p. 491-494).

Les Français espèrent quelque jour la soumission de Gand, mais la ville, soutenue par Pierre du Bois, est décidée à continuer la lutte[59]. P. 66 à 68, 345.

[59] Dès le 30 novembre, étant à Roulers, le roi écrivit aux Gantois pour leur proposer sa médiation entre eux et le comte de Flandre. On était tellement sûr que cette proposition serait acceptée et que Gand suivrait l’exemple des autres villes, qu’Eustache Deschamps, dans la ballade qu’il composa après la bataille de Roosebeke, escompte déjà cette soumission (_Œuvres complètes_, t. III, p. 70). La réponse des Gantois, datée du 3 décembre, parvint au roi à Courtrai, où il était entré le 1er. Les Gantois demandaient un sauf-conduit pour trente-deux personnes, ce qui leur fut accordé. Le roi demandait la reconnaissance du pape Clément et une somme de 300,000 francs (_Ist. et cr._, t. II, p. 269-271). Les négociations eurent lieu à Courtrai du 7 au 17 décembre (_Rekeningen_, p. 333-334), mais elles traînèrent en longueur, et, chassé par le mauvais temps, Charles VI quitta Courtrai le 18 pour aller à Tournai.

Cependant à Calais attend toujours Guillaume de Faringdon, porteur du traité d’alliance, accompagné de François Ackerman et de six bourgeois de Gand. La défaite de Roosebeke remet tout en question[60]: Guillaume de Faringdon retourne en Angleterre, et les ambassadeurs flamands, séjournant à Londres, rentrent chez eux en passant par les Pays-Bas, ainsi que François Ackerman[61]. P. 68, 69, 345, 346.

[60] Une des causes les plus réelles du retard des Anglais à intervenir dans les affaires de Flandre à cette époque fut la réclamation que faisaient les Gantois d’une somme de 200,000 écus, dont a déjà parlé Froissart (t. X, p. 269). C’est ce que dit très explicitement un passage de notre tome XI qui ne se trouve que dans quelques manuscrits (p. 343). On y lit, en effet, que l’alliance eût été vite conclue «se n’eust esté la somme de deniers qu’ilz demandoyent ausdiz Angloiz.» Les pourparlers n’en continuèrent pas moins, mais, après la bataille de Roosebeke, les négociateurs anglais «furent si esbaïz et si troublez de celle soudaine aventure non esperée, qu’ilz s’en retournerent en Angleterre, sens plus lors proceder sur celle matiere.»

[61] François Ackerman retourna, non pas à Gand, comme le dit Froissart, mais en Angleterre où, le 20 janvier 1383, nous voyons l’amiral anglais Jean de la Roche recevoir des instructions «pro certis negociis tangentibus tractatum faciendum cum _admirallo fflote Flandrie_,» c’est-à-dire Fr. Ackerman, qui portait ce titre d’amiral de la flotte flamande (_Rec. off._, _Issue Rolls 199_, m. 11, et 306, m. 11).

Le roi hésite à porter le siège devant Gand; mais la rigueur de l’hiver le fait renoncer à ce projet. On se résout donc à quitter Courtrai et à passer à Tournai les fêtes de Noël; les troupes d’Auvergne, de Dauphiné, de Savoie et de Bourgogne sont licenciées; seuls, les Bretons et les Normands sont retenus pour servir au besoin contre les Parisiens.

Malgré les prières du comte de Flandre, le roi, en quittant Courtrai, fait brûler la ville[62]; les habitants sont emmenés prisonniers. P. 69, 70, 346.

[62] Le pillage et l’incendie de Courtrai furent choses épouvantables, malgré l’intervention du duc de Bourgogne (_Chr. du bon duc L. de B._, p. 175); presque toute la ville fut détruite (_Ist. et cr._, t. II, p. 181, et _Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 230). Par contre, d’après Meyer (fol. 191), la ville se racheta en payant «pro Britonum stipendiis centum et viginti milia francorum aureorum.»

Le roi arrive à Tournai[63], et se loge à l’abbaye de Saint-Martin, bien accueilli par les habitants. Quelques seigneurs prennent alors congé de lui, tels que le comte de Blois, qui retourne en Hainaut à Valenciennes et à Landrecies (ce n’est que l’été suivant qu’il se rend à Blois). P. 70 à 72, 346, 347.

[63] C’est le 18 décembre que le roi arriva à Tournai, où il était encore le 28.

Départ du comte de la Marche et de son frère, Jacques de Bourbon, pour Leuze en Hainaut; départ de Gui de Laval pour Chièvres, dont il est seigneur conjointement avec Robert de Namur; départ du sire de Couci pour Mortagne.

Le roi veut profiter de son séjour à Tournai pour ramener le pays[64] à l’obédience du pape Clément; mais il n’y réussit guère, sauf à Tournai même[65], où le comte de Saint-Pol inflige aux Urbanistes plus de 7,000 francs d’amendes.

[64] D’après les actes de soumission des différentes villes, à l’exception de Gand toujours rebelle, la Flandre s’était engagée à suivre l’obédience du pape Clément (_Ist. et cr._, t. II, p. 217 et 267); les Brugeois seuls semblent s’être soumis à cette obligation (Valois, _La France et le grand schisme d’Occident_, t. I, p. 361).

[65] Les prisonniers, rançonnés à Tournai par le comte de Saint-Pol, pour cause d’adhésion au pape Urbain, furent nombreux (_Ist. et cr._, t. II, p. 182).

Négociations avec les Gantois, qui veulent bien relever du roi de France, mais refusent de reconnaître comme seigneur le comte de Flandre. Les choses restent en l’état.

Le roi passe à Tournai les fêtes de Noël[66], puis, après avoir nommé le seigneur de Ghistelles _rewaert_ de Flandre et placé des garnisons à Bruges, à Ypres, à Courtrai, à Ardembourg et à Audenarde, il se rend à Arras[67], avec ses oncles et le comte de Flandre[68]. P. 72 à 74, 347, 348.

[66] Comme il l’avait déjà fait à Courtrai, le 17 décembre, en récompensant Gui de Boncourt (_Arch. nat._, JJ 122, fol. 11), le roi ne quitta pas Tournai sans faire quelques confiscations, dont profitèrent entre autres, à la date du 24, Guillaume de Mareuil et Guillaume de Neilhac, pour leur conduite à Roosebeke (_Ibid._, JJ 121, fol. 172).

[67] D’après les _Séjours de Ch. VI_, le roi était encore le 28 décembre à Tournai et se trouvait le 31 à Péronne, où l’attendait son frère Louis (_Ist. et cr._, t. II, p. 218); c’est donc le 29 ou le 30 qu’il faut placer son arrivée à Arras.

[68] Très attristé par la destruction de Courtrai (_Ist. et cr._, t. II, p. 218) et par les humiliations nombreuses dont il avait été victime au cours de la campagne, le comte de Flandre n’avait pas attendu la fin du mois pour prendre congé du roi. Une première fois, le 6 décembre, nous le trouvons à Harlebeke, où il récompense le seigneur de Sempi par le don des biens du prévôt de Notre-Dame de Bruges; le 26, il est définitivement de retour à Lille, où nous le voyons octroyer, comme récompenses de services rendus, 10,000 francs au connétable de Clisson, 3,000 à l’amiral Jean de Vienne et à Gui de la Trémoïlle, 1,000 à Enguerran d’Eudin et à Anseau de Salins, et 500 à Gui de Pontallier (Extr. du _Septième cartulaire de Flandre_, publié par Le Glay, dans _Chr. rimée_, p. 109-110).

CHAPITRE XVIII.

_1383, 11 janvier._ LE ROI RENTRE A PARIS.--_12 janvier._ DÉSARMEMENT DES PARISIENS.--_20 janvier._ RÉTABLISSEMENT DES IMPÔTS.--_28 février._ EXÉCUTION DE JEAN DES MARÈS.--RÉPRESSION EN PROVINCE (§§ 352 à 355).

Le roi est à Arras; malgré sa présence, c’est à grand’peine qu’on peut empêcher la ville d’être pillée par les Bretons, mécontents des profits de la campagne de Flandre. On leur promet des dédommagements à Paris; et le roi, en passant par Péronne, Noyon et Compiègne[69], arrive à Senlis[70]. Les troupes[71] sont cantonnées dans tous les villages des environs, d’une part entre Estrées-Saint-Denis[72] et Senlis, et de l’autre entre Senlis et Meaux; elles prennent aussi position le long de la Marne et entre la Marne et la Seine[73].

[69] A Péronne, le 31 décembre 1382, à Noyon, le 1er janvier 1383, à Compiègne, du 2 au 7 (_Séjours de Ch. VI_, p. 16), le roi est accueilli par toute la Picardie avec joie et respect (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 232). C’est à Compiègne, le 7 janvier, que l’on retire le grand sceau au chancelier de France, Milon de Dormans, évêque de Beauvais (_Ist. et cr._, t. II, p. 272), qui ne fut remplacé définitivement que le 10 juillet par Pierre de Giac, aux gages de 2,000 livres par an (_Bibl. nat._, _Clair._ vol. 53, nº 3999). L’évêque de Laon, Arnaut de Corbie, et Me Philippe de Moulins furent chargés de l’intérim.

[70] Le roi est à Senlis, le 8 janvier; il couche le lendemain à Louvres.

[71] Pour effrayer les Parisiens, le roi «avoit retenu en Franche grant quantité de gent d’armes qui, avec lui, estoient revenu du pays de Flandres, et les faisoit vivre et gouverner sur les marches près» (_Ist. et cr._, t. II, p. 219).

[72] Le texte de Froissart, tel que nous l’avons corrigé en y introduisant _Estrées-Saint-Denis_, montre que les troupes s’étaient échelonnées sur le chemin suivi par le roi; une autre partie était descendue entre la Marne et la Seine.

[73] Il semble préférable d’adopter ici la leçon de certains mss. qui ajoutent _entre la rivière de Marne et la rivière de Seine_ (voy. p. 348).

Après avoir couché à Senlis et à Louvres, le roi est au Bourget[74] et s’apprête à entrer à Paris, quand il apprend que les Parisiens, au nombre de 20,000[75], armés d’arbalètes et de maillets, attendent son passage entre Saint-Lazare et Paris. Le connétable de France, le seigneur d’Albret, le sire de Couci, Gui de la Tremoïlle et Jean de Vienne, accompagnés de hérauts d’armes, sont envoyés en avant pour parlementer[76]. P. 74 à 76, 348, 349.

[74] C’est à Saint-Denis, et non au Bourget, que le roi coucha le 10 janvier, veille de son entrée à Paris. Il se rendit solennellement à l’abbaye et remercia Dieu de sa victoire (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 232).

[75] La _Chronique du bon duc Loys de Bourbon_ (p. 176) dit que le roi «avoit 18,000 harnois contre lui;» la _Chronique des Quatre Valois_ (p. 308) parle seulement de 1,500 h. d’armes «rengiés en ordonnance.»

[76] D’après la _Chronographia_ (t. III, p. 47), le connétable de France et le maréchal de Sancerre précédèrent le roi de deux jours.

Les Parisiens se défendent de vouloir combattre le roi[77]; ils n’ont d’autre intention que de lui montrer quelle puissance armée ils peuvent mettre à son service, s’il en a besoin. Le connétable leur conseille alors de rentrer paisiblement à Paris et de mettre bas leurs armes, s’ils désirent que le roi entre dans leur ville; ils le promettent.

[77] Le 10 au soir, le prévôt des marchands vint assurer le roi des bonnes dispositions de la population (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 234). Le lendemain, il venait au-devant du roi avec les échevins et lui souhaitait la bienvenue (_Chronographia_, t. III, p. 47).

Le roi entre donc à Paris[78], vient coucher au Louvre. Sur l’ordre du sire de Couci et du maréchal de Sancerre, on se hâte d’enlever les battants des portes de la ville, ainsi que les chaînes qui fermaient les rues[79]. Terrorisés[80], les Parisiens n’osent sortir de chez eux, et sont heureux d’en être quittes en payant des amendes[81] dont le total monte à 400,000 francs[82].