Chroniques de J. Froissart, tome 06/13

Part 40

Chapter 403,824 wordsPublic domain

§ =516=. Tout ensi.--_Ms. d’Amiens_: Endementroes, li Franchois ordonnèrent ossi leurs batailles, et en fissent trois et une arrierre garde. La premierre eut messires Bertrans de Claiequin à tous les Bretons, et fu ordonnés pour assambler à le bataille dou captal. La seconde eult li comtez d’Auçoire et li viscomtes de Biaumont et messires Bauduins d’Enekins, et eurent avoecq yaux les Franchois, les Normans et les Pickars, monsigneur Oudart de Renti, monsigneur Engherant du Edin, monsigneur Loeis d’Aveskierke et les autres. La tierce eut li Arceprestres et les Bourghignons avoecq lui, monseigneur Loeys de Chalon, le seigneur de Biaugeu, monsigneur Jehan de Vianne, monsigneur Gui de Frelay, monsigneur Huge de Vianne et pluisseurs autres. Et devoit s’asambler ceste bataille au bascle de Marueil et à se routte. Et l’autre bataille, qui estoit pour arrierre garde, fu des Gascons: monsigneur Aimmenion de Pumiers, le soudich de Lestrade, le signeur de Mucident et pluisseur aultre. Et pour ce quil veoient le pignon le captaul mis et assis en ung buisson et en faisoient li Navarois leur estandart, il ordonnèrent leur bataille des Gascons à adrechier ceste part. Fº 130 vº.

P. 115, l. 11: Entrues.--_Ms. A 6_: Entrementres. Fº 248 vº.--_Mss. A 8, 15 à 17_: Pendant ce.

P. 115, l. 14: Bretons.--_Le ms. A 15 ajoute_: dont je vous en nommeray aucuns chevaliers et escuiers: premierement monseigneur Olivier de Mauny et monseigneur Hervé de Mauny, monseigneur Eon de Mauny, frères, et nepveux du dit monseigneur Bertran, monseigneur Geffroy Ferron, monseigneur Allain de Saint Paul, monseigneur Robin de Guité, monseigneur Eustace et monseigneur Allain de la Houssoye, monseigneur Robert de Saint Pern, monseigneur Jehan le Voier, monseigneur Guillaume Bodin, Olivier de Quoyquen, Lucas de Maillechat, Gieffroy de Quedillac, Gieffroy Paien, Guillaume du Hallay, Jehan de Parrigny, Sevestre Budes, Berthelot d’Angoullevent, Olivier Ferron, Jehan Ferron son frère et pluseurs autres bons chevaliers et escuiers que je ne puis mie tous nommer. Fº 269.

P. 115, l. 17 et 18: d’Anekins.--_Mss. A 18, 19_: de Meleun.

P. 115, l. 18 à 21: mestres... Haveskierkes.--_Ces lignes manquent dans les mss. A 15 à 17._

P. 115, l. 20: d’Uedin.--_Mss. A 7, 18, 19_: de Hedin. Fº 249.

P. 115, l. 26: Hughe.--_Mss. A 15 à 17_: Jehan.

P. 116, l. 1: purainne.--_Ms. A 6_: entière. Fº 248 vº.--_Mss. A 8, 15_: pure. Fº 245 vº.

P. 116, l. 7: lés.--_Mss. A 8, 15 à 17_: costé.

P. 116, l. 8: un.--_Le ms. A 15 ajoute_: hault. Fº 269 vº.

§ =517=. Assés tost.--_Ms. d’Amiens_: Et (ordonnèrent les Gascons) trente hommes des leurs, fors et appers, montez chacuns sus bons fors courssiers et delivrés, et aler concquerre ce pignon et combattre au captaul, et rompre se bataille quant elle seroit entamée, et à riens entendre fors tant seullement au captaul, et lui prendre par forche et toursser sur leurs chevaux et porter ent à sauveté; car qui l’aroit pris, fust li journée pour yaux ou non fust, il aroit bien esploitiet, et tenroient leurs ennemis pour tous desconffis. Fº 131.

P. 117, l. 3: entrues.--_Ms. A 7_: entrementres.--_Mss. A 6, 15 à 17_: pendant.

P. 117, l. 7: tourseront.--_Mss. A_: trousseront.

P. 117, l. 8 et 9: où que soit.--_Mss. A 6, 15 à 17_: quelque part.

P. 117, l. 20: rades.--_Mss. A_: roides.

P. 117, l. 24: estre.--_Le ms. A 15 ajoute_: pour faire et acomplir l’entreprinse que tous ces seigneurs de France et de Gascongne avoient parlé et ordonné entr’eulx. Fº 269 vº.

§ =518=. Quant cil.--Ms. d’Amiens: Quant li Franchois se furent enssi ordonné, ainchois que li signeur se trayssent en leurs bataillez où il estoient estaubli, il regardèrent entre yaux et pourparlèrent à lequelle bannierre ou pignon il se retrairoient et quel crit il criroient. Si fu de premiers acordé entre yaux qu’il criroient: «Nostre Damme! Auchoire!» Mès li comtez, qui là estoit presens, y refuza et s’escuza et dist que il estoit li ungs des jonnes chevaliers qui là fust, et la premierre besoingne arestée où il avoit estet, si ne volloit mies que on lui fesist celle honneur, mes fust baillie à un autre où elle fuist mieux emploiiée c’à lui. Dont fu regardé d’un coumun acord c’on crieroit: «Saint Yve! Claiequin!» et pour yaux mieux recongnoistre: «Nostre Damme! Claiequin!»

Ensi tout rengiet et ordonné et avisé quel cose il devoient faire et yaux maintenir, se tenoient tout quoy sus les camps et regardoient leurs ennemis, qui nul samblant ne faisoient dou descendre. Si se traissent enssamble li chief des routtes environ yaux vingt cinq, et parlementèrent ung grant temps. Et volloient li aucun, especialment messires Bertrans de Claiequin, que on les allast combattre. Et li aucun, mieux avisés, le debatoient et disoient que, se il faisoient enssi, il feroient ung grant outraige, mès souffresissent encorres et regardaissent le couvenant de leurs ennemis: «Sachiés, disoient messires Oudars de Renti et messires Bauduins d’Ennekins, que, se nous avons grant desir d’iaux combattre, ossi ont il nous: si nous tenons en nos batailles bellement et quoiement. S’il descendent, bien nous les combaterons; et s’il ne descendent dedens le soir, nous arons autre advis.»

Chilx conssaux fu tenus, et se tinrent li Franchois tout quoy, chacuns sirez desoubs se bannierre ou desoubs se pignon, enssi qu’il estoit ordounnés. Et tant atendirent qu’il fu haux midi et que li jours estoit si escauffés que li pluisseur en estoient tout afoibli, car il n’avoient avoecq yaux nulles pourveanches pour boire ne pour mengier, se petit non. Et toudis se tenoient li Navarrois et li Englès en leur fort, sans yaux bougier ne faire samblant de descendre. Quant ce vint sus l’eure de nonne et que li sollaux tourna dou tout au contraire des Franchois, et que de trop junner li pluisseur estoient mout foullé, si se coummenchièrent enssi que tout à descoragier, et dissent li aucun que li heure passoit pour combattre. Si se fuissent par samblant volentiers retret, et fu priesque tout conssilliet dou retraire et dou niens combattre.

Or vous di qu’il y avoit là aucuns gentilz hommes de Normendie qui cevauchoient de l’un à l’autre, sans get et sans regard, qui ne se pooient armer, car il estoient prisonnier as Navarois et recreus sus leurs fois. Si disoient bien as chevaliers franchois: «Signeur, advisés vous, car, se li journée se depart sans bataille, vostre ennemy seront demain deus tans qu’il ne sont hui, et toudis mouteplieront en puissanche; car messires Loeis de Navarre doit venir à plus de mil combatans.» Si que ces parolles atraioient durement les Franchois à combattre. Fº 131.

P. 117, l. 25: eurent.--_Les mss. A 6, 17 ajoutent_: tout.

P. 118, l. 6: dou.--_Le ms. A 17 ajoute_: noble.

P. 118, l. 8: bellement.--_Mss. A 8, 15 à 17_: doucement.

P. 118, l. 12: journée.--_Ms. A 15_: besongne. Fº 270.

P. 118, l. 13: de.--_Ms. A 8, 15 à 17_: que.

P. 118, l. 16: le Mestre.--_Ms. A 15_: Baudequin d’Annequins, maistre des arbalestriers.

P. 118, l. 27: vos compains.--_Mss. A 6, 7, 15 à 17_: vostre compaignon.

P. 119, l. 13: tierne.--_Mss. A_: tertre.

P. 119, l. 21: vin.--_Le ms. A 17 ajoute_: ne baril.

P. 119, l. 23: flaconciaus.--_Ms. A 7_: flaconniaus. Fº 249 vº.--_Mss. A 8, 15 à 17_: flacons, petiz flacons.

P. 119, l. 28: soutilleté.--_Ms. A 17_: subtilité. Fº 311 vº.

P. 119, l. 29: remontière.--_Mss. A_: remontée.

P. 120, l. 1 et 2: couvenant.--_Mss. A 8, 15 à 17_: couvine.

P. 120, l. 6: requerre.--_Mss. A 8, 15_: requerir.

P. 120, l. 16: frefel.--_Ms. B 3_: desir.--_Ms. B 4_: frestel.--_Ms. A 6_: fresel.

P. 120, l. 20: paisieulement.--_Mss. A_: paisiblement.

P. 120, l. 24: nostre.--_Mss. A_: vos.

P. 120, l. 27: trois cens.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19_: quatre cens.

P. 120, l. 30: ahati.--_Ms. A 17_: hastiz.--_Ms. A 15_: atiz.

P. 121, l. 15: diverses.--_Le ms. A 17 ajoute_: et contraires.

§ =519=. Quant li.--_Ms. d’Amiens_: Quant li chevalier de Franche virent que li Navarois et li Englès ne partiroient point de leur fort et qu’il estoit ja haulte nonne, et si ooient les parolles que li prisonnier franchois leur disoient, si se retraissent à consseil enssamble, et conssillièrent qu’il feroient passer le pont tous leurs chevaux et leurs harnas et leurs varlès et les plus foullés par samblant de leur routte, et puis petit à petit il passeroient et se logeroient bellement, chascuns sires par lui et entre ses gens, ce soir sus le rivierre, et l’endemain il aroient nouviel consseil et avis, car voirement estoient il durement mesaisiet dou chault et de trop junner. Et se, en yaux retrayant, il avenoit ensi que leur ennemy, qui sont chaut et hastieu, descendoient de leur montaingne, il retourroient tout à ung fès sus yaux, et criroient leur cri, et chacuns sires et hommes d’armes se trairoit à se bataille: il savoient bien quel consseil il devoient faire. Che consseil donnèrent li Gascon messires Ainmenion [de Pummiers], messires li soudis [de Lestrade] et li sires de Moucident. Dont sonnèrent il leur trompettes, et fissent mout grant signe d’iaux retraire, et fissent passer oultre le pont et le rivierre leurs harnois et leurs pourveanches, les varlès et tous leurs chevaux, excepté les trente qui se devoient adrechier au captal. Et quant il furent enssi que tout passet, gens d’armes coummenchièrent ossi à passer.

Quant messires Jehans Jeuiaux, qui estoit appers chevaliers et vighereux durement et qui avoit grant desir des Franchois combattre, perchupt le mannierre et coumment il se retraioient, se dist au captal: «Sire, sire, descendons appertement; ne veés vous pas coumment li Franchois s’enfuient?» Dont respondi li captax et dist: «Messires Jehan, messire Jehan, ne creés ja que si vaillant homme qu’il sont, s’enfuient ensi: ils ne le font, fors par malisse et pour nous atraire.» Adonc s’avancha messires Jehans Jeuiaux, qui moult engerans estoit de combattre, et dist à chiaux de se routte: «Passés avant! Qui m’aimme, se me sieuwèce!» Dont s’avança en sallant devant touttes les battailles en descendant dou mont, son glaive en son poing, en escriant: «Lez les Franchois!» et «Saint Gorge! Giane!» Quant li captaux en vit le mannierre, si le tint en soy meysmes à grant desdaing, et dist à sa bataille: «Avant! Avant! messires Jehans Jeuiaux ne se combatera point sans my.» Dont descendirent il tout coummunement dou fort où il s’estoient tenu, et se missent au plain.

Quant li Franchois, qui estoient en aguet de ceste ordounnanche, les virent descendre, si s’arestèrent tout à ung fès et dissent entr’iaux: «Vesci chou que nous demandions.» Si huièrent et jupèrent apriès leurs gens qui le pont passoient, et furent tantost remis en bon arroy, leurs bannièrez et pignons devant yaux, en criant: «Nostre Dame! Claiekin!» Evous monsigneur Jehan Jeuiel, qui de grant vollenté s’en venoit tout devant, et se vient ferir, son glaive en son poing, en le bataille des Bretons et combattre mout vassaument, et ossi il fu moult bien recheu de monsigneur Bertran de Claiequin et de chiaux de se routte. D’autre part, li comtes d’Auchoire, li viscomtez de Biaumont, messires Bauduins d’Ennekins, messires Oudars de Renti et li autre chevalier et leur bataille s’en viennent adrechier à le bataille des Bourgignons, li sires de Biaugeu, messires Loeis de Chalons et les gens de l’Arceprestre s’en vont adrechier à le bataille monsigneur Pière de Sakenville et monsigneur Joffroy de Roussellon. Et pour chou que en armes on ne doit mies mentir, mès dire le verité à son loyal pooir, bien est voirs que li Arceprestres, si trestost qu’il vit c’on se combateroit et que les batailles s’asambloient, il se parti et ungs siens escuiers seullement, et issi de se bataille, mès il dist à ses gens: «Demorés et si vous acquittés à vostre loyal pooir: je me pars, car je ne me puis combattre.» Dont monta à cheval et rapassa le Pont de l’Arche, et cil qui se combattoient, le quidoient dallés yaux, pour ce qu’il veoient se bannierre, et si n’avoit pris congiet à nullui, fors à ses gens. Fº 131.

P. 121, l. 17: sus.--_Mss. A 8, 15 à 17_: pour.

P. 121, l. 29: l’espoir.--_Mss. A 8, 15 à 17_: pense.

P. 122, l. 25: Jeuiel.--_Ms. B 6_: de Pipes. Fº 631.

P. 123, l. 9 et 10: li captaus.--_Ms. A 8_: le capitaine. Fº 250 vº.--_Mss. A 8, 17_: les capitaines. Fº 247 vº.

P. 123, l. 15: mi.--_Mss. A_: moi.

P. 123, l. 24: assambler.--_Ms. A 8_: assaillir.

P. 123, l. 25: Evous.--_Mss. A 8, 15 à 17_: Et va venir.

P. 123, l. 28: Bertrans.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: du Guesclin.

P. 123, l. 29: malement.--_Le ms. A 17 ajoute_: Et d’aventure il encontra monseigneur Olivier de Mauny, nepveu de monseigneur Bertran, fort chevalier et asseuré durement. Là se combatirent ces deux vaillans chevaliers ensemble moult longuement, main à main, et tant que le dit monseigneur Olivier cheit de la presse. Et adonc monseigneur Jehan Jouel fut sur lui la dague ou poing, pour lui occire, en lui disant: «Rendez vous tantost, ou vous estes mort.» Adonc respondit le dit monseigneur Olivier: «A Dieu le veu, monseigneur Jehan, non suis encore; mais je vueil que vous essaiez vostre fois comment ceste terre est dure.» Et lors il le prant par le camail et à force de braz il mist monseigneur Jehan Jouel dessoubz lui, et fut monseigneur Olivier dessus. Et lors il bleça et navra à mort le dit monseigneur Jehan Jouel, et le laissa à un sien escuier qui estoit delez lui, qui avoit nom Guion de Saint Pers, lequel le fiança prinsonnier; mais il mourut cellui jour des plaies qu’il avoit receues la journée. Fº 313 vº.

P. 124, l. 6: Claiekin.--_Le ms. A 15 ajoute_: monseigneur Olivier de Mauny son nepveu. Fº 271 vº.

P. 124, l. 8 et 9: li... Anthones.--_Ms. A 17_: monseigneur de Beaugieu et monseigneur Anthoine de Beaugieu.

P. 124, l. 13: Aymenions.--_Mss. A 8, 17_: Aymons.

P. 124, l. 30: fourfraire.--_Mss. A 8, 15 à 17_: meffaire.

P. 125, l. 5: rivière.--_Le ms. A 17 ajoute_: en plourant moult tendrement de ce qu’il ne povoit demourer à la bataille. Fº 314.

§ =520=. Au commencement.--_Ms. d’Amiens_: Quant li Navarois et chil de leur costé virent le couvenant des Franchois, si se reculèrent tout en combatant un petit, et fissent leurs archiers voie pour traire. Si se missent en bon aroy chil qui devoient traire, mès li Franchois estoient si fort armet et si bien pavesciet, que oncques li trais ne les greva noyent, ne pour chou n’en laissièrent il point à combattre. Si tost que li trais fu passés, les batailles entrèrent l’une dedens l’autre, en boutant et en estechant des glaives. Là veoit on les plus apers et les plus bachelereus coumment il s’avanchoient et rompoient par bien combattre les routtes, et prendoient et fianchoient prisonniers, ou il se faissoient prendre par appertisses d’armes, ou navrer, ou ochire. Là avoit grant cliquetis d’espées, de daghes et de bastons d’armes, et s’aprochoient et se tenoient main à main, et se combatoient si vaillamment que nulle gens mieux, et point ne s’espargnoient, et nul mot ne parloient que leur cris à cief de fois il crioient pour yaux raloiier.

Or vous diray des trente qui esleu estoient pour yaulx adrechier au captal et trop bien monté par especial. Il s’en vinrent tout serré là où li captaux se combatoit moult vassaument, piet avant autre, tenant une hache en sen poing, dont il donnoit si grans horions que nulx ne l’osoit aprochier; car il estoit grans chevaliers, fors et durs malement et resongniés de ses ennemis. Chil trente, qui estoient moult bien monté sus courssiers fors et puissans, et ossi appert, fort et dur hommes d’armes et bachelereus durement, ne veurent mies resongnier le paine ne le peril; mès brochièrent chevaux des esperons et rompirent par forche toutte le bataille et les gens le captal, et fissent voie au comte d’Auchoire, au viscomte de Beaumont, à monsigneur Bauduin d’Auekin, à monsigneur Engherant du Edin, à monsigneur Oudart de Renti, à monsigneur Loeys de Haveskerke et as bons chevaliers de leur routtez et escuiers ossi. Là eult très fort bouteis et grans abateis, et moult de bons hommes d’armes mis à grant mesaise. Avoecq tout chou, chil trente, qui n’entendoient à autre cose fors toudis à aller avant et faire leur emprise, s’arestèrent droitement sus le captal et coummenchièrent à lanchier et à ferir à lui grans horions de leurs roides espées et des bastons de guerre qu’il portoient, et à derompre gens et à abattre entour li et mettre à grant meschief; car chil courssier, qui estoient fort et puissant et tous couvert de fers et bien brochiet sans espargnier des esperons, confondoient tout devant et entour yaux.

Et quant li captaux, qui estoit hardis et saiges chevaliers durement, en vit le manierre et que on entendoit trop parfaitement à lui prendre, si s’esvertua et fist trop plus d’armes sans comparison que nuls autres, et se tint ung grant temps que nulx ne l’osoit aprochier, tant lançoit il les cops grans et perilleux. Mès il n’est force d’omme ne de lion que, au haster et au continuer, on ne foulast et afoiblesist. Là fu il si bien combatus des ungs et des autres à tous lés, qu’il ne savoit auquel entendre. Si fu pris et ahers par forche et tirés de ces hommes d’armez à cheval hors de le presse, et si menés par force d’armes qu’il fiancha prison à yaux, et le cargièrent et portèrent et ravirent hors des bataillez maugret touttes ses gens, et passèrent oultre le pont et le rivière et le missent à sauveté. Enssi fu pris li captaux de Beus, si comme je l’oy recorder le Roy Faucon, qui fu toudis enmy le bataille et qui en vit tout le couvenant et pluisseurs bellez appertisses d’armes des autres bons chevaliers et escuiers, tant d’un lés comme de l’autre. Fº 131 vº.

P. 125, l. 19: fourfet.--_Le ms. A 17 ajoute_: grandement.

P. 126, l. 1 et 2: luitier.--_Mss. A 15 à 17_: luite.

P. 126, l. 12: emprise.--_Mss. A 8, 17_: entreprise. Fº 248.

P. 126, l. 14: pas.--_Ms. A 6_: pays. Fº 251.

P. 126, l. 16: li Breton.--_Mss. A 8, 15 à 17_: les Picars.

P. 127, l. 6: grant.--_Le ms. A 8 ajoute_: grant debat et.

P. 127, l. 6: puigneis.--_Mss. A 8, 15 à 17_: hustin.

P. 127, l. 9: foursené.--_Ms. A 8_: forcennez. Fº 248 vº.

P. 127, l. 9: crioient.--_Le ms. A 17 ajoute_: tous à haulte voix. Fº 315.

§ =521=. En ce toueil.--_Ms. d’Amiens_: Pour ataindre le juste matère et parler de tout vivement, voir est que, entroes que chi trente homme à cheval et li bataille dou comte d’Auchoire et dou viscomte de Biaumont, avoecq les Franchois et les Pickars, entendoient au prendre le captal et à combattre ses gens, messires Ainmenions de Pumiers, li soudis de Lestrade, li sirez de Mucident et leur bataille s’adrecièrent droitement au penon du captal qui estoit enclos en un buisson espinerech, enssi que dessus est dit, et à ciaux qui le gardoient, qui estoient ossi toutte gens d’eslite. Là eut dur hustin et bien combatu, car cil gardoient leur pennon, qui estaubli y estoient sus leur honneur, car il estoit resors et raloieanche d’iaux tous: si avoient plus chier à morir qu’il leur fust hostés. Si dura moult longement li bouteis et li estekeis entr’iaux de lanches, de haches, d’espées, d’espois et de daghes. Endementroes, se combatoient les autres batailles chascune à sa chascune, et estoient assés loyaument parti.

Si vous di que, quant les gens dou captal en virent par force porter et mener leur mestre, enssi que tout fourssené, il le poursiewirent vistement et corageusement et s’abandonnèrent de grant vollenté, et requissent leurs ennemis si dur et si fierement qu’il les reculèrent. Là couvint il maint homme morir, cheir et trebuchier l’un parmy l’autre; et sachiés, qui estoit cheus, s’il n’avoit bon secours et hastieu, jammais depuis ne se relevoit, car li presse et li enchaus y estoit si grans que chascuns estoit tous ensonniiés dou deffendre et de lui garder. Et par especial les gens dou captal se combatirent trop vaillamment, et ne demora mies en yaux ne en leur emprise qu’il ne desconfirent le bataille dou comte d’Auchoire, car il fu rués par terre et navrés mout durement et se bannierre abatue, quant messires Bertrans de Claiequin et une grosse routte de Bretons vinrent celle part, et le rescoussirent par forche d’armes et relevèrent se bannierre et reculèrent leurs ennemis. Et adonc en celle presse et en cel estekis fu ochis li viscontes de Biaumont, dont che fu dammaiges, car il estoit jonnes chevaliers, hardis et appers durement et de grant vollenté.

Or vous diray des Gascons et de chiaux qui estoient adrechiet vers le pennon le captal. Il fissent tant par forche d’armes qu’il rompirent le presse et delivrèrent le place de tous chiaux qui le gardoient, et furent, comme vaillant gent, tout mort ou tout pris; ne oncques ne daignièrent fuir, mès se vendirent si vaillamment que nule gens mieux. Touteffoix, li pennons fu conquestés et ostés de là où il estoit, abatus et deschirés, et li hanste coppée. Mès en celle presse, li sires de Muchident fu moult navrés, et y eut mors trois de ses escuiers, et li soudis de Lestrade i eut le brach romput. Non obstant ce, messires Ainmenions requeilla touttes ses gens apriès le desconfiture de chiaux qui le pennon avoient gardé, et s’en vinrent en criant: «Nostre Damme! Claiequin!» sus les gens dou captal, qui trop bien se tenoient et se combatoient. Là eut de rechief grant hustin et dur et bien combatu.

Li sires de Biaugeu, messires Loeys de Chalon et les gens l’Arceprestre, avoecq grant fuisson de bons chevaliers et escuiers de Bourgoingne, se combatoient d’autre part moult vaillamment à monsigneur le bascle de Maruel et à se route, à monsigneur Pière de Sakenville, à monsigneur Joffroy de Roussellon, à monsigneur Bertran dou Franch et à leur routte. Et vous di que là eult fait mainte belle appertisse d’armes, mainte prise et mainte rescousse; car chascuns, endroit de lui, se prendroit mout priès de bien faire le besoingne pour sen onneur.

D’autre part, li Pickart et leur routtes se combatoient à monsigneur Jeuiel et à se bataille, où il y eut fait ossi mainte belle appertisse d’armes, car chils messires Jehans Jeuiel estoit bons chevaliers, durs, fors, hardis et appers et bien combatans. Si ne l’avoit on point d’avantaige contre lui. Là furent très bon chevalier messires Bauduins d’Enekins, messires Oudars de Renti, messires Engherans du Edins, messires Renars de Bassentin, messires Jehans de Bergette et pluisseurs autres chevaliers de Picardie, que je ne say mies tous noummer, et ossi maint bon escuier. Là fu li bataille de monsigneur Jehan Jeuiel trop vassaument rencontrée et combatue, et fu par forche d’armes reboutée et rompue, et li dis chevaliers messires Jehans Jeuiel mallement navrés, pris et fianchés prissons et tirés hors de le presse, et tout li sien mort ou pris et mis en cache. Mès trop cousta as Franchois, car il perdirent des leurs, mors sus le plache, monsigneur Bauduin d’Ennekins, mestres pour le temps des arbalestriers de Franche, et monseigneur Loeys de Haveskerkes et des autres chevaliers et escuiers. Si en y eult des navrés, des blechiés et des bien batus grant fuisson.

Encorres se combatoient moult vaillamment li sires de Biaugeu, messires Loeys de Chalon et li Bourgignon au bascle de Maruel et as autres Navarrois, et eut en celle bataille fait moult de belles appertisses d’armes.

Touttes fois, quant li Pickart eurent romput et mis en cache chiaux de le bataille monsigneur Jehan Jeuiel, il se radrechièrent celle part en escriant: «Nostre Damme! Claiequin!» et se boutèrent avoecq leurs gens sus les dessus dis Navarois et les reculèrent par forche d’armes.