Chroniques de J. Froissart, tome 06/13

Part 37

Chapter 373,983 wordsPublic domain

§ =496=. Encorres avoit.--_Ms. d’Amiens_: Encorres avoit adonc grant fuisson, en France et en pluisseurs marces, de ces pilleurs englès et autres qui volloient, ce disoient, vivre, et tenoient encorres grant fuisson de castiaux et de forterèches qu’il avoient gaegniet, et desroboient fortement le pays où il converssoient meysmement en Campaigne et en Brie, et entre Paris et Orliiens, et entre Paris et Cartres, et en le comté de Blois, en Ango, en Mainne et en Tourainne, coumment que bonne pais fust faite, et coumment que li roys de Franche et li roys d’Engleterre s’appellaissent frerre, et que li comte et li baron et les bonnes gens de l’un pays et de l’autre fuissent tout amit enssamble. Mais, quant chil pilleur et chil robeur, qui se tenoient en diviers lieux ou royaumme de Franche, entendirent que leur compaignon avoient ruet jus monseigneur Jaquemon de Bourbon et bien deus mil chevaliers et escuiers, et pris tamaint bon et riche prisonnier, de recief pris et concquis le ville dou Pont Saint Esperit et si grant avoir dedens que sans nombre, et qu’il penssoient qu’il conquerroient assés tost Auvignon et toutte Prouvenche, chacuns eut en proupos d’aller celle part, en convoitise de plus gaegnier. Si laissièrent li plus les fors qu’il tenoient et les vendoient à bon marchiet, ou il les rendoient parmy tant qu’il pooient segurement, yaux et le leur, cevauchier parmy le royaumme de Franche. Enssi s’aroutèrent et s’asamblèrent et s’acompaignoient, et tout s’avallèrent viers Auvignon, sus l’esperanche de plus pillier. Fº 126 vº.

P. 72, l. 24: quoique.--_Mss. A 8, 15_: combien que.

P. 72, l. 24: commis.--_Le ms. A 15 ajoute_: depputez. Fº 257.

P. 72, l. 28: pillars.--_Mss. B 3, 4, et mss. A_: pilleurs.

P. 73, l. 4: Avignon.--_Ms. A 15_: la bonne cité d’Avignon.

P. 73, l. 7: en convoitise.--_Ms. A 15_: en convoitant tousjours de plus mal faire. Fº 257.

P. 73, l. 7: pluiseurs maulz.--_Mss. A_: plus mal.

§ =497=. Quant li papes.--_Ms. d’Amiens_: Quant li pappes Ynocens VIme et li collèges de Romme se virent enssi vexé et gueriiet par ces maleoittez gens, si en furent durement esbahi et ordounnèrent une croiserie sour ces mauvais crestiiens qui destruisoient crestienneté enssi que les Wandres fissent jadis, et gastoient tous les pays sans cause et roboient sans deport quant qu’il pooient trouver, et violloient femmes vielles et jonnes sans pité, et tuoient hommes, femmes et enfans sans merchy, qui riens ne leur avoient meffait; et qui plus de villains fès y faisoit, c’estoit li plus preus et li mieux parés. Si fissent li pappes et li cardinaux sermounner de le croix partout publiquement, et absolloient de painne et de couppe tous chiaux qui prendoient le croix et qui s’abandonnoient de corps et de vollenté pour destruire celle mauvaise gent et leur compaignie.

Et fissent monseigneur Pierre, cardinal d’Arras et d’Ostie, cappittainne de celle croiserie, qui assés tost se trai hors d’Auvignon et s’en vint demourer et sejourner à Carpentras, à quatre lieuwes d’Auvignon, et retenoit touttes mannierrez de gens et de saudoiiers qui venoient deviers lui et qui volloient sauver leurs anmes et acquerre les pardons de celle croiserie. Pluisseurs gens allèrent celle part, chevaliers et escuiers et autres, qui quidoient avoir grans biensfais dou pappe avoecq les pardons deseure dis, mès on ne leur volloit riens dounner. Si s’en partoient et s’en alloient li aucun en Lombardie, li autre retournoient en leur pays, et li autre se mettoient en le mauvaise compaignie qui toudis acroissoit de jour en jour; et se departirent en pluisseurs Compaignies et fissent otant de cappitainnes comme de Compaigniez. Fº 126 vº.

P. 73, l. 13: maleoites.--_Mss. A 1 à 7, 17_: maudites.

P. 73, l. 14: croiserie.--_Mss. A 6, 17_: croisiée, croisée.

P. 73, l. 15: crestienneté.--_Mss. A_: crestienté.

P. 73, l. 16: Wandeles.--_Mss. A 7, 17_: Wandes.--_Mss. A 8, 15_: Wandres.

P. 73, l. 28: eslisirent.--_Ms. A 7_: eslirent.--_Mss. A 8, 15 à 17_: esleurent.

P. 73, l. 29: dou Moustier.--_Mss. A 7, 8, 15_: du Monestier.

P. 74, l. 1: quatre.--_Ms. A 6_: six.--_Mss. A 2, 17 à 19, 23 à 29_: sept.

P. 74, l. 4: acquerre.--_Ms. A 8_: acquerir.

P. 74, l. 9: pays.--_Ms. A 8_: hostelz. Fº 235.

P. 74, l. 13: comme.--_Le ms. A 15 ajoute_: ilz estoient. Fº 257 vº.

§ =498=. Ensi herriièrent.--_Ms. d’Amiens_: Enssi heriièrent il et gheriièrient le pappe et les cardinaus et les marchez d’entour Auvignon, et y fissent mout de maux jusques bien avant en l’estet l’an mil trois cens soissante et un, et que li pappez et li cardinal s’avisèrent d’un moult gentil chevalier et bon guerieur, le marquis de Montferrat, qui avoit grant temps tenu gerre contre les seigneurs de Melans et encorrez faisoit. Si le mandèrent, et il vint en Auvignon. Si y fu moult festiiés et honnourés dou pappe et de tous les cardinaux. Là fu traitiet deviers lui que, parmy une grande somme de florins qu’il devoit avoir, il metteroit hors de le terre dou pappe et de là environ les Compaignes, et les enmenroit en Lombardie. Si traita li dis marquis de Montferrat devers les cappitainnez des Compagnes, et les amena ad ce que, parmy soissante mil florins qu’il eurent pour departir entr’iaux et ossi grans gaiges que li dis marquis leur dounnoit ou devoit dounner, il s’acordèrent à chou qu’il yroient en Lombardie, et, avoecq tout chou, il seroient absols de painne et de couppe. Tout ce fait, acompli et acordé et les florins pris, il rendirent le ville dou Pont Saint Esperit et laissièrent le marche d’Auvignon et passèrent oultre avoecq le dit marquis, dont li roys de Franche et tous li royaummes furent durement resjoys, quant il se virent quitte de telx gens.

Enssi fu li royaummes plus à pais, ce fu bien raisons, quant ces Compaignes en furent parties par le pourkach dou Saint Père et des cardinaus et dou marquis de Montferrat, qui en fist trop bien se besoingne sus les seigneurs de Melans, et concquist villes et castiaux et pays sus yaux, et eut pluisseurs rencontres et escarmuchez contre yaux pour lui. Et le missent ces Compaignes dedens un an ou environ tout au dessus de sa guerre, et li fissent avoir sen entente des seigneurs de Melans, qui pour le temps regnoient, messire Galeas et messire Bernabo. Et quant il li eurent sa guerre achievée, il revinrent par routtes et par petittes compaignies par dechà les mons. De quoy li pluisseur, qui avoient assés gaegniet et qui estoient tout soellé de gueriier, se retraioient en leur pays et en leur marches, et li aucun se rassambloient comme devant et faisoient guerre.

Dont il avint que messires (Segins[481]) de Batefol prist, embla et esciella une bonne chité en Auvergne c’on dist Brude, et siet sour le rivierre d’Allier. Si se tint là dedens plus d’un an, et le fortefia tellement qu’il ne cremoit nul homme; et couroit tout le pays d’environ jusques au Puy, jusquez à le Casse Dieu, jusquez à Cleremont, à Montferrant, à Rion, à le Nonnette, à Blière, à Oudable, à Cillach et toutte le terre le comte Daufin, qui estoit pour le temps hostagiiers en Engleterre, et y fist trop durement de grans dammaigez. Et quant il eut honny et apovri le pays de là environ, il s’en parti par accord et en mena tout son pillage et son grant tresor, et se retraist en Gascoingne, dont il estoit. De lui ne sai je plus avant, fors tant que jou oy depuis compter qu’il morut assés mervilleusement. Dieux li pardoinst tous ses meffaix! Fº 127.

[481] _Le manuscrit porte_: «Gobins.» _Mauvaise leçon._

P. 74, l. 14: herrièrent.--_Mss. A 8, 15_: guerrioient.--_Ms. A 17_: herioient.

P. 74, l. 20: Melans.--_Mss. A 8, 15 à 17_: Milan, Millan.

P. 74, l. 26: menroit.--_Mss. A 7, 8_: enmenroit. Fº 240.

P. 74, l. 30: ordonna.--_Mss. A_: donna.

P. 75, l. 10: cose.--_Ms. A 8_: paix. Fº 235 vº.

P. 75, l. 14: Pieumont.--_Mss. A 8, 17_: Piemont.

P. 75, l. 18: à sen... pourfit.--_Ms. B 4 et mss. A_: à l’onneur et prouffit de lui. Fº 237.--_Ms. A 17_: à l’onneur et prouffit d’eulx et de lui. Fº 297.

P. 75, l. 30: esciella.--_Ms. A 8_: exilla.

P. 76, l. 5: l’Arsis.--_Ms. A 17_: l’Assis.--_Ms. A 8_: Laisis.--_Ms. A 6_: Lasis.--_Mss. B 3, 4_: Darsis.

P. 76, l. 10: grant tresor.--_Ms. B 6_: et avoit bien de finanche chil messire Seghins trois cens mille frans. Fº 624.

P. 76, l. 11: dont il... issus.--_Mss. A_: dont il s’estoit partis et issus.

P. 76, l. 14: meffais.--_Le ms. A 15 ajoute_: se il lui plaist. Fº 258.

§ =499=. En ce temps.--_Ms. d’Amiens_: En ce tamps trespassa li dus de Lancastre.

En ce tamps trespassa li jones dus de Bourgoingne, qui s’apelloit messires Phelippes, par laquelle mort vaqièrent pluisseur pays, car il estoit grans sirez durement: premierement, ducs de Bourgoingne, comtes de Bourgongne, comtes d’Artois et de Boulongne, palatins de Brie et sirez des foires de Campaingne, et avoit à femme une jone dammoiselle, fille au comte Loeys de Flandrez, de l’une des filles le duc Jehan de Braibant. Dont il avint que, par proïsmeté, madamme Margerite, mère au comte de Flandrez dessus dit, se traist à le comté d’Artois et à le comté de Bourgoingne, et en fist foy et hoummaige au roy de France. Ossi messires Jehans de Bouloingue se traist par droite hoirie à le comté de Bouloingne et en devint homs au roy de Franche.

Avoecq tout ce, li roys Jehans de Franche, par proimetet, retint et prist le duché de Bourgoingne et tous les drois de Campaingne. Dont il avint que li roys Charles de Navarre se traist avant par mannierre de callenge, et dist et proposa que la ducé de Bourgoingne par proïsmeté li estoit esceuweet devolue, mès ses moustranches ne peurent y estre de nulle valleur: dont il et si frerre deffiièrent le roy de Franche et le royaumme, et le coummenchièrent à gueriier fortement et durement, et missent à Mantes et à Meulent grans garnisons qui guerioient et travilloient malement le Normendie. Et n’osoit nuls aller entre Paris et Roem, ne entre Roem et Kem, ne entre Kem et Ewrues, ne entre Ewrues et Chierebourcq, ne partout sus le marinne. Et d’autre part li rois de France tenoit contre lui, sus le marce de Normendie et d’Ewrues, grant fuison de gens d’armes qui deffendoient le pays contre les Navarrois. Fº 127.

P. 76, l. 19: Mehaut.--_Mss. A_: Mahaut, Mahault.

P. 76, l. 22: Haynau.--_Le ms. A 17 ajoute_: sa femme.--_Ms. A 7_: sa fame.

P. 76, l. 22: la mainsnée.--_Ms. A 8_: l’autre. Fº 235 vº.

P. 76, l. 26 et 27: et monsigneur... poursievir.--_Ms. A 17_: d’ore en avant entendrons à poursuivir le traittié.

P. 77, l. 5: vaghièrent.--_Ms. A 8_: escheirent. Fº 236.

P. 77, l. 9: et.--_Ms. A 8_: lequel.

P. 77, l. 10: damoiselle.--_Ms. A 8_: dame.

P. 77, l. 19: proismeté.--_Mss. A 8, 15_: prouchaineté.--_Ms. A 17_: proximité.

P. 77, l. 20: Campagne.--_Ms. A 8_: Champagne.

P. 77, l. 20 et 21: desplaisi.--_Mss. A_: despleut.

P. 77, l. 24: nulle cose.--_Mss. A_: riens.

§ =500=. En ce temps.--_Ms. d’Amiens_: En ce tamps vint en pourpos et en devotion au roy Jehan de Franche qu’il yroit en Auvignon veoir le pappe et les cardinaux, tout jeuant et esbatant et visetant le ducé de Bourgoingne, qui nouvellement li estoit esceue. Et fist li dis roys faire ses pourveanches, et se parti de Paris environ le Saint Jehan l’an mil trois cens soissante deus, et laissa monseigneur Charlle, son aisnet fil, le ducq de Normendie, regent et gouvrenneur dou royaumme de Franche. Si enmena li dis rois avoecq lui monseigneur Jehan d’Artois, comte [d’Eu[482]], son cousin, et que moult amoit, le comte de Tamkarville, le comte de Dammartin, monsigneur Bouciqau, monsigneur Ernoul d’Audrehen, monseigneur Tristran de Maignelers, le grant prieur de Franche et pluisseurs autres. Et chemina li roys à petittes journées et à grans sejours, de bonne ville en bonne ville, et vint environ le Nostre Damme en Auvignon, où il fu grandement conjoïs et festiiés dou pappe et de tout le collège. Si se tenoit li roys et tous ses hostelx à Villenove dallés Auvignon. Là fu li roys de Franche tout le temps de l’ivier enssuiwant et le quaremme.

[482] _Le manuscrit porte_: «de Deu.» _Mauvaise leçon._

Car le Noël, li pappes Ynocens trespassa. Si furent li cardinal en grant discort de faire un pappe entre yaux et ne l’i peurent trouver ne acorder; car il en y avoit pluisseur de quoy chacuns tiroit à estre papes. Par cel discort fu esleus li abbes de Saint Victor de Marselle, qui estoit moult sains homs et de belle vie, grans clers, et qui moult avoit travilliet pour l’Eglise en Lombardie et ailleurs. Si eut à nom cilz papes Urbains li cinqimes, et regna noblement et puissamment tant qu’il vesqui, et tint l’Eglize en bonne prospérité.

Assés tost apriès se creation, entendi li roys de France que messires Pierres de Luzegnem, rois de Cippre et de Jherusalem, devoit venir en Auvignon. Si dist li roys de France qu’il atenderoit sa venue, car moult grant desir avoit de lui veoir, pour les biens qu’il en avoit oy recorder et le guerre qu’il avoit faite as Sarrazins; car voirement avoit li roys de Cippre pris nouvellement le forte chité de Satalie sus les ennemis de Dieu, et ochis tous ceux et celles qui dedens furent trouvet. Fº 127.

P. 78, l. 8: regent... de France.--_Mss. A 8, 15_: et le fist son lieutenant par tout le royaume de France. Fº 236.

P. 78, l. 10: germain.--_Ms. A 8_: bien prouchain.

P. 78, l. 14: Maignelers.--_Ms. A 8_: Maglers.

P. 78, l. 18: [la feste de Noël]. _Cette bonne leçon est fournie par le ms. A 8_, fº 236, _et par le ms. A 15_, fº 258 vº. _On lit dans les mss. B et les mss. A 1 à 7, 11 à 14, 17 à 19, 23_: la Saint Michiel.

P. 78, l. 22: pape.--_Le ms. A 8 ajoute_: Urbain.

P. 78, l. 26: le.--_Ms. A 8_: ce.

P. 78, l. 32: se misent et arrestèrent.--_Ms. A 8_: se mist et arresta.

P. 79, l. 5: eslisirent.--_Mss. A 8, 15 à 17_: esleurent.

P. 79, l. 7: travilliet.--_Mss. A 7, 15 à 17_: traveillié. Fº 241.--_Ms. A 8_: travaillié.

P. 79, l. 9: vint.--_Les mss. A 7, 8 ajoutent_: en Avignon.

P. 79, l. 15: Lusegnon.--_Ms. A 8_: Lusignen.--_Ms. A 17_: Lunon.

P. 79, l. 16: apassé.--_Mss. A_: passé.

P. 79, l, 23: y.--_Mss. A_: dedens.

§ =501=. En ce mesme.--_Ms. d’Amiens_: En ce meysme tamps et en cel yvier, eult grant parlement en Engleterre sur les ordonnances dou pays et especialment sur les enfants du dit roy englès, car on regarda que li princhez de Ghalles tenoit grant estat et noble; et bien le pooit faire, car il estoit vaillans homs durement, mès il laissoit ce bel et grant hiretaige d’Aquitaine où tous biens et toutte plenté estoit. Se lui fu remoustret et dit que il volsist traire celle part, car il y avoit bien terre en la duché pour tenir si grant estat qu’il vorroit. Ossi li baron et li seigneur dou pays le volloient avoir dallés yaux, et bien appertenoit qu’il y fuist et qu’il en ewist les prouffis, car il avoit rendut graint painne à gaegnier.

Li prinches s’i acorda assés legierement, et fist faire ses pourveanches et ordounna son arroy pour venir en Gascoingne. Encorres fu ordounné en Engleterre que messires Lions, frères secons dou prince, qui s’appelloit et escripsoit comtes de Lunester, de par madamme sa femme, laquelle avoit grant droit au royaumme d’Irlande, fust dus de Clarenche noummés en avant. Adonc fu ossi ordonnés et creés messires Jehans, li tiers des enfans apriès, à estre dus de Lancastre, qui devant s’appelloit comtes de Richemont; car la ditte duché lui estoit esceuwe l’année devant par le mort dou duc Henry de Lancastre, qui fu pères à madamme Blanche, femme au ducq Jehan dessus dit, et ossi à madamme Mehaut, qui fu comtesse de Haynnau et eult à mari le comte Guillaumme, filz à le comtesse Margerite et frères à monsigneur le duc Aubert et à monsigneur le duc Oste.

Et encorres fu adonc proposet entre les sages d’Engleterre et regardé que, se messires Ainmons, quars filz dou roy d’Engleterre, pooit venir ad ce grant marriaige de le fille dou comte de Flandres, qui estoit atendant de très grant hiretaige, ce seroit ungs grans sires et dont li Englès poroient avoir ung grans confors par dechà le mer, s’il leur besongnoit. Mais, quoy qu’il le proposaissent, il n’en traitièrent mies si trestost. Ains regardèrent li roys et ses conssaux couvertement coumment ne par qui il en poroient faire traitier et atraire le conte de Flandres à amour. Si laissièrent ceste cose reposer encorres un petit.

Si entendirent à faire l’obsecque de madamme la royne Ysabiel, mère dou roy englès, qui estoit nouvellement trespassée. Et fu ensevelie as Cordeliers, à Londres, et ses obsèques fais moult honnorablement. Et là furent tout li baron de Franche qui ostagier estoient pour le roy de Franche, avoecques les seigneurs et les prelas d’Engleterre. Fº 127 vº.

P. 79, l. 30: laioit.--_Ms. A 6_: laissoit. Fº 240 vº.--_Ms. A 7_: leuoit. Fº 241 vº.--_Mss. A 8, 15_: avoit. Fº 236 vº.--_Ms. A 17_: aroit. Fº 298 vº.

P. 80, l. 15: le Rocelle.--_Mss. A_: la Rochelle.

P. 80, l. 16: Nous.--_Les mss. A 8, 15 à 17 ajoutent_: nous.

P. 80, l. 20: Lyonniaus.--_Ms. A 7_: Leonniel.--_Mss. A 8, 15 à 17_: Leonnel.

P. 80, l. 22: de Dulnestre.--_Mss. A 8, 15_: de Duluestre.--_Ms. A 17_: de Luestre. Fº 299.

P. 80, l. 32: veve.--_Ms. A 7_: veuve.--_Mss. A 8, 15 à 17_: vesve.

P. 81, l. 12: ains.--_Ms. A 8_: avant. Fº 237.

§ =502=. Sitost que.--_Ms. d’Amiens_: Assés tost apriès, se departi d’Engleterre li prinches de Galles et de son hostel de Berkamestede, à vingt lieuwes de Londres, où il s’estoit tenus tout le temps en grant reviel avoecquez madamme la princhesse sa femme, qu’il avoit par amours prise à espeuse et à compaigne, de se vollenté, sans le sceu dou roy son père, laquelle damme avoit estet fille dou comte Ainmon de Kent, oncle dou roy englès. Et avoit la ditte damme estet mariée en devant à che bon chevalier monsigneur Thummas de Hollande, de qui elle avoit des biaus enfans. Si vint madamme la roynne d’Engleterre, environ le Noël, à Berkamestede prendre congiet à son fil le prinche et à sa fille le princesse, et fu layens avoecq yaux environ cinq jours, puis s’en retourna à Windesore et tint là son Noël. Et tantost après les festes, li princes et li princesse et tous leurs arois vinrent à Hantonne et entrèrent là ens ès vaissiaux appareillés pour yaux. Si nagièrent tant et singlèrent avoecq le conffort dou vent qu’il arivèrent à le bonne ville de le Rocelle, où il furent recheu à grant joie, moult festiiet et bien honneré; et leur dounna on et presenta grans dons et biaux jewiaux.

Si tost que messires Jehans Cambdos, qui grant tamps avoit gouvrenné le duché d’Acquittainne et touttes les terres appertenans et respondans à celle, sceut la venue dou prinche et de la princesse, qu’il estoient avenut et arivet à le Rocelle, il en fu durement joieans et se parti de Niorth, où il se tenoit, et s’en vint à belle compaignie de chevaliers et d’escuiers deviers monseigneur le prinche. Si se conjoïrent et festiièrent grandement, quant il se trouvèrent et encontrèrent. Assés tost apriès, vinrent veoir et conjoïr le prinche li signeur de Poito et de Saintonge qui estoient ou pays, et par especial chilx bons chevaliers messires Guichars d’Angle, qui avoit juret et voet, ou kas que li roys de Franche l’avoit rendu au roy d’Engleterre et quitté de foy et d’oummaige, qu’il seroit ossi loyaux au roy d’Engleterre qu’il avoit estet au roy de France; et bien le moustra depuis voirement, si comme vous orés avant en l’istoire.

Je ne vous puis mies tout dire, ne recorder les festez, les honneurs, les gistes, les sejours, les alers ne les venirs dou prinche, qu’il fist et c’on li fist ossi, à ce donc, quant venu fu en Acquittainne, comme sires et souverains, pour mettre et pour oster senescaux, bailliux et tous offisciiers à se vollenté, car trop y fauroit de parolles; mès ad ce commencement, il y fu durement ammés d’uns et d’autres, et aprist à connoistre les gentilz hommes et le pays. Si s’esbatoit et jewoit avoecq yaux, et petit acroissoit et montoit son estat, et le tint dedens l’année si grant, si noble et si puissant que on se pooit esmervillier où on prendroit ce que on fretioit en son hostel, tant de par lui que de par madamme la princesse. Et fist monseigneur Jehan Cambdos connestable et regart souverain apriès lui de toutte la duché d’Acquittainne, liquelx tenoit ossi grant estat et bien estoffet. Et avoit li princes, pour son hostel et à se delivrance, toudis dou mains vingt huit chevaliers et bien troix tans d’escuiers. D’autre part, la princesse estoit bien acompaignie de dammes et de dammoiselles.

Si venoient veoir le prinche en Angouloime, où il se tenoit le plus, li baron et li chevalier de Gascoingne, li comtes d’Ermignach, li sires de Labreth, li sires de Pummiers, li sires de la Barde, li sires de Courton, li comtes de Pieregorth, li comtes de Cominignez, li viscomtes de Quarmaing, li captaux de Beus, li sirez de Muchident et li autre, dont grant fuison en y avoit qui tout estoient si homme de foi et d’ommaige parmy le tretiet de le pais. Et il les conjoïssoit et requeilloit liement et doucement, et faisoit tant à che coummenchement que tout l’amoient et honnouroient comme leur seigneur, et li disoient que sans royaumme c’estoit li plus grans du monde, et qui plus pooit mettre de bonnes gens d’armes enssamble. Or lairons dou prince et revenrons au roy de Franche. Fºs 127 vº et 128.

P. 81, l. 19: et.--_Mss. A 7, 15 à 17_: de.--_Ms. A 8_: a.

P. 81, l. 23: ilz.--_Mss. A 8, 15_: eulx.

P. 81, l. 24: se.--_Ms. A 17_: le.

P. 81, l. 24: se cognissoient.--_Ms. A 15_: s’entrecognoissoient.

P. 81, l. 26: chevalier.--_Les mss. A 8, 15 ajoutent_: et escuiers.

P. 81, l. 30: dou.--_Ms. A 8_: de.

P. 82, l. 1: tout dis.--_Mss. A 8, 15 à 17_: tousjours.

P. 82, l. 3 et 4: s’acointa.--_Mss. B 3, 4 et mss. A_: s’acquitta.

P. 82, l. 8: fais.--_Le ms. A 8 ajoute_: capitaine. Fº 237.

P. 82, l. 10: Guiçars.--_Ms. A 15_: Guichart. Fº 259 vº.

P. 82, l. 13 et 14: ces seneschaudies.--_Mss. A 8, 15 à 17_: ses seneschaucées, ses seneschaucies.

P. 82, l. 17: aloit.--_Mss. A_: ala.

§ =503=. Environ le Candeler.--_Ms. d’Amiens_: Environ le Candeler, l’an de grasce mil trois cens et soissante deus, vint li roys de Cippre en Auvignon, de laquelle venue li cours fu durement resjoïe, et allèrent pluisseurs cardinaux contre lui et l’amenèrent au palais deviers le pappe Urbain, qui liement et doucement le rechupt. Ossi fist li roys Jehans de Franche, qui là estoit presens. Et quant il eurent là estet une espasse et pris vin et espisses, li doy roy se partirent dou pappe, et se retraist chacuns à son hostel. Che tierme pendant, se fist uns gages de bataille devant le roy de Franche à Villenove, dehors Auvignon, de monsigneur Ainmenion de Pumiers et de monsigneur Fouque d’Archiac. Quant il se furent combatu bien et chevalereusement assés enssamble, li roys de Franche fist tretier de le pès et les acorda. Or se tinrent chil doy roy dessus noummet tout ce quaresme en Auvignon, et visetoient souvent le pappe.

Si avint pluisseurs fois en ces visitations que li roys de Chippre remoustra au pappe, present le roy de Franche et les cardinaux, coumment, pour sainte chrestienneté, che seroit noble cose et digne, qui ouveroit le saint voiaige d’outre mer et qui iroit sour les ennemis de Dieu. Dont sachiés que li roys de Franche y entendoit vollentiers, et en conssienche s’en sentoit chargiés et tenus pour le cause que li roys Phelippes, ses pères, emprist et encharga jadis le crois, et voa à faire le voage, et point ne le fist; car les gherres d’Engleterre li vinrent si sur le main qu’il lui couvint cesser sa devotion. Or à maintenant che proposoit li roys Jehans de Franche pais au roys englez, et li seroit chilx voiaiges bien seans pour acquitter l’ame dou roy son père et pour aidier à sauver le sienne, et ossi pour delivrer la sainte chrestienneté de ces mannierres de gens d’armes qui s’appelloient Compaingnes, qui destruisent, gastent et des robent tout sans droit et sans raison; et, se chilx voiages estoit ouvers, touttes mannierrez de gens le sievroient et yroient.