Chroniques de J. Froissart, tome 06/13

Part 19

Chapter 193,509 wordsPublic domain

Li rois d’Engleterre, qui ne voloit que tout bien et bonne pais nourir entre lui et son frère le roy de France, ensi que juré et prommis l’avoit, descendi à 20 ceste requeste legierement, et li sambla de raison. Et commanda à ses gens que elle fust faite sus le milleur fourme que on poroit, à l’entente et discretion dou roy de France son frère et de son conseil. Adonc de rechief se remisent li plus especial dou 25 conseil des deux rois dessus nommés ensamble, et fu là jettée, escripte et puis grossée, par l’avis de l’un et de l’autre, une commission dont la teneur s’ensieut ensi.

§ 484. «Edouwars, par le grasce de Dieu roy d’Engleterre, 30 signeur d’Irlande et d’Acquitainnes, à tous nos chapitainnes, gardes de villes et de chastiaus, [48] adherens et alliiés estans ès parties de France, tant en Pikardie, en Bourgongne, en Ango, en Berri, en Normendie, en Bretagne, en Auvergne, en Campagne, en [Mainne[399]] et en Tourainne et en toutes les 5 mètes et limitations dou demainne et de le tenure de France, salut. Comme paix et acord soient fait entre nous, nos alliiés, aidans et adherens, d’une part, et nostre très chier frère le roy de France, ses alliiés et adherens, d’autre part, sus tous les debas 10 et descors que nous avons eu dou temps passet ou porions avoir ensamble, et aions juré sus le corps Jhesu Cris la ditte pais, et ossi nostre très chier fil et ainsné et aultres enfans, et cil de nostre sanch avoec pluiseurs prelas, barons, chevaliers et des plus notables 15 de nostre royaume; et ossi ont juré nostre dit frère et nostre dit neveu le duch de Normendie et nos aultres neveus ses enfans et pluiseur de leur sanch avoech pluiseurs prelas, barons, chevaliers dou dit royaume de France; comme ensi soit ou aviegne 20 que aucun guerrieur de nostre royaume et de nos subgès se poront efforcier de faire ou d’entreprendre aucune cose contre la ditte pais, en prenant ou detenant forterèces, villes, cités ou chastiaus, ou faisant pillage ou prenant gens ou arrestant leurs corps, 25 leurs biens ou marchandises, ou aultres coses faisant contre la ditte pais, de quoi il nous desplairoit très grandement et ne le porions nullement ne vorrions passer sus l’ombre de dissimulation en aucune manière, nous volons obviier de tout nostre pooir ès 30 coses dessus dittes. Si volons, desirons et ordonnons [49] par deliberation de notre conseil, de certainne sieute, que, se nulz de nos subgès, de quelconques estat ne condition qu’il soit, face ou efforce de faire contre le pais, en faisant pillages, prenant ou detenant forterèces, 5 personne ou biens quelconques dou royaume de France ou aultres de nostre dit frère, de ses subgès, alliiés et adherens ou aultres quelconques facent contre la ditte pais, et il n’est delaissié, cessé et deporté de ce faire et rendre les damages que fais ara 10 dedens un mois apriès ce que il ara esté sur ce requis par aucuns de nos officiiers, sergans, persones publiques, [que[400]] par tel fait seulement et sans aultres procès, condempnation ou declaration il soient dès lors tous reputés pour banis de nostre royaume et 15 de tout nostre pooir et ossi dou royaume et terre de nostre dit frère, et tous leurs biens confisqués et obligiés à nous et à nostre demainne. Et se il pooient estre trouvé en nostre royaulme, nous commandons et volons expressement que punitions en soit faite 20 comme de traittes et rebelles à nous, par le manière qu’il est acoustumé à faire en crime de l’estat majestal, sans faire sur ce grace, remission, souffrance ne pardon. Et samblablement le volons faire de nos subgès, de quelconque estat qu’il soient, qui en 25 nostre royaume deçà et delà la mer prenderont, occuperont et detenront forterèces quelconques contre le volenté à ceulz de qui elles seront, ou qui bouteront feus, ranceneront villes ou personnes, en facent pillages ou roberies, ou feront ou esmouveront [50] guerre en nostre pooir et sous nos subgès. Si mandons, commandons et enjoindons destroitement et expressement à tous nos seneschaus, baillieus, prevos, chastellains ou aultres nos officiiers, sur quanque 5 il se poeent fourfaire envers nous, et sus painne de perdre leurs offisses, qu’il publient et facent publiier ces presentes par tous les lieus notables de leurs senescaudies, baillietés, prevostés et chastelleries, et que nulz, ce mandement oy et veu, ne demeure 10 en forterèce qu’il tiegne ou dit royaume de France hors de l’ordenance et dou trettiet de le pais, sus à estre ennemis à nous et à nostre dit frère le roy de France, et toutes les coses dessus dittes gardent et facent garder enterinement et acomplir 15 de point en point. Et sacent tout que, se il en sont negligent ou defallant, avoech le painne dessus ditte, nous leur ferons rendre les damages à tous ceulz qui par leur deffaute ou negligense aront esté grevés ou damagiés. Et avoech ce les en punirons par tel manière 20 qu’il sera exemples à tous aultres. En tesmoing desquèles coses, nous avons fait faire cestes nos lettres patentes, données à Calais le vingtquatrime jour dou mois d’octembre, l’an de grasce Nostre Signeur mil trois cens et soissante.»

[399] Ms. B 3, fº 244.--Mss. B 1 et B 4: «Humainne.»

[400] Tous les manuscrits de Froissart et même le texte original du protocole (_Arch. Nat._, J638, nº 16bis) portent: «qui», que nous n’en considérons pas moins comme une mauvaise leçon.

25 § 485. Apriès toutes ces coses faites et devisées et ces lettres et commissions baillies et delivrées, et si bien tout ordonné par l’avis adonc de l’un et de l’autre que les parties se tenoient pour content, voirs est qu’il fu parlé de monsigneur Charle de Blois et de 30 monsigneur Jehan de Montfort sus l’estat de Bretagne, car cescuns reclamoit avoir grant droit à l’iretage [51] de Bretagne. Et quoique là en fust parlementé et regardé comment on poroit couchier les coses et yaus apaisier, riens n’en fu diffiniement fait; car, si com je fui depuis enfourmés, li rois d’Engleterre et 5 li sien n’i avoient mies trop grant affection. Car il presumoient le temps à venir, pour ce que il couvenoit toutes manières de gens d’armes de leur costé partir et vuidier des garnisons et forterèces qu’il tenoient à present et avoient tenu ou royaume de 10 France, et retraire quel part que fust; et mieulz valoit et plus pourfitable estoit que cil guerrieur et pilleur se retraisissent en la ducé de Bretagne, qui est uns des cras pays dou monde et bons pour tenir gens d’armes, que donc qu’il revenissent en Engleterre, 15 car leur pays en poroit estre perdus et robés.

Ceste imagination fist assés briefment passer les Englès le parlement et l’article de Bretagne, dont ce fu pechiés et mal fait que on n’en esploita aultrement; car, se li doy roy volsissent bien acertes par l’avis 20 de leurs consaulz, pais euist là esté entre les parties dessus dittes, et se fust cescuns tenus à ce que on li euist donné et departi, et si euist messires Charles de Blois reus ses enfans qui gisoient prisonnier en Engleterre, et si euist plus longement vescu qu’il ne 25 fist. Et pour ce qu’il n’en fu riens fait, onques les guerres ne furent si grandes en la ducé de Bretagne, en devant l’ordenance de la pais des deux rois dont nous parlons maintenant, que elles ont estet depuis, si com vous orés avant en l’ystore et par les signeurs, 30 barons et chevaliers dou pays de Bretagne qui ont soustenu l’une opinion et l’autre: siques li dus Henris de Lancastre, qui fil vaillans sires, sages et [52] imaginatis, et qui trop durement amoit le conte de Montfort et son avancement, dist au roy Jehan de France, present le roy d’Engleterre et le plus grant partie de leurs consaulz: «Sire, encores ont les 5 triewes de Bretagne, qui furent prises et données devant Rennes, à durer jusques au premier jour de may qui vient. Là en dedens envoiera li rois nos sires, par le regard de son conseil, gens de par lui et de par son fil le jone duch monsigneur Jehan de 10 Montfort, en France devers vous, et cil aront pooir et auctorité d’entendre et de prendre tel droit que li dis messires Jehans poet avoir de le succession son signeur de [père] à la ducé de Bretagne, et que vous et vos consaulz et li nostres mis ensamble en ordonneront. 15 Et pour plus grant seurté, c’est bon que les triewes soient ralongies jusques à le Saint Jehan Baptiste ensievant.» Ensi fu il fait comme li dessus dis dus de Lancastre le parlementa, et puis parlèrent li signeur d’aultre cose.

20 § 486. Li rois Jehans de France, qui avoit grant desir de retourner en son royaume, et c’estoit raisons, moustroit au roy d’Engleterre de bon corage tous les signes d’amour qu’il pooit et ossi à son neveu le prince de Galles, et li rois d’Engleterre otant bien 25 à lui. Et par plus grant conjonction d’amour, li doi roy, quoique il s’appelassent par l’ordenance de le pais frère, donnèrent à quatre chevaliers, cescuns de son costé, le somme de huit mil frans françois de revenue par an, c’est à entendre cescun deux mil. 30 Et pour ce que la terre de Saint Salveur le Visconte en Constentin, qui venoit au roy d’Engleterre dou [53] costé monsigneur Godefroy de Harcourt, par don et par vendage que li dis messires Godefrois en avoit fait au dit roy d’Engleterre, si com il est contenu ci dessus en ce livre, et que la ditte terre estoit hors 5 de l’ordenance dou trettié de le pais, et couvenoit que, quiconques tenist la terre, qu’il en fust homs de fief et d’ommage au roy de France, et pour celi cause li rois d’Engleterre l’avoit donné et reservé à monsigneur Jehan Chandos, qui pluiseurs biaus services li 10 avoit fais et à ses enfans. De quoi li rois de France, par grant deliberation de corage et d’amour, le conferma et seela, à le priière dou roy d’Engleterre, au dit monsigneur Jehan Chandos, à tenir et possesser ensi comme son bon hyretage. Si es ce une moult 15 belle terre et rendable, car elle vault bien une fois l’an seize mil frans. Encores avoech toutes ces coses furent pluiseurs aultres lettres faites et alliances, desquèlez je ne puis mies dou tout faire mention; car quinze jours ou environ que li doy roy et leur enfant 20 et leurs consaulz furent en le ville de Calais, tous les jours y avoit parlemens et nouvelles ordenances, en reconfermant et alloiant le paix. Et d’abundant renouvelloient lettres, sans brisier ne corrompre les premières, et les faisoient toutes sus une datte pour 25 estre mieulz seures et plus approuvées, desquèles je euch depuis le copie par les registres de le cancelerie de l’un roy et l’autre.

§ 487. Quant toutes ces coses furent si bien devisées et ordonnées que nulz n’i savoit ne pooit par raison 30 riens amender ne corrigier, et que on ne cuidoit mies, par les grandes alliances et obligations où li doy [54] roy et leur enfant estoient loiiet et avoient juret, que ceste pais se deuist brisier, mais si fist, si com vous orés avant ens ou livre, et que tout cil qui devoient estre ostagiier pour le redemption dou roy de France 5 furent venu à Calais, et que li rois d’Engleterre leur eut juré à tenir et garder paisieulement en son royaume, et que li sis cens mil florin furent paiiet as deputés le roy d’Engleterre, li dis rois d’Engleterre donna au roy de France en son chastiel de Calais un 10 moult grant souper et bien ordonné. Et servirent si enfant et li dus de Lancastre et li plus grant baron d’Engleterre à nus chiés. Apriès ce souper, prisent finablement li doy roy congiet li un à l’autre moult amiablement, et retourna li rois de France à son hostel.

15 A l’endemain, qu’il fu la vigile Saint Symon et Saint Jude, se parti li rois de France de Calais, et tout cil de son costet qui partir se devoient. Et se mist li rois de France tout à piet en istance que pour venir en pelerinage à Nostre Dame de Boulongne, et li princes 20 de Galles et si doi frère en se compagnie, monsigneur Leonniel et monsigneur Aymon. Et ensi vinrent il tout de piet et devant disner jusques à Boulongne, où il furent receu à grant joie. Et là estoit li dus de Normendie, qui les attendoit. Si vinrent li dessus dit 25 signeur tout à piet en l’eglise Nostre Dame de Boulongne, et fisent leurs offrandes moult deuement, et puis tournèrent en l’abbeye de laiens, qui estoit appareillie pour le roy recevoir et les enfans dou roy d’Engleterre. Si furent là ce jour et la nuit ensievant 30 dalés le roy en grant revel; et l’endemain bien matin il retournèrent à Calais devers le roy leur père, qui les attendoit. Si repassèrent tout cil signeur [55] ensamble le mer et li ostagiier de France: ce fu la vigile de Toussains l’an mil trois cens et soissante.

§ 488. Or est raisons que je vous nomme tous les nobles dou royaume de France qui entrèrent en Engleterre 5 pour le roy de France: premierement monsigneur Phelippe duc d’Orliiens jadis filz dou roy Phelippe de France, en apriès ses deux neveus, le duch d’Ango et le duch de Berri, et puis le duch de Bourbon, le conte d’Alençon, monsigneur Jehan 10 d’Estampes, Gui de Blois pour le conte Loeis de Blois son frère, le conte de Saint Pol, le conte de Harcourt, le conte daufin d’Auvergne, monsigneur Engherant signeur de Couci, monsigneur Jehan de Lini, le conte de Porsiien, le conte de Brainne, le 15 signeur de Montmorensi, le signeur de Roie, le signeur de Praiiaus, le signeur d’Estouteville, le signeur de Clères, le signeur de Saint Venant, le signeur de la Tour d’Auvergne, le signeur d’Englure, le signeur de Trainiel, le signeur de Maulevrier, 20 le signeur de Bouberk et le signeur d’Andresel et encores des aultres que je ne puis ou sai tous nommer. Ossi de la bonne cité de Paris, de Thoulouse, de Roem, de Rains, de Bourges en Berri, de Tours en Touraine, de Lyons sus le Rosne, de 25 Sens en Bourgongne, d’Orliiens, de Troies, de Chaalons en Champagne, d’Amiens, de Biauvais, d’Arras, de Tournay, de Kem en Normendie, de Saint Omer, de Lille et de Douay, de çascune deux ou quatre bourgois. Si passèrent finablement tout le mer et 30 s’en vinrent amanagier en le bonne cité de Londres. Là les recarga li rois d’Engleterre au maieur de Londres [56] et à ses officiiers, et leur commanda et enjoindi, sur quanqu’il se pooient meffaire envers lui, que il fuissent à ces signeurs et à ces gens courtois, et les fesissent yaus et leurs gens tenir en pais, car il estoient 5 en se garde. Li commandemens dou roy fu tenus et bien gardés en toutes manières. Et aloient cil hostagier jeuer sans peril et sans rihote aval le cité de Londres et environ. Et li signeur aloient cachier et voler à leur volenté et yaus esbatre et deduire 10 sus le pays et veoir les dames et les signeurs ensi comme il leur plaisoit; ne onques ne furent constraint, mais trouvèrent le roy d’Engleterre moult amiable et moult courtois. Or parlerons un petit dou roy de France qui estoit venus à Boulongne.

15 § 489. Li rois de France ne sejourna gaires à Boulongne sus mer, mès s’en parti tantost apriès le fieste de le Toussains, et vint à Moustruel et puis à Hedin, et fist tant que il entra en le bonne cité d’Amiens, et partout estoit il receus grandement et noblement. 20 Quant il eut esté à Amiens, où il se tint priès jusques au Noel, il s’en parti et vint à Paris. Là fu il solennelment et reveramment receus, et à grans pourcessions de tout le clergié de Paris amenés et aconvoiiés jusques au palais là où il descendi, et messires Phelippes 25 ses filz ossi, et tout li signeur qui avoecques le roy estoient. Et là fu li disners grans et nobles et bien estoffés. Je ne vous aroie jamais devisé com poissamment li rois de France fu recueilliés, à ce retour en son royaume, de toutes manières de gens, 30 car il y estoit moult desirés. Se li donna on des biaus dons et fist on des riches presens, et le vinrent veoir [57] et viseter li prelat et li baron de son royaume, et le festioient et conjoissoient ensi comme il apertenoit, et li rois les recevoit doucement et bellement, car moult bien le savoit faire.

5 § 490. Assés tost apriès ce que li rois Jehans fu retournés en France, passèrent le mer li commis et establi de par le roy d’Engleterre pour prendre le possession de[s] terres, des pays, des contés, des seneschaudies, des cités, des villes, des chastiaus et des 10 forterèces qui li devoient estre baillies et delivrées par le trettiet de le pais. Si ne fu mies si tost fait, car pluiseurs signeurs en le Langue d’och ne veurent mies de premiers obeir ne yaus rendre au roy d’Engleterre, quoique li rois de France les quittast de foy 15 et d’ommage, et leur venoit à trop grant contraire et diversité ce que estre englès les couvenoit, et especialment ens ès lontainnes marces, le conte de Pieregorch, le conte de Comminges, le visconte de Chastielbon, le visconte de Quarmain, le signeur de 20 Taride, le signeur de Pincornet et pluiseur aultre. Et s’esmervilloient trop dou ressort dont li rois de France les quittoit. Et disoient li aucun que il n’apertenoit mies à lui à quitter et que par droit il ne le pooit faire, car il estoient en le Gascongne trop anciiennement 25 chartret et privilegiiet dou grant Charlemainne, qui fu rois de France et d’Alemagne et emperères de Romme, que nuls rois de France ne pooit mettre le ressort en aultre court qu’en le sienne, et pour ce ne veurent mies cil signeur de premiers legierement 30 obeir. Mais li rois de France, qui voloit tenir et à son pooir acomplir ce qu’il avoit juret et [58] seelet, y envoia monsigneur Jakemon de Bourbon, son chier cousin, liquelz apaisa le plus grant partie de ces signeurs. Et devinrent homme cil qui devenir le devoient au roy d’Engleterre, li contes d’Ermignach, 5 li sires de Labreth et moult d’aultres qui à le priière dou roy de France et de monsigneur Jakemon de Bourbon obeirent, com envis que ce fust.

A l’autre costé, ossi sus le marine, en Poito et en Rocellois et tout en Saintonge, vint il à trop grant 10 desplaisir as barons, as chevaliers et as bonnes villes dou pays, quant il les couvint estre englès. Et par especial cil de le ville de le Rocelle ne s’i voloient acorder et s’escusèrent par trop de fois, et detriièrent plus d’un an que onques il ne veurent laissier entrer 15 Englès en leur ville. Et se poroit on esmervillier des douces, amiables et piteuses parolles qu’il escrisoient et rescrisoient au roy de France, en suppliant pour Dieu que il ne les volsist mies quitter de leurs fois ne eslongier de son demainne ne mettre en mains 20 estragnes, et que il avoient plus chier à estre tailliet tous les ans de le moitiet de leur chavance que donc que il fuissent ens ès mains des Englès. Sachiés que li rois de France, qui veoit leur bonne volenté et loyauté et ooit leurs escusances moult souvent, avoit 25 grant pité d’yaus; mais il leur mandoit et rescrisoit affectueusement et songneusement que il les couvenoit obeir: aultrement la pais seroit enfrainte et brisie, par lequel coupe ce seroit trop grant prejudisse au royaume de France. Siques quant cil de le Rocelle 30 veirent le destroit, et que escusances ne moustrances ne priières que il fesissent ne valloient riens, il obeirent, mès ce fu à trop grant dur. Et disent bien [59] li plus notable de le ville de le Rocelle: «Nous aourrous les Englès des lèvres, mais li coers ne s’en mouvera ja.»

Ensi eut li rois d’Engleterre le saisine et possession 5 de la ducé d’Aquitainnes, de la conté de Pontieu et de Ghines et de toutes les terres que il devoit avoir par deçà la mer, c’est à entendre ou royaume de France, qui li estoient données et acordées par l’ordenance dou trettié. Et proprement en ceste anée passa messires 10 Jehans Chandos, comme regens et lieutenans de par le roy d’Engleterre, et vint prendre le possession de toutes les terres dessus dittes, les fois et les hommages des contes, des viscontes, des barons et des chevaliers, des cités, des villes et des forterèces, et 15 mist et institua partout seneschaus, baillieus, officiiers à sen ordenance, et vint demorer à Niorth. Si tenoit li dis mesires Jehans Chandos grant estat et noble, et bien avoit de quoi, quant li rois d’Engleterre qui moult l’amoit le voloit, et certes il en estoit 20 bien merites, car il fu doulz chevaliers, courtois et amiables, larges, preus; sages et loyaus en tous estas et qui vaillamment se savoit estre et avoir entre tous signeurs et toutes dames, onques chevaliers de son temps mieus de li.