Chroniques de J. Froissart, tome 06/13
Part 13
[323] Basses-Pyrénées, arr. Mauléon. Don Pèdre s’engageait, d’un autre côté, à céder au prince d’Aquitaine une partie de la Biscaye, particulièrement les ports de mer et le château d’Ordiales; il se reconnaissait en outre le débiteur du prince pour une somme de 550 000 florins d’or au coin de Florence. Cette somme et 56 000 florins, avancés par le prince et payés au roi de Navarre, devaient être remboursés dans le délai d’un an. Les jeunes infantes, filles de Marie de Padilla, ainsi que les femmes et les enfants des seigneurs castillans émigrés, demeureraient en otage à Bordeaux jusqu’au payement intégral de cette dette. Rymer, III, 802, 703. Ayala, p. 433.
[324] Vers le milieu de 1366, don Henri de Trastamare avait dépêché ce Mathieu de Gournay à Lisbonne pour obtenir du roi de Portugal qu’il demeurât neutre dans la lutte qui allait s’ouvrir. Vicomte de Santarem, _Quadro de relações politicas_, III, 26, d’après Mérimée, p. 439.
[325] Il y a tout lieu de croire, malgré l’assertion de Froissart, que du Guesclin ne se rendit pas de sa personne auprès du roi de France à la fin de 1366.
A la nouvelle de l’expédition projetée par le prince d’Aquitaine et de Galles pour rétablir don Pèdre sur le trône de Castille, Pierre, roi d’Aragon, fait alliance avec don Henri de Trastamare[326], et interdit aux Compagnies anglo-gasconnes, qui veulent quitter l’Espagne pour rejoindre la bannière du prince, le passage à travers l’Aragon et la Catalogne. Ces Compagnies sont enrôlées définitivement au service du prince d’Aquitaine par Jean Chandos envoyé en mission dans le pays basque auprès de leurs chefs; et à la prière de ce chevalier, Gaston Phœbus, comte de Foix, consent à laisser passer les routiers et leurs bandes sur son territoire. P. 213 à 216, 369, 370.
[326] Le 10 octobre 1363, don Henri de Trastamare s’était obligé par le traité de Benifar, de livrer à Pierre IV, roi d’Aragon, le royaume de Murcie et en outre dix villes importantes des deux Castilles, Requena, Moya, Otiel, Canyet, Cuenca, Molina, Medina Celi, Almazan, Soria, Agreda. Sommé vers le milieu de 1366 de mettre ce traité à exécution (_Arch. génér. d’Aragon_, reg. 1293 _Secretorum_, p. 127), le rival de don Pèdre, pour s’assurer l’alliance de Pierre IV dans la lutte qui allait s’ouvrir, avait consenti à céder au roi d’Aragon le royaume de Murcie.
Par le conseil de Jean Chandos et de Thomas de Felton, le prince de Galles, non content d’avoir fait fondre les deux tiers de son argenterie, sollicite et obtient d’Édouard III cent mille francs[327] pour subvenir aux frais de l’expédition projetée. P. 216 à 218, 371, 372.
[327] La somme que le roi d’Angleterre mit à la disposition de son fils fut prélevée sur une des échéances de la rançon du roi Jean. Le 1er mars 1366, Édouard III, confirmant un acte en date du 13 décembre 1363, assigna à son fils aîné Édouard, prince de Galles, 60 000 écus d’or à prendre sur le premier payement du second million dû par le roi de France, _ou qui premièrement se doit faire du second million_ (Rymer, III, 787). Par acte daté d’Ax (Ax-sur-Ariége, Ariége, arr. Foix), le 29 janvier 1367 (n. st.), Édouard, prince d’Aquitaine et de Galles, donna procuration à Jean des Roches, sénéchal de Bigorre, pour recevoir en son lieu et place 30 000 francs sur la rançon du roi Jean (_Arch. Nat._, J642, nº 2{7}).
Le sire d’Albret s’engage à servir le prince d’Aquitaine et de Galles à la tête de mille lances. Apprenant que les gens des Compagnies, au nombre de trois mille, après avoir franchi les Pyrénées, doivent passer entre Toulouse et Montauban, Gui d’Azay, sénéchal de Toulouse, les sénéchaux de Carcassonne[328], de Nîmes[329] et le [vicomte[330]] de Narbonne marchent à la poursuite de ces pillards[331] à la tête de cinq cents lances et de quatre mille bidaus. P. 218 à 220, 372 à 374.
[328] C’est Arnaud d’Espagne qui était alors sénéchal de Carcassonne.
[329] Le sénéchal de Beaucaire et de Nîmes s’appelait Gui de Prohins.
[330] Aimeri de Lara, vicomte de Narbonne, à qui Froissart donne par erreur le titre de comte, amiral de France du 28 octobre 1369 à février 1373, mourut en 1382 et fut enterré à l’abbaye de Fontfroide, au diocèse de Narbonne (auj. château de la commune de Narbonne). Anselme, _Histoire généal._, VII, 759, 760.
[331] Olivier de Mauny, avant d’aller prendre possession de son poste de capitaine de Borja pour Bertrand du Guesclin, s’était mis à la poursuite des Compagnies anglo-gasconnes, et était accouru au secours de Louis, duc d’Anjou, frère du roi de France et son lieutenant en Languedoc, dont ces bandes avaient envahi le gouvernement. Le 13 août 1366, Olivier, à la tête de ses Bretons renforcés des gens d’armes du duc d’Anjou et des arbalétriers de la commune de Toulouse, attaqua l’une de ces bandes retranchée derrière les palissades de Montech (Tarn-et-Garonne, arr. Castelsarrasin, à 12 kil. S. O. de Montauban), la mit en déroute, lui tua cent hommes, fit quatre-vingt prisonniers et captura cinq cents chevaux «Item en aquel an meteys (1366), a XIII d’aost, los gens d’armas de mossenhor Olivier de Mauni et de la comuna de Tholoza, aneron armatz combattre una companha d’Angles que era en los barris de Montuoch, en Tolzan, e los desconfiron si que n’i ac entorn LXXX pres e C mortz et entorn Vc cavalguaduras prezas: els autres fugiron.» _Thalamus parvus_, p. 372.
Traquée par les Français, une des bandes anglo-gasconnes se réfugie dans Montauban; et Jean Trivet, capitaine anglais de cette forteresse, dans une entrevue qu’il a avec Gui d’Azay et le vicomte de Narbonne, refuse de livrer des gens d’armes qui viennent rallier la bannière du prince son maître[332]. P. 220 à 223, 374 à 376.
[332] Charles V s’étant plaint au roi d’Angleterre, précisément à l’occasion de l’affaire de Montauban, de ce que les Compagnies s’autorisaient du prince d’Aquitaine pour faire guerre au royaume de France, Édouard III adressa à son fils aîné une lettre assez sévère où on lit ce qui suit: «Et les dites gentz d’armes et Compaignies, requis paravant (le combat livré devant Montauban) par les gentz de nostre dit frère (le roi de France) par quoi et par qui et en quel noun il venoient faire guerre en la terre de nostre dit frère, respondirent que c’estoit de par vous et pur vous et en vostre noun, et que de ce il avoient voz lettres et mandement: lesquelles choses seroient, se il est ainsi, contre la paix et alliances, à grant deshonour et esclaundre de nous et de nostre estat, et aussi de vous et de noz filz, prelatz et autres gentz de nostre roialme, et nous desplairoit très durement, ne ne pourriens en nulle manère ces choses par dissimulacion passer, sans y mettre remède.» Rymer, III, 808.
Une bataille se livre sous les murs de Montauban entre les Français et les gens des Compagnies commandés par Robert Ceni[333] et Bertucat d’Albret[334]. Les Français sont bien trois contre un; mais Jean Trivet et les soudoyers de la garnison viennent à la rescousse des routiers, et les habitants de la ville eux-mêmes font pleuvoir sur les Français une grêle de pierres[335]. En outre, le bour de Breteuil, Naudon de Bageran amènent aux Anglo-gascons pendant l’action un renfort de quatre cents combattants de troupes fraîches[336]. Les Français sont mis en pleine déroute. Gui d’Azay, les vicomtes de Narbonne et d’Uzès, le seigneur de Montmorillon, les sénéchaux de Carcassonne, de Beaucaire et plus de cent chevaliers sont faits prisonniers. Cet engagement a lieu devant de Montauban la veille de la mi-août 1366. P. 223 à 226, 376 à 379.
[333] En 1368, ce Robert Ceni ou Cheni fut fait prisonnier dans l’abbaye fortifiée d’Olivet (auj. lieu-dit de la commune de Saint-Julien-sur-Cher, Loir-et-Cher, arr. de Romorantin, c. Menetou-sur-Cher, sur la rive gauche du Cher), par Louis de Sancerre, Gui le Baveux et le gouverneur de Blois. Robert Cheni eut la tête tranchée ainsi que tous les routiers placés sous ses ordres. _Bibl. Nat._, ms. fr. nº 4987, fº 87 vº.
[334] La lettre du roi d’Angleterre, dont nous venons de citer un fragment, mentionne en outre parmi les chefs de ces bandes Rocamadour, le bour Camus, Garciot du Castel et un routier nommé Frère Darrère, que dom Vaissete appelle Fierderrière. _Hist. du Languedoc_, IV, 332.
[335] Le combat n’eut pas lieu au pied des remparts de Montauban, comme le raconte Froissart, mais à la Villedieu (Tarn-et-Garonne, arr. Castelsarrasin, c. Montech), à 12 kil. à l’ouest de Montauban. «Et l’endemain (14 août 1366), ledit seneschal (de Toulouse) et ses gentz chevauchèrent après les dites gentz d’armes et compaignes _jusqes près d’une ville appelée la Ville Dieu, près de Montauban, en la terre et obeissance de nostre dit frère_, et illoec s’arrestèrent les dites gentz d’armes et Compaignes et se mistrent en arroy de combattre...» Rymer, III, 808, col. 1.
[336] La défaite fut amenée par la défection d’une bande de routiers à la solde du duc d’Anjou qui, après avoir promis de rester simples spectateurs du combat, prirent parti pour les Anglo-gascons, aussitôt que l’action fut engagée et chargèrent en queue les Français. «Deux centz combattantz anglais, qui avoient au commencement esté avecques les gentz de nostre dit frère (le roi de France) et s’estoient retraitz, parceq’il disoient qu’il ne se combatroient point encontre les ditz gentz d’armes et Compaignes, parceq’il estoient de leur alliance et serement, et q’il venoient de vostre principauté (c’est Édouard III qui écrit au prince d’Aquitaine), corurent par darrère sur les gentz de nostre dit frère, et adonc furent les gentz de nostre dit frère desconfiz et pris et mors une partie.» Rymer, III, 808, col. 2.--L’auteur de la chronique romane de Montpellier dit, de son côté, que Gui d’Azay, sénéchal de Toulouse, Arnaud d’Espagne, sénéchal de Carcassonne, le bour de Béarn, les vicomtes de Narbonne et de Caraman et beaucoup d’autres vaillants hommes «y foron nafratz et apreyzonatz per la tracion de IIc homes d’armas angles loscals anavon am los Frances; els Frances, cofizan se d’els, los avian meses en l’arieregarda, e quant venc al combatre, els feriron sus los Frances.» _Thalamus parvus_, p. 372.
Bertucat d’Albret, Robert Ceni, Jean Trivet, Robert d’Aubeterre[337], le bour de Breteuil et Naudon de Bageran se partagent le butin. Les prisonniers s’engagent à payer rançon à Bordeaux dans un délai convenu et sont mis en liberté à cette condition; mais le pape Urbain V leur défend sous peine d’excommunication de verser les sommes promises et déclare nuls tous engagements pris envers les gens des Compagnies[338]. Ceux-ci adressent des réclamations à Jean Chandos, connétable d’Aquitaine, qui élude leurs plaintes pour ne pas froisser le Saint-Père. P. 226 à 228, 379, 380.
[337] Ce Robert d’Aubeterre appartenait sans doute à la même famille que Guardia Raymond, sire d’Aubeterre, qui avait été comme nous l’avons dit plus haut, le principal condottière des Compagnies anglo-gasconnes emmenées en Espagne par Bertrand du Guesclin, à moins que Froissart n’ait fait confusion et n’ait voulu désigner le sire d’Aubeterre lui-même. Il est certain que celui-ci alla rejoindre le prince de Galles sous les ordres duquel il combattit à Najera: «Toutes les debtes d’Aubeterre furent confisquéez, car le sire estoit juré messire Bertran et se tourna contre lui. _Oultre, il fu depuis ou royaulme de France avec les Compaignes._» _Arch. Nat._, sect. jud., X1a 1475, fº 176.
[338] Urbain V, l’un des papes les plus grands et les plus saints qui aient régi la chrétienté, combattait alors les Compagnies sans trêve ni merci et lançait contre elles à coups redoublés les foudres apostoliques. Par une bulle datée d’Avignon le 2 mai 1366 et adressée à l’archevêque de Toulouse, il venait d’excommunier et de frapper des plus terribles anathèmes les bandes de pillards cantonnées en France et spécialement dans le Languedoc (_Arch. Nat._, L312, nº 9). S’il fallait en croire le duc d’Anjou dans les instructions qu’il remit en 1376 à ses ambassadeurs auprès de don Henri, roi de Castille, l’affaire de la Villedieu aurait coûté plus de trois millions au royaume de France.
L’effectif des Compagnies anglo-gasconnes s’élève à douze mille soudoyers: le prince de Galles les prend à ses gages depuis la fin d’août 1366 jusqu’à l’entrée de février 1367. D’un autre côté, don Henri de Trastamare retient à son service les soudoyers français et surtout les bandes bretonnes dont les principaux chefs sont, après Bertrand du Guesclin, Silvestre Budes[339], Alain de Saint-Pol, Guillaume du Bruel et Alain de Lakouet[340].--Sur ces entrefaites, Jean, duc de Lancastre[341], vient amener au prince de Galles son frère un renfort de quatre cents hommes d’armes et de quatre cents archers. Le roi de Majorque, dépouillé de ses états par le roi d’Aragon, se rend aussi, vers la même époque, à la cour de Bordeaux où il expose ses griefs, et on lui donne l’assurance qu’au retour de l’expédition d’Espagne on l’aidera à recouvrer son royaume[342]. Le prince d’Aquitaine reçoit continuellement des plaintes au sujet des désordres de tout genre commis par les gens des Compagnies qu’il a enrôlés à son service; mais il attend la délivrance de la princesse sa femme, qui est sur le point d’accoucher, et on lui conseille de laisser passer la fête de Noël avant de s’engager dans les défilés de Roncevaux[343]. Le 7 décembre, il écrit au sire d’Albret de lui amener deux cents lances, au lieu de mille, comme il avait été convenu d’abord. Le sire d’Albret se fâche et répond qu’il renonce à servir le prince, car il ne saurait trier ces deux cents lances parmi les mille qu’il avait retenues pour faire partie de l’expédition. Le prince d’Aquitaine est outré de dépit d’une telle réponse et se montre bien résolu à ne pas laisser cette insolence impunie; toutefois, le comte d’Armagnac accourt à Bordeaux et réussit à obtenir la grâce du sire d’Albret, son neveu[344], grâce à l’entremise de Jean Chandos et de Thomas de Felton. Cet incident n’en doit pas moins être considéré comme le point de départ de la brouille entre le prince de Galles et le sire d’Albret[345]. P. 228 à 234, 380 à 382.
[339] Silvestre Budes, fils de Guillaume Budes et de Jeanne du Guesclin, seigneur d’Uzel (auj. Uzel-près-l’Oust, Côtes-du-Nord, arr. Loudéac), était le cousin de Bertrand du Guesclin dont, s’il faut en croire d’Argentré, il porta la bannière à la bataille de Najera. Il était frère de Geffroi Budes dont nous avons eu déjà l’occasion de parler.
[340] Cet Alain de Lakonet ou de Lakouet était sans doute le frère de Yon ou Yvon de Lacouet, «chevalier de Bretaigne», dont Olivier de Mauny se porta garant vis-à-vis du roi de France le 26 avril 1368. _Arch. Nat._, J621, nº 72.
[341] Par acte daté de Westminster le 20 octobre 1366, Édouard III mande à deux de ses sergents d’armer dans les ports de Plymouth, de Dartmouth, de Weymouth et de Fowey, vingt navires destinés à transporter en Aquitaine Jean, duc de Lancastre, avec des hommes d’armes et des archers (Rymer, III, 810). Le départ d’Angleterre de Jean de Gand dut avoir lieu peu après le 2 novembre, jour où le roi son père lui accorda un sauf-conduit (_Ibid._, 812). Cf. p. LXXVIII, note 278.
[342] Jayme II, roi de Majorque, père de Jayme dont il est question dans ce passage de Froissart, avait été détrôné par Pierre IV, roi d’Aragon, dit le Cérémonieux, qui avait réuni le royaume de Majorque à l’Aragon par un acte solennel du 29 mars 1344. Dans une campagne entreprise pour reconquérir ses États, Jayme II fut blessé grièvement et mourut des suites de ses blessures le 25 octobre 1349. Pour subvenir aux frais de cette dernière et malheureuse tentative, il avait vendu au roi de France, le 18 avril 1349, pour 120 000 écus d’or, tout ce qui lui restait de son royaume, c’est-à-dire les seigneuries de Montpellier et de Lattes (Hérault, arr. et c. Montpellier). Sa veuve Yolande, qui continuait de s’intituler reine de Majorque, se remaria à Othon, duc de Brunswick, et celui-ci autorisa sa femme, le 20 novembre 1353, à traiter avec le roi de France au sujet de 1000 livres de rente viagère qu’elle réclamait du dit roi pour son douaire (_Arch. Nat._, J598, nº 21). Jayme, fils de Jayme II, qui prit part à l’expédition du prince de Galles en Espagne, était le troisième mari de Jeanne I de Naples, petite-fille de Robert, roi de Naples, qu’il avait épousée le 14 décembre 1362. Jeanne avait succédé comme reine de Naples à Robert son aïeul mort le 19 janvier 1343.
[343] Pour se rendre de Guyenne en Castille, il n’y avait au quatorzième siècle qu’une seule route où une armée pût s’engager avec de la cavalerie; c’était celle qui, passant par Saint-Jean-Pied-de-Port, longe la fameuse vallée de Roncevaux, et qui, après avoir franchi la cime des Pyrénées par un col élevé, suit le cours de l’Arga pour venir déboucher sur Pampelune.
[344] Mathe d’Armagnac, seconde femme de Bernard Ezy et mère d’Arnaud Amanieu, sire d’Albret, vicomte de Tartas, fille de Bernard VI, comte d’Armagnac et de sa première femme Isabelle d’Albret, était l’aînée des deux sœurs de Jean I, comte d’Armagnac. Par conséquent, Arnaud Amanieu, sire d’Albret, qui figure dans ce récit, était bien, comme le dit Froissart, le neveu du comte d’Armagnac. Anselme, _Hist. généal._, III, 415, VI, 209.
[345] Le mécontentement du sire d’Albret avait une cause moins chevaleresque que celle qui est indiquée ici par le secrétaire de la reine d’Angleterre, alors l’un des hôtes et des historiographes de la cour de Bordeaux. Arnaud Amanieu avait été gratifié d’une rente annuelle de 1000 livres sterling, équivalant à 6000 francs d’or, sur la cassette d’Édouard III, mais cette rente était si mal payée, qu’à la fin de 1368, on devait au titulaire dix ans d’arrérages, soit 60 000 francs. Le 4 mai 1368, Charles V maria Marguerite de Bourbon, l’une des sœurs cadettes de sa femme, au sire d’Albret et, le 19 novembre suivant, il s’engagea à verser entre les mains de son nouveau beau-frère les 60 000 francs d’arrérages dus par le roi d’Angleterre, et en outre à lui servir la rente annuelle de 6000 francs promise, mais non payée, par Édouard III: c’est en reconnaissance de ces deux actes si profondément politiques qu’Arnaud Amanieu se décida, vers la fin de cette année, à porter appel devant le Parlement de Paris de ses démêlés avec le prince d’Aquitaine, en d’autres termes, à fournir au roi de France, qui était prêt, un prétexte pour se faire attaquer et pour poursuivre, sous les apparences d’une guerre défensive, la revanche de Poitiers et de Brétigny. _Arch. Nat._, JJ99, nº 345.
[1] CHRONIQUES DE J. FROISSART.
LIVRE PREMIER.
§ 474. Li intention dou roy Edowart d’Engleterre estoit tèle que il enteroit en ce bon pays de Biausse et se trairoit tout bellement sus celle belle, douce et bonne rivière de Loire, et se venroit tout cel esté 5 jusques apriès aoust rafreschir en Bretagne. Et tantost sus les vendenges, qui estoient moult belles apparans, il retourroit en France et venroit de rechief mettre le siège devant Paris, car point ne voloit retourner en Engleterre, pour ce qu’il en avoit au 10 partir parlé si avant, si aroit eu se intention dou dit royaume, et lairoit ses gens par ses forterèces, qui guerre faisoient pour lui, en France, en Brie, en Campagne, en Pikardie, en Pontieu, en Vismeu, en Vexin et en Normendie, guerriier et heriier le royaume de 15 France, et si taner et fouler les cités et les bonnes villes que de leur volenté il s’acorderoient à lui.
Adonc estoient en Paris li dus de Normendie et si [2] doy frère, et li dus d’Orliiens, leurs oncles, et tous li plus grans consaulz de France, qui imaginoient bien le voiage dou roy d’Engleterre, et comment il et ses gens fouloient et apovrissoient le royaume de France, 5 et que ce ne se pooit longement tenir ne souffrir, car les rentes des signeurs et des eglises se perdoient generaument partout. Adonc estoit canceliers de France uns moult sages et vaillans homs messires Guillaumes de Montagut, evesques de Tieruane, par 10 qui conseil on ouvroit en partie en France, et bien le valoit, en tous estas, car ses consaulz estoit bons et loyaus. Avoecques lui estoient encores doi clerc de grant prudense, dont li uns estoit abbes de Clugni, et li autres mestres des Frères Preeceurs, et le appelloit 15 on frère Symon de Lengres, mestres en divinité. Cil doi clerch darrainnement nommet, à le priière, [requeste[346]] et ordenance dou duc de Normendie et de ses frères et dou duch d’Orliiens, leur oncle, et de tout le grant conseil de France entirement, se partirent 20 de Paris sus certains articles de pais, et messires Hughes de Genève, signeur d’Antun, en leur compagnie, et s’en vinrent devers le roy d’Engleterre qui cheminoit en Biausse par devers Gaillardon. Si parlèrent cil doi prelat et li chevaliers au dit roy 25 d’Engleterre, et commencièrent à trettier pais entre lui et ses alliiés et le royaume de France et ses alliiés, asquelz trettiés li dus de Lancastre et li princes de Galles, li contes de le Marce et pluiseur hault baron [d’Engleterre[347]] furent appellé.
[346] Ms. A 7, fº 224 vº.--Mss. B 1, t. II, fº 146, B 3 et 4 (lacune).
[347] Ms. B 4, fº 221.--Ms. B 1, t. II (lacune).