Chroniques de J. Froissart, tome 03/13

Part 2

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[22] Froissart se trompe dans la rédaction de Rome (p. 245) en rapportant ces faits à Clément V, tandis qu’ils eurent lieu sous le pontificat de Clément VI qui succéda à Benoît XII en 1342.

[23] Édouard III se défiait beaucoup de la partialité des messagers du pape pour les Français, car il écrivait à son fils le 5 décembre: «Chiere filtz, sachez que le tierce jour que nous fusmes herbergés au dite siège, viendrent à nous un abbé et un clerc de par les cardinalx ovesque lour lettres pour nous requère de eaux envoier sauve conduyt pour venir devers nous; et nous disoient que, s’ils eussent conduyt, ils puissent estre devers nous entour les huit jours après. Et feissons nostre conseil respondre as ditz messagiers et deliverer à eux noz lettres de conduyt pour mesmes les cardinalx pour venir à la ville de Maltrait, à trente leages de nous, qu’estoit nadgairs renduz à nous et à nostre pees; _qar nostre entent n’est pas qu’ils deivount pluis priés aproscher nostre ost que la dite ville de Malatrait pour plusours causes_... mais qe, coment que les cardinalx veignent issint devers nous, nous ne pensoms mye delaier un jour de nostre purpos, _qar nous poioms bien penser des delaiez qe nous avons eu, einz ces heures, par tretis de eaux et des aultres_....» (_Hist. Ed. III_, par Robert d’Avesbury, p. 100 et 101.)

[24] C’est la célèbre trêve de Malestroit, ainsi nommée parce qu’elle fut conclue le 19 janvier 1343 dans le prieuré de Sainte-Madeleine de Malestroit, de l’ordre de Saint Benoît, au diocèse de Vannes.

CHAPITRE LIII.

1343. EXÉCUTION D’OLIVIER DE CLISSON SUIVIE DE CELLE D’UN CERTAIN NOMBRE DE CHEVALIERS BRETONS.--1344. EXÉCUTION DES SEIGNEURS NORMANDS COMPLICES DE GODEFROI DE HARCOURT.--ÉDOUARD III FAIT DÉFIER LE ROI DE FRANCE[25] (§§ 202 à 204).

[25] Cf. Jean le Bel, _Chroniques_, chap. LXII à LXIV, p. 18 à 28.

Olivier de Clisson, accusé de haute trahison, subit à Paris le dernier supplice[26]; environ dix chevaliers ou écuyers de Bretagne sont mis à mort quelque temps après l’exécution d’Olivier de Clisson, comme complices de ce dernier[27]. Enfin, plusieurs seigneurs de Normandie, accusés eux aussi de haute[28] trahison, Guillaume Bacon[29], le sire de la Roche Tesson[30], Richard de Percy[31], ont plus tard le même sort que les chevaliers bretons. P. 29 à 36, 239 à 250.

[26] Olivier de Clisson fut exécuté par jugement du roi, c’est-à-dire sans jugement régulier, le 2 août 1343. Voici le procès-verbal, jusqu’à présent inédit, de son exécution: «L’an de grace mil trois cens quarante trois, le semadi secont jour d’aoust, messires Oliviers, sires de Cliçon, chevaliers, prisonniers en Chastellet de Paris, pour plusieurs traisons et autres crimes perpetrez par lui contre le roy et la coronne de France et aliances qu’il avoit faites au roy d’Angleterre anemi du roy et du royaume de France, si comme li diz messires Oliviers le cognut et confessa, fu par jugement du roy donné à Orliens traynez du Chastellet de Paris ès Hales en Champiaus, et là ot sur un eschafaut la teste coppée. Et puis d’ileuc fu le corps trayné au gibet de Paris et là pendu au plus haut estage. Et la teste fu envoïe à Nantes en Bretaigne pour estre mise en une hante seur la porte de Sauvetout comme de traistre et cuida trahir la dite cité de Nantes à perpetuel memoire.» (Arch. nat., sect. jud., X2a 4, fº 186.)--Par acte du 22 août 1343, Philippe de Valois donne à son chambellan Thibaud, sire de Mateflon, les biens confisqués «dans la baillie de Caen, pour la forfaiture de Olivier, jadis seigneur de Clichon, qui pour ses meffaiz a esté mis à mort, notamment le manoir de Tuyt seant à l’un des bous de la forest de Cingueleis... les minières de fer de Biaumont qui pevent valoir cent livres tournois.» (Arch. nat., JJ75, p. 141, fº 72.)--En juin 1344, Jean, sire de Derval, reçoit 500 livrées de terre sur ce qui avait appartenu à feu Olivier de Clisson aux terres et appartenances de Goulaine et de l’Épine (Loire-Inférieure, ar. Nantes) JJ75, p. 185, fº 70.--Enfin, en août de la même année, il est fait don à Pierre Benoît, évêque de Léon, de 25 livres de rente annuelle en terre que possédait feu Olivier de Clisson dans la paroisse de Guémené (Loire-Inférieure, ar. Savenay) JJ75, p. 90.

[27] Ces chevaliers furent exécutés le samedi 29 novembre 1343. Le parlement instruisait leur procès, lorsqu’il reçut, le lundi 24 novembre, des lettres closes du roi conçues en ces termes: «De par le roy. Les gens de nostre parlement, Nous envoions à Paris nostre amé et feal chevalier Jehan Richer, mestre des requestes de nostre hostel, et nostre prevost de Paris, pour aucunnes besoignes touchans les prisonniers de Bretaigne. Si vous mandons que sour ce les creez de ce que il vous en diront de par nous. Donné à Poissi, le vingt troisième jour de novembre.» (Arch, nat., sect. jud., X2a 4, fº 208 vº.) Ce billet était un arrêt de mort. Voici le procès-verbal de l’exécution des chevaliers bretons. «L’an de grace mil trois cens quarante trois, le samedi vingt neuvième jour de novembre, veille de feste Saint Andriu apostre, messires Geufroi de Malatrait l’ainzné, messires Geufroi de Malatrait le jeune, messires Guillaume de Briex, messires Alain de Kedillac, messires Jehans de Montauban, messires Denis du Plaissié, chevaliers, Jehan Malart, Jehan des Briez, Raoulet des Briex, Jehan de Sevedain, escuiers, touz traistres et qui s’estoient armé de la partie du roy d’Angleterre et des anemis du roy de France et du royaume, et pour homicides, roberies, feux boutez et autres excès, crimes de majesté roial bleciée, si comme il le confessèrent, et plusieur confessèrent que il avoient fait aliance au roy d’Angleterre de le servir comme roy de France,--furent par jugement et par mandement du roy envoié au prevost de Paris par lettres seellées du seel de son secré, trayné du Chastellet de Paris duques en Champiaus ès hales, et là leur furent les testes copées sour un eschafaut. Et puis furent les corps trainez au gibet de Paris, et là furent penduz. A ceste exeqution faire furent present, du mandement le roy, li sires d’Offemont, li sires de Til, messires Pierre de Cuignières, messires Jehan du Chastellier, messires Jehan Richer, messire Jehan Haniere, messires Fauviau de Wadencourt, messires J. de Traversi et plusieurs autres.

«Copie de la lettre du roy envoïe seur ce [au] prevost de Paris. Philippe, par la grace de Dieu roy de France, au prevost de Paris ou à son lieutenant, salut. Nous te mandons et commettons que les chevaliers et escuiers qui ont esté amenez de Bretaigne, et lesquels furent hyer en nostre parlement et depuis envoiez en nostre Chastellet de Paris, tu au jour d’uy fai justisier, c’est assavoir trainer du dit Chastellet duques ès dittes hales, et ès dittes hales leur fay copper les testes, et puis les fay pendre au gibet de Paris, car nous comme traistres les condempnons à morir de la mort dessus dite. Et garde que en ce n’ait defaut, si cher comme tu doubtes à nous courrecier, et nous mandons à tous que en ce faisent te obeissent. Donné à Saint Germain en Laye, le vingt neuvième jour de novembre, l’an mil trois cens quarante trois. Saingué: par le roy, Lorriz.» (_Ibid._, fº 186 vº.)

[28] Ces chevaliers étaient accusés d’avoir voulu faire Godefroi de Harcourt duc de Normandie; condamnés le 31 mars 1344, ils furent exécutés le 3 avril suivant. M. Léopold Delisle a publié le procès-verbal de l’exécution. (_Histoire du château et des sires de Saint-Sauveur-le-Vicomte, Pièces justificatives_, p. 99.)

[29] Le 14 août 1344, donation est faite à Guillaume du Merle, chevalier, seigneur de _Messy_ (Messei, Orne, ar. Domfront) du manoir de _Cloé_ (aujourd’hui Clouay, château, Manche, ar. Saint-Lo, c. Saint-Clair, comm. Saint-Jean de Savigny) confisqué sur Guillaume Bacon, naguère supplicié pour crime de lèse-majesté. (Arch, nat., JJ82, p. 55.)

[30] Jean, sire de la Roche Tesson. La seigneurie de la Roche Tesson était située dans la paroisse de la Colombe (Manche, ar. Saint-Lo, c. Tessy). Les ruines du château sont encore marquées sur la carte de Cassini, au confluent de la Roche et de la Sienne.

[31] Le 14 août 1344, donation est faite à Robert de Dreux de 500 livres assises sur le manoir de Juaye (aujourd’hui Juaye-Mondaye, Calvados, ar. Bayeux, con Balleroy) et autres bien confisqués par la forfaiture «.... des autres chevaliers de Normandie qui furent naguère justiciez avec Richart du Persy, et en la terre d’Anneville confisquée sur le feu sire de la Roche Taisson mis à mort avec Richart du Percy.» (Arch, nat., JJ81, p. 251.)

Édouard III fait reconstruire le château de Windsor[32], où l’on bâtit une chapelle de saint Georges, et fonde l’Ordre de la Jarretière[33]. Irrité de l’exécution d’Olivier de Clisson et des autres chevaliers bretons et normands, il met en liberté Hervé de Léon son prisonnier et le charge d’aller de sa part défier le roi de France. P. 36 à 41, 250 à 257.

[32] Par acte daté de Westminster le 26 février 1344, Édouard III donne commission à son maître charpentier William de Horle de faire choix dans toute l’Angleterre d’un certain nombre de charpentiers qui doivent coopérer sous ses ordres aux constructions de Windsor. Rymer, _Fœdera_, vol. III, p. 6.

[33] Froissart, dit Dacier, confond mal à propos l’institution de l’Ordre de la Jarretière avec celle de la fête de la Table Ronde, qui eut lieu cette année, suivant Walsingham et la plupart des historiens anglais. Il est possible que cet établissement ait fourni à Édouard III l’idée du second et en ait été l’origine; mais les mêmes historiens, dont l’autorité en ce point doit l’emporter sur celle de Froissart, s’accordent généralement à reculer la date de l’institution de l’Ordre de la Jarretière à l’année 1349, quelques-uns même à l’année suivante. (V. _Hist. of the Garter_, by Hel. Ashmole.) Ce ne fut que le 6 août 1348 qu’Édouard III fît reconstruire à Windsor cette magnifique chapelle de saint Georges qui subsiste encore, en y instituant un collége de vingt-trois chanoines et de vingt-quatre chevaliers; et les statuts de l’Ordre de la Jarretière portent la date de 1349.

CHAPITRE LIV.

1345. PREMIÈRE CAMPAGNE DU COMTE DE DERBY EN GUIENNE[34]. (§§ 205 à 223).

[34] Cf. Jean le Bel, _Chroniques_, t. II, chap. LXVI et LXVII, p. 36 à 39.

Édouard III rompt la trêve de Malestroit; il envoie le comte de Derby en Gascogne[35], Thomas d’Agworth[36] en Bretagne contre les Français, le comte de Salisbury en Irlande contre les Irlandais. Parti de Southampton avec des forces considérables, le comte de Derby débarque à Bayonne, puis se rend à Bordeaux dont les habitants l’accueillent avec enthousiasme. Pendant ce temps, le comte de l’Isle, qui se tient à Bergerac à la tête des forces françaises, se dispose à disputer aux Anglais le passage de la [Dordogne].--Derby, en quittant Bordeaux[37] pour marcher contre Bergerac, s’arrête un jour et une nuit à une petite forteresse qu’on appelle Montcuq[38]; et le lendemain de cette halte, ses coureurs s’avancent jusqu’aux barrières de Bergerac, qui n’est qu’à une lieue de Montcuq. Le matin de ce même jour, Gautier de Mauny, dînant à la table du comte de Derby, propose de livrer immédiatement l’assaut pour boire à souper des vins des seigneurs de France. A la suite d’un premier assaut, les Anglais emportent le premier pont ainsi que les barrières et se rendent maîtres des faubourgs de Bergerac. Un second assaut dirigé contre les remparts reste infructueux. Ce que voyant, Derby fait venir de Bordeaux un certain nombre de navires avec lesquels il attaque Bergerac par eau; il réussit à rompre sur une grande étendue les palissades qui défendent la ville de ce côté. Le comte de l’Isle, voyant que la place n’est plus tenable, fait déloger la garnison et se sauve en toute hâte à la Réole. Les habitants de Bergerac s’empressent de se rendre au comte de Derby et lui font féauté et hommage au nom du roi d’Angleterre[39].--Derby, après s’être rafraîchi deux jours à Bergerac, quitte cette ville pour aller attaquer Périgueux; chemin faisant, il soumet _Langon_[40] dont la garnison se retire sur Monsac[41], _le Lac_ (les Lèches[42]), Maduran[43], Lamonzie[44], Pinac[45], Lalinde[46], _Forsach_ (Laforce[47]), la _Tour de Prudaire_[48], Beaumont[49], Montagrier[50], Lisle[51], chef-lieu de la seigneurie du comte de ce nom, Bonneval[52]. Après des tentatives infructueuses contre Périgueux[53] et Pellegrue[54], Derby s’empare du château d’Auberoche[55] dont les habitants se rendent sans coup férir[56] ainsi que de la ville de Libourne[57] et rentre à Bordeaux. P. 41 à 62, 237 à 282.

[35] Jean le Bel rapporte, à tort, la campagne de Henri de Lancastre, comte de Derby, en Guienne et en Gascogne, à l’année 1344: «... et fut l’an de grace mil CCCXLIV, à l’entrée d’yver.» (V. t. II, p. 43.) Froissart a reproduit l’erreur chronologique commise par le chroniqueur qu’il reconnaît lui avoir servi de guide pour toute la partie de ses chroniques antérieure à 1350. Il est certain, comme Dacier l’avait parfaitement établi dès la fin du dernier siècle (V. _Chroniques de Froissart_, p. 233, note 1), que la campagne de Henri de Lancastre, comte de Derby, n’eut lieu qu’en 1345. Par lettres datées de Westminster le 14 avril 1345, Édouard III nomme Guillaume de Bohon, comte de Northampton, son lieutenant dans le royaume de France et le duché de Bretagne et le charge de défier Philippe de Valois (Rymer, _Fœdera_, vol. III, p. 36 et 37). Le 10 mai suivant, le comte de Derby est nommé capitaine et lieutenant du roi d’Angleterre dans le duché d’Aquitaine et ses dépendances (_Ibid._, p. 37); et le 20 mai, il reçoit des lettres de protection pour lui et les compagnons d’armes qui doivent faire partie de l’expédition (_Ibid._, p. 39). Le 26 mai, le roi d’Angleterre adresse des lettres au pape pour lui signifier la rupture de la trêve et la déclaration de guerre à la France; le 11 juin, il somme tous les hommes d’armes et archers de rejoindre le comte de Derby à Southampton; enfin, le 15 du même mois, il ordonne des prières publiques par tout son royaume (_Ibid._, p. 41, 44, 45).

[36] Le 17 mai 1345, des lettres de protection pour passer en Bretagne furent en effet delivrées à Thomas d’Agworth (Rymer, vol. III, p. 38); mais il servait sous les ordres de Guillaume de Bohon, comte de Northampton, nommé capitaine et lieutenant du roi en Bretagne, par lettres du 24 avril 1345 (_Ibid._, p. 37).

[37] Tout le reste de ce chapitre appartient en propre à Froissart ou du moins n’est pas emprunté à Jean le Bel.

[38] Aujourd’hui hameau de la commune de Saint-Laurent-des-Vignes, Dordogne, arr. et c. Bergerac. Montcuq avait une garnison anglaise le 15 août 1345. A cette date, Henri de Montigny, sénéchal de Perigord et de Querci, en faisait le siége. Une quittance délivrée par ce chevalier à Bernard Ramundi, baile royal, est datée «... in castris ante Montem Cucum sub sigillo nostro, XVº die augusti, Mº CCCº XLº quinto.» (Bibl. nat., Dép. des Mss., Cabinet des Titres, Orig., au mot _Montigny_.) Cette charte a été publiée par M. Bertrandy dans son _Étude sur les Chroniques de Froissart_, p. 32, note 1. Bordeaux, A. de Lanefranque, 1870, in-8. Nous tenons à dire ici bien haut que, pour toute cette campagne de Derby, nous avons souvent fait usage de l’utile travail de M. Bertrandy, composé en grande partie, l’auteur ne nous saura pas mauvais gré de l’ajouter, d’après les précieux documents recueillis par M. Lacabane.

[39] D’après une chronique manuscrite placée en tête des _Coutumes de Bordeaux, de Bergerac et du Bazadais_ et signalée par dom Vaissète, la prise de Bergerac eut lieu le 24 août 1345: «L’an mil CCCXLV, fo pres Bragueyrac, en Peyregort, per lo conte Darvi, _lo jorn de sent Bertomyu_. (Bibl. nat., dép. des mss., fonds français, nº 5361, fº 1 rº.) D’après la rédaction de Rome (p. 268), un certain nombre d’habitants de Bergerac aimèrent mieux quitter leur ville que de se soumettre aux Anglais. Cette dernière version, plus vraisemblable que celle des deux rédactions antérieures, est confirmée par un acte d’accord entre le comte de Derby et les frères d’Albret, seigneurs de Vayres (Gironde, ar. et c. Libourne), acte daté de Bergerac le 11 septembre 1345, par lequel Derby laisse notamment auxdits frères la faculté de rappeler les gens de Bergerac «.... potestatem reappellandi et convocandi gentes Bregeraci de redeundo ad villam predictam, perdonandi, graciam faciendi...» (Arch. dép. des Basses-Pyrénées, orig. parch.) Cet acte a été signalé et publié par M. Bertrandy, _Études_, etc., p. 36 à 38, note 1.

[40] Il existe un Langon (Gironde, ar. Bazas), mais il est à une trop grande distance de l’itinéraire suivi par Derby. _Lanquais_ (Dordogne, ar. Bergerac, c. Lalinde), proposé par M. Ribadieu (_Les Campagnes du comte Derby_, p. 24, Paris, 1865, in-12), s’adapte bien comme situation, sinon comme nom, au récit de Froissart.

[41] Dordogne, ar. Bergerac, c. Beaumont, à peu de distance de Lanquais.

[42] Dordogne, ar. Bergerac, c. Laforce. La localité appelée aujourd’hui les Lèches est désignée au moyen âge par les formes _las Lechas_, de _Lerches, de las Lescas_ (_Noms anciens de lieux du département de la Dordogne, par M. le vicomte de Gourgues_, p. 122). Ces formes donnent une certaine vraisemblance à l’identification du Lac de Froissart avec les Lèches proposée par M. Bertrandy (_Études_, etc., p. 71).

[43] Aujourd’hui hameau de Saint-Pierre-d’Eyraud, Dordogne, ar. Bergerac, c. Laforce.

[44] Aujourd’hui Lamonzie-Montastruc, Dordogne, ar. et c. Bergerac.

[45] A Paunat proposé par M. Ribadieu, M. Bertrandy préfère avec raison (_Études_, p. 46) Pinac, aujourd’hui disparu, mais qui existait au moyen âge avec une église, _ecclesia de Pinac_, et faisait partie de l’archi-prêtré de St-Marcel (Dordogne, ar. Bergerac, c. Lalinde), au diocèse de Périgueux.

[46] Dordogne, ar. Bergerac. Le château de Lalinde, avec la haute et basse justice et le revenu appelé vulgairement _le petit commun de Clarenxs_, fut donné par Derby à Thomas Coq en récompense de ses services. (Bertrandy, _Études_ etc., p. 44, note 2.)

[47] Dordogne, ar. Bergerac. Laforce se rapproche assez mal, comme forme, du _Forsach_ de Froissart, mais il se rapporte bien, comme situation, au récit du chroniqueur. Ce qui est certain, c’est que Laforce était au pouvoir des Anglais avant le mois de septembre 1345. Par acte daté de Bergerac le 2 septembre 1345, Derby confirme la cession de la haute et basse justice dans les paroisses de Laforce et de Lunas, en la châtellenie de Bergerac, dont il avait antérieurement récompensé les services d’Hélie Prévôt, damoiseau de Laforce (Bibl. nat., dép. des mss. Périgord, vol. 52, fº 59). V. Bertrandy, _Études_ etc., p. 33, note 1.

[48] Cette fortification, qui fut probablement ruinée de bonne heure, n’est point marquée sur la carte de Cassini ni sur les plus anciennes cartes du Périgord.

[49] Aujourd’hui Beaumont-du-Périgord, Dordogne, ar. Bergerac.

[50] Dordogne, ar. Ribérac.

[51] Dordogne, ar. Périgueux, c. Brantôme.

[52] Aujourd’hui hameau de la commune de Fossemagne, Dordogne, ar. Périgueux, c. Thenon.

[53] Il y eut un complot pour livrer Périgueux aux Anglais entre le 24 juin et le 6 août 1345 (Bibl. nat., mss. Lespine, Périgord, vol. 49, fº 112 _bis_). V. Bertrandy, _Études_ etc., p. 49, 50, note 1 et p. 51.

[54] Gironde, ar. la Réole. Pellegrue fut pris par les Anglais, ainsi que l’affirme Robert d’Avesbury (_Hist. Ed. III_, p. 122) et ainsi qu’il résulte d’une charte d’Édouard III datée de Westminster le 12 août 1348. V. Bertrandy, _Études_ etc., p. 64, note 3 et p. 65. Froissart lui-même, dans la rédaction de Rome (p. 279) a corrigé l’erreur qu’il avait commise à ce sujet dans les deux rédactions antérieures (p. 60 et 278).

[55] Aujourd’hui hameau de la commune le Change, Dordogne, ar. Périgueux, c. Savignac-les-Églises.

[56] Dans l’acte de la vente du château d’Auberoche faite en novembre 1346: au cardinal Talleyrand de Périgord, il est dit que ce château fut livré aux Anglais par trahison: «... _proditorie_ et aliter indebite et injuste occupatum et _captum_...» Arch. nat., JJ76, p. 396, fₒₛ 241 et 242. C’est sans doute cette vente d’Auberoche à un cardinal, anticipée et dénaturée par Froissart, qui fait dire à notre chroniqueur dans la rédaction de Rome (p. 279 et 280) que la ville d’Auberoche appartenait à un haut dignitaire ecclésiastique qui «se tenoit en Avignon dalés le pape.»

[57] Derby n’eut pas à s’emparer de Libourne, car cette ville ne cessa d’être au pouvoir des Anglais pendant les années 1345 à 1348. Froissart ici encore, en ne mentionnant pas cette prise imaginaire de Libourne, a corrigé dans la rédaction de Rome (p. 280) une erreur qui lui avait échappé dans les rédactions antérieures (p. 61 et 279). Il aurait dû ne pas s’arrêter en si bon chemin et supprimer aussi la rentrée non moins imaginaire de Derby à Bordeaux.

Le comte de l’Isle, informé du retour de Derby à Bordeaux, met le siége devant Auberoche et fait venir de Toulouse quatre machines de guerre pour abattre les remparts du château. Les assiégés d’Auberoche chargent un de leurs valets de porter à Derby une dépêche qui l’informe de la détresse où ils se trouvent. Ce valet est arrêté par les assiégeants qui, après avoir pris connaissance de la dépêche dont il est porteur, le placent dans la fronde d’une de leurs machines de guerre et le lancent avec son message pendu au cou[58]. A la nouvelle du danger que court la garnison d’Auberoche, Derby quitte en toute hâte Bordeaux[59], rallie sur sa route les gens d’armes anglais, tant ceux qui se tiennent à Libourne sous Richard de Stafford que ceux qui occupent Bergerac sous le comte de Pembroke, et vient livrer bataille[60] aux Français à quelque distance d’Auberoche. Défaite des Français: les comtes de l’Isle[61], de Valentinois[62], de Périgord[63] et de Comminges[64], les vicomtes de Villemur[65] et de Caraman[66], les sénéchaux de Rouergue, du Querci[67] et de Toulouse[68], les seigneurs de la Barde et de Taride[69], les deux frères Philippe et Renaud de Dion sont faits prisonniers; Roger[70], oncle du comte de Périgord, le sire de Duras, Aymar de Poitiers[71], les vicomtes de _Murendon_[72], de Bruniquel, de Tallard et de Lautrec[73] sont tués.--Mécontentement du comte de Pembroke qui n’arrive à Auberoche qu’après la bataille.--Derby laisse à Auberoche une garnison sous les ordres d’un chevalier gascon nommé Alexandre de Caumont et retourne à Bordeaux. P. 62 à 73, 292 à 295.