Celle qui pleure (Notre Dame de la Salette)

Part 6

Chapter 63,733 wordsPublic domain

Le célèbre avocat de la Salette, Amédée Nicolas, raconte ce fait dont il fut témoin sur la Montagne, en août 1871: «Un savant professeur de théologie et son ami, curé dans une grande ville, étaient venus à la Salette, avec une douzaine d’objections préparées et étudiées d’avance, pour les proposer à Maximin, lorsqu’il quitterait son échoppe, pour venir, sur la demande des pèlerins (qui le préféraient aux missionnaires), faire le récit du Miracle. Lorsque Maximin eut achevé, le professeur proposa la première objection. Maximin se borna à dire: «Passez à la seconde.» De même pour les seconde, troisième et quatrième. A la cinquième, il répondit en quelques mots. Cette réponse fit aussitôt crouler les cinq objections et cet écroulement entraîna celui des sept autres. Voyant cela, ce professeur et ce curé nous dirent à nous-mêmes, car nous étions à côté d’eux: «Ce jeune homme est toujours dans sa mission; il est assisté par la Sainte Vierge, aujourd’hui comme aux premiers jours; c’est évident pour nous. Aucun théologien, fût-il le plus savant du monde, n’aurait pu faire un pareil tour de force. Tout cela est certainement surhumain. Il nous a mieux prouvé le Miracle qu’il n’eût été possible de le faire par les plus fortes démonstrations.»[37]

[37] _Défense et explication du Secret de Mélanie_. Nîmes, 1881.

La vie de Maximin a été des plus accidentées. Après avoir passé quelques années dans un séminaire, il fut soldat, puis étudiant en médecine. Mais il échoua partout et se vit réduit à servir des ouvriers pour vivre, gagner sa vie.

Se trouvant à Paris dans le plus grand dénûment, il engagea un de ses vêtements au Mont-de-Piété. Un jour, à bout de ressources, et n’ayant plus rien à manger, il entre à Saint-Sulpice et va s’agenouiller devant l’autel de la Sainte Vierge. «J’ai bien faim, dit-il, ma bonne Mère, vous allez donc me laisser mourir de faim? Et pourtant, tout ce que vous m’avez commandé, je l’ai fait. J’ai fait passer à tout votre peuple les graves et solennels avertissements que vous êtes venue apporter. Encore quelque peu et je vais tomber d’inanition. Si vous ne voulez pas me tirer de la misère où je suis, alors je vais m’adresser à votre époux saint Joseph qui, lui, aura bien pitié de moi!»

Affaibli par un jeûne prolongé, il ne tarde pas à s’assoupir. Un homme qu’il ne connaissait pas le réveille, l’invite à le suivre chez un restaurateur et lui fait servir un copieux repas. Quand il est rassasié, l’inconnu paye le maître d’hôtel et dit à Maximin d’aller au Mont-de-Piété retirer l’habit qu’il y a engagé. Il ajoute qu’il trouvera dans la poche de cet habit un billet qui le mettra à l’abri de la misère. Aussitôt il disparaît. Maximin n’a jamais su qui était cet homme. Comment cet inconnu savait-il qu’il avait engagé son habit au Mont-de-Piété? Comment savait-il qu’il y avait dans la poche de cet habit un billet assurant l’avenir de Maximin? Ce dernier, ne pouvant expliquer naturellement une chose aussi extraordinaire, a toujours cru que cet étranger était saint Joseph.

Docilement, Maximin se rend au Mont-de-Piété et trouve, en effet, dans la poche de son habit, un _testament_ qu’une personne charitable avait fait en sa faveur. Par ce testament on lui offrait de le recevoir dans une famille et on lui laissait quinze mille francs pour subvenir à ses besoins. Comment ce testament se trouvait-il dans la poche de l’habit de Maximin! Il ne le sut jamais. Mais quelle était la valeur de cet écrit? Maximin le montra à un notaire qui le trouva en bonne forme et fit les diligences nécessaires. On lui versa donc quinze mille francs avec lesquels il entreprit un commerce de bestiaux où il se ruina[38]. Sa mission exigeait qu’il vécût et mourût dans l’indigence. Combien d’autres histoires du même genre!

[38] _Mélanie, Bergère de la Salette, et le cardinal Perraud_. Paris, Chamuel, 1898.

J’entends d’ici le chœur immense des voix sacristines: «La _sainteté_ de Mélanie et de Maximin, et leur état de _prophètes_! Mais, monsieur, cela renverse toutes nos idées! On ne nous fera pas croire que tant de bons chrétiens, tant de vénérables pasteurs, depuis tant d’années, n’en aient rien su et qu’une légende contraire ait pu s’établir! Cette supposition est déraisonnable.» Cela me remet en mémoire la belle réponse du commis-voyageur à qui on parlait du Palais des Papes à Avignon: «Quelle bonne blague! S’il y avait eu des papes à Avignon, _ça se saurait_!» Eh! sans doute. Ça se sait même un peu, mais c’est une règle sans exception que, pour savoir, il faut s’instruire avec la candeur d’un enfant et l’humble bonne volonté de ces autres _pasteurs_ à qui les anges de Noël promirent autrefois «la paix sur la terre». «_Invenietis _infantes_, pannis _involutos_ et _positos_ in præsepio._»[39]

[39] Je demande pardon pour la liberté que j’ai l’air de prendre avec le texte de saint Luc, mais il m’est impossible de ne pas me souvenir de Noël, quand je pense aux deux sublimes enfants pauvres sur leur Montagne.

L’ignorance, coupable ou non, du plus grand fait de l’histoire moderne et de sa conséquence immédiate, à savoir l’éminente sainteté des deux Témoins, n’empêchera pas ceux-ci de continuer leur mission du fond de leurs tombes que l’Église, un jour, nommera peut-être miraculeuses. _Defuncti adhuc loquuntur._ Cette ignorance, monstrueuse dans tous les cas, n’empêchera pas non plus l’espérance de quelques âmes, ni les centaines de millions de bras tordus par le désespoir, à l’heure marquée.

On se rappelle que le Secret de Mélanie a été publié en 1879, avec l’_imprimatur_ de Mgr Zola, évêque de Lecce. Cette formule latine, significative, pour la sainte fille, de tant d’amertumes, de tribulations et de combats, resta dans sa mémoire, étrangement et profondément.

«Puisqu’on ne veut pas du Message, remède à nos maux, la divine Justice vengera l’ingratitude des hommes et _donnera l’IMPRIMATUR_ aux fléaux annoncés par la Reine des Anges!!!» Ainsi s’exprimait la Bergère de la Salette, le 23 mai 1904.

XVIII

LES ÉVÊQUES DE GRENOBLE A SOISSONS.

Oh! le beau livre à faire! Démontrer méthodiquement l’identité absolue du Discours public avec le Secret de Mélanie et l’éternelle impossibilité de les séparer, de manière à faire éclater l’unité profonde et magnifique de la Révélation du 19 septembre. Sans doute, en ces choses qui sont de Dieu, l’évidence parfaite est inespérable, mais ne serait-ce pas beaucoup d’entrevoir au moins ceci: que le Discours et le Secret se renversent l’un dans l’autre continuellement, comme une figure dans son miroir, comme l’invisible dans le Visible, comme le Créateur dans la Créature?...

C’est inconcevable que ce travail n’ait pas été fait encore. J’y ai bien pensé et je le ferai peut-être un jour, si Dieu m’aide. Mais, sans parler de mon insuffisance qui est à faire peur, il est certain qu’ici une telle étude semblerait un hors-d’œuvre monstrueux. Songez qu’il faudrait faire intervenir Isaïe, «le voyant des choses futures pour la consolation de ceux qui pleurent sur la Montagne[40]»; Isaïe, en son XXIVe chapitre où il parle du «_Secret_ de Dieu, si redoutable à quiconque en est le dépositaire, et de la prévarication des transgresseurs.» Ce chapitre, écrit il y a vingt-six siècles, est un écho merveilleusement anticipé du Secret de Mélanie et le Discours public de la Salette fait entendre cet écho, tout à fait imperceptible sans lui. C’est le sens de la dernière parole de Marie: =Faites-le passer à tout mon peuple.= Faites-le passer, au moins, aux générations de vingt-six siècles.

[40] _Ecclésiastique_, XLVIII, 27.

Encore une fois, je ne me charge pas de cet immense labeur d’interprétation qui exigerait, je le crains, l’intelligence miraculeusement illuminée d’un saint. Mais c’est quelque chose de pressentir cette concordance colossale et d’en avertir les humbles qui cherchent Dieu amoureusement[41].

[41] Où n’entraînerait pas un tel travail? Il faut une longue étude des Livres Saints pour savoir combien il est difficile de trouver son chemin dans la forêt toujours vierge des Assimilations. Exemple: Le Discours parle des =noix= qui =deviendront mauvaises=. Or, la Vulgate les nomme exactement _six_ fois, cinq fois dans l’_Exode_, où elles prêtent leur forme aux bobèches du Chandelier du Tabernacle, et une seule fois dans le _Cantique des Cantiques_, lorsqu’il est question de Marie qui descend dans son jardin: «Qui est Celle qui vient, se levant comme l’aurore, belle comme la lune, élue comme le soleil, terrible comme l’armée des osts ordonnée? Je suis descendue dans le jardin des _noix_, afin de voir les pommes des vallées, et pour regarder si la vigne était en fleur et si germinaient les grenades.» Cant. VI, 9 et 10. Ce texte, lu à la Salette, par un chrétien attentif, pourra lui sembler un peu formidable.

La réalité du Secret de Mélanie n’est pas niable, puisque même ceux qui _n’en font pas de cas_ sont forcés, chaque jour, à l’endroit précis où la Sainte Vierge s’est montrée, de confesser qu’Elle a donné un secret à chacun des deux bergers et d’alléguer, en même temps, on ne sait quoi pour expliquer leur inexcusable incrédulité.

C’est accablant de penser que, depuis que le Secret de Mélanie est connu, à savoir depuis quarante ans, il ne s’est pas rencontré, sur le siège épiscopal de Grenoble, un _seul_ pontife capable de sentir l’honneur inexprimable d’être chef d’un diocèse où la Mère de Dieu a daigné prophétiser Elle-même; confiant, pour toute la terre, à deux enfants de ce diocèse incroyablement privilégié, le Message inouï de l’impatience divine à son dernier terme et l’annonce,--conditionnelle, sans doute, mais pour quel délai?--du dernier Déluge!

J’ai appris avec stupéfaction,--persuadé que certain rôle n’était plus tenable--que le titulaire actuel, Mgr Henry, a, tout dernièrement, à la Salette même, exprimé publiquement des doutes sur le Secret, _demandant des preuves_!!! des affirmations explicites et formelles de la Cour de Rome, comme si les approbations, les ORDRES même de Pie IX et de Léon XIII ne suffisaient pas![42] Quelle honte! Il est absolument impossible que Mgr Henry ne connaisse pas toute cette histoire, c’est-à-dire la désobéissance épouvantable de son prédécesseur Fava dont la fin devrait le faire trembler. Il ne peut pas ignorer le mensonge constant des opposants et leur diabolique esprit de calomnie contre une stigmatisée qu’il sera forcé, un jour,--si Dieu permet qu’il vive--de faire honorer par tous ses prêtres. Il est donc en état de prévarication caractérisée, _sciens et prudens_, ennemi sagace et déclaré de la Mère de Dieu. Sa seule excuse--combien misérable!--serait la pusillanimité, l’indécision invincible, l’irrésolution chronique, le lanternement sempiternel.

[42] C’était le _14 juillet_ 1907. Mgr Henry parlait, du haut de la chaire de la Salette, à plus de mille pèlerins: «Vous êtes venus en foule... _en cette Fête nationale et MARIALE!!!?_» leur disait-il, signifiant ainsi une sorte de plain-pied festival entre les assassins de la Bastille et Notre Dame des Sept Douleurs.

«... Monseigneur expose ensuite le Fait de la Salette... _Il distingue avec soin le Message public et le Message secret._ Les enfants reçurent l’ordre et la mission de «faire passer le premier à tout le peuple de Marie», c’est-à-dire au monde entier (ce que la haine n’a pas permis); le second n’était destiné qu’aux Bergers eux-mêmes (Démenti épiscopal à la Sainte Vierge qui avait dit à Mélanie: =Vous pourrez le publier en 1858=) qui, parfaitement conscients de cette distinction nécessaire (?) et toujours prêts à redire le Discours de la Belle Dame, ne consentirent, après cinq ans de silence et de réserve absolue, à révéler leurs Secrets qu’au Pape seul. A ce propos, Sa Grandeur met en garde les fidèles contre tous les écrits et commentaires fantaisistes qui circulent et prétendent reproduire le «Secret de Mélanie». (_Reproduction_ bénie par Pie IX, approuvée par plusieurs évêques, encouragée, 25 ans, par le silence de Léon XIII. Mais cela ne suffit à aucun évêque de Grenoble.) Encore une fois, le Pape seul a pris connaissance de ce secret en 1851; et _rien ne prouve (!!!)_ que les élucubrations publiées récemment soient conformes au texte primitif... L’Évêque de Grenoble attend que Rome ait parlé. (Toujours même tactique du Démon. Si Rome parlait, on lui répondrait comme Fava: «Prouvez-moi que vous avez raison.»)

_Annales de Notre-Dame de la Salette_, août 1907.

Le jour même de sa prise de possession, cet évêque de Grenoble--de Grenoble!--disait: «A cette heure, la difficulté n’est pas de faire son devoir, mais de savoir où il est.» Parole que reprenait l’évêque d’Orléans, le 26 août 1902, à Notre-Dame de la Délivrance: «Il est toujours facile de faire son devoir, il est plus difficile de le connaître.» Une analogie fera comprendre l’énormité de cette reculade.

En mars 1814, la France, piétinée, violée, dévorée par six cent mille soldats étrangers, allait être délivrée par Napoléon. Une stratégie divine, à laquelle peuvent être comparés seulement les plus grands prodiges d’Annibal, allait tout sauver. L’atroce Blücher était entre les deux mâchoires de l’étau où l’homme d’Iéna et de Montmirail allait broyer ses soixante mille Prussiens. Par la volonté de Dieu, le manque de volonté d’un seul homme fit manquer la plus belle de toutes les victoires.

Ce général Moreau, ce désolant capitulard de Soissons, n’était pourtant pas une âme vendue, ni un soldat sans courage, on l’a dit du moins. C’était simplement un médiocre, un imbécile sans résolution ni fierté, qui pensa qu’il y avait mieux que d’obéir, et dont la vile prudence fut un arrêt de mort pour des multitudes. Celui-là, aussi, se demanda où était son devoir, oubliant la consigne qu’il n’avait qu’à exécuter rigoureusement, dans les termes de l’Ordonnance sur le service des places de guerre, c’est-à-dire «en épuisant tous les moyens de défense, _en restant sourd aux nouvelles communiquées par l’ennemi et en résistant à ses insinuations comme à ses attaques_.» Le décret impérial de 1811 portait cette instruction quasi prophétique: «Le gouverneur d’une place de guerre doit se souvenir qu’il défend l’un des boulevards de notre royaume, l’un des points d’appui de nos armées et que sa reddition, _avancée ou retardée d’un seul jour_, peut être de la plus grande conséquence pour la défense de l’État et le salut de l’armée.» «Quand un soldat commence à se demander _où est son devoir_, dit à ce propos, l’excellent historien Henry Houssaye, il est bien près de n’écouter plus que son intérêt.»

La Salette est probablement le dernier boulevard du Christianisme, et voilà quarante ans que cette forteresse capitule!

XIX

SACERDOCE PROFITABLE. VANITÉ DES ŒUVRES EN PLEINE DÉSOBÉISSANCE. CHÂTIMENTS. TÉNÈBRES.

Le secret de l’hostilité sacerdotale contre le Secret de Mélanie, c’est qu’il faudrait, l’acceptant, renoncer au _sacerdoce profitable_, dire adieu au casuel, aux tarifs, aux _classes_, à l’exécrable son de l’argent dans les églises. En supposant même un clergé d’une pureté de mœurs admirable, où est le prêtre qui oserait déclarer un degré quelconque d’horreur pour ce trafic des «vendeurs de colombes» et des «changeurs», dans la Maison du Père ainsi transformée en une «caverne de brigands»? Car telle est la précision du Texte évangélique. Où est le curé de paroisse qui oserait donner aux Amis de Dieu, aux va-nu-pieds qui lui sont si chers, la première place, en reléguant les riches, avec leurs prie-Dieu capitonnés, au bas de l’église, le plus loin possible de l’autel? _Sancta sanctis, non canibus._ Cet audacieux serait aussitôt dénoncé par tous ses confrères et sévèrement blâmé par l’autorité diocésaine[43].

[43] Les prie-Dieu capitonnés. Prévarication dénoncée par saint Jacques, II, 2, 3, 4.

Il s’agit bien de chérir la pauvreté et l’humiliation! La _lettre_ de l’Évangile n’engage personne. Elle pouvait convenir aux premiers Apôtres ou à quelques moines poussiéreux du onzième siècle; elle ne vaut rien pour des sulpiciens que l’_esprit_ a vivifiés et qui sont forcés d’aller dans le monde. Puis il est toujours facile de tourner en _conseil_ de perfection le _précepte_ vraiment excessif de tout haïr, de tout quitter, de tout vendre, pour devenir les disciples et les compagnons de Jésus-Christ.

La Sainte Vierge ayant parlé fortement du clergé: dans le Discours, d’abord, d’une manière très-enveloppée; dans le Secret ensuite, explicitement[44], il a bien fallu que le «cloaque» protestât--à la manière des cloaques, en exhalant l’asphyxie. Le monde chrétien ne respire plus. En 1846 tout était déjà perdu. Un remède unique, surnaturel, fut apporté d’en haut par la Mère de Dieu qui pleurait. Le «Père de famille, planteur de la Vigne et constructeur de la Tour», pouvait-il bien croire que cela ferait quelque chose? La Sagesse éternelle pouvait-elle se dire: _Verebuntur Matrem meam?_ La fumée du cloaque étouffa cette Révélation, si parfaitement que les bons prêtres eux-mêmes, trompés depuis deux générations de prêtres, avouent leur ignorance du remède. Dès lors, comment dire suffisamment la vanité des œuvres accomplies en pleine désobéissance?

[44] =Les chefs, les conducteurs du peuple de Dieu ont négligé la prière et la pénitence=... 5e paragraphe du Secret.

=Ceux qui conduisent les charrettes=, est-il dit dans le Discours. Ce rapprochement saisira les personnes habituées au mystère des concordances. «Ceux qui conduisent les charrettes» ne sont-ils pas évidemment les prêtres qui =ne savent pas parler sans mettre le nom de mon Fils au milieu?= _Pater mi, pater mi, currus Israël, auriga ejus._ IV Reg. II, 12, XIII, 14.

«On ira à la Salette», écrivait un excellent prêtre, «on ira à Lourdes, à Paray-le-Monial, à Rome, à Jérusalem, etc., en chantant: «Sauvez Rome et la France!» On ne fait que cela depuis trente et quelques années. On inventera des pèlerinages d’hommes et même de prêtres. On organisera des congrès de la Sainte Vierge, des congrès eucharistiques, des ligues de l’_Ave Maria_, des neuvaines, etc. Et le ciel restera d’airain. Tout sera d’une parfaite insignifiance pour apaiser Dieu irrité, parce que, en somme, _on vit à sa guise_ et que, pour ne pas entendre les reproches de sa Mère, on piétine son Message.»

Laissons parler Mélanie: «... Il me semble que depuis longtemps, je donne un petit coup de cloche pour avertir les humains que _nous allons au-devant des tristes et lugubres évènements du règne de l’Antechrist_. La foi n’est-elle pas éteinte?--Non, nous dira quelqu’un.--Si la foi n’est pas éteinte, qu’elle montre ses œuvres, car la foi marche de pair avec les œuvres.--Mais, répondra-t-on, on fait des pèlerinages; il se fait un grand nombre de bonnes œuvres.--Soit, le peuple français est naturellement porté aux choses _extérieures_; mais si ces pèlerinages ont été faits en expiation, pour fléchir la juste colère de Dieu, lui demander pardon, etc., s’est-on vêtu de sacs et couvert de cendres, par une sincère pénitence?--Non!--A-t-on au moins laissé de côté ces modes diaboliques et indécentes? etc.--Rien de tout cela! Après avoir visité les Lieux Saints, les Sanctuaires, on fréquente les théâtres, comme auparavant... On pourrait compter les élus, les âmes foncièrement chrétiennes; les autres ne peuvent se compter. _L’apostasie est à peu près générale._ L’Antechrist n’aura pas grand’peine à établir son règne en Europe; ceux qui, à cette heure, gouvernent la France, le lui préparent sans rencontrer d’obstacles. Pauvre France!... En attendant, elle rit, elle s’amuse, parce qu’elle ne croit pas à une vie meilleure; parce qu’elle n’a pas la foi, mais simplement _la vanité de la foi_, en feignant la religion, en se faisant inscrire DIRECTRICE ou ZÉLATRICE ou PRÉSIDENTE de telle ou telle confraternité.» Cette lettre est du 28 novembre 1887.

Un an auparavant, alors que beaucoup de journalistes s’agitaient, elle avait écrit déjà: «... Il est inutile de nous donner du mal pour chercher à deviner _quel sera le prince qui montera sur le trône de France_. Si l’on ne connaissait pas le Secret, l’on serait pardonnable: =Pour un temps, Dieu ne se souviendra plus de la France ni de l’Italie.= On s’est révolté contre Dieu et contre sa douce loi: nous serons gouvernés par une verge de fer, et des lois dures et odieuses nous seront imposées. Ceux qui nous gouvernent ne sont que des instruments dans les mains du Très-Haut. A mesure que les méchants avancent sur le terrain catholique, nous avons la lâcheté de reculer... Nous nous plions à toutes les exigences des ennemis de Dieu et des âmes. On proteste, me direz-vous? Oui, on proteste! ce n’est pas cher! Les premiers chrétiens protestaient avec leur sang, avec leur vie. Allons, nous ne sommes que des _ombres de chrétiens_, nous craignons plus les châtiments des hommes que les peines de l’Enfer. Croyez-vous que le bon Dieu donne un roi à la France avant de l’avoir justement et sévèrement châtiée? Et après, serons-nous du nombre des vivants! _Toutes les intrigues de certains prétendants au trône de France ne sont que des amusements d’enfants._»[45]

[45] Il est inutile de faire observer l’_actualité_ de cette page, écrite il y a plus de vingt ans.

«... Un fait me cause la plus triste impression. C’est l’habitude _diabolique_ de procurer des secours aux victimes d’un tremblement de terre, ou de toute autre catastrophe, en donnant des bals, des représentations de théâtre. _Je ne puis admettre que l’on ose recourir à un mal pour opérer un bien._[46] Oh! aveuglement de l’homme sans Dieu! Et ceux qui agissent ainsi sont des chrétiens! Je n’en saurais douter, nous sommes près de la grande guerre, c’est-à-dire de l’_avènement de l’homme de perdition, de l’Antechrist_. Je le sais, personne ne consent à reconnaître une vérité qui épouvante, mais qui n’en est pas moins la vérité. _Notre génération marche vers l’Antechrist DONT ELLE DOIT FAIRE LA RENCONTRE_; et les indifférents de refuser de croire et les impies de railler. Cela est ainsi. Malheur! malheur! malheur!»

[46] LÉON BLOY. _Mon Journal_. «Lettre sur l’incendie du Bazar de Charité.»

«... Je suis glacée de frayeur en voyant la rage de l’enfer et des hommes, y compris les femmes infernales (_sic_); le feu et le sang y auront grand jeu. Que de massacres! Que de tortures affreuses! Oh! les femmes sont terribles! Pauvres prêtres qui tomberont entre leurs mains!...»

«=L’Église aura une crise affreuse=... Expulsion des curés de leur presbytère, des évêques de leurs palais, poursuit la voyante; fermeture et confiscation des églises; massacres du clergé pires que sous la Terreur. Beaucoup seront tués par vengeance personnelle; ceux qui auront faibli ne seront pas épargnés; le projet des maçons est de faire pécher les consacrés avant de les tuer! je vis que ces morts violentes étaient, en très-grand nombre, _tout autre chose que le martyre_; que c’était la réalisation, dans toute son horreur, du mot «Malheur!» de l’Écriture... Vous ne voulez pas du Message de la Miséricorde, vous repoussez la main tendue; il n’y a plus rien à faire: =Dieu abandonnera les hommes à eux-mêmes... Ce sera le temps des ténèbres=.»[47]

[47] Une tradition porte que la France, après de longues iniquités, à une époque qui ressemble à la nôtre, se réveillera, un matin, sans voir se lever le soleil. Plusieurs jours durant, elle demeurerait dans les ténèbres au milieu desquelles des spectres, sortis de l’enfer, viendraient tourmenter les vivants.

Il existe une prédiction analogue de la Vénérable Anna-Maria Taïgi, morte en 1837.

XX

LA FEMME COURBÉE 18 ANS, FIGURE DE LA SALETTE. MARIE PARLE. JÉSUS NE PARLERA DONC PLUS? L’IMMACULÉE CONCEPTION COURONNÉE D’ÉPINES, _stigmatisée_. LOURDES ET LA SALETTE.

Il y a dans saint Luc, évangéliste de Marie, un récit qui ne pourra jamais être lu avec assez d’attention et de respect: