Part 10
La Comédie française a donné, de 1680 à 1870, 314 représentations de _Nicomède_, savoir: sous Louis XIV: à la ville, 138; à la cour, 12;--sous Louis XV: à la ville, 48; à la cour, 2;--sous Louis XVI: à la ville, 3;--sous le Directoire, le Consulat et l'Empire: à la ville, 74; à la cour, 3;--sous la Restauration: 27;--sous Louis-Philippe: 3;--sous le second Empire: 4.
66. NICOMEDE. || Tragedie. || _A Paris, || Chez Guillaume de Luine, || au Palais, en la Salle des Merciers, sous || la montée de la Cour des Aydes._ || M. DC. LII. [1652]. || Auec Priuilege du Roy.
66. _bis._ NICOMEDE. || Tragedie. || _A Paris, || Chez Guillaume de Luine, au || Palais, en la Salle des Merciers, sous || la montée de la Cour des Aydes_; [ou _Chez Augustin Courbé, au Palais, || en la salle des Merciers, à la || Palme_]. || M. DC. LIII. [1653]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 4 ff. et 80 pp.
Collation des feuillets prélim.: titre; 2 ff. pour l'avis _Au Lecteur_; 1 f. pour l'_Extrait du Privilége_ et les noms des _Acteurs_.
On trouve à la fin du privilége (le même que dans l'édition in-4o) mention de la cession faite par Corneille à _Guillaume de Luine_ (_sic_).
Première édition in-12 de _Nicomède_, comme le prouve la double date de 1652 et 1653. Elle paraît avoir été exécutée à Paris et ne doit pas être confondue avec la suivante.
Vendu: 70 fr., vélin, Potier, 1870 (no 1232).
67. NICOMEDE || tragedie. || _A Rouen, || Chez Laurens Maurry, prés le Palais._ || Auec Priuilege du Roy. || M. DC. LIII [1653]. || _Et se vend A Paris, || Chez Guillaume de Luyne, || au Palais, sous la montée de la || Cour des Aydes._ In-12 de 4 ff. et 80 pp., sign. A-G.
Les ff. prél. comprennent: 1 f. de titre; 2 ff. pour l'avis _Au Lecteur_ et 1 f. pour le privilége et les noms des _Acteurs_.
Le privilége est donné par extrait comme dans l'édition précédente et se termine par une mention de la cession faite à _Guillaume de Luyne_.
La collation de cette édition est la même que celle de l'édition que nous croyons avoir été imprimée à Paris, mais les caractères et fleurons sont différents, ainsi que le contenu d'un certain nombre de pages. On distinguera facilement les deux éditions en tenant compte des détails suivants:
A (édition de _Paris_), dernière ligne du 2e f. ro:
dessein de faire assassiner _sõ_ fils Nicomede pour
B (édition de _Rouen_) _ibid._:
dessein de faire assassiner _son_, etc.
A, p. 3, dernière ligne:
Qui liuroit Annibal pourra bien vous _contraindre_.
B, _ibid._:
Qui liuroit Annibal pourra bien vous _cõtraindre_.
A, p. 33 (chiffrée par erreur 36), 1er vers:
Alors peut-estre, alors vous le prierez en vain.
B, _ibid._:
Ma vie est en vos mains, mais non ma dignité.
(Le vers qui commence la page dans A n'est ici que le 5e).
Toutes les pages présentent de petites différences analogues à celles que nous venons de signaler.
Il doit exister une édition de _Nicomède_ publiée par _Sommaville_ et ses associés _Pepingué_ et _Chamhoudry_, en 1655, dans le format in-12. Voy. le no 103.
68. NICOMEDE, Tragedie. Par P. Corneille. _A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers, sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la grand'Salle proche les Consultations, au nom de Jesus. Pierre Traboüillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune, proche le Greffe des Eaux et Forests._ M. DC. LXXXII. [1682]. In-12.
Cette édition, que nous n'avons pas vue, doit se composer de 2 ff. et 72 pp. Cf. ci-dessus, no 25.
XXII
69. PERTHARITE || ROY || DES || LOMBARDS, || Tragedie. || _A Rouen, || Chez Laurens Maurry, prés le Palais._ || Auec Priuilege du Roy. || M. DC. LIII. [1653]. || _Et se vend A Paris, || Chez Guillaume de Luynes, au Pa- || lais, sous la montée de la Cour des Aydes._ In-12 de 6 ff. et 71 pp.
Collation des feuillets prélim.: titre; 1 f. pour l'avis _Au Lecteur_; 4 ff. pour les extraits des auteurs et la liste des _Acteurs_.
La page 71 est occupée par l'_Extrait du Privilége_, accordé «au sieur Corneille, Advocat en nostre Parlement,» pour trois pièces de théâtre intitulées: _Pertharite, Roy des Lombards_, _D. Bertran de Cigarral_ et _l'Amour à la mode_. Nous trouvons ici une confusion entre les pièces de Pierre et de Thomas Corneille, analogue à celle que nous avons relevée à propos d'_Andromède_. Le privilége, dont Corneille déclare faire cession à _Guillaume de Luyne_, lui est donné pour vingt ans, à la date du 24 décembre 1651. L'achevé d'imprimer est du 30 avril 1653.
Après _Nicomède_, le génie de Corneille touche à son déclin. _Pertharite_, dont le sujet est tiré de Paul Diacre et des _Historiæ insubricæ_ d'Henri Dupuis, ne trouva pas grâce devant le public. La pièce ne fut jouée, dit-on, qu'une ou deux fois. M. Marty-Laveaux (t. VIe, p. 4) a fort habilement fixé la date de la représentation, que la plupart des éditeurs de Corneille plaçaient en 1653. Il a relevé un passage de Tallemant des Réaux qui avait échappé à ses devanciers: «Au carnaval de 1652, dit Tallemant, Mme de Montglas fit une plaisante extravagance chez la presidente de Pommereuil. On y devait joüer _Pertharite, roy des Lombards_, piéce de Corneille qui n'a pas réussy...»
Avec sa franchise ordinaire, Corneille nous apprend lui-même l'échec de _Pertharite_: «La mauvaise reception que le Public a faite à cet Ouvrage, nous dit-il au commencement de l'avis _Au Lecteur_, m'avertit qu'il est temps que je sonne la retraite... Il vaut mieux que je prenne congé de moy-mesme que d'attendre qu'on me le donne tout à fait, et il est juste qu'apres vingt années de travail je commence à m'appercevoir que je deviens trop vieux pour etre encor à la mode.» Cette dernière phrase, écrite en 1652, fournit un argument de plus à ceux qui placent la représentation de _Mélite_ en 1629 ou en 1630. Nous n'avons pas à insister sur ce point, qui ne nous a pas paru contestable (Voy. ci-dessus, no 1). S'il était vrai, comme le prétend Fontenelle et comme le répète d'après lui la _Bibliothèque du Théâtre François_ (t. IIIe, p. 2), que _Mélite_ eût été jouée en 1625, Corneille n'eût pas manqué de dire: «Apres vingt-cinq années de travail.»
Malgré ses faiblesses, _Pertharite_ offre encore de beaux passages; mais ce qui fait le principal intérêt de cette pièce, c'est que Racine en a tiré plusieurs des situations d'_Andromaque_. Voltaire a, l'un des premiers, relevé les ressemblances qui existent entre les deux tragédies; mais, comme dans bien d'autres circonstances, il s'est montré injuste pour Corneille: «Il est évident, dit-il, que Racine a tiré son or de cette fange.» Parmi les critiques qui ont le mieux apprécié _Pertharite_ et le mieux mis en lumière les emprunts faits par Racine à Corneille, nous citerons M. A. Thiénot, qui a consacré un long article à cette question dans le journal _le Constitutionnel_ du 18 août 1869.
70. PERTHARITE || ROY || DES || LOMBARDS, || Tragedie. || _Imprimé à Roüen, || & se vend || A Paris, || Chez Augustin Courbé, au Palais, || en la Gallerie des Merciers, || à la Palme._ || M. DC. LIV. [1654]. Auec Priuilege du Roy. In-12 de 94 pp. et 1 f. bl., sign. Cc-Ff.
Cette édition, dont un exemplaire est conservé à la Bibliothèque nationale (Y. 5624. A. Rés.), est un tirage à part du recueil publié en 1654, sous le titre d'_OEuvres de Corneille_ du 24 décembre 1651, avec l'achevé d'imprimer du 30 avril 1653. Nous dirons plus loin (no 102) dans quelles circonstances ce tirage à part fut exécuté. La pagination commence au deuxième feuillet, à 579, et se continue régulièrement jusqu'à 670. La dernière page contient un extrait du privilége.
71. PERTHARITE || ROY || DES || LOMBARDS, || Tragedie. || _A Paris, || Chez Anthoine de Sommauille, || au Palais, en la Gallerie des Merciers, || à l'Escu de France._ || M. DC. LVI [1656]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 84 pp., y compris le titre et les feuillets prélim.
L'extrait du privilége, qui occupe la page 15, est le même que dans l'édition de 1653, avec achevé d'imprimer du 30 avril 1653.
Il doit exister des exemplaires au nom d'_Edme Pepingué_ et de _Louis Chamhoudry_.
72. PERTHARITE, ROY DES LOMBARDS, Tragedie. Par P. Corneille. _A Paris, au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la grand'Salle proche les Consultations au nom de Jesus. Pierre Traboüillet, dans la Galerie des Prisonniers à l'Image S. Hubert, & à la Fortune, proche le Greffe des Eaux & Forests._ M. DC. LXXXII. [1682]. Avec Privilege du Roy. In-12.
Cette édition doit compter 2 ff. et 68 pp. (Voy. ci-dessus, no 25.)
XXIII
73. OEDIPE, || Tragedie. || Par P. Corneille. || _Imprimée à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez || Augustin Courbé, au Palais en la || Gallerie des Merciers, à la Palme. || Et || Guillaume de Luyne, Libraire Iuré, || dans la mesme Gallerie, || à la Iustice._ || M. DC. LIX. [1659]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff., 89 pp. et 1 f. blanc.
Collation des feuillets prélim.: titre; 2 ff. pour les _Vers presentez à Monseigneur le Procureur General Foucquet, Sur-Intendant des Finances_; 3 ff. pour l'avis _Au Lecteur_ et les noms des personnages.
Au verso de la page 89 se trouve l'extrait du privilége accordé pour sept ans à Corneille lui-même, à la date du 10 février 1659, et dont Corneille fait cession aux deux libraires nommés sur le titre. On lit à la fin: _Acheué d'imprimer pour la premiere fois, le 26. Mars 1659, à Roüen, par L. Maurry_.
Au rapport de M. Marty-Laveaux (t. VIe, p. 110; t. Xe, p. 133), on trouve en tête de certains exemplaires une pièce intitulée: _Sur la mort de Damoiselle Elisabeth Ranquet, Femme de Nicolas de Cheureul, Escuyer, Sieur d'Esturville. Epitaphe_. Nous n'avons pas été assez heureux pour voir nous-même un exemplaire présentant cette particularité.
L'échec de _Pertharite_ dégoûta Corneille du théâtre; pendant sept ans il se consacra tout entier à la traduction de l'_Imitation de Jésus-Christ_ et à des travaux littéraires de moindre importance, qui ne nous sont pas tous parvenus. Les représentations données par Molière à Rouen en 1658, l'admiration que la Du Parc fit éprouver à Corneille, enfin l'invitation de Fouquet décidèrent l'auteur du _Cid_ à reprendre la plume. Dans une pièce de vers adressée au surintendant, il lui demanda de choisir un sujet, promettant de retrouver, pour le traiter,
La main qui crayonna L'âme du grand Pompée et l'esprit de Cinna.
Fouquet choisit trois sujets: _OEdipe, Camma_ et un troisième sujet qui n'est pas connu. Pierre Corneille écrivit _OEdipe_, tandis que Thomas se chargea de _Camma_. Il se pourrait que le troisième sujet fût celui de _Stilicon_, traité par Thomas Corneille peu de temps avant la représentation d'_OEdipe_. Dans sa lettre du 29 janvier 1661, l'auteur de la _Muse historique_ établit une sorte de parenté entre ces trois pièces:
Tout-de-bon le cadet Corneille Quoy qu'il ait fait mainte merveille, Et maint Ouvrage bien sensé, En cétuy-cy s'est surpassé. Ainsi cette Piéce divine, Qui du grand _OEdipe_ est couzine, Et propre soeur de _Stilicon_, (Piéces qu'on tient sans parangon) Est trés-digne de sa naissance, Et par l'agréable abondance De mille beaux traits diférens, Ne fait point tort à ses parens.
Le sujet d'_OEdipe_, emprunté à Sophocle et à Sénèque, avait été plusieurs fois remis à la scène avant Corneille, entre autres par les Italiens (_Edipo, tragedia di Seneca, tradotta da Lodovico Dolce_; in Vinegia, per Giambattista e Marchio Sessa, 1560, in-12;--_Edipo, tragedia di Gio. Andrea dell' Anguillara_; in Vinegia, per Dom. Farri, 1565, in-8; in Padova, per Lorenzo Pasquati, 1565, in-4;--_Edipo Tiranno, tragedia di Sofocle ridotta in lingua volgare da Orfato Giustiniano_; in Venetia, per Francesco Ziletti, 1585, in-4;--_Edipo Tiranno, tragedia di Sofocle ridotta dalla greca nella toscana lingua da Pietro Angelio [detto il Bargeo]_; in Firenze, per Bart. Sermatelli, 1589, in-8;--_Edipo Re, tragedia di Sofocle, tradotta in lingua italiana da Girolamo Giustiniani_; Venetia, per Sebastiano Combi, 1610, in-12;--_Edipo, tragedia di Seneca tradotta, da Ettore Nini_; in Venezia, per Marco Ginammi, 1622, in-8). Les _Anecdotes dramatiques_ (Paris, 1775, 3 vol. in-8, t. IIe, p. 15) indiquent deux pièces françaises écrites avant Corneille sur le sujet d'_OEdipe_: l'une de Jean Prévôt (1605), l'autre de Nicolas de Sainte-Marthe (1614); mais ce renseignement est en tout cas inexact: nous ne connaissons pas l'_OEdipe_ de Sainte-Marthe, qui n'est cité dans aucune bibliographie; quant à celui de Prévôt, il n'est pas de 1605, mais de 1614 (_Les Tragedies et autres OEuvres poëtiques de Jean Prévost, advocat en la Basse-Marche_; à Poictiers, chez Julian Thoreau, 1614, in-12).
Corneille ne s'arrêta pas à ces imitations modernes; il prit directement pour guides Sophocle et Sénèque, mais, dès qu'il eut commencé sa tragédie, il crut devoir faire de larges concessions à l'esprit de son siècle. Il s'éloigna ainsi de ses modèles et renonça volontairement à la simplicité, qui est le plus noble caractère du drame antique. Cette condescendance envers la mode ne manqua pas de séduire le parterre. Le nouvel _OEdipe_, représenté le vendredi 24 janvier 1659, eut un grand succès. Voici en quels termes Loret en rendit compte, dès le lendemain, dans sa _Muze historique_:
Monsieur de Corneille, l'Aîné, Depuis peu de temps a donné A ceux de l'Hôtel de Bourgogne Son dernier Ouvrage, ou Bezogne, Ouvrage grand et signalé, Qui l'_OEdipe_ est intitulé; Ouvrage (dis-je) Dramatique, Mais si tendre et si patétique, Que, sans se sentir émouvoir, On ne peut l'entendre ou le voir. Jamais Piéce, de cette sorte, N'ût l'élocution si forte, Jamais, dit-on, dans l'Univers, On entendit [_sic_] de si beaux vers. Hier, donc, la Troupe Royale, Qui, tels sujets point ne ravale, Mais qui les met en leur beau jour, Soient qu'ils soient de Guerre, ou d'Amour, En donna le premier spectacle, Qui fit, cent fois, crier miracle. Je n'y fus point; mais on m'a dit Qu'incessamment on entendit Exalter cette Tragédie Si merveilleuze et si hardie; Et que les gens d'entendement Luy donnoient, par un jugement Fort sincere et fort équitable, Le beau titre d'inimitable, Mais cela ne me surprend pas Qu'elle ait d'admirables apas, Ny qu'elle soit rare et parfaite; Le divin Corneille l'a faite.
Le roi assista, le 8 février, à une représentation d'_OEdipe_ qui, au dire de Loret et de Renaudot (Voy. Marty-Laveaux, t. VIe, pp. 106 sqq.), fut des plus brillantes. _Floridor_, qui remplissait le principal rôle, fit à Louis XIV un compliment qui charma toute la cour. Le roi fut si satisfait qu'il fit remettre à Corneille une gratification dont celui-ci parle naïvement dans son avis _Au Lecteur_: «Cette Tragedie a plû assez au Roy, dit-il, pour me faire recevoir de veritables et solides marques de son approbation: Je veux dire ses liberalitez que j'ose nommer ses ordres tacites, mais, pressans de consacrer aux divertissemens de Sa Majesté ce que l'âge et les vieux travaux m'ont laissé d'esprit et de vigueur.»
Le succès de l'_OEdipe_ ne fut dépassé que par celui des _Précieuses ridicules_, de Molière, représentées à la fin de la même année. Voici comment Loret s'exprime, au sujet de cette dernière pièce, dans sa lettre du 6 décembre 1659:
Cette Troupe de Comédiens, Que Monsieur avoue être siens, Reprézentant sur leur Théatre Une action assez folâtre, Autrement, un sujet plaizant, A rire sans cesse induizant Par des chozes facécieuzes, Intitulé _Les Précieuzes_; Ont été si fort vizitez Par Gens de toutes qualitez Qu'on en vit [_sic_] jamais tant ensemble Que ces jours passez, ce me semble, Dans l'Hôtel du Petit-Bourbon, Pour ce sujet mauvais, ou bon. Ce n'est qu'un sujet chimérique, Mais si boufon et si comique, Que jamais les Pièces Du-Ryer, Pui fut si digne de laurier; Jamais l'_OEdipe_ de Corneille, Que l'on tient être une merveille; La _Cassandre_ de Bois-robert; Le _Néron_ de Monsieur Gilbert; _Alcibiade_, _Amalazonte_, de M. Quinaut. Dont la Cour a fait tant de conte; Ny le _Fédéric_ de Boyer, Digne d'un immortel loyer, N'ûrent une vogue si grande, Tant la Piéce semble friande A pluzieurs, tant sages, que fous; Pour moy j'y portay trente sous: Mais oyant leurs fines paroles J'en ry pour plus de dix pistoles.
A l'exception de _Floridor_, nous ne savons rien des acteurs qui jouèrent _OEdipe_ à l'origine. L'actrice qui remplissait le rôle de Jocaste tomba malade après quelques représentations et fut remplacée par la _Beauchâteau_ (lettre de Corneille à l'abbé de Pure, en date du 12 mars 1659). Molière ne disputa point _OEdipe_ à l'Hôtel de Bourgogne; du moins le Registre de Lagrange n'en mentionne aucune représentation.
En 1663, le rôle d'Iphicrate était tenu par _de Villiers_: c'est Molière lui-même qui nous l'apprend dans l'_Impromptu de Versailles_. Quant au rôle d'_OEdipe_, il fut joué avec éclat par _Baron_ (1676). Il servit plus tard aux débuts de _Champvalon_ (1718) et de _Sarrasin_ (1729). Depuis lors l'_OEdipe_ de Voltaire, représenté en 1718, a remplacé au répertoire celui de Corneille.
De 1680 à 1729, le Théâtre-Français a donné 114 représentations de l'_OEdipe_ de Corneille, savoir: sous Louis XIV: à la ville, 70; à la cour, 22;--sous Louis XV: à la ville, 21; à la cour, 1.
74. OEDIPE, || Tragedie. || Par P. Corneille. || _A Paris, || Au Palais. || Chez || Guillaume de Luyne, dans la Salle des || Merciers sous la montée de la Cour des Aydes || à la Justice. || Estienne Loyson, au premier Pillier de || la grand'Salle proche les Consultations || au Nom de Jesus. || Pierre Traboüillet, dans la Galerie des || Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune, || proche le Greffe des Eaux & Forests._ || M. DC. LXXXII [1682]. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 2 ff. et 78 pp.
Tirage à part du recueil de 1682. Le deuxième feuillet, qui contient l'_Extrait du Privilége_ et les _Acteurs_, est encore paginé, au verso, 444. Pour le reste de la pièce, la pagination a été changée.
XXIV
75. DESSEINS || DE LA || TOISON D'OR, || Tragedie. || Representée par la Troupe Royale du Marests, chez Mr le || Marquis de Sourdeac, en son Chasteau du Neufbourg, || pour réjoüissance publique du Mariage du Roy, & de la || Paix auec l'Espagne, & en suite sur le Theatre Royal du || Marests. || _Imprimée à Roüen, Et se vend || A Paris, || Chez Augustin Courbé, au Palais, en la Gallerie || des Merciers, || à la Palme. || Et || Guillaume de Luyne, Libraire Iuré, dans la || mesme Gallerie, à la Iustice._ || M. DC. LXI [1661]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 26 pp. (y compris le titre), et 1 f. pour l'_Extrait du Privilége_.
Le privilége, daté du 27 janvier 1661, est accordé pour dix ans à _Augustin Courbé_, qui déclare y associer _Guillaume de Luyne_. On lit à la fin: _Acheué d'imprimer pour la premiere fois le 31. Ianuier 1661, à Roüen, par Laurens Maurry_.
Le sujet de _la Toison d'or_, comme celui d'_Andromède_, avait été choisi par les Italiens pour des représentations à grand spectacle. On avait représenté sur le théâtre des Saints-Jean-et-Paul, à Venise, en 1642, un «drame ou fête théâtrale», d'Orazio Persiani, dont Marco Marazzoli avait écrit la musique, et qui était intitulé: _Amori di Giasone e d'Isifile_ (Venezia, per Antonio Bariletti, 1642, in-12). Cette pièce, que nous n'avons pas sous les yeux, pourrait bien avoir été mise entre les mains de Corneille par les machinistes italiens ou par le marquis de Sourdéac lui-même, lorsqu'il vint trouver l'auteur du _Cid_ pour lui demander une tragédie mêlée de musique qui pût être représentée au château de Neufbourg. Ce gentilhomme, que Tallemant des Réaux nous représente comme un «original», voulait célébrer sur ses domaines, avec une pompe inusitée, le mariage du roi avec l'infante Marie-Thérèse. Le mariage royal, arrêté lors de la paix des Pyrénées (6 novembre 1659), ne fut célébré par procuration que le 3 juin 1660, mais c'est vraisemblablement dès la fin de l'année 1659 que le marquis de Sourdéac conçut l'idée de sa représentation. Il commença aussitôt les préparatifs de la fête projetée, mais il faillit ne pouvoir s'entendre avec Corneille. «Il a, dit Tallemant (_Historiettes_, édit. Paulin Paris, t. VIIe, p. 370), de l'inclination aux méchaniques; il travaille de la main admirablement: il n'y a pas un meilleur serrurier au monde. Il luy a pris une [fantaisie de] faire joüer chez luy une comedie en musique, et pour cela il a fait faire une salle qui luy couste au moins dix mille escûs. Tout ce qu'il faut pour le theatre et pour les sieges et les galeries, s'il ne travailloit lui-mesme, luy reviendroit, dit-on, à plus de deux fois autant. Il avoit pour cela fait faire une piece par Corneille; elle s'appelle _les Amours de Médée_; mais ils n'ont pu convenir de prix. C'est un homme riche et qui n'a point d'enfans. Hors cela, il est assez oechonome.»
L'affaire se raccommoda pourtant, et la représentation eut lieu au château de Neufbourg, au commencement de l'hiver de 1660. Le marquis de Sourdéac fit ensuite don de ses machines aux comédiens du Marais, qui les installèrent sur leur théâtre. Voici ce que dit Loret, dans sa lettre du 1er janvier 1661:
Les Comédiens du Marest Font un inconcevable aprest, Pour joüer, comme une Merveille, Le _Jazon_ de Monsieur Corneille.
La représentation n'eut lieu que six semaines plus tard, et Loret nous en rend compte longuement dans sa lettre du 19 février:
_La Conqueste de la Toizon_ Que fit, jadis, défunt Jazon, Piéce infiniment excellente, Enfin, dit-on, se reprézente Au Jeu de Paume du Marais, Avec de grandissimes frais. Cette Piéce du grand Corneille, Propre pour l'oeil et l'oreille, Est maintenant, en vérité, La merveille de la Cité, Par ses Scènes toutes divines, Par ses surprenantes Machines, Par ses concerts délicieux, Par le brillant aspect des Dieux, Par des incidens mémorables, Par cent ornemens admirables, Dont Sourdiac, Marquis Normand, Pour rendre le tout plus charmant, Et montrer sa magnificence, A fait l'excessive dépence, Et si splendide sur ma-foy, Qu'on diroit qu'elle vient d'un Roy. J'aprens que ce rare spectacle Fait à pluzieurs crier miracle, Et je croy qu'au sortir de là On ne plaindra point, pour cela, Pistole, ny demy-pistole, Je vous en donne ma parole.... etc.
Ce ne sont pas les seules louanges que Loret donne à la pièce de son compatriote. Il revient sur le même sujet le 3 décembre 1661, le 14 janvier et le 18 février 1662 (voy. Marty-Laveaux, t. VIe, pp. 226 sqq.).