Bibliographie Cornélienne Description raisonnée de toutes les éditions des oeuvres de Pierre Corneille

Part 11

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Nous ne savons rien de la musique de la _Toison d'or_, mais elle ne peut avoir été composée que par un des quatre musiciens alors célèbres: Dassoucy, Cambert, Lambert ou Boesset. Dassoucy avait composé la musique d'_Andromède_, mais il s'était tellement perdu de réputation depuis, qu'il est difficile de croire que Corneille ait encore voulu travailler avec lui. Cambert (né en 1628, mort en 1677) composa, en 1661 et en 1662, deux opéras, dont Perrin avait écrit les paroles: _Ariane_ et _Adonis_, mais il ne put les faire représenter, ce qui prouve qu'il n'était pas alors en grande vogue. Lambert et Jean-Baptiste Boesset, fils d'Antoine Boesset, le musicien de Louis XIII, jouissaient au contraire de la faveur publique, et l'on retrouvera peut-être un jour dans les ouvrages imprimés ou manuscrits de l'un ou de l'autre des fragments de la partition qui nous occupe. La complaisance avec laquelle Loret nous parle de Boesset, dans sa lettre du 20 janvier 1663, nous montre quelle était la réputation de ce musicien à l'époque de la représentation de la _Toison d'or_. Il s'agit d'un service funèbre célébré à Saint-Denis, en l'honneur de Madame:

La muzique de la Chapelle, de la Chapelle du Roy. Digne d'une gloire immortelle, Et celle de la Chambre, aussy, Que, par un noble et beau soucy, Le sieur Boisset, Homme trés-rare. Qu'avec justice l'on compare Aux Amphions du temps passé, Etant dans son Art bien versé, A, de belle et bonne maniére, Remize en sa splendeur premiére, Ces deux grandes Muziques, donc, Admirables, s'il en fut onc, Avec des douceurs sans-pareilles, Charmérent toutes les oreilles, En commençant par un Motet Compozé par ledit Boisset, Par où, toute la Compagnie Admira son divin génie, Trés-propre à faire de beaux Airs Pour de mélodieux Concerts.

Les décorations de la _Toison d'or_ ne furent pas gravées comme celles d'_Andromède_, mais, au dire des contemporains, elles les surpassèrent encore en splendeur (voy. _le Théatre François_, par Chapuzeau, p. 52).

Le programme auquel Corneille a donné le nom de _Desseins_, a dû être imprimé avec une grande hâte. Le privilége n'est que de quatre jours antérieur à l'achevé d'imprimer, bien que l'impression se fit à Rouen. Les exemplaires purent arriver à temps à Paris pour être distribués aux spectateurs le jour de la première représentation.

Les seuls exemplaires des _Desseins_ qui aient été cités jusqu'ici sont ceux de la Bibliothèque nationale (Y. 5969. A), et deux autres exemplaires contenus dans des recueils de la Bibliothèque de Pont de Veyle (Catalogue de 1847, nos 1810 et 1813).

76. DESSEINS DE LA TOISON D'OR, Tragedie. Representée par la Troupe Royale du Marais, chez Mr le Marquis de Sourdeac, en son chasteau du Neufbourg, pour reiouissance publique du Mariage du Roy et de la Paix auec l'Espagne, et ensuite sur le Theatre Royal du Marais. _A Paris, Chez Augustin Courbé, au Palais, en la Galerie des Merciers, à la Palme._ M. DC. LXI [1661]. In-8.

Édition citée par M. Marty-Laveaux, t. XIIe, p. 531. Il ne nous a pas été possible d'en trouver un exemplaire.

77. LA || TOISON D'OR, || Tragedie. || Representée par la Troupe Royale du || Marests, chez Mr le Marquis de Sour- || deac, en son Chasteau du Neufbourg, || pour réjoüissance publique du Mariage || du Roy, & de la Paix auec l'Espagne, || & en suite sur le Theatre Royal du || Marests. || _Imprimée à Roüen, Et se vend || A Paris, || Chez || Augustin Courbé, au Palais, en la || Gallerie des Merciers, à la Palme. || Et || Guillaume de Luyne, Libraire Iuré, dans la mesme Gallerie, || à la Iustice._ || M. DC. LXI [1661]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff., 105 pp. et 1 f.

Collation des feuillets prélim.: 1 f. blanc; 1 f. de titre; 3 ff. pour l'_Argument_; 1 f. pour la liste des _Acteurs_.

Le privilége commence au verso de la page 105, et occupe le recto du feuillet suivant. Il est accordé à _A. Courbé_, qui déclare y associer _G. de Luyne_, et daté du 27 janvier 1661. Il y est dit que Courbé pourra «faire imprimer, vendre et debiter en tous les lieux de l'obeïssance de sa Majesté, une Tragédie composée par le sieur P. Corneille, intitulée _la Conquête de la Toison d'Or, Avec les Desseins de ladite Piece_, en telles marges et tels caracteres, en un ou plusieurs volumes, et autant de fois qu'il voudra, durant dix ans entiers, à compter du jour que ladite Tragedie sera achevée d'imprimer pour la premiere fois.» Cet achevé d'imprimer est daté du 10 mai 1661.

C'est dans la première scène du Prologue de cette tragédie qu'on trouve ces vers bien connus:

A vaincre tant de fois, mes forces s'affoiblissent: L'Etat est florissant, mais les Peuples gemissent; Leurs membres décharnés courbent sous mes hauts faits, Et la gloire du Trône accable les Sujets.

Campistron imita ce passage dans la seconde scène du second acte de _Tiridate_:

Je sais qu'en triomphant les Etats s'affoiblissent; Le Monarque est vainqueur, et les Peuples gémissent: Dans le rapide cours de ses vastes projets, La gloire dont il brille accable les Sujets;

mais au XVIIIe siècle, l'on avait encore moins de liberté qu'au XVIIe; les vers de Corneille, remaniés par Campistron, furent jugés séditieux; le poëte dut les supprimer. (Voy. l'_Éloge de Campistron_, dans les _OEuvres_ de d'Alembert, édit. Belin, t. IIe, p. 578.)

Vendu: 205 fr., mar. r. (_Thibaron-Échaubard_), Huillard, 1870 (no 597).

78. LA TOISON D'OR, Tragedie. Par P. Corneille. _A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la grand'Salle proche les Consultations au Nom de Jesus. Pierre Traboüillet dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux et Forets._ M.] DC. LXXXII [1682]. Avec Privilege du Roy. in-12.

Cette édition doit compter 2 ff., 94 pp. et 1 f. Voy. ci-dessus, no 25.

79. LA TOISON D'OR, Tragedie en Machines de M. de Corneille l'Aisné. _A Paris, chez V. Adam_, 1683, in-4.

Nous n'avons pu retrouver cette édition, dont les recueils de Pont de Veyle vendus en 1847 contenaient deux exemplaires (nos 1809 et 1813 du Catalogue), et dont un troisième exemplaire a été adjugé à M. Techener pour la modique somme de 2 francs, lors de la vente des livres de M. Giraud, en 1855 (no 1646 du Catalogue). Nous savons seulement que c'est un simple programme, précédé d'un prologue en vers par La Chapelle. La pièce avait été remise à la scène le 9 juillet 1683, avec des décorations nouvelles du sieur Durfort, qui avait déjà exécuté celles d'_Andromède_ l'année précédente. Voici en quels termes les _Anecdotes dramatiques_ (Paris, veuve Duchesne, 1775, t. IIe, p. 233) nous parlent de cette reprise:

«A une reprise de cette pièce, en 1683, la Chapelle y ajouta un Prologue; et les Comédiens, pour lui marquer leur reconnoissance, résolurent, dans une assemblée, de lui faire présent de quinze louis d'or, qu'ils lui envoyèrent par un de leurs camarades. A la dixième représentation de cette reprise, les Comédiens interrompirent le Spectacle, étant informés que la Reine venoit de mourir; et ils firent rendre l'argent à la porte.»

Il serait très-désirable que le programme de 1683 pût être retrouvé. Il contient sans nul doute des changements analogues à ceux que nous avons signalés ci-dessus (no 59) dans le programme d'_Andromède_ de 1682.

XXV

80. SERTORIVS, || Tragedie. || _Imprimée à Roüen, Et se vend || A Paris, || Chez || Augustin Courbé, au Palais, en la || Galerie des Merciers, à la Palme. || Et || Guillaume de Luyne, Libraire Iu- || ré, au Palais, en la Galerie des || Merciers, à la Iustice._ || M. DC. LXII [1662]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff. et 95 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre; 4 ff. pour l'avis _Au Lecteur_; 1 f. pour l'_Extrait du Privilége_ et la liste des _Acteurs_.

Le privilége, daté du 16 mai 1662, permet à _Guillaume de Luyne_ «de faire imprimer deux Pieces de Theatre, composées par les Srs Corneille, intitulées _Sertorius_ et _Maximian_, pendant sept années.» On lit à la fin: _Acheué d'imprimer le huitiéme iour de Iuillet 1662. à Roüen, par L. Maurry_.

Après _OEdipe_ et _la Toison d'or_, qui inaugurèrent la seconde partie de sa carrière dramatique, Corneille revint à l'histoire romaine. Il tira de Plutarque le bel épisode de _Sertorius_, qu'il enrichit de détails de son invention. Il se mit au travail dans les derniers mois de l'année 1661. A la date du 3 novembre de cette année, Corneille, écrivant à l'abbé de Pure, s'excuse de ne lui avoir pas encore donné son avis sur une tragédie dont il n'avait reçu que deux actes, et il ajoute: «C'est ce qui a differé ma responce, et la priere que j'ay à vous faire de ne vous contenter pas du bruit que les Comediens font de mes deux Actes, mais d'en juger vous mesme et m'en mander vostre sentiment tandis qu'il y a encor lieu à la correction. J'ay prié Melle Des OEilletz, qui en est saisie, de vous les montrer quand vous voudrez, et cependant je veux bien vous prevenir un peu en ma faveur, et vous dire que si le reste suit du mesme air, je ne croy pas avoir rien escrit de mieux. Mes deux Héroines ont le mesme caractere de vouloir espouser par ambition un homme pour qui elles n'ont aucun amour, et le dire à luy-mesme et toutefois je croy que cette ressemblance se trouvera si diversifiée par la maniere de l'exprimer que beaucoup ne s'en apercevront pas.»

La représentation de _Sertorius_ eut lieu vers la fin de février 1662. Loret en parle longuement dans sa lettre du 4 mars de cette année:

Depuis huit jours, les beaux Esprits Ne s'entretiennent dans Paris, Que de la derniére merveille Qu'a produite le grand Corneille, Qui, selon le commun récit, A plus de beautez que son _Cid_, A plus de forces et de graces Que _Pompée_, et que les _Horaces_, A plus de charmes que n'en a Son inimitable _Cinna_, Que l'_[Oe]dipe_, ny _Rodogune_, Dont la gloire est si peu commune, Ny, mesmement, qu'_Héraclius_; Sçavoir le Grand _Sertorius_, Qu'au Marest du Temple l'on joüe, Sujet que tout le monde avoüe Etre divinement traité, Nonobstant la stérilité; Et c'est en un semblable Ouvrage, Ce qu'on admire davantage. On ne voit, en cette action, Tendresse, amour, ny passion, Ny d'extr' ordinaire spectacle, Et passe, pourtant, pour miracle. Certes, cét illustre Normand Qui n'écrit rien que de charmant, De merveilleux et d'énergique, Passe, en qualité de Tragique, Les Poëtes les plus hardis Du temps prézent, et de jadis: Il fait mieux, dit-on, qu'Euripide, Bûveur de l'Onde Aganipide, Mieux que Sénéque le Romain, Prizé de tout le Genre Humain, Et, bref, mieux que défunt Sophocle, Qui n'a de rime qu'Empédocle, Mais dont les Esprits mieux sensez Dizent encor du bien assez Depuis deux mille ans que cet Homme Est mort, bien loin, par-delà Rome. Les Comédiens du Marest Poussez de leur propre intérest, Et qui dans des chozes pareilles, Ne font leur métier qu'à merveilles, S'éforcent à si bien joüer, Qu'on ne peut les en trop loüer: Et, pour ne pas paroître chiches, On leur voit des habits si riches, Si brillans de loin et de prés, Et, pour le sujet, faits exprés, Que chaque Spectateur proteste Qu'on ne peut rien voir de plus leste.

Les deux textes que nous venons de citer présentent une difficulté d'interprétation assez sérieuse: «Les comédiens dont Corneille parle dans sa lettre sont, suivant toute apparence, dit M. Marty-Laveaux, ceux de l'hôtel de Bourgogne, puisque c'est à cette troupe qu'appartenait Mlle des OEillets; et pourtant, d'après le témoignage de Loret, c'est au théâtre du Marais que l'ouvrage a été représenté pour la première fois. On pourrait, à la vérité, chercher à expliquer cette contradiction en supposant que Mlle des OEillets a fait, pendant quelque temps, partie du théâtre du Marais, ou que Corneille a retiré sa pièce à la troupe qui devait d'abord la jouer, pour la faire représenter à l'hôtel de Bourgogne; mais un passage d'une autre lettre de notre poëte à l'abbé de Pure, datée du 25 avril, et par conséquent postérieure de deux mois à la représentation de _Sertorius_, ne permet pas d'adopter une telle supposition. En effet, Corneille, expliquant pourquoi il ne pourra de sitôt donner une pièce aux comédiens du Marais, s'exprime ainsi: «Outre que je seray bien aise d'avoir mon tour à l'Hostel.... et que je ne puis manquer d'amitié à la Reine Viriate à qui j'ay tant d'obligation, le demenagement que je prépare pour me transporter à Paris me donne tant d'affaires que je ne sçay si j'auray assez de liberté d'esprit pour mettre quelque chose cette année sur le Théatre.» Certes, ce passage prouve bien que _Sertorius_ avait été joué à l'hôtel de Bourgogne, et il semble indiquer que cette reine Viriate, envers qui Corneille se reconnaît si obligé, n'est autre que Mlle des OEillets. Comment concilier le témoignage de notre auteur avec celui de Loret?»

Le savant éditeur de Corneille déclare avoir cherché en vain une conciliation; mais, en pareil cas, les hypothèses sont permises, et l'on peut, croyons-nous, proposer au moins une explication plausible du problème. Corneille dit bien, le 3 novembre 1661, que _Mlle des OEillets_ est «saisie» des deux premiers actes de _Sertorius_, mais rien ne prouve qu'elle ait effectivement joué ce rôle. Peut-être ne se sera-t-elle pas crue assez jeune pour le remplir (elle était née en 1621). Il nous paraît probable que le rôle de Viriate aura été joué par _Mlle Marotte_, dont Corneille parle au début de sa lettre du 25 avril 1662: «L'estime et l'amitié que j'ay depuis quelque temps pour Melle Marotte me fait vous avoir une obligation tres singuliere de la joye que vous m'avez donnée en m'apprenant son succes et les merveilles de son debut. Je l'avois veue icy representer _Amalasonte_, et en avois conceu une assez haute opinion pour en dire beaucoup de bien à Mr. de Guise, quand il fut question, vers la My-caresme, de la faire entrer au Marais.» Si l'on admet cette interprétation, qui nous semble naturelle, les raisons alléguées par Corneille pour ne pas donner de pièce nouvelle peuvent s'entendre dans ce sens qu'il serait bien aise de faire jouer quelque ouvrage à l'Hôtel de Bourgogne, mais qu'il craint de manquer à l'amitié qu'il a pour _Mlle Marotte_, en confiant un rôle à une artiste de la troupe rivale. La fin de la lettre est assez obscure, mais elle concorde avec notre explication plutôt qu'elle ne la contredit: «Ainsy, si ces Mrs les secourent ainsy que moy, il n'y a pas d'apparence que le Marais se restablisse, et quand la machine (_la Toison d'or_), qui est aux abois, sera tout à fait defunte, je trouve que ce Theatre ne sera pas en trop bonne posture. Je ne renonce pas aux Acteurs qui le soustiennent, mais aussi je ne veux point tourner le dos tout à fait à Mrs de l'Hostel dont je n'ay aucun lieu de me plaindre et où il n'y a rien à craindre quand une piece est bonne.» Que signifie ce passage, sinon que le théâtre du Marais, inférieur à l'Hôtel de Bourgogne pour la tragédie, a besoin pour se soutenir des pièces à grand spectacle? Si Corneille avait fait représenter _Sertorius_ par les comédiens de l'Hôtel, dirait-il qu'il ne veut point leur tourner le dos _tout à fait_?

Du reste, _Sertorius_ ne tarda pas à être joué par les troupes rivales. Le registre de Lagrange nous fournit à ce sujet des indications curieuses qui prouvent que la tragédie, dont le succès fut très-grand, fut jouée par la troupe de Molière avant d'avoir été imprimée. L'impression n'en fut achevée que le 8 juillet 1662, et la troupe de Molière la représenta, pour la première fois, le vendredi 23 juin 1662. Elle en donna trois autres représentations en 1662, neuf en 1663, trois en 1664, et vingt autres représentations de 1665 à 1670, soit, en tout, trente-neuf. Nous comprenons dans ces chiffres une représentation donnée, en 1664, à Villers-Coterets, chez Monsieur, où les comédiens séjournèrent du 20 au 27 septembre.

A l'époque de la mort de Corneille, le Manuscrit du Dauphin nous fournit la distribution suivante:

DAMOISELLES.

Aristie: _Chanmeslé_ Viriate: _le Comte_ Thamire: _Raisin_.

HOMMES.

Sertorius: _Chanmeslé_ Perpenna: _Dauvilliers_ Aufide: _le Comte_ Pompée: _Baron_ Celsus: _Beauval_ Arcas: _Hubert_, ou _Raisin_.

Au XVIIIe siècle, plusieurs acteurs se distinguèrent dans _Sertorius_. _Grandval_ remplit avec un grand succès le rôle du général romain (1758); celui de Viriate fut joué avec éclat par _Mlle Clairon_ et _Mme Vestris_.

La Comédie-Française a donné 107 représentations de _Sertorius_, de 1680 à 1814, savoir: sous Louis XIV: à la ville, 46; à la cour, 11;--sous Louis XV: à la ville, 24; à la cour, 1,--sous Louis XVI: à la ville, 7; à la cour, 4;--sous le Directoire, le Consulat et l'Empire: à la ville, 13; à la cour, 1. La pièce n'a pas été reprise depuis lors.

Vendu: 120 fr., vél., Huillard, 1870 (no 596); 102 fr., vél., et 155 fr., mar. r. (_Chambolle-Duru_), Potier, 1870 (nos 1233 et 1234).

81. SERTORIVS, || Tragedie. || _Imprimé à Roüen, Et se vend || A Paris, || Chez || Augustin Courbé, au Palais, en la || Gallerie des Merciers, à la Palme. || Et || Guillaume de Luyne, Libraire || Iuré, au Palais, en la Gallerie des || Merciers, à la Iustice._ || M. DC. LXII. [1662]. Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff., 82 pp. et 1 f. blanc.

Collation des feuillets prélim.: titre; 4 ff. pour l'avis _Au Lecteur_; 1 f. pour l'_Extrait du Privilége_ et les _Acteurs_.

L'extrait du privilége est le même que dans l'édition précédente. On lit à la fin: _Acheué d'imprimer le huitiéme Iuillet 1662. A Rouen par L. Maurry._

Cette édition n'a jamais été distinguée de la précédente par les bibliographes de Corneille.

XXVI

82. SOPHONISBE, || Tragedie. || Par P. Corneille. || _Imprimée à Roüen, Et se vend || A Paris, || Chez Guillaume de Luyne, Libraire Iuré, au || Palais, en la Gallerie des Merciers, || à la Iustice_; [ou _Chez Thomas Iolly, au Palais, dans la petite || Salle, aux Armes de Hollande, || & à la Palme_; ou _Chez Loüys Billaine, au second Pilier de la grand'Sale du Palais, à la Palme & au grand César._ || M. DC. LXIII [1663]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff. et 76 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre; 4 ff. pour l'avis _Au Lecteur_; 1 f. pour l'_Extrait du Privilége_ et les noms des _Acteurs_.

Le privilége, en date du 4 mars 1663, donne à _G. de Luyne_ le droit exclusif, pendant cinq ans, de publier deux pièces de théâtre des sieurs Corneille intitulées: _La Sophonisbe_ et _Persée et Demetrius_. De Luyne déclare associer à son droit _Th. Jolly_ et _L. Billaine_. On lit à la fin: _Acheué d'imprimer pour la premiere fois le 10. Auril 1663. A Roüen, Par L. Maurry._

L'histoire de _Sophonisbe_, reine de Numidie, que Tite-Live, Polybe et Appien ont racontée, est un des sujets qui ont le plus souvent inspiré les poëtes dramatiques modernes. Le premier auteur qui la mit au théâtre fut le Trissin. Il fit représenter sa tragédie à Vicence vers 1510. Cette pièce eut un grand succès, attesté par les nombreuses éditions que les libraires italiens en publièrent pendant tout le cours du XVIe siècle (_Sophonisba, tragedia_; in Roma, Lodovico degli Arrighi et Lautitio Perugino, 1524, pet. in-4;--in Roma, per Lodovico Vicentini [degli Arrighi], 1524, pet. in-4, seconde édition, avec deux lettres grecques sur le titre;--in Vicenza, per Tolomeo Janiculo, 1529, in-4;--_Di M. Giovangiorgio Trissino la Sophonisba, li Retratti, Epistola, Oracion al serenissimo Principe di Vinegia_; in Vinegia, per Ieronimo Pentio da Lecho, a instantia de Nicolo Garanta, 1530, pet. in-8;--[in Vinegia], per Al. Pag. Benacense, s. d., in-8;--_La Sofonisba, tragedia del S. Giorgio Trissino Vicentino_; in Vinegia, per Bernardo de' Bindoni, 1549, in-8;--in Vinegia, per Gabriele Giolito et Fratelli, 1553, 1562, 1585 et 1586, in-12;--in Vinegia, per Francesco Lorenzini, 1560, in-8;--in Genova, per Antonio Bellone, 1572, in-8;--in Vinegia, per Altobello Salicato, 1582, pet. in-12;--in Vicenza, per Perin Libraro, e Giorgio Greco Compagni, 1585, in-12;--in Venetia, per Michele Bonibelli, 1595, in-12, etc.). Un autre auteur italien, Galeotto Caretto, publia en 1546 une seconde _Sophonisbe_ qui ne fit pas oublier celle du Trissin (_La Sophonisba, Tragedia del magnifico Cavaliere et Poeta Messer Galeotto Carretto_; in Vinegia, appresso Gabriel Giolito de' Ferrari, 1546, in-8). La première _Sophonisbe_ fut traduite en prose française par Mellin de Saint-Gelais, et représentée à Blois, devant le roi, en 1559. Gilles Corrozet en publia deux éditions anonymes sous ce titre singulier: _Sophonisba, Tragedie tres excellente, tant pour l'argument que pour le poly langage et graves sentences dont elle est ornée; représentée et prononcée devant le Roy en sa ville de Bloys_; à Paris, chez Philippe Danfrie et Richard Breton, 1559, in-8;--à Paris, chez Richard Breton, 1560, in-8. Un peu plus tard, Claude Mermet en fit une nouvelle traduction en vers (_La Tragedie de Sophonisbe Reyne de Numidie, où se verra le desastre qui luy est advenu, pour avoir esté promise à un mary, et espousée par un autre; et comme elle a mieux aimé eslire la mort, que de se voir entre les mains de ses ennemis_; à Lyon, chez Léonard Odet, 1584, in-8). Corneille n'a pas connu les deux traductions que nous venons de mentionner, ou du moins il n'en a pas fait usage; il ne paraît pas non plus s'être servi de la _Mort courageuse de Sophonisba, par le Sieur de Reboul_ (Lyon, Jacques Roussin, 1597, in-12), tandis qu'il a eu entre les mains les deux imitations suivantes: _Sophonisba, Tragedie, par Anthoine de Montchrestien, sieur de Vasteville_; à Caen, chez la veufve de Jacques le Bas, 1596, in-8 (reproduite sous le titre de: _la Carthaginoise, ou la Liberté_, dans les _Tragédies_ du même auteur; à Rouen, chez Jean le Petit [1601], pet. in-8;--à Rouen, chez Jean Osmond, 1604, pet. in-12;--à Niort, chez Porteau, 1606, pet. in-12;--à Rouen, chez Martin de la Motte, 1627, pet. in-8); _La Sophonisbe, Tragedie, par le Sieur du Mont-Sacré (Nicolas de Montreux), gentil-homme du Maine_; à Rouen, chez Raphaël du Petit-Val, 1601, pet. in-12.