Au Hoggar

Part 8

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[Note 47 : Dans cette zone nous devons signaler la présence de travertins, en relation avec l’oued Tedjert, et près de Tisemt, observée par M. Buttler (communication orale).]

[Note 48 : Ou encore Takerkort-n-Ahaggar (le crâne de l’Ahaggar).]

[Note 49 : Je ne m’attarde pas sur ces divisions morphologiques, M. Jacques Bourcart en ayant fait une remarquable étude dans le bulletin de l’Afrique Française.]

[Note 50 : Ou la surrection du Massif cristallin par rapport à l’Avant-pays cristallin.]

[Note 51 : Ou si l’on préfère, de vastes mouvements orogéniques faisant osciller en ampleur les pénétrations marines dans le Sahara.]

[Note 52 : Il convient de ne pas oublier non plus la neige ; elle tombe encore parfois sur le Tahat. La neige a pu être plus abondante et plus fréquente à certaines époques du passé.]

DU PROJET DE TRANSSAHARIEN SOULEYRE * * * * * APTITUDE DU SOL A RECEVOIR UNE VOIE FERRÉE ET RESSOURCES EN EAU DANS LE MASSIF CENTRAL SAHARIEN[53] * * * * *

=I=

=Aptitude du sol à recevoir une voie ferrée de la Hamada de Tinghert aux Tassilis et dans les régions d’Amguid et de Raris.=

a) _De la Hamada de Tinghert aux Tassilis._

A condition de passer à une vingtaine de kilomètres à l’Ouest de Fort Flatters, à cause des sables, on pourra, de la Hamada de Tinghert aux Tassilis, faire passer la voie ferrée constamment sur un beau sol de « reg » (cailloutis) dont j’ai constaté l’immensité du haut de la pointe Nord du Djebel Tanelak (ou Adrar-n-Taserest) ; (ce reg est l’œuvre des oueds Ir’err’er et In-Dekak, dont j’ai aperçu les cours et le confluent du point précédent).

Eviter dans le tracé de passer dans le lit supposé de l’Ir’err’er et de l’In-Dekak : c’est la seule précaution à prendre dans cette région qui est exceptionnellement propice à l’établissement d’une voie ferrée.

b) _Région d’Amguid et de Raris._

Je ne connais pas le passage de l’Ir’err’er d’In-K’ebir (sur la carte In-Salah 1/1.000.000) à l’erg d’Amguid.

En effet, après avoir traversé le Tiniri-n-Taserest, j’ai gagné Tanout-Mellel (ou Tamellelt) dans l’oued In-Dekak.

Par contre j’ai séjourné un mois à Amguid et cette région m’est familière.

Sur le bord Est de la vallée de l’Ir’err’er on trouvera des terrasses d’alluvions très propices à l’établissement de la voie.

De nombreux mechbed très anciens montrent d’ailleurs le chemin à la voie ferrée.

Ensuite, après Titahouin-Tahart, la voie aura à éviter quelques sables puis pourra, en Pays cristallin, gagner Tesnou dans de très bonnes conditions par le vaste et plat pays de Raris à reg prédominant et les pays analogues et aussi propices de l’oued Taremert-n-Akh.

Dans ce pays de Raris et de l’oued Taremert-n-Akh la nature et la forme du sol (pays cristallin paeneplainisé) me paraissent ne donner _aucun sujet d’inquiétude_, ni soulever aucune difficulté à signaler.

=II=

=Ressources en eau.=

Sur le parcours dont je viens d’étudier la viabilité, je conçois l’établissement d’une Centrale d’eau au voisinage d’Amguid.

_Centrale d’eau d’Amguid._

a) EAUX DE SOURCE. — Dans la région d’Amguid, les sources actuellement existantes que je connais pour y avoir abreuvé mes chameaux, sont :

1º _La source de Titahouin-Tahart_ (T) ou Aïne-Kerma (A) ou Source du Figuier (F).

Cette source, située à la base de la falaise de Grès inférieurs des Tassilis qui forme le flanc Est de la vallée de l’Ir’err’er au voisinage des Conglomérats de base et de la Discordance tassilienne, ne tarit jamais (d’après les Touareg), son eau est toujours pure, claire, renouvelée et n’a rien d’une eau stagnante ; son abord est difficile, en raison des joncs et figuiers (de là son nom) qui en défendent l’accès et c’est une des raisons pour lesquelles, quoique l’eau y soit excellente, on y abreuve moins souvent ses chameaux qu’à Tin-Eselmaken, car les animaux sont effrayés par les joncs, refusent d’approcher jusqu’à l’eau et pour les désaltérer on doit apporter un abreuvoir et se fatiguer à le remplir d’eau par un va-et-vient de « dalou », ce que l’on évite en allant à Tin-Eselmaken qui se présente mieux à ce point de vue très spécial.

La Source du Figuier a permis autrefois de cultiver un jardin dont il existe encore les ruines. Quelques palmiers subsistent également, dont deux au moins sont en très bonne santé.

Je crois qu’en améliorant les conditions de captage, on pourra tirer de cette source une quantité d’eau appréciable.

La position de la Source du Figuier, assez au-dessus du lit de l’Ir’err’er, au pied de la falaise des Grès inférieurs des Tassilis, permettra d’amener son eau par gravité en conduite jusqu’à la Centrale d’eau d’Amguid ;

2º _Tin-Eselmaken._ — Par une profonde entaille dans la falaise qui forme le flanc Est de la vallée de l’Ir’err’er débouche la profonde gorge de Tin-Eselmaken, encaissée jusque-là dans les plateaux de Grès inférieurs des Tassilis internes.

_Les observations que j’ai pu faire sur la mare de Tin-Eselmaken sont les suivantes :_

_a)_ Le fond n’est pas rocheux ; par suite l’on ne saurait assimiler cette mare à un aguelmam typique, tel Afelanfela, près de Tiounkenin (dans l’Emmidir), tels Ens-Iguelmamen (dans l’Oudan, gara Ti-Djanoun), tel In-Ebeggi (dans le massif de l’Assgaffi, etc., etc.) ;

_b)_ L’eau à l’amont de cette mare est toujours pure alors qu’il n’en est pas de même à la partie aval.

Après un mois de séjour à Amguid, en même temps que des tribus de Touareg (Eaohen-n-ada et Kel-Amguid), qui possédaient un important cheptel de chameaux et surtout de chèvres, j’eus l’occasion de constater que en même temps que l’élargissement terminal aval de la mare avait considérablement diminué d’importance (en effet, alors qu’à mon arrivée c’était un plaisir d’y nager, à mon départ une grande partie était à sec et ce qui subsistait de cet élargissement terminal ne permettait pas des ébats de cet ordre), ce qui y restait d’eau était devenu une eau imbuvable, épouvantablement chargée d’urine de chèvre et de chameau, à tel point que, seul l’élargissement terminal de la mare se prêtant à l’abreuvage des bêtes (pour des raisons d’accès) et l’eau en étant refusée même par les chameaux, les Touareg avaient dû renoncer à abreuver leurs troupeaux à Tin-Eselmaken et recourir à la Source du Figuier, malgré le caractère fatigant qu’y ont les opérations d’abreuvage ;

_c)_ De nombreux poissons (_Barbus biscarensis_) animent les eaux de Tin-Eselmaken ; certains atteignent une taille de 20 et même 30 centimètres.

A mon arrivée dans la région d’Amguid ces poissons mettaient de la vie dans toute la mare ; dans la suite ils se réfugièrent en amont, là où l’eau était restée pure, ainsi que gyrinides, dysticides et autres bêtes de ces eaux[54] ;

_d)_ De nombreux lauriers-roses (Defla) couvrent les berges de la mare de Tin-Eselmaken ; on compte trois palmiers.

_De ces observations il résulte qu’on peut considérer la mare de Tin-Eselmaken comme permanente et constamment alimentée en amont._

Cette eau semble avoir pour origine la venue en surface de l’eau absorbée en amont lors des pluies par les alluvions de l’oued Tin-Eselmaken et qui jusque-là avait cheminé en profondeur dans ces alluvions.

On ne peut affirmer que cette source de Tin-Eselmaken n’est pas également en relation avec le contact à proximité en profondeur des Grès inférieurs avec les Schistes cristallins par les Conglomérats de base.

Les Grès inférieurs semblent en effet susceptibles d’être l’objet d’un réseau intérieur de circulation d’eau.

Au-dessus de Tin-Eselmaken on peut voir en effet, dans la falaise, et sur le flanc gauche, une ouverture à mi-hauteur d’où, lors des pluies, et pendant quelques jours après, l’eau sortirait en cascade (renseignements touareg).

Entre Tin-Eselmaken et la Source du Figuier, à mi-chemin à peu près, on peut également observer dans la falaise de Grès inférieurs et, assez au-dessus du contact par les Conglomérats de base avec les Schistes cristallins, une sorte de replat herbeux formant tache verte. Les Touareg me dirent qu’il y avait là une source appelée Tin-Tarabin par certains, alors tarie, mais qui coulait parfois après les pluies ; j’ai grimpé jusqu’en ce lieu escarpé et j’ai constaté la présence, au replat herbeux, d’un puisard (sans doute pour puiser l’eau absorbée par les terres du replat), ce qui confirme bien les dires des Touareg de l’existence d’un point d’eau à cet endroit ; un mechbed dans les éboulis et de nombreux tombeaux anté-islamiques (?) montrent que ce point d’eau fut même assez fréquenté et assez important.

Il n’y a donc pas de doute, les Grès inférieurs peuvent abriter dans leur sein une assez importante circulation d’eau.

Il n’en est pas de même en général dans les mêmes proportions _et de la même manière tout au moins_ des roches granitoïdes et des Schistes cristallins.

On comprend dès lors que le contact de ces deux roches puisse provoquer le rassemblement ou la liaison des eaux selon la ligne de contact, le gorgement par elles des fentes et divers chemins possibles de circulation d’eau au bas des Grès inférieurs et provoquer, par suite, des sources au voisinage du contact.

Lorsqu’il y a des fissures dans les Schistes cristallins ou des filons, les eaux peuvent descendre en dessous du contact, suivre les fissures ou cheminer entre la roche filonienne et la roche encaissante ; ainsi s’expliquent des sources en dessous de ce contact, dans le Cristallin, comme In-Ebeggi (des Tassilis) et d’autres situées le long de l’escarpement du bord interne des Tassilis internes. Ces sources sont rarement très en dessous du contact et il apparaît clairement que leurs conditions d’existence sont liées à l’existence voisine de ce contact.

On comprend donc que de même que pour la Source du Figuier, l’on puisse croire, pour la source de Tin-Eselmaken, qu’il y ait peut-être, outre les relations avec la nappe phréatique de l’oued Tin-Eselmaken, quelques relations entre son existence et le voisinage du contact des Grès inférieurs par les Conglomérats de base avec les Schistes cristallins.

Cette discussion théorique n’est pas déplacée ici, la détermination d’un mode habituel de gisement d’eau dans ces régions pouvant aider dans des recherches ultérieures.

Quel est le débit que l’on peut espérer de la source de Tin-Eselmaken ?

J’ai séjourné à Amguid en pleine chaleur ; l’évaporation était donc très intense ; la surface offerte par la mare d’Amguid est assez considérable ; le nombre de bêtes abreuvées par jour était d’environ 300 chèvres et 30 chameaux en moyenne ; la venue d’eau n’équilibrait pas cette perte d’eau puisque l’élargissement terminal fut en partie asséché en un mois.

_Je crois néanmoins que, dans de bonnes conditions de captage, on peut espérer tirer de Tin-Eselmaken un litre à la seconde._

L’eau de Tin-Eselmaken pourra être amenée par gravité jusqu’à la Centrale d’eau ;

3º _Source de Tihoubar_ (ou _Aïne-Bou-Mesis_). — Si l’on remonte l’oued Arami (ou oued Tounourt), cet oued qui débouche dans la vallée de l’Ir’err’er à quelques kilomètres au Nord de Tin-Eselmaken et du lieu-dit d’Amguid, on parvient après une quinzaine de kilomètres à un point d’eau très important appelé Tihoubar ou Aïne-Bou-Mesis[55].

Là, j’ai constaté la présence d’une source assez abondante d’eau excellente ; plusieurs palmiers, des ruines de jardins importants, de nombreux lauriers-roses, des roseaux, attestent de la richesse relative en eau de ces lieux.

La culture fut abandonnée récemment (il y a trois ou quatre ans), paraît-il, par suite de l’insécurité du pays.

Il semble qu’il y eut deux sources, mais une seule a subsisté, l’autre n’ayant pas été entretenue sans doute.

Cette source de Tihoubar est permanente (d’après les Touareg, entre autres Amaïs qui la connaît très bien, Aïne-Bou-Mesis étant dans son terrain de parcours un endroit de pâturage affectionné ; c’est Amaïs également qui récolte les quelques dattes que donnent les palmiers d’Aïne-Bou-Mesis).

Je crois qu’en améliorant le captage, en particulier en creusant plusieurs drains, on pourrait tirer du vallon d’Aïne-Bou-Mesis plus d’un litre à la seconde.

On pourrait amener par gravité cette eau jusqu’à la Centrale d’eau.

Telles sont les trois sources que l’on trouve dans le voisinage d’Amguid et qui pourraient alimenter la Centrale-Eau d’Amguid ;

_b)_ EAUX DE PUITS. — Mais là ne se bornent pas les ressources en eau dont pourra disposer cette Centrale-Eau ; si elles ne se montraient pas suffisantes, ou leur débit en dessous de mes prévisions, on pourra avoir plus d’eau par des puits :

1º _Puits de Tounourt._ — A l’endroit où l’oued Arami débouche dans la dépression de Tounourt (à quelques kilomètres d’Amguid) se trouve un puits peu profond (2 ou 3 m.) très abondant, appelé Tin-Tedjert, d’eau excellente[56] ; ce point fournira un apport sérieux. On pourra y mettre trois ou quatre puits.

D’autre part, des indices certains (présence de Tourha (T) ou Kerenka (A)[57] donnent le droit de compter dans la dépression de Tounourt, au parfait succès de puits de quelques mètres (4 à 6 m.) de profondeur ; les Tourha pourront servir d’indicateurs d’emplacements de puits.

Enfin, des puits seraient particulièrement bien placés juste avant (en amont) et dans le défilé par lequel l’oued Arami sort de la dépression de Tounourt et traverse la masse fortement relevée des Grès inférieurs pour se jeter dans l’oued Ir’err’er.

La dépression de Tounourt permet donc l’établissement d’un précieux champ de puits de faible profondeur (4 à 6 m.) bien alimentés, semble-t-il, particulièrement à l’entrée et vers la sortie de l’oued Arami (ou oued Tounourt) et à quelques kilomètres de la Centrale d’eau.

2º _Puits de l’Ir’err’er._ — Enfin on pourra creuser un puits dans les alluvions de l’oued Ir’err’er.

Ce puits serait bien placé à la hauteur du défilé de l’oued Arami (d’ailleurs, sur la carte au 1/800.000, il est marqué un puits en cet endroit : les Touareg en ont été très étonnés et m’ont dit n’avoir aucun souvenir qu’il y ait eu jamais un puits là, je n’ai donc pu avoir aucun renseignement sur la profondeur de ce puits) ; l’emplacement indiqué sur la carte serait excellent.

Ce puits sera vraisemblablement très bien alimenté : n’est-ce pas dans cette région d’Amguid que se réunissent probablement dans les alluvions, en profondeur, toutes les eaux du bassin supérieur si vaste de l’Ir’err’er ?

Je ne peux donner aucune indication sur la profondeur à laquelle on trouvera le roc et jusqu’à laquelle on devrait creuser le puits pour traverser toutes les nappes aquifères de ces alluvions et avoir le rendement maximum en eau.

On a déclaré qu’il y avait là, en profondeur, des eaux artésiennes ; je ne le crois pas, mais ce n’est pas impossible, des niveaux argileux pouvant emprisonner des eaux en charge (la charge venant de l’amont).

_c)_ CONCLUSION. — _On voit que les ressources en eaux dont pourrait être dotée la Centrale-Eau d’Amguid sont très satisfaisantes pour le pays (et pourtant je n’ai envisagé que les eaux très proches d’Amguid et n’ai parlé ni des barrages-citernes, que l’on pourrait établir, ni des eaux que l’on pourrait rechercher par sondage en roche)._

Cependant je tiens à attirer l’attention sur ce que le pays d’Amguid n’ayant jamais été l’objet d’une succion d’eau aussi intense que celle qui serait faite au cas où on réaliserait ce projet, on peut craindre à la suite de périodes sèches trop longues le tarissement de certaines sources et de certains puits, mais je ne crois pas de la totalité.

_L’emplacement de cette Centrale-Eau qui serait le plus favorable, serait le point de la voie qui nécessiterait la moindre longueur de connexions avec les différents points d’eau._

_Je crois qu’elle serait bien placée à côté du puits de l’Ir’err’er._

* * * * *

[Note 53 : Extrait d’un rapport fait pour M. Fock par l’auteur de ce travail.]

[Note 54 : L’absence de _Branchipus_ à Tin-Eselmaken semble indiquer que les eaux de Tin-Eselmaken ne sont pas stagnantes.]

[Note 55 : Il n’est pas marqué sur la carte au 1/1.000.000.]

[Note 56 : Lorsque j’ai passé à Tounourt ce puits était comblé, l’oued Arami étant « venu » récemment. J’ai fait boire mes chameaux à un « abankor » voisin qui traduisait l’état encore très gorgé d’eaux des alluvions de l’oued Arami, par suite de cette dernière venue.]

[Note 57 : _Calotropis procera_.]

II

ÉTUDES BOTANIQUES * * * * *

DE LA FLORE DU MASSIF CENTRAL SAHARIEN OU DE LA FLORE DU PAYS TARGUI

(Caractères généraux) * * * * *

Nous avons vu précédemment que la flore des pays crétacico-tertiaires sud-constantinois, du Sahara arabe, flore de pays de vastes sables et d’immensités calcaires en général à faibles reliefs tabulaires, de pays géologiquement et morphologiquement plutôt monotones constituait une végétation dont la note dominante caractéristique était donnée par l’abondance des Salsolacées et était elle-même une flore monotone et peu variée.

La flore du Massif Central Saharien[58] au contraire est variée, diverse, et les Salsolacées n’en sont plus la note essentielle.

Elle est plus variée, en effet, d’aspect général déjà et pour l’œil d’un observateur non spécialement botanique car alors qu’en Sahara arabe la végétation se borne d’ordinaire à des buissons et à des touffes, ici, dans le Massif Central Saharien les arbres sont bien représentés et souvent fort beaux dans les lits d’oueds.

Ceci est un des caractères du pays des touareg, qui a frappé tous les explorateurs qui l’ont visité ; il a même prêté à des exagérations issues du contraste que l’on voulait marquer entre le Sahara que l’on venait de traverser et le pays où l’on arrivait.

Ce caractère tient à ce qu’en pays targui les oueds encaissés et humides sont nombreux, alors que dans les pays crétacico-tertiaires sud-constantinois c’est une rareté, limitée en général dans les régions que nous avons parcourues au Tademaït et au Tinghert (dont nous avons noté précédemment les quelques arbustes et arbres).

* * *

DES ARBRES ET ARBUSTES DU PAYS TARGUI.

L’étude de ces arbres va à elle seule nous montrer le caractère varié de la flore ahaggarienne en même temps que le changement qui se produit dans la végétation quand l’on passe du Sahara arabe en pays targui.

1º Le _Tourha_ (T) ou _Kerenka_ (A) ou _Calotropis procera_ Ait.[59].

C’est là un arbre qui frappe dès que l’on arrive en pays targui par ses feuilles d’un vert franc et grandes.

Je ne l’ai pas trouvé dans le Sahara arabe.

Je l’ai observé dès Tanout-Mellel (où un bel exemplaire est situé à quelques mètres du puits), dans le Tahihout, l’oued Tounourt, l’oued Khanget-el-Hadid et l’oued Tilia, etc.

On voit que sa limite Nord correspond à peu près à celle du pays targui, du Massif Central Saharien, vers le Nord.

Il est très répandu dans l’Ahaggar où on en voit de très beaux exemplaires qui atteignent une taille de 5 ou 6 mètres. Citons ceux de l’oued Iskaouen (dans les Tassilis internes), en particulier à Inémiragen, ceux du cirque intérieur du Tellerteba, ceux des ravins du massif du Tala-Malet qui débouchent dans l’oued Inouaouen, etc.

C’est un arbre qui ne croît que dans les lieux très humides ; il est un indice sûr qu’en creusant on trouvera de l’eau au maximum à 4 mètres de profondeur.

Il est très répandu au Soudan.

Voilà déjà une des caractéristiques de la flore targuia : on y trouve de nombreuses plantes actuellement, principalement répandues au Soudan et inconnues dans les pays crétacico-tertiaires sud-constantinois ;

2º Le _Telôkat_ (T) ou _Ficus eucalyptoïdes_, Batt. et Trab. Voilà un arbre spécial à l’Ahaggar et il est fort beau. Lui aussi a des feuilles, de vraies feuilles, qui ressemblent à celles de l’Eucalyptus ; c’est une chose qu’on n’est pas accoutumé à voir en Sahara arabe où les quelques arbres que l’on trouve (je fais abstraction du _Populus Euphratica_, qui est localisé dans l’oued Mya), les Tamaricinées n’ont rien de comparable comme appareil foliaire.

J’en ai vu deux superbes exemplaires, l’un dans le massif du Briri, au-dessus de la source appelée Naher, et l’autre dans l’Oudan, au bas de la célèbre gara Ti-Djanoun, à quelques mètres de l’aguelmam de l’oued Ens-Iguelmamen, où il est associé au _Nerium Oléander_ ; enfin, j’en ai vu de nombreux exemplaires de petite taille, un vrai peuplement, sur le flanc Ouest du Briri, en aval de Naher.

D’après les Touareg, cet arbre est répandu dans les vallées profondes et humides du Tifedest-Ta-Settefet.

Jusqu’à maintenant il n’était connu que par la description de Battandier et Trabut, d’après les rameaux et fructifications transmis par le général Laperrine à ces savants botanistes ; il était indiqué des Tassilis de l’Ajjer.

D’après mes observations, il est donc répandu également dans le Pays cristallin, dans le Tifedest ;

3º Le _Telôkat_ (T) ou _Ficus Telôkat_ Bat. et Trabut.

Je n’ai pas rencontré cet arbuste voisin du précédent ; il est cité du Tassili de l’Ajjer ; il est probable qu’il se trouve également dans le Pays cristallin, dans le Tifedest en particulier.

Ces deux _Ficus_ ne sont connus que du Massif Central Saharien : leur existence souligne l’individualité de cette flore ; ils appartiennent à une section de _Ficus_ dont ils sont les représentants les plus septentrionaux : ils accusent donc également des affinités soudanaises beaucoup plus que septentrionales dans les caractères essentiels de la flore persistante du Massif Central Saharien ; c’est ce que l’on constate en général aux altitudes point trop élevées ;

4º Le _Tamat_ ; c’est un _Acacia_ voisin du _Teleh_, que nous avons cité comme apparaissant dans le Tademaït et la Hamada de Tinghert (et venant du Sud).

Il s’en distingue par ses fleurs en boules jaune d’or (alors que celles du _Teleh_ sont de couleur blanchâtre) très parfumées, par ses fruits non en tire-bouchon comme ceux du _Teleh_, par son allure particulière et son habitat (en général il est plus exigeant d’humidité que le _Teleh_).

Chudeau le qualifie d’_Acacia arabica_ Willd. ou _A. Adansonii_ Guill. et Perr., mais il lui donne une répartition très méridionale.

Dans les comptes rendus de la mission Foureau-Lamy il est qualifié d’_Acacia Trentiniani_ A. Chev. Mais il est indiqué comme sans feuilles ni fleurs de février à octobre, et j’ai vu des _Tamats_ en feuilles en mai.

Le Dr Bonnet le considère comme étant l’_Acacia Seyal_ Delc.

Il semble que sa limite Nord soit celle du Massif Central Saharien, qu’il ne pénètre pas dans les pays crétacico-tertiaires sud-constantinois.

Je l’ai trouvé en particulier représenté par un beau peuplement à Titahouine Tahart (près d’Amguid) et à Tihobar (appelé Aïne-bou-Mesis par les Arabes), près de l’oued Arami (également dans la région d’Amguid). C’est encore un arbre plus ou moins soudanais, qui apparaît en venant du Nord, dès qu’on pénètre dans le pays targui. Sa taille n’atteint généralement pas celle du _Teleh_ et il est presque toujours en forme de parasol ;

5º L’_Ahtès_ (T), peut-être ? l’_Acacia albida_ Del.

C’est un arbre généralement de grande taille mais plutôt rare. Je ne l’ai rencontré qu’en trois endroits : à Tihoubar, ou Aïne-bou-Mesis (à l’est d’Amguid), dans l’oued In-Ebeggi (près de l’oued In-Sakan) et dans l’oued Terrinet (près d’Idelès) (là associé à une plante grimpante, une sorte de liane accrochée aux basaltes) ; ces trois endroits étaient très humides, il semble donc qu’il exige beaucoup d’humidité.

Ces localités suffisent pour montrer qu’il est répandu dans tous le pays targui et remonte au Nord jusqu’à ses confins.

Il est cité comme du Damergou par Fouraut ; encore une limite à remonter vers le Nord, jusqu’aux confins septentrionaux du Massif Central Saharien.