Part 12
Le 9, marchons tout le jour sur un vaste reg à végétation de _Ressel_ et _Nessi_, pour arriver le soir au Djebel Tanelak (ou Adrar-n-Taserest), vers la terminaison Nord de cette chaîne de Tanelak, contre laquelle, face Est, trouvons un intéressant pâturage à _Had_, _Ageran_, _Nessi_, _Acheb_ (_Goulglane_) et _Chgar_.
Nous avons rencontré les traces d’un canon de 80 qui a passé par là il y a trois ans, paraît-il, lors d’une campagne contre les Touareg de l’Ajjer. Le désert conserve bien les traces.
Contre la montagne, nous trouvons des amas de troncs d’arbres magnifiques, qui nous servent à faire nos feux ; ces amas de bois semblent témoigner en faveur d’un passé plus humide, encore assez récent, car actuellement comme arbres il n’y a plus rien dans cette région.
Je monte sur le haut de la montagne contre laquelle nous sommes adossés ; de là, j’aperçois la gara Khamfoussa (Egeleh) à l’Est, et au Nord-Nord-Ouest le confluent de l’oued In-Dekak et de l’Ir’err’er, ainsi qu’un immense _Teleh_ isolé au milieu du reg.
Sur ce sommet un tombeau (ou un signal ?) avec deux branches divergentes.
Nous établissons le camp non loin d’une tranchée, témoin des luttes des Touareg de l’Ajjer contre nous.
Le 10, traversons le Djebel Tanelak ; c’est un simple anticlinal de grès, d’âge indéterminé, subméridien, avec une tendance vers la direction Nord-Ouest-Sud-Est, un peu ensablé ; traversons un vaste reg, un tiniri, où ne pousse que du _Ressel_ rare, pour arriver, après une soixantaine de kilomètres, à des collines de l’autre côté de ce tiniri ; contre ces collines, il y a un léger ensablement avec _Had_ et _Nessi_.
Le 11, repos pendant que les chameaux vont s’abreuver à quelques kilomètres à un aguelmam (Redir) (A) laissé par les dernières pluies.
Je monte sur les collines voisines ; nous sommes encore contre le flanc Est d’un anticlinal plus ou moins subméridien de grès.
Le 12, marchons sur le reg, vers le Sud-Sud-Est, c’est-à-dire à distance des reliefs de notre droite. _Ressel_ et _Nessi_.
Campons dans un pâturage d’_Arta_ et de _Had_ près d’un _Teleh_ visible de loin.
Trouvons des débris d’œufs d’autruche.
Le 13, en continuant notre marche vers le Sud-Sud-Est, nous trouvons des oueds avec une végétation beaucoup plus riche, au bas des montagnes des Tassilis ; nombreux _Telehs_ et pâturages excellents.
J’observe la présence de nombreux tombeaux, dont un remarquable, avec autour des pierres levées en cercle. Il y a des tombes de modèles divers.
Nombreux fossiles dévoniens.
Campons dans un bosquet de _Telehs_.
Le 14, remontons la gorge de l’oued Tassirt qui traverse les Tassilis externes ; à l’entrée de cette gorge, encore des tombes de modèles variés ; la gorge est encaissée ; j’y observe un premier et bel _Agar_.
Dans cet oued de très nombreux mechbeds marquent l’importance de ce passage.
Puis arrivons à un col d’où l’on découvre la dépression du Tahihaout au Sud. Il y a là une « capture » en train de s’accomplir et le haut de l’oued Tassirt semble encore hésiter entre l’oued qui descend vers le Tahihaout et celui que je viens de suivre.
Descendons vers la dépression du Tahihaout dans des schistes argileux blancs ou violacés (Silurien). Surprenons un mouflon.
Campons au pied de la gara Tabahout, une gara d’argiles schisteuses violettes (Silurien) où l’on trouve de nombreux tombeaux ; il y a là une belle végétation de _Tamarix_, d’_Arta_, etc.
Dans les schistes argileux de la gara sont creusées des excavations qui m’intriguent beaucoup : sont-ce des tombes vides ou de futures tombes ?
Le 15, gagnons par une marche Ouest-Est, dans la dépression du Tahihaout, le point d’eau de Tanout-Mellel qui se trouve à l’issue de ce mader vers l’oued In-Dekak.
Nombreux et beaux _Tamarix_, _Arta_, _Chobrok_, _Kerenka_, etc.
Passons près d’une gara avec de nombreux tombeaux islamiques (avec enceintes orientées vers la Mecque par des Mirabs) et une inscription de tifinar. Nombreuses gazelles.
Campons près du puits de Tanout-Mellel, à l’entrée de la gorge de l’oued In-Dekak.
Le 16, repos à Tanout-Mellel. Les chameaux s’abreuvent.
Je monte sur la crête des Tassilis externes, d’où j’aperçois au Nord la barre rosée des dunes de l’Erg d’Isaouan-n-Tifernin, et au Sud, belle vue sur la dépression intra-tassilienne correspondant aux Schistes à Graptolithes ; plus au Sud les Tassilis internes bordent l’horizon ; on y distingue les lignes sinueuses, profondément gravées des oueds Iskaouen, In-Defar, etc.
Le 17, j’étudie le bord Nord du Tahihaout, c’est-à-dire le bas des escarpements qui terminent les Tassilis externes sur le Tahihaout, les gara Idaouaren et Timakaratin.
Je trouve dans les Schistes argileux un gisement de Graptolithes.
Traversons ensuite le Tahihaout, laissant à gauche l’erg Tahihaout qui ensable les escarpements au Sud-Est de Tanout-Mellel, et gagnons l’entrée de la gorge de l’oued Iskaouen dans les Tassilis internes.
Campons là à In-Dela, près d’un vrai bois de superbes _Telehs_, non loin des garas Tinihesser et Tinakerkor.
Le Tahihaout est une étendue de pâturages qui joue un rôle important, ainsi que ses points d’eau, sur la grande piste Est-Ouest d’In-Salah à Rat, à la limite des terrains de parcours de l’Ahaggar et de l’Ajjer.
C’est un mader où les Touareg de l’Ahaggar nomadisent volontiers quand ils ne craignent pas les rezzous des Touareg de l’Ajjer.
Le 18, je remonte l’oued Iskaouen, un magnifique « cañon » creusé dans les Grès inférieurs.
Il y a beaucoup d’humidité, une belle végétation, des _Lauriers-roses_, des _Tamarix_, des _Kerenka_, des _Telehs_ et de nombreux abankors (tilmas [A]) qu’il faut connaître.
A Taragaïn, un marécage permanent avec _Berdi_ (Typha) où les mouflons viennent boire.
Nous campons au confluent de l’oued Oihaken et de l’oued Iskaouen, près d’un point d’eau tenant de l’abankor et de l’aguelmam : In-Emiragen. La végétation est là fort belle ; entre autres, il y a de très beaux _Kerenka_[93]. Ce confluent est une rencontre grandiose de gorges magnifiques et partout les affluents ont constitué des reculées ruiniformes extraordinairement pittoresques.
Le 19, nous remontons toujours l’oued Iskaouen dans notre marche vers le Sud.
La vallée, d’abord encore étroite et encaissée, avec toujours de beaux arbres (_Teleh_, _Etel_, _Kerenka_) et _Chobrok_, _Girgir_, _Arta_, un peu de _Bel-Bel_, _Lavande_ (?), _Réséda_, _Mourkba_, s’élargit et le Cristallin que laissaient pressentir les nombreux et gros cailloux de roches aux couleurs vives et variées de granits, gneiss, etc. du thalweg de l’oued jusque-là, apparaît sous les Grès inférieurs, placés en discordance dessus.
La vallée s’élargit de plus en plus, les grès étant réfugiés de plus en plus haut avec leurs falaises, sur des flancs de vallée en Cristallin couverts d’éboulis.
On a une impression de vraie montagne. Il y a de nombreuses terrasses d’alluvions sur le bord de l’oued qui, ici, s’ouvre après sa gorge étroite en un réseau confus de nombreux petits affluents sillonnant le Cristallin.
Nombreuses tombes variées et en particulier une tombe de marabout auprès de laquelle s’élèvent des pyramides de pierres, tumuli créés par le respect des passants qui se traduit ainsi.
Des mosquées à la manière targuia, c’est-à-dire constituées par la différenciation d’un lieu de prières sur le sol dessiné par des pierres et orienté par rapport à la Mecque, se montrent nombreuses (j’avais aperçu la première à Teouit).
Un homme tue un lièvre ; c’est un gibier courant en pays targui, et j’aurai dorénavant souvent l’occasion d’en manger.
Nous nous élevons difficilement dans un chaos confus de boules énormes provenant de la démolition des granits, et, par endroits, au milieu de schistes cristallins injectés de pegmatites roses, jusqu’à un col qui marque la fin du bassin de réception de l’oued Iskaouen et le seuil de la région tassilienne.
Là se trouve la source d’In-Ebeggi ; dans les flaques d’eau d’In-Ebeggi se trouvent de nombreux tétards.
Puis nous descendons dans la zone déprimée de l’Avant-pays cristallin.
Nous campons dans l’oued Tin-Sebra, avec _Chobrok_ et _Mourkba_, ayant terminé la traversée de l’Enceinte tassilienne, Tassilis externes (oued Tassirt) et internes (oued Iskaouen). Les falaises haut perchées des Tassilis internes dominent ce Pays cristallin au Nord. Nous sommes dans une avancée de ce Pays cristallin qui pénètre les Tassilis à la faveur de l’oued Tin-Sebra.
Le 20, même campement dans l’oued Tin-Sebra. Repos pour les chameaux, et je vais escalader le mont Bellellen, à l’Est du camp, mont couronné par une avancée des Grès inférieurs.
Le Targui Amdor, parti à la chasse dans les Tassilis, tue un mouflon. Les mouflons sont particulièrement abondants dans l’Enceinte tassilienne.
Le soir, l’orage gronde ; notre camp est dans le lit de l’oued. Amdor craint que l’oued ne vienne et que ce ne soit un désastre pour nous ; je le vois dans la nuit et la pluie, courir en cercle autour du camp, un brandon enflammé à la main ; c’est sans doute pour conjurer le mauvais sort et établir un cercle protecteur selon de vieilles croyances, un cercle sacré. On sait que les Touareg observent le passage des gazelles qui est faste ou néfaste. On observe ainsi nombre de souvenirs religieux divers, reliquats de croyances anté-islamiques.
Le 21, nous atteignons, à travers un pays de schistes cristallins, sans végétation et pas montagneux, usé, raboté et plus ou moins ennoyé dans son ensemble, le coude de l’oued Tidjert où nous trouvons un pâturage à _Chobrok_ et des bouquets d’assez beaux _Etels_.
A l’Ouest, deux montagnes escarpées, la gara Tersi et la gara Holla, se dressent très haut, surtout la seconde, et étonnent par leur fière allure au milieu de ce pays raboté dans son ensemble.
A l’Ouest, au loin, les crêtes des Djebel Zelaten et Timbelleret.
Le 22, par une marche Ouest-Est, je gagne la gara Holla, en passant au Nord de la gara Tersi et à son pied.
La gara Tersi est un synclinal des Schistes cristallins qui reste curieusement en relief sur les pays aplanis qui l’entourent.
La gara Holla possède un couronnement de Grès inférieurs.
Je fais l’ascension de la gara Holla, ascension difficile car le plateau terminal de Grès inférieurs qui la couronne est entouré par une très haute falaise. Il faut l’aborder par le Nord-Ouest.
Du sommet, la vue est extrêmement étendue et superbe sur l’Avant-pays cristallin, les Tassilis, l’Edjéré, etc.
Ce point conviendrait bien comme point géodésique pour établir la carte, étant visible de fort loin ; la gara Ti Djenoun, la gara Maserof et le sommet du Tellerteba, joint à la gara Holla constitueraient de bons points pour établir le canevas.
Je fais un tour d’horizon.
On aperçoit les escarpements des monts Iguelmamen, les monts Iadjen, les trois garas Ierden, la gara Tiski, les monts Ifedaniouen, l’erg Tihodaïn, le massif de l’Ounan, l’oued Isoras, la plaine de l’Amadror, peut-être le Tellerteba, la gara Maserof, l’Egéré avec l’Oudan et la gara Ti-Djenoun, le Djebel Tin-Tirelalamin, et la vallée de Tanombella, le Djebel Timbelleret, avec le Oilahunka et le Touferert, le Djebel Zelaten, la gara Tersi, l’éperon des monts Ahellakan et l’oued et l’erg Taheret.
Puis, par une marche Nord-Est-Sud-Ouest, nous regagnons l’oued Tedjert.
Le 23, nous suivons l’oued Tedjert, oued avec une belle végétation et de très beaux pâturages de _Chobrok_ et d’_Acheb_ (_Chaliate_). Nous passons aux points d’eau de Tin Edejerid et Tinadegdeg.
_Cette voie de l’oued Tedjert paraît avoir joué un rôle des plus important (c’est d’ailleurs un parcours excellent), car il y a un développement très grand de mechbeds et de nombreux signaux, tombes variées, mosquées, abris à chevreaux et emplacements de tentes, en particulier à Tinadegdeg, qui paraît avoir été un point extrêmement important._
Il y a des tombes musulmanes avec témoins, des tombes en tumuli coniques, parfois tronquées au sommet et présentant un creux (comme un cratère), des tombes simplement en gâteau rond soigneusement bâties, avec une sorte d’ouverture au milieu, des tombes enfin avec tout un système de cercles, de guirlandes, de pierres, de tumuli, d’allées, le tout orienté, que les Touaregs considèrent comme des lieux sacrés, et qui ne sont peut-être pas des tombes (?).
Les mosquées, toutes orientées, sont de dessins variés.
Les redjems, signaux aux formes multiples, paraissent dépendre d’une sorte de code et permettraient sans doute, en en possédant la clef, de se diriger et de vivre seul dans ces régions au moyen de leurs indications, que certains Touareg, sinon tous, paraissent comprendre mais tenir secrètes.
Il y a peut-être parmi eux des sortes de monuments votifs ?
Tous ces monuments lithiques mériteraient une étude précise, mais elle sortirait du cadre de ce travail.
Ces monuments divers mériteraient en particulier des fouilles méthodiques pour savoir ce qui est tombe. La région de l’oued Tedjert se présente comme particulièrement intéressante à ce point de vue.
Nous campons à l’abankor Ahallellen.
Le 24, nous arrivons, toujours en remontant l’oued Tedjert à l’abankor Tin-Edness au milieu des basaltes.
Là a campé et s’est abreuvée la mission Flatters avant de traverser l’Amadror. Les deux palmiers existent encore entre lesquels fut fait le puisard qui servit à abreuver la mission.
On compte six palmiers à Tin-Edness.
Actuellement, un puisard bien alimenté se trouve un peu en amont.
La vallée est assez humide ; en aval et en amont se trouvent quelques aguelmams, dont In-Arab, à sec cette année, alors que les autres possèdent encore de l’eau.
J’aperçois des perdrix. Dans un petit aguelmam de nombreux crustacés, et un canard mort.
On tue un serpent très fin.
La colonnade de basalte de la rive gauche de l’oued de Tin-Edness est couverte d’inscriptions verticales de tifinars, élégantes et solides archives ; je prends la copie d’une partie de ces inscriptions.
Au Sud-Est dans le voisinage immédiat de l’abankor se trouve un de ces systèmes anciens et orientés d’allées, de cercles, de tumuli qui sont peut-être de vieilles tombes, et, brochant sur le tout, une tombe plus récente, pas encore musulmane, en gâteau rond, bien bâtie.
Le 25, même camp. Je gagne la gara Maserof, dont je fais l’ascension. De là, on a une belle vue sur les volcans et les coulées étagées de la région de Tin-Edness.
Je passe près d’un volcan dont les brèches des flancs sont creusées de nombreuses cavernes.
Ces grottes ont été très habitées ; de nombreux mechbeds sillonnent les environs de ce volcan à cavernes et attestent de l’importance de cette montagne au point de vue humain.
Dans une de ces cavernes, une des plus belles, je trouve de vieilles selles, de vieux ustensiles touareg en bois (grands récipients, sortes de pelles sculptées, etc.) et des instruments de pierre taillée.
Près de la gara Maserof se trouve une tombe (Aseka) célèbre — les Touareg du moins disent que c’est une tombe — ; c’est un monument lithique orienté. J’observe encore dans ces régions des tombes en gâteau rond bien bâties, avec un trou circulaire au milieu.
Il y a d’autres monuments lithiques divers, dont je prends toujours les croquis.
Le 26, même camp. Je retourne à la montagne des cavernes ; je fais des fouilles légères dans la caverne principale, c’est-à-dire une petite tranchée dont je passe les terres au tamis.
Cela me permet de découvrir tout un outillage de pierre taillée, dont des pièces très fines et de matière choisie avec recherche. Je trouve également des fragments de coquilles d’œufs d’autruche percés pour en faire des colliers, des agates travaillées également en perles pour colliers, des poteries avec ornementation due à un moule de vannerie, etc., etc.
La chose la plus curieuse certainement est la présence de nombreux débris d’Amazonites (Feldspath vert émeraude) apportés là pourquoi ?... Cela fait penser aux célèbres émeraudes garamantiques de Carthage...
A signaler également la présence d’une coquille de mollusque terrestre. C’est là, semble-t-il, une preuve encore que ces régions ont jadis possédé un climat plus humide.
J’étudie toute la montagne et, dans une autre caverne, je trouve deux beaux fusils à pierre à long canon avec crosses ornées d’incrustations de nacre et de corail et finement sculptées, avec canons et batteries signées, l’un de Marseille, l’autre de Londres... Ces deux fusils sont de fabrication ancienne (Louis XV) ; que font-ils ici ?...
Ce fait est peut-être à rapprocher des lames de glaives touareg avec devises françaises que l’on rencontre souvent... Ce sont là probablement de vieilles armes razziées jadis dans le Nord et utilisées comme on a pu...
Dans la caverne où je trouve ces deux fusils, il y a un amoncellement de cornes de gazelles, mouflons, etc... Quel ravage firent ces deux fusils dans les gazelles d’antan !
Sur un méplat de la crête du volcan, je trouve un curieux monument lithique : c’est un croissant sans grand relief, soigneusement bâti, avec en son milieu une dépression et une fine lame de schiste fichée dedans ; ce croissant est posé sur une partie plane de la crête du volcan d’où on a une superbe vue.
Je fouille ce croissant et ne trouve rien légitimant l’hypothèse d’une tombe. Je me demande si ce ne serait pas un très soigné signal.
Je n’ai pas observé un seul autre monument analogue en pays targui.
Dans la partie Sud de cette montagne se trouvent des tombes (?) en gâteaux ronds, mais avec des branches divergeant du centre et ailleurs de très grands tumuli coniques tronqués.
Le 27, continuons les fouilles de la caverne.
Le 28, également.
_Toute cette montagne a donc été un centre très habité, et de longue date ; la fouille en règle de ces cavernes, tombes, tumuli, etc., donnerait peut-être des résultats intéressants sur les civilisations qui semblent s’y être succédé._
Le 1er mars, nous passons près d’un ancien point d’eau dont les environs sont abondants également en monuments lithiques divers, _qui indiquent encore combien cette route de l’oued Tedjert a dû être importante ; elle a dû être une route transsaharienne d’autant plus fréquentée qu’elle passait par la saline de l’Amadror_[94].
D’ailleurs elle paraît encore utilisée quand les démêlés entre gens de l’Ajjer et gens de l’Ahaggar n’enlèvent pas toute confiance dans ces régions situées entre les terrains de parcours de ces deux groupes de Touareg.
Gagnons un cratère à double pente, admirablement conservé, à l’Est du pays montagneux : il comporte deux entonnoirs accolés et des tufs ruiniformes avec cavernes, jadis habités aussi, car on y trouve des instruments taillés.
Dans les entonnoirs, au fond, se trouvent de grands tumuli ; ce qui me fait penser que les tombes en grands tumuli coniques sont contemporaines des dernières industries de la pierre dans ces régions. Les grands tumuli ont été placés, semble-t-il, de préférence dans les cratères, où j’en ai observé régulièrement.
De petits cratères d’explosion se trouvent au pied Est de ce volcan.
Gagnons, au milieu des volcans et des coulées, l’oued In-Reggi, où nous campons. Beaux pâturages avec superbes _Teleh_.
Le 2, arrivons au volcan, dont je fais l’escalade, et à la saline célèbre de Tisemt de l’Amadror.
Apercevons au loin une grande antilope.
Puis campons dans le bois d’_Arremen_ et _Tamarix_, qui se trouve à quelques kilomètres de la saline.
Il y aurait eu là autrefois, d’après Anaba-ag-Amellal, un puits profond d’eau salée.
Le 3, nous commençons la traversée de l’Amadror en suivant à travers le reg le mechbed Nord-Sud des convois de sel, puis appuyons sur le bord Ouest pour tenter de trouver un peu de pâturage ; il n’y a pas grand’chose, qu’un peu de _Nessi_ et de _Chobrok_ très sec ; à signaler la présence de _Phar-phar_ ; il paraît que cette plante mangée à jeun, sans autre nourriture, est dangereuse pour les chameaux.
Le 4, nous continuons à traverser la vaste plaine de l’Amadror, en appuyant sur le bord Ouest.
Je trouve une boule de grès, parfaitement ronde, qui me paraît œuvre humaine ; serait-ce un boulet de catapulte ? Les Romains seraient-ils venus jusqu’ici ?
Toujours le reg, avec toujours quelques maigres touffes de _Nessi_ et un peu de _Chobrok_.
On aperçoit le superbe massif de Tellerteba sur l’autre rive, silhouette magnifique, dont les mirages se jouent.
Nous modifions notre marche qui devient Nord-Ouest-Sud-Est, pour venir camper dans l’oued Amadror où nous trouvons quelques arbustes et du _Chobrok_.
Le 5, nous continuons notre marche sur le Tellerteba, marche presque Ouest-Est maintenant. Nous passons près d’un beau bouquet d’_Etel_, isolé dans la plaine de l’Amadror sur une butte de terre maintenue par ses racines. C’est là sans doute un reste des temps plus favorisés. Nous campons sur le reg nu.
Dans la plaine de l’Amadror, Voinot signale qu’il a vu des traces d’autruches ; je n’en ai point vu ; donc, depuis, l’autruche semble avoir encore accentué sa retraite vers le Sud.
Le 6, nous arrivons à l’autre bord de la désolée plaine de l’Amadror, au pied Ouest du Tellerteba. C’est un magnifique massif, très romantique, que le Tellerteba, avec sa profonde entaille pleine d’ombre dont on se demande à quels lieux infernaux elle mène, au milieu de ces monts vertigineux et prismés.
C’est toujours du Cristallin avec du Volcanique ancien surimposé et que l’inversion du relief a perché, ainsi que peut-être également un effondrement.
Après avoir pâturé dans l’oued Tihourag où nous trouvons de l’_Arta_, nous contournons le Tellerteba et arrivons dans l’oued In Sakan, où nous rencontrons de beaux bouquets d’_Etel_, de bons pâturages avec _Arta_, _Chobrok_, _Mourkba_, etc., et dans la montagne du _Chereg_ et du _Girgir_.
Campons près du confluent avec l’oued In Ebeggi, dans des _Etels_.
Le 7, le 8, le 9, le 10, j’étudie cette région où on a prétendu que Flatters avait passé et où il aurait trouvé des émeraudes ; en réalité, il a passé par l’oued Tibiokin et c’est dans cet oued, s’il a trouvé des émeraudes, qu’il en aurait plutôt trouvé, lors du camp de plusieurs jours qu’il dut y tenir pour faire reposer ses chameaux, les abreuver à l’aguelmam In-Saman, et recruter des guides.
C’est peut-être une légende cette mine d’émeraudes, comme les ruines signalées près de Tisemt à l’occasion de cette mission, ruines que je n’ai pas vues.
Au confluent des oueds In-Ebeggi et In-Sakan, se trouve une superbe terrasse d’alluvions.
A In-Ebeggi, nous n’avons pas besoin d’avoir recours à l’abankor, l’aguelmam est plein d’eau, avec mêmes _Dysticides_ et _Vers_.
Le point d’eau d’In-Ebeggi paraît très important ; un grand mechbed y aboutit. Le long de ce mechbed, aux environs d’In-Ebeggi, on trouve d’abondants débris de jaspes rouges (?).
Le 11, je remonte l’oued In-Sakan, profondément incisé dans les Schistes cristallins, en amont de l’abankor In-Sakan. Sur les terrasses d’alluvions, des tombeaux.
Je pousse une pointe dans l’Est de l’oued In-Sakan et étudie l’Adrar Idekel. Au cours de ce raid, je rencontre une source avec de beaux lauriers-roses et j’observe la présence de l’_Aleo_ dans ces régions. L’Anahef est loin d’être dépourvu d’eau et de sources, ainsi que l’a dit Motylinski.
Je rentre par l’In-Kaoukan.
Le 12, je gagne le pied Ouest du Tellerteba en faisant l’étude des flancs de ce massif, par une marche à mi-côte ; sur le flanc Sud il y a un cirque où se trouvent quelques beaux arbres (_Teleh_, _Agar_) et de nombreux emplacements de campements touareg. Peut-être y a-t-il là encore un point d’eau, un abankor ?