Part 34
[126] Dans le drame quiché de _Rabinal-Achi_ que j’ai recueilli et traduit à Rabinal, au Guatémala, l’un des héros, Queché-Achi, fait allusion à cette coutume d’une manière poétique: «Or voici, s’écrie-t-il, ce que dit ma parole à la face du ciel, à la face de la terre: Sont-ce là votre table et votre coupe? Mais c’est la tête de mon aïeul, mais c’est la tête de mon père que je vois et que je considère! Ne serait-il donc pas possible qu’on en fasse de même et que l’on travaille ainsi l’os de mon front, le cràne de ma tête, qu’on le cisèle et le peigne de couleurs en dedans et en dehors? Alors quand on descendra en mes montagnes et en mes vallées, pour négocier des sacs de peck ou de cacao avec mes fils et mes vassaux, dans mes montagnes et dans mes vallées, mes fils, mes vassaux diront: «Voilà la tête de notre aïeul, de notre père.» Ainsi le répéteront mes fils et mes vassaux en mémoire de moi, aussi longtemps que le soleil éclairera.... Voici donc l’os de mon bras, voici donc la baguette montée en argent, dont le bruit retentira, en excitant le tumulte au dedans des murailles du grand château; voici l’os de ma jambe qui deviendra le battant du _teponovoz_ (ou _teponaztli_, tambour de bois creux) et du tambour et qui fera trembler le ciel et la terre...» (B. de B. _Rabinal-Achi, ou drame-ballet du Tun_, etc. scène IV, pages 103 et 105.)
[127] Voir la gravure de la hache au texte espagnol.
[128] A l’époque où Landa écrivait, les Mayas, ainsi que la plupart des nations voisines, dont la civilisation était analogue, avaient déjà perdu l’usage de leurs armes anciennes; il est loin de les énumérer toutes ici. Comme elles étaient les mêmes dans le Mexique et l’Amérique centrale, le lecteur qui voudrait en avoir une idée peut consulter mon _Hist. des nations civilisées du Mexique et de l’Amérique centrale_, etc. tom. III, liv. XII, chap. 5, pag. 591.
[129] Ce détail confirme ce qui se trouve plus haut, § VIII, sur l’usage du sel dans la doublure piquée de coton de ces sayes.
[130] On assure que la chair de l’iguane, qu’on dit d’ailleurs d’un goût fort agréable, a la propriété de refroidir les sens.
[131] Ceci ferait croire qu’il s’agit d’une sorte de garde analogue à la _landwehr_ en Suisse, quoique un peu plus loin le texte ferait penser qu’il s’agit de mercenaires payés par le prince. Quant au titre de _holcan_ donné à son chef, son étymologie paraît être _hol_, tête, et _can_, serpent, tête de serpent, peut-être à cause des insignes qu’il portait.
[132] Ce bain au feu, était probablement le bain de vapeur dont les Mexicains faisaient usage, appelé chez eux _temazcalli_ et chez les Quichés _tuh_.
[133] Quel aveu pour un évêque, surtout pour un évêque espagnol et un homme du caractère généralement attribué à Landa! Il prouve, du reste, en faveur de sa véracité, mais il est bien triste pour la civilisation européenne.
[134] Martyre de la chasteté et de la fidélité conjugales, persécutées par des hommes qui avaient la prétention d’introduire l’Evangile.
[135] L’espagnol dit «conter des nouvelles et par moments un peu de murmures,» sans dire contre qui, mais le reste du texte semble indiquer que c’était contre leurs maris.
[136] Le nom _naual_ donné à ce ballet appartient à la langue mexicaine. On sait, d’ailleurs, que certaines populations d’origine nahuatl, à Panuco, à Teo-Colhuacan, etc., avaient des mœurs fort dissolues et des fêtes très-lascives, d’où cette danse peut avoir été empruntée ou apportée au Yucatan.
[137] Landa, en faisant, d’un côté, l’éloge de leur économie, de l’autre de leur générosité, ne pouvait mieux dépeindre la femme de ménage par excellence, _la femme forte_ dont il est question dans les saintes Écritures, à propos de Judith. (_Proverb._ cap. 31.)
[138] _Ixchel_, mieux _Xchel_, suivant la grammaire du P. Beltran, est tout simplement le féminin de _Chel_, indéfini dont le masculin est _Ahchel_ ou _Hchel_, nom patronymique de la famille sacerdotale qui régnait à Tecoh, capitale de la province d’Izamal. Voir le § IX.
[139] On sait d’ailleurs que les Mayas embaumaient à leur manière les cadavres, lorsqu’ils ne les brûlaïent point; qu’ils les déposaient, comme on le voit quelques lignes plus bas, dans des sarcophages en terre cuite ou en bois, dont le couvercle représentait l’image du défunt, peinte de couleurs vives, et qu’ils enfermaient avec lui ses livres, s’il était prêtre, et d’autres objets rappelant sa profession et son rang. C’était exactement ce qui avait lieu dans l’ancienne Égypte.
[140] Ces paroles indiquent suffisamment l’usage primitif des pyramides d’Izamal et l’intérêt qu’il y aurait à fouiller dans leurs entrailles.
[141] Tout à fait comme les cercueils ou les sarcophages du même genre trouvés en Etrurie, dans la Babylonie et en Égypte.
[142] Le _Yaxché_, qui signifie arbre vert, est probablement le même que le _tonacaste_ ou _tonacazquahuitl_, arbre au tronc puissant et élevé, au feuillage immense, mais menu et serré, dont la beauté et l’extrême fraîcheur lui ont fait donner le nom d’arbre de la vie; pour moi je n’en ai jamais vu dont la fraîcheur fût plus délicieuse.
[143] _Mitnal_, quelquefois écrit _metnal_, qui parait dériver du _mictlan_ ou _mitlan_ de la langue nahuatl.
[144] _Hun-hau_ pour _hun-ahau_, suivant la prononciation maya où le son guttural de la lettre _h_ se prononce autant que possible sans voyelle. Ce mot signifie un seigneur, un roi, etc. Il est probable qu’il fait allusion au personnage nommé _Hun-Camé_ dans le Livre sacré. (_Popol-Vuh._)
[145] Du 30 novembre au 13 décembre.
[146] C’est la première fois que je trouve des mois de trente jours chez une nation où le calendrier ordinaire et la civilisation paraissent être d’origine toltèque. Il n’est probablement pas question de mois lunaires; car dans ce cas ils n’eussent pas été de trente jours et n’auraient pas complété le 360.
[147] On omettait de nommer alors les cinq jours supplémentaires, comme le dit ici l’auteur, en ce sens qu’étant en dehors des dix-huit mois de l’année, ils ne pouvaient avoir le nom d’aucun d’eux: mais en tant que jours, il explique un peu plus bas qu’ils omettaient, tout en les comptant, ceux des cinq premiers signes suivants; ainsi le 360 forment, l’année terminant avec _Akbal_, comme dans le calendrier présenté par l’auteur, les cinq jours supplémentaires devaient s’appeler _Kan_, _Chicchan_, _Cimij_, _Manik_, et _Lamat_, afin que l’année nouvelle pût commencer avec _Muluc_, d’après le système même de Landa qui recevra plus loin d’amples éclaircissements, dans le calendrier yucatèque, publié au Yucatan par don Pio Perez et que nous plaçons à la suite de cet ouvrage.
[148] Voir au document cité dans la note précédente relativement à la signification de ces noms, dont le sens est pour la plupart resté inconnu; au dire de l’évêque Nuñez de la Vega, ceux du calendrier tzendal qui sont presque identiques, seraient les noms des chefs qui vinrent avec Votan peupler ces contrées ou de ses premiers successeurs (Nuñez de la Vega, _Const. diœces. del obispado de Chiappa_, in Præamb. § XXX et XXXI.)
[149] Peut-être les mêmes qu’_Oxomoco_, _Cipactonal_, _Quetzalcohuatl_ et _Tetzcatlipoce_, autrement _Oxomoco_, _Cipactonal_, _Tlaltecui_ et _Xuchicaoaca_. Voir le _Livre sacré (Popol-Vuh)_, Introd. pag. CXVII.
[150] La plupart des mots composant les noms de ces divinités sont introuvables dans les maigres vocabulaires qui sont sous nos yeux: leur orthographe, d’ailleurs, est incertaine; nous chercherons toutefois à expliquer les plus importants, mais sans rien affirmer, les étymologies que nous donnons ici ne devant servir tout au plus que comme de simples indications. L’auteur, en disant que les _Bacab_ étaient les soutiens du ciel, permet de chercher l’étymologie du mot dans _bak_, qui signifie un os, un rocher, une chose fondamentale; _bacab_ ou _bakab_ serait peut-être un pluriel ancien: dans ce cas ce seraient les _fondements_ ou les _fondateurs_ du ciel. Les autres noms ont évidemment rapport aux présages annuels de chacun des quatre signes qui se suivaient continuellement: ainsi l’année du signe _Kan_, placé au midi, était marquée de la couleur jaune, _kan_ ou _kanal_; l’année du signe _Muluc_, placé au levant, était marqué de la couleur rouge, _chac_ ou _chacal_; l’année du signe _Yx_, placé au nord, était marquée de la couleur blanche, _zac_ ou _zacal_; enfin celle du signe _Cauac_, placé au nord, était marquée de noir, _ek_ ou _ekel_. Le mot _pavahtun_, composé de _paa_, édifice, de _vah_, passé probablement d’un verbe qui veut dire ériger, dresser, et de _tun_, la pierre du _katun_ qu’on incrustait dans le mur pour rappeler la mémoire de l’année. Le mot _chac_, avec lequel se termine chacun des noms, rappelle sans doute la divinité protectrice des champs, et dans ce cas il faudrait l’écrire _çhac_, avec le _ch_ barré ou cédillé.
[151] Les mêmes noms de couleurs se représentent ici avec _u-Uayeyab_, mieux _u uayeb haab_, _les lits_ ou _les couches de l’année_; ces noms sont donnés aux jours supplémentaires, ainsi désignés parce qu’ils étaient comme les jours de repos de l’année.
[152] _Bolon_ est l’adjectif numéral neuf, _zacab_, dont la racine est _zac_, blanc, est le nom d’une sorte de maïs moulu, dont on fait une espèce d’orgeat. Cette statue était-elle une image allégorique de cet orgeat offert en cette occasion?
[153] _Kanté_, bois jaune; c’est probablement le cèdre.
[154] Nous avons déjà parlé de _Zamna_, au _Itzamna_, § V, note 5; son nom se retrouve dans celui d’_Izamal_, dont il fut peut-être le fondateur et qui s’appelait, ainsi que lui-même, _Itzamatul_; mais je ne trouve pas dans Lizana le nom d’_Yzamna-Kauil_, mais bien _Kab-ul_; c’est peut-être encore une faute du copiste de Landa (Lizana, _Hist. de N. S. de Ytzamal_. Part. I. cap. 4.)
[155] L’original du manuscrit de Landa était partagé en un grand nombre de petits chapitres, dont les divisions ont été à peu près partout omises par le copiste, ce qui fait que nous n’avons pu les suivre. La division présente est la nôtre. Le chapitre 100 de l’original correspondant à un des alinéas du § XXVIII.
[156] Je trouve ce nom écrit alternativement _Kinch-Ahau_ et _Kineh-Ahau_, ailleurs _Kinich-Ahau_, qui serait le seul acceptable: _kin_, soleil, _ich_, œil et visage, et _ahau_, seigneur; ce qui reviendrait à dire seigneur au visage de soleil, ou suivant Lizana qui l’appelle _Kinich Kakmó_, soleil au visage et rayons de feu, bien que _kakmó_ ait la signification d’Ara-de-feu, ainsi qu’il le donne à entendre lui-même un peu plus loin. (_Hist. de N. S. de Yzamal_, Part. I, cap. 4.)
[157] Plus haut il est parlé de quatre cent vingt-cinq grains de maïs grillé composant le _zacah_.
[158] _Holcan_, tête de serpent, titre des chefs inférieurs de la milice, et _okot_, danse ou ballet.
[159] Ici le nombre des grains de maïs grillé pour la boisson change de nouveau.
[160] Ce nom est écrit plus haut _Chac-Acantun_.
[161] Ce nom est écrit tantôt _canziemal_, _canzicmal_ et _canzienal_. Je n’ai pu jusqu’ici vérifier quelle était la véritable orthographe.
[162] _Yax-Coc-Ahmut_ était le même que _Zamná_ et considéré comme fils de _Hunabku_, le seul saint, le dieu suprême.
[163] Ce nom est écrit plus haut _Zac-Zini_.
[164] _Yax-ek_ doit signifier vert et noir.
[165] _Kach_ doit être l’oiseau carnassier nommé _zopilote_ au Mexique.
[166] C’est la traduction du mot espagnol _cazcarientas_ qui se trouve dans le manuscrit; serait-ce le nom d’une danse qui se trouve au pays de l’auteur?
[167] Ceci rappelle l’antique empire dont le nom est resté pour signifier l’enfer chez les uns et les démons ou plutôt d’effrayants fantômes chez les autres.
[168] _Ek-balam-chac_ signifie tigre noir dieu des champs: ce sont du reste des noms donnés au tigre encore aujourd’hui. _Ahcan_ est le serpent mâle en général. _Ahbuluc-Balam_ signifie Celui des onze tigres.
[169] Ne croirait-on pas lire la description de cette fête des Scythes, rapportée par Hérodote, et que M. Viollet-Leduc a insérée dans ses _Antiquités mexicaines_, formant l’introduction de l’ouvrage de M. Désiré Charnay: _Cités et Ruines américaines_, page 16?
[170] Voir au § XXXIV.
[171] En effet, le premier jour du premier mois ne se retrouvait d’accord avec le premier jour de l’année qu’une fois au commencement de chaque cycle de cinquante-deux ans.
[172] C’est ce dont le lecteur pourra se rendre un compte plus exact en jetant les yeux sur l’explication du calendrier maya, d’après le travail de don Pio Perez, à la suite de cet ouvrage.
[173] _Hun-Ymix_ correspond au _Ce-Cipactli_ du calendrier mexicain, qui se trouve dans les tables de Veytia, au 9ᵉ jour du mois _Micailhuitzintli_, XIIᵉ de l’année mexicaine, correspondant alors au 18 septembre. (Veytia, _Hist. antig. de Mexico_, tom. 1, cap. 10.)
[174] L’auteur se rapporte à quelque commentaire de l’Écriture sainte où il est question du calendrier des Hébreux, comparé à celui de diverses nations.
[175] L’auteur, en joignant ici au calendrier romain le calendrier maya, n’a pas remarqué qu’il en a interverti l’ordre, en commençant son calcul par la dernière moitié, ce qui fait qu’en arrivant à la fin de cette moitié avec le dernier des jours supplémentaires, on aurait, s’il fallait le suivre, pour premier jour du mois maya _Popp_, le jour _Muluc_ au lieu de _Kan_, ce qui est impossible. Ce qui fait voir clairement d’ailleurs que Landa a fait ces choses sans y réfléchir, c’est qu’il commence en janvier avec la continuation des explications relatives à des fêtes commencées dans le mois précédent de décembre, ce qui n’ajoute pas à leur clarté. Il aura évidemment pris le calendrier maya et l’aura copié, en commençant par la fin, n’attachant d’importance qu’au romain. Mais le lecteur peut facilement réparer ce manque d’attention, en prenant à son tour le calendrier romain par le milieu avec le 1ᵉʳ jour du mois _Popp_.
[176] On conçoit ici les plaintes de Landa; il écrivait au milieu de l’époque la plus ardente de la réforme en Allemagne et en Angleterre.
[177] Voir à la fin du calendrier le commencement de ce mois et des solennités dont la suite seulement se trouve ici. Quant à l’étymologie des noms des mois, elle se trouvera plus loin avec celle des jours.
[178] Voir les §§ XXXV, XXXVI, XXXVII et XXXVIII.
[179] De là le nom de _katun_ ou _kat-tun_, pierre appelée ou qu’on interroge, du verbe _kaat_, appeler, donner un nom, interroger, demander, etc. et de _tun_, pierre. Voir le § IX, note 4.
[180] Ce qui, d’accord avec divers autres indices, annoncerait bien que l’effusion du sang, et surtout du sang humain, dans les sacrifices, était d’origine étrangère, nahuatl probablement.
[181] _Tupp-kak_, c’est-à-dire extinction du feu.
[182] Landa écrit alternativement les _chaces_ et las _chaques_, pour pluraliser le mot _chac_, nom commun aux dieux protecteurs des campagnes et aux aides des prêtres.
[183] _Ekchuak_, écrit ailleurs _Echuah_, était le patron des marchands et naturellement des cacaos, marchandise et monnaie à la fois.
[184] _Cit_ paraît être une sorte de cochon sauvage; _chac_ est le nom générique des dieux de la pluie, des campagnes, des fruits de la terre, etc. _Coh_ est le puma ou lion américain; suivant d’autres, _chaccoh_ est le léopard.
[185] Voir le § XXVII.
[186] Landa s’est préoccupé fort peu de l’exactitude du calendrier qu’il donne ici: il est évident qu’il n’a eu d’autre intention que d’en signaler les fêtes, de faire connaître les caractères correspondants, et de montrer en général comment il pouvait correspondre avec le calendrier romain; car, ainsi que je l’ai remarqué plus haut, il commence par la seconde partie, laquelle devrait être, dès le 1ᵉʳ janvier, placée à la fin. Il n’a donné, d’un autre côté, que 28 jours à février; mais l’année dont il a pris le calendrier pour modèle était évidemment une année bissextile où février avait 29 jours; car au lieu de terminer par _XII Lamat_, le calendrier maya devait pour être juste finir avec _XIII Lamat_; car cette année ayant commencé par le signe _Kan_, la suivante devait commencer avec _Muluc_ qui suit _Lamat_. Mais Landa ne s’est guère préoccupé de ces choses qui nous intéressent tant aujourd’hui. Se fiant également sur le titre sans nom qu’on donnait aux jours supplémentaires, il les omet entièrement, se contentant de mettre des vides à la place de leurs signes respectifs, ce qui serait une nouvelle source d’embarras, si nous n’avions le travail de don Pio Perez, qui met tout à sa place, et qu’on peut voir dans ce volume à la suite de l’ouvrage de Landa.
[187] _Cinchau-Yzamná_ est une orthographe erronée, si l’on en juge d’après les leçons précédentes; c’est probablement une mauvaise abréviation de _Kinich-Ahau-Ytzamná_, donné, d’ailleurs, comme l’inventeur des lettres et de l’écriture, l’auteur de tous les noms imposés au Yucatan.
[188] Ainsi les prêtres de la déesse Centeotl, retirés dans les montagnes des Totonaques, étaient chargés «d’écrire en figures et de mettre en bon style un grand nombre d’histoires qu’ils donnaient après les avoir coordonnées, aux grands-prêtres, qui les racontaient dans les sermons qu’ils prêchaient dans les assemblées publiques.» (Torquemada, _Monarquia Indiana_, lib. IX, cap. 8.)
[189] _Ac_ paraît être une sorte de plante commune au pays.
[190] C’était le ballet que dansaient les pêcheurs.
[191] C’étaient là sans doute les dieux de la pêche, à propos desquels Cogolludo dit les paroles suivantes: «On dit aussi que bien après la conquête, les Indiens de la province de Titzimin, quand ils allaient pêcher le long de la côte de Choáca, avant de se mettre à la pêche, commençaient par des sacrifices et des oblations à leurs faux dieux, leur offrant des chandelles, des réaux d’argent et des _cuzcas_, qui sont leurs émeraudes, et d’autres pierres précieuses, en certains endroits, aux _ku_ et oratoires qui se voient encore dans les bras de mer (estuaires) et les lagunes salées qu’il y a sur cette côte vers le _Rio de Lagartos_. (_Hist. de Yucatan_, lib. IV. cap. 4.)
[192] Le miel passé à l’état d’hydromel, qui était leur vin ordinaire.
[193] Voir au § IV, où il est question du départ de Kukulcan, mais nullement de son ascension au ciel: il est certain, cependant, qu’une tradition de ce genre existait dans plusieurs provinces du Mexique; il en est question en plus d’un ouvrage, entre autres dans le _Codex Chimalpopoca_; il y est raconté que Quetzalcohuatl se jeta dans les flammes, au pied de l’Orizaba, et qu’on vit ensuite son âme monter au ciel, où elle se transforma en étoile.
[194] La province de Mani avait été colonisée par les Tutul-Xius, dont l’origine était toltèque ou nahuatl; les fêtes de Kukulcan se bornant à cette province après la destruction de Mayapan, ne laissent point de doute sur l’origine de ce personnage, et donnent lieu de penser que le reste du Yucatan, tout en vénérant jusqu’à un certain point ce mythe ou ce prophète, avait gardé au fond la religion qui avait précédé celle des Toltèques. Ce serait un point d’histoire d’une grande importance au point de vue philosophique. Nous trouverons plus loin d’autres indices du culte primitif des Mayas.
[195] Ici commencent la fête et les sacrifices de la formation des dieux dont la suite se trouve placée par l’auteur au commencement de ce calendrier.
[196] Ce chapitre ou le paragraphe en question a été omis par le copiste.
[197] L’auteur paraît confondre ici le calendrier civil avec le calendrier astrologique du rituel, ainsi qu’on le verra plus loin.
[198] Il est à regretter que l’auteur n’ait pas jugé la matière assez importante pour nous conserver ces signes avec les caractères dont il donne plus loin le dessin.
[199] Aujourd’hui on comprend mieux que jamais toute l’affliction qu’une telle destruction dut causer à la noblesse, au sacerdoce et aux lettres mayas: le monde savant, le monde civilisé, pardonnera difficilement aux premiers religieux espagnols cette ignorance déplorable, si peu d’accord, d’un autre côté, avec les sentiments que Landa lui-même exprime, en racontant avec naïveté tant de choses intéressantes. Après tout, est-il permis de leur faire un si grand reproche, quand on vient à songer a l’incendie des archives de l’empire chinois, allumé au palais impérial de Pékin par les soldats des armées anglaises, en présence de celles de la France.
[200] Ce style est si obscur et si diffus, si familièrement provincial, qu’il est souvent intraduisible; malheureusement là où il faudrait le plus de clarté comme ici, c’est le cas contraire, et dans le mot présenté en exemple, il semblerait qu’il y a une répétition inutile par celle du second _lé_ qui paraît de trop ici; il est vrai que ce peut être une inadvertance du copiste de Landa.
[201] Voir à la page 318. Le signe Ʌ qui se trouve dans l’original à la suite du signe _ha_ est-il un signe d’aspiration ou bien est-ce une simple marque de l’auteur? il est difficile de la préciser. Dans le manuscrit dit _Mexicain_, nº 2, de la Bibliothèque impériale, on voit plusieurs fois un signe analogue, écrit en fer à cheval, serait-ce le même et par conséquent le signe de l’aspiration? Du reste, autant que le texte de Landa le laisse comprendre, le mot _ha_, eau, est écrit d’abord avec les deux lettres _h_ (aspirée gutturale) et _a_, et le caractère suivant serait tout simplement le signe symbolique de l’eau; ce qui nous amènerait à conclure que les Mayas, ainsi que les Égyptiens, donnaient d’abord la lettre et ensuite le signe figuratif de la chose écrite, pour plus d’intelligence.
[202] Dans le feuillet original du manuscrit de Landa le signe de la lettre P est hors de sa place, et placé en marge, accompagné du signet Ʌ que je retrouve entre les caractères _o_ et _pp_. La ressemblance avec celui que j’avais pris plus haut pour un signe d’aspiration, et au sujet duquel je doute encore, m’avait fait croire à un _o_ aspiré (figure 18) et à l’aspiration du caractère nº 25. Je pense cependant qu’il n’en est ainsi ni dans l’un ni dans l’autre cas.
[203] Il m’a été impossible de reconnaître s’i s’agit ici d’un _u_ ou d’une autre lettre, le manuscrit ne permettant pas de la lire clairement. Des recherches subséquentes dans des documents écrits à l’aide de ces caractères en feront retrouver le son, aussi bien que celui des différents _c_, _ca_, _cu_, _ka_, _x_ et _x_, sur lesquels il y a encore quelques doutes.
[204] Le lecteur trouvera à la page suivante plusieurs signes additionnels monosyllabiques, qui existent, ainsi que les variantes de la lettre _a_ n. 1, et de la lettre _h_, dans les explications données plus haut, je dois ajouter qu’ils se retrouvent aussi dans plusieurs des caractères des jours, et que ceux-ci paraissent devoir offrir une série de signes syllabiques ou figuratifs, employés également dans l’ensemble de l’écriture maya, à part de leur signification comme caractères spéciaux des jours.
[205] Ajoutons ici, en attendant, que l’alphabet maya comprend aujourd’hui, d’après la grammaire de Pedro Beltran de Santa Maria, vingt-deux lettres, dont les suivantes: _Ɔ_ (_c_ renversé), _ch_ barré du haut, que je remplace par un _çh_ cédille, uniquement pour le distinguer de l’autre, _k_, _pp_, _th_ (écrit ailleurs _tt_), _tz_; sont propres à la langue et d’une prononciation difficile qu’on ne saurait guère acquérir que dans le pays. Le _ch_ non barré a le son de _tch_; _h_ est aspiré gutturalement, _u_ a le son de _ou_ remplaçant fréquemment le _w_, et _x_ le son de _ch_ français ou _sh_ anglais.
[206] Ces lignes, d’une ignorance si naïve, suffisent pour donner une idée de l’innombrable quantité de cités et de temples ruinés qui couvrent le sol yucatèque. Quel champ plus vaste aux explorations de l’archéologue! Stephens, qui visita le Yucatan trois cents ans après que Landa eut écrit ces lignes, est entièrement d’accord avec lui sur le nombre des villes ruinées et sur l’identité de leurs fondateurs (Stephens, _Incidents of travel in Yucatan_, vol. II, ch. 24).