Part 14
Que esta pobre gente vino a manos de un mal caçique el qual sacrifico a Valdivia y a otros quatro a sus idolos, y despues hizo vanquetes de ellos a la gente, y que dexo para engordar a Aguilar y a Guerrero y a otros cinco o seis, los quales quebrantaron la prision y huieron por unos montes, y que aportaron a otro señor enemigo del primero, y mas piadoso, el qual se sirvio dellos como de esclavos, y que el que succedio a este señor los trato con buena gracia; pero que ellos de dolencia se murieron quedando solos dos Geronimo de Aguilar y Gonçalo Guerrero, de los quales Aguilar era buen christiano y tenia unas horas por las quales sabia las fiestas, y que este se salvo con la ída del marques Hernando Cortes, año de MDXVII, y que el Guerrero como entendia la lengua se fue a _Chectemal_, que es la Salamanca de Yucatan y que alli le recibio un señor llamado _Nachancan_, el qual le dio a cargo las cosas de la guerra en que se uvo muy bien, venciendo muchas vezes los enemigos de su señor, y que enseño a los indios pelear mostrandoles hazer fuertes y bastiones, y que con esto y con tratarse como indio gano mucha reputacion y le casaron con una muy principal muger en que uvo hijos, y que por esto nunca procuro salvarse como hizo Aguilar, antes labrava su cuerpo y criava cabello, y harpava las orejas para traer çarcillos como los indios y es creible que fue idolatra como ellos.
Que el año de MDXVII por quaresma salio de St-Iago de Cuba Francisco Hernandez de Cordoba con tres navios a rescatar esclavos para las minas, que ya en Cuba se yva la gente apocando y que otros dizen que salio a descubrir tierra, y que llevo por piloto a Alaminos y que llego a la isla de Mugeres, que el le puso este nombre por los idolos que alli hallo de las diosas de aquella tierra, como _Aixchel_, _Ixchebeliax_, _Ixbunié_, _Ixbunieta_, y que estavan vestidas de la cinta abaxo, y cubiertos los pechos como usan las indias, y que el edificio era de piedra de que se espantaron, y que hallaron algunas cosas de oro, y las tomaron, y que llegaron a la punta de Cotoch, y que de alli dieron buelta hasta la baya de Campeche donde desembarcaron domingo de Lazaro y que por esto la llamaron Lazaro y que fueron bien recibidos del señor y que los indios se espantaron de ver los españoles, y les tocavan las barbas y personas.
Que en Campeche hallaron un edificio dentro en la mar cerca de tierra, quadrado y gradado todo y que en lo alto estava un idolo con dos fieros animales que le comian las ijadas y una sierpe larga y gorda de piedra que se tragava un leon y que los animales estavan llenos de sangre de los sacrificios. Que desde Campeche entendieron que avia un pueblo grande cerca, que era Champoton, donde llegados hallaron que el señor se llamava _Mochcovoh_, hombre bellicoso el qual appellidó su gente contra los españoles, De lo qual peso a Francisco Hernandez viendo en lo que avia de parar, y que por no mostrar poco animo, puso tambien su gente en orden y hizo soltar artilleria de los navios y que los indios aunque les fue nuevo el sonido, humo y fuego de los tiros, no dexaron de acometer con gran alarido y que los españoles resistieron, dando muy fieras heridas y matando muchos; pero que el señor los animo tanto, que hizieron retirar a los españoles y que mataron XX y hirieron cincuenta y prendieron dos vivos que despues sacrificaron, y que Francisco Hernandez salio con XXXIII heridas, y que assi volvio triste a Cuba donde publico que la tierra era muy buena y rica por el oro que hallo en la isla de Mugeres. Que estas nuevas movieron a Diego Velasquez, governador de Cuba y a otros muchos, y que embio a su sobrino Juan de Grijalva con quatro navios y dozientos nombres y que fue con el Francisco de Montejo cuyo era un navio y que partieron primero de mayo de MDXVIII.
Que llamaron consigo al mismo piloto Alaminos y llegados a la isla de Cuzmil, que el piloto vio desde ella a Yucatan, y que la otra vez con Francisco Hernandez la avia corrido a la mano derecha, y que con desseo de bajarla si fuesse isla, echo a la mano izquierda y siguieron por la baya que ellos llamaron la Ascension, porque en tal dia entraron en ella, y que dieron buelta a toda la costa hasta llegar otra vez a Champoton, donde sobre tomar agua les mataron un hombre y les hirieron cincuenta y entre ellos a Grijalva de dos flechas, y le quebraron diente y medio, y que assi se fueron y nombraron a este puerto el puerto de Mala Pelea, y que deste viage descubieron la Nueva España, y a Panuco, y a Tavasco, y que en esto gastaron cinco meses y quisieron saltar en tierra en Champoton, lo qual les estorbaron los indios con tanto corage que en sus canoas entravan hasta cerca de las caravelas a flecharlos y que assi se hizieron a la vela y los dexaron.
Que quando Grijalva torno de su descubrimiento y rescate de Tavasco y Ulua, estava en Cuba el gran capitan Hernando Cortes, y que viendo la nueva de tanta tierra y tantas riquezas, desseo verlo y aun ganarlo para Dios y para su rey, y para si, y para sus amigos.
§ III.—_Geronimo de Aguilar. Sa captivité chez les Mayas. Navigation d’Hernandez de Cordoba et de Grijalva à Yucatan._
Les premiers Espagnols qui abordèrent au Yucatan furent, à ce qu’on dit, Geronimo de Aguilar, natif d’Ecija, ainsi que ses compagnons. Ceux-ci, à la suite du bouleversement occasionné au Darien par les querelles de Diego de Nicueza et de Vasco Nuñez de Balboa, suivirent, en 1511, Valdivia, qui partait avec une caravelle pour Santo-Domingo, où il allait rendre compte de ce qui se passait à l’amiral et au gouverneur, et portait en même temps vingt mille ducats du quint royal. En approchant de la Jamaïque, cette caravelle donna dans les bas-fonds appelés Las Viboras[16], où elle se perdit, et il ne s’en échappa qu’une vingtaine d’hommes qui, avec Valdivia, se jetèrent dans une chaloupe sans voiles: ils voguèrent pendant treize jours sur la mer à l’aide de quelques mauvaises rames et sans vivres aucuns; près de la moitié de leur nombre étant déjà morts de faim, les autres finirent par aborder à la côte du Yucatan à une province appelée de la _Maya_, de laquelle la langue du Yucatan tire le nom de _Maya than_, ce qui veut dire langue de Maya[17].
Ces misérables tombèrent alors entre les mains d’un cacique méchant, qui sacrifia Valdivia avec quatre des autres à ses idoles, et fit ensuite de leurs membres un festin à ses gens. Il garda, pour les engraisser, Aguilar et Guerrero avec cinq ou six autres; mais ceux-ci étant parvenus à s’échapper s’enfuirent par les montagnes chez un autre seigneur ennemi du premier et moins inhumain qui les retint comme esclaves. Le successeur de ce dernier maître les traita mieux encore; mais tous, à l’exception d’Aguilar et de Guerrero, moururent de tristesse. Aguilar était bon chrétien et avait un bréviaire, à l’aide duquel il conservait la mémoire des jours de fête, et ce fut lui qui s’échappa, en l’année 1519, à l’arrivée du marquis Hernando Cortes. Quant à Guerrero, qui avait appris la langue, il s’en alla à _Chetemal_, qui est la Salamanca de Yucatan[18]; un seigneur nommé _Nachan-Can_ l’y reçut et le chargea des choses de la guerre, en quoi il se comporta extrêmement bien, remportant de nombreuses victoires sur les ennemis de son seigneur et apprenant aux Indiens à combattre et à construire des forts et des bastions. De cette manière, comme aussi en adoptant les coutumes des indigènes, il s’acquit une grande réputation: ceux-ci alors le marièrent avec une femme de haut rang, dont il eut des enfants, ce qui fut cause qu’il ne chercha jamais à se sauver comme le fit Aguilar; bien au contraire, il se couvrit le corps de peinture, laissa croître ses cheveux et se troua les oreilles pour porter des pendants à la mode des Indiens, et il est à croire même qu’il devint idolâtre comme eux.
Au carême de l’an 1517, Francisco Hernandez de Cordoba sortit de Sant-Iago de Cuba avec trois navires, afin de faire la traite des esclaves pour les mines; car la population allait déjà diminuant à Cuba. D’autres disent qu’il partit pour découvrir des terres nouvelles et qu’il emmena Alaminos pour pilote, et qu’ainsi il arriva à l’île de Mugeres, nom qu’il lui donna à cause des idoles qu’il y trouva, représentant les déesses du pays, telles qu’_Aixchel_, _Ixchebeliax_, _Ixbunié_, _Ixbunieta_, lesquelles étaient vêtues de la ceinture en bas et les seins couverts, suivant l’usage des Indiennes. L’édifice qui les renfermait était de pierre, ce qui les remplit d’étonnement; ils y trouvèrent divers objets en or qu’ils enlevèrent, après quoi ils abordèrent à la pointe de _Cotoch_, faisant ensuite le tour jusqu’à la baie de Campêche, où ils débarquèrent le dimanche que les Espagnols appellent de Lazare. Ils y furent reçus bénévolement par le seigneur du lieu; mais les Indiens prirent l’épouvante en voyant les Espagnols, et ils leur touchaient la barbe et le corps.
A Campêche, ils trouvèrent un édifice en dedans de la mer, non loin de terre, quadrangulaire et s’élevant par degrés tout autour[19]; au sommet, il y avait une idole avec deux animaux féroces qui lui dévoraient les flancs, et un grand serpent en pierre avalant un lion, et ces animaux étaient couverts du sang des sacrifices. De Campêche, ils apprirent qu’il y avait près de là une localité considérable qui était Champoton[20]: en y arrivant, ils y trouvèrent un seigneur qui s’appelait _Mochcovoh_; c’était un homme belliqueux qui s’empressa de convoquer ses gens contre les Espagnols. Francisco Hernandez vit donc avec chagrin ce qui viendrait à en résulter; mais pour ne pas avoir l’air d’être moins animé que lui, il mit également son monde en ordre de bataille, et fit décharger contre eux l’artillerie des navires. Malgré la nouveauté du bruit, de la fumée et du feu de la décharge, les Indiens ne laissèrent pas d’engager l’action avec de grands cris: les Espagnols, dans leur résistance, leur causèrent de terribles blessures, leur tuant beaucoup d’hommes; mais le seigneur du lieu inspira aux siens une si grande valeur qu’ils obligèrent les Espagnols à la retraite: ils en tuèrent vingt, en blessèrent cinquante, et leur firent deux prisonniers qu’ils sacrifièrent ensuite. Francisco Hernandez se rembarqua avec trente-trois blessures, et retourna tristement à Cuba, où il publia la découverte de cette terre, la représentant comme heureuse et riche, à cause de l’or qu’il avait trouvé dans l’île de Mugeres. Ces nouvelles excitèrent vivement l’envie de Diego Velasquez, gouverneur de Cuba, ainsi que de beaucoup d’autres: celui-ci envoya alors son neveu, Juan de Grijalva, avec quatre navires et deux cents hommes; avec eux partit Francisco de Montejo, à qui appartenait un de ces navires, et l’expédition s’embarqua le 1ᵉʳ mai de l’an 1518. Ils engagèrent avec eux le même pilote, Alaminos: arrivés à l’île de Cuzmil, le pilote vit de là le Yucatan. Mais, comme la première fois, avec Francisco Hernandez, il l’avait côtoyé à main droite; désirant faire le tour alors pour s’assurer si c’était une île, il gouverna à gauche, et ils suivirent par la baie qu’ils nommèrent de l’Ascension, parce qu’en ce jour ils y entrèrent; puis ils retournèrent le long de la côte jusqu’à ce qu’ils fussent arrivés de nouveau à Champoton. Comme ils avaient débarqué pour faire de l’eau, on leur tua un homme, en blessant cinquante autres, l’un étant Grijalva lui-même qui reçut deux flèches, et à qui on brisa une dent et demie. De cette façon, ils s’en allèrent, laissant à ce port le nom de port de Mala-Pelea: c’est dans ce trajet qu’ils découvrirent la Nouvelle-Espagne, ainsi que _Panuco_ et _Tavasco_. Dans ce voyage, ils employèrent cinq mois: ayant voulu descendre à Champoton, les Indiens y mirent obstacle avec tant de courage, qu’avec leurs canots ils arrivaient jusqu’aux caravelles à leur lancer des flèches, et ainsi les Espagnols mirent à la voile et les laissèrent.
Lorsque Grijalva fut de retour de son voyage de découverte et d’échange à Tavasco et à Ulua[21], le grand capitaine Hernando Cortès se trouvait à Cuba: sur la nouvelle de tant de terres et de richesses, Cortès éprouva le désir de les voir et de les acquérir pour Dieu et pour son roi, comme pour lui-même et ses amis.
§ IV.—_Navegacion de Cortes a Cuzmil. Escribe a Aguilar._
Que Hernando Cortes salio de Cuba con onze navios que el mejor era de cien toneles y que puso en ellos onze capitanes, siendo el uno dellos, y que llevava quinientos hombres y algunos cavallos y mercerias para rescatar, y a Francisco de Montejo por capitan, y al dicho piloto Alaminos mayor piloto del armada, y que puso en su nao capitana una vandera de fuegos blancos y azules en reverencia de nuestra señora cuya ymagen con la cruz ponia siempre donde quitava idolos, y que en la vandera iva una cruz colorada con un letrero entorno que dezia _Amici sequamur crucem, si nos habuerimus fidem in hoc signo vincemus_. Que con esta flota y no mas aparato partio y que llego a Cotoch con los diez navios porque el uno se le aparto con una refriega, y que despues lo cobro en la costa. Que la llegada a Cuzmil fue por la parte del norte y hallo buenos edificios de piedra para los idolos y un buen pueblo, y que la gente viendo tanto navio, y salir los soldados a tierra huyo toda a los montes.
Que llegados los españoles al pueblo lo saquearon y se aposentaron en el y que buscando gente por el monte toparon con la muger del señor y con sus hijos de los quales, con Melchior interprete indio que avia ido con Francisco Hernandez y con Grijalva, entendieron que era la muger del señor. A la qual y a sus hijos regalo mucho Cortes e hizo que embiassen a llamar al señor al qual venido le trato muy bien y le dio algunos donezillos, y le entrego á su muger y hijos, y todas las cosas que por el pueblo se avian tomado, y que le rogo que hiziesse venir los indios a sus casas y que venidos hizo restituir a cada uno lo que era suyo y que despues de assegurados les predico la vanidad de los idolos, y les persuadio que adorassen la cruz y que la puso en sus templos con una ymagen de nuestra señora y que con esto cessava la idolatria publica.
Que Cortes supo alli como unos hombres barbados estavan camino de seis soles en poder de un señor y que persuadio a los indios que los fuessen a llamar, y que hallo quien fuesse aunque con dificultad porque tenian miedo al señor de los barbares y escrivioles esta carta.
Nobles señores, yo parti de Cuba con onze navios de armada y quinientos españoles y llegue aqui a Cuzmil de donde os escrivo esta carta. Los desta isla me han certificado que ay en essa tierra cinco o seis hombres barbados y en todo a nosotros muy semejantes, no me saben dar ni dezir otras señas, mas por estas conjeturo y tengo por cierto sois españoles, yo y estos hidalgos que comigo vienen a poblar y descubrir estas tierras os rogamos mucho que dentro de seis dias que recibieredes esta, os vengais para nosotros sin poner otra dilacion ni escusa. Si vinieredes todos conoceremos, y gratificaremos la buena obra que de vosotros recibira esta armada. Un bergantin embio para en que vengais, y dos naos para seguridad.
Que los indios llevaron esta carta embuelta en el cabello, y la dieron a Aguilar, y que los navios porque tardavan los indios mas del tiempo del plazo, creieron que los avian muerto y que se volvieron al puerto de Cuzmil y que Cortes viendo que los indios no tornavan ni los barbados, se hizo otro dia a la vela. Mas aquel dia se les abrio un navio, y les fue necessario tornar al puerto y que estandole aderezando, Aguilar recibido la carta atraveço en una canoa la canal entre Yucatan y Cuzmil, y que viendole los del armada fueron a ver quien era, y que Aguilar les pregunto si eran Christianos y que respondiendole que si y españoles, lloro de plazer y puestas las rodillas en tierra dio gracias a Dios y pregunto a los españoles si era miercoles. Que los españoles le llevaron a Cortes assi desnudo como venia, el qual le vistio y mostro mucho amor, y que Aguilar conto alli su perdida y trabajos, y la muerte de sus compañeros, y como fue impossible avisar a Guerrero en tan poco tiempo por estar mas de LXXX leguas de alli.
Que con esto Aguilar que era muy bien interprete torno Cortes a predicar la adoracion de la Cruz y quito los idolos de los templos, y dizen que hizo esta predicacion de Cortes tanta impression en los de Cuzmil que salian a la playa diziendo a los españoles que por alli passavan _Maria Maria Cortes Cortes_.
Que partio Cortes de alli, y que toco de passo en Campeche y no paro hasta Tavasco donde entre otras cosas y indios que le presentaron los de Tavasco le dieron una india que despues se llamo Marina, la qual era de Xalisco hija de padres nobles y hurtada pequeña y vendida en Tavasco y que de ay la vendieron tambien en Xicalango, y Champoton, donde aprendio la lengua de Yucatan con la qual se vino a entender con Aguilar y que assi proveio Dios à Cortes de buenos y fieles interpretes, por donde vino a tener noticia y entrada en las cosas de Mexico de las quales la Marina sabia mucho por aver tratado con mercaderes indios y gente principal que hablavan de esto cada dia.
§ IV.—_Voyage de Cortès à Cuzmil. Sa lettre à Aguilar._
Hernando Cortès partit de Cuba avec onze navires, dont le plus fort était de cent tonneaux, leur donna onze commandants, lui-même étant l’un d’eux, et emmena cinq cents hommes et quelques chevaux avec des objets propres à être échangés. Il avait également avec lui Francisco de Montejo, qui était un des commandants, et le pilote Alaminos, premier pilote de la flotte. Au navire amiral, il arbora une bannière aux couleurs blanche et bleue en l’honneur de Notre-Dame, dont il plaçait toujours l’image avec une croix aux endroits d’où il ôtait des idoles, et sur la bannière se montrait une croix rouge ayant ces paroles à l’entour: _Amici, sequamur crucem, si nos habuerimus fidem in hoc signo vincemus._ Avec cette flotte et sans autres apprêts, il mit à la voile et arriva à Cotoch[22] avec dix navires, le onzième s’étant séparé des autres dans une tempête; mais il le recouvra plus tard à la côte. Arrivé à Cuzmil, il cingla au nord et trouva de bons édifices de pierre pour les idoles et une belle bourgade; mais les indigènes, voyant tant de vaisseaux et tant de soldats qui prenaient terre, s’enfuirent tous dans les bois.
Les Espagnols étant entrés dans la bourgade, la saccagèrent et s’y logèrent; se mettant ensuite dans les bois à la recherche des habitants, ils trouvèrent la femme du seigneur du lieu avec ses enfants. Au moyen de l’interprète Melchior, Indien qui avait suivi Francisco Hernandez et Grijalva, ils apprirent qui elle était. Les caresses que leur fit Cortès, accompagnées de dons faits à propos, les déterminèrent à faire appeler le seigneur, qu’il traita également avec beaucoup de bienveillance; il lui fit quelques petits présents, lui rendit sa femme et ses enfants, ainsi que toutes les choses que les soldats avaient pillées dans la bourgade. Il l’engagea à faire retourner les Indiens à leurs demeures et fit restituer à chacun ce qui lui appartenait. Les ayant ainsi rassurés, il leur prêcha la vanité des idoles et leur persuada d’adorer la croix, la plaçant dans leurs temples avec une image de Notre-Dame, et c’est ainsi que cessa l’idolâtrie publique.
C’est là que Cortès apprit comment des hommes barbus se trouvaient à trois soleils de chemin au pouvoir d’un seigneur; il voulut persuader les Indiens d’aller les chercher et en trouva un qui s’en chargea, quoique avec difficulté, parce qu’ils avaient peur du seigneur des barbares[23], et il écrivit la lettre suivante:
«Nobles seigneurs, étant parti de Cuba avec une flotte de onze navires et cinq cents Espagnols, je suis arrivé à Cuzmil d’où je vous écris cette lettre. Ceux de cette île m’ont assuré qu’il y a dans le pays cinq ou six hommes barbus et en tout à nous fort semblables; ils ne peuvent me donner ni dire d’autres signalements; mais pour ceux-ci je conjecture et tiens pour certain que vous êtes Espagnols. Moi et ces seigneurs qui viennent avec moi occuper et découvrir ces terres, nous vous prions beaucoup que d’ici à cinq ou six jours, ayant reçu la présente, vous veniez vers nous sans mettre d’autre retard ni excuse. Que si vous venez, nous le reconnaîtrons et vous remercierons des bons offices que de vous recevra cette flotte. J’envoie un brigantin pour que vous y veniez et deux bâtiments pour la sécurité.»
Les Indiens emportèrent cette lettre enveloppée dans leur chevelure et la remirent à Aguilar; mais comme ceux-ci tardèrent plus de temps qu’ils n’avaient annoncé, on les crut morts et les navires s’en retournèrent au port de Cuzmil. Cortès voyant alors que les Indiens n’étaient point revenus non plus que les hommes barbus, mit à la voile le lendemain. Mais ce jour-là un des navires s’ouvrit et ils se virent dans la nécessité de retourner au port. Comme ils travaillaient à le radouber, Aguilar ayant reçu la lettre, traversa dans un canot le canal entre Yucatan et Cuzmil; ce que voyant ceux de la flotte, ils furent voir qui c’était. Aguilar leur ayant demandé s’ils étaient chrétiens, ils répondirent qu’ils étaient et chrétiens et Espagnols, sur quoi il versa des larmes de joie, et s’agenouillant, il rendit grâces à Dieu, demandant ensuite si ce jour était un mercredi. Les Espagnols l’amenèrent nu comme il était à Cortès, qui le fit habiller et lui témoigna beaucoup d’amitié. Aguilar raconta alors son naufrage et ses souffrances, ainsi que la mort de ses compagnons, tout en faisant comprendre l’impossibilité où il avait été d’aviser Guerrero dans ce court espace de temps, celui-ci se trouvant à plus de quatre-vingts lieues de là.
Avec cet Aguilar, qui était un fort bon interprète, Cortès recommença à prêcher l’adoration de la croix et retira les idoles des temples. On dit que cette prédication de Cortès fit une si grande impression sur ceux de Cuzmil[24], qu’ils sortaient sur la plage, disant aux Espagnols qui passaient par là: Maria, Maria, Cortès, Cortès.
Cortès partit de là, toucha en passant à Campêche et ne s’arrêta point jusqu’à Tabasco: c’est là qu’entre autres choses et personnes que lui présentèrent ceux de Tabasco, ils lui donnèrent une Indienne qui se nomma ensuite Marina; elle était de Xalisco, fille de parents nobles, et elle avait été enlevée et vendue toute petite à Tabasco, d’où on la revendit ensuite à Xicalanco et à Champoton, où elle avait appris la langue de Yucatan, avec laquelle elle vint à s’entendre avec Aguilar. C’est ainsi que Dieu pourvut Cortès de bons et fidèles interprètes, au moyen desquels il vint à savoir la connaissance des choses du Mexique, dont Marina était parfaitement au courant pour avoir traité avec des marchands indiens et des gens distingués qui parlaient de tout cela chaque jour.
§ V.—_Provincias de Yucatan. Sus edificios antiguos mas principales._
Que algunos viejos de Yucatan dizen aver oido a sus passados que aquella tierra poblo cierta gente que entro por Levante a la qual avia Dios librado abriendoles doze caminos por la mar; lo qual si fuesse verdad era necessario que veniessen de Judios todos los de las Indias, porque passado el estrecho de Magellanes, se avian de ir estendiendo mas de dos mil leguas de tierra que oy govierna España.
Que la lengua de esta tierra es todo una y que esto aprovecho mucho para su conversion aunque en las costas ay alguna diferencia en vocablos y en el tono de hablar y que assi los de la costa son mas pulidos en su trato, y lengua, y que las mugeres se cubren los pechos, y las demas adentro no.
Que esta tierra esta partida en provincias sujectas a los pueblos de españoles mas cercanos. Que la provincia de _Chectemal_ y _Bac-halal_ esta sujeta a Salamanca. La provincia de _Ekab_, de _Cochuah_ y la de _Kupul_ estan sujetas a Valladolid. La de _Ahkin-Chel_ y _Yzamal_, la de _Zututa_, la de _Hocabaihumun_, la de _Tutuxiu_, la de _Cehpech_, la de _Chakan_, estan sujetas a la ciudad de Merida, la de _Camol_ y _Campech_, y _Champutun_ y _Tixchel_ acuden a St Francisco de Campeche.