Relation des choses de Yucatan de Diego de Landa Texte espagnol et traduction française en regard, comprenant les signes du calendrier et de l'alphabet hiéroglyphique de la langue maya; accompagné de documents divers historiques et chronologiques, avec une grammaire et un vocabulaire abrégés français-maya, précédés d'un essai sur les sources de l'histoire primitive du Mexique et de l'Amérique Centrale, etc., d'après les monuments égyptiens, et de l'histoire primitive de l'égypte d'après les monuments américains par l'abbé Brasseur de Bourbourg

Part 10

Chapter 103,624 wordsPublic domain

«Après avoir parlé des îles situées en deçà des colonnes d’Hercule, nous allons décrire celles qui sont dans l’Océan. Du côté de la Libye, on trouve une île dans la haute mer, d’une étendue considérable, et située dans l’Océan. Elle est éloignée de la Libye de plusieurs journées de navigation, et située à l’occident. Son sol est fertile, montagneux, peu plat et d’une grande beauté. Cette île est arrosée par des fleuves navigables. On y voit de nombreux jardins plantés de toutes sortes d’arbres, et des vergers traversés par des sources d’eau douce. On y trouve des maisons de campagne somptueusement construites et dont les parterres sont ornés de berceaux couverts de fleurs. C’est là que les habitants passent la saison d’été, jouissant voluptueusement des biens que la campagne leur fournit en abondance. La région montagneuse est couverte de bois épais et d’arbres fruitiers de toutes espèces; le séjour dans les montagnes est embelli par des vallons et de nombreuses sources. En un mot, toute l’île est bien arrosée d’eaux douces qui contribuent, non-seulement aux plaisirs des habitants, mais encore à leur santé et à leur force. La chasse leur fournit nombre d’animaux divers et leur procure des repas succulents et somptueux. La mer, qui baigne cette île, renferme une multitude de poissons, car l’Océan est naturellement très-poissonneux. Enfin l’air y est si tempéré, que les fruits des arbres et d’autres produits y croissent en abondance pendant la plus grande partie de l’année. En un mot, cette île est si belle qu’elle paraît plutôt le séjour heureux de quelques dieux que celui des hommes[321].

»Jadis cette île était inconnue à cause de son grand éloignement du continent, et voici comment elle fut découverte: les Phéniciens exerçaient de toute antiquité un commerce maritime fort étendu; ils établirent un grand nombre de colonies dans la Libye et dans les pays occidentaux de l’Europe. Leurs entreprises leur réussissaient à souhait, et, ayant acquis de grandes richesses, ils tentèrent de naviguer au delà des colonnes d’Hercule, sur la mer qu’on appelle l’Océan. Ils fondèrent d’abord sur le continent, près des colonnes d’Hercule, dans une presqu’île de l’Europe, une ville qu’ils nommèrent _Gadira_. Ils y firent toutes les constructions convenables à cet emplacement. Ils y élevèrent un temple magnifique consacré à Hercule et instituèrent de pompeux sacrifices d’après les rites phéniciens. Ce temple est encore de nos jours en grande vénération. Beaucoup de Romains célèbres par leurs exploits y ont accompli les vœux qu’ils avaient faits à Hercule pour le succès de leurs entreprises. Les Phéniciens avaient donc mis à la voile pour explorer, comme nous l’avons dit, le littoral situé en dehors des colonnes d’Hercule, et, pendant qu’ils longeaient la côte de la Libye, ils furent jetés par des vents violents fort loin dans l’Océan. Battus par la tempête pendant beaucoup de jours, ils abordèrent enfin dans l’île dont nous avons parlé. Ayant pris connaissance de la richesse du sol, ils communiquèrent leur découverte à tout le monde[322]. C’est pourquoi les Tyrrhéniens, puissants en mer, voulaient aussi y envoyer une colonie; mais ils en furent empêchés par les Carthaginois. Ces derniers craignaient d’un côté qu’un trop grand nombre de leurs concitoyens, attirés par la beauté de cette île, ne désertassent leur patrie. D’un autre côté, ils la regardaient comme un asile où ils pourraient se retirer dans le cas où il arriverait quelque malheur à Carthage[323]. Car ils espéraient qu’étant maîtres de la mer, ils pourraient se transporter, avec toutes leurs familles, dans cette île qui serait ignorée de leurs vainqueurs.»

Un passage, presque en tout semblable, mais beaucoup moins détaillé, existe dans le pseudo-Aristote, qui attribue la découverte de l’île aux Carthaginois, que Diodore ne nomme qu’après avoir parlé des Phéniciens et de la volonté des Tyrrhéniens d’y fonder une colonie. Le faux Aristote ajoute que ce fut la crainte de voir les colons secouer la dépendance et nuire ainsi au commerce de la mère-patrie, qui engagea le Sénat à sévir, en portant peine de mort contre quiconque serait tenté de naviguer de nouveau dans cette île[324]. Le savant auteur de la géographie d’Aristote, Konigsmann, conjecture que le philosophe de Stagire, en parlant des anciens traités de commerce conclus entre les Carthaginois et les Tyrrhéniens, a voulu désigner le traité romain dont Polybe nous a conservé la traduction[325]; mais Diodore, dans le passage en discussion, fait sans doute allusion à une époque beaucoup plus ancienne. Beckmann, commentateur des _Mirabiles Auscultationes_, a discuté, de son côté, l’opinion des philologues qui ont cru reconnaître le Brésil ou d’autres parties de l’Amérique dans ces deux passages. Wesseling, après avoir traité ces interprétations de très-douteuses, finit pourtant par ajouter qu’on pourrait y trouver des _indices_ de l’Amérique, comme ayant été plus ou moins connue des Carthaginois.

Après avoir discuté avec sa sagacité accoutumée les opinions diverses qui se sont produites de son temps pour identifier la situation de l’île, décrite par Diodore, l’auteur de l’_Histoire de la géographie du Nouveau Continent_ ajoute: «Il est impossible, je pense, de s’arrêter à une localité déterminée au milieu de tant de descriptions incertaines. La tradition est ancienne, car le trait «de l’asile offert dans le cas d’un renversement de fortune, ou de la chute de Carthage,» n’appartient qu’à Diodore, et pourrait bien être un ornement oratoire, ajouté après la destruction de la cité de Didon. Ce même asile s’offrit, du moins en espérance, à Sertorius[326], lorsqu’à l’embouchure du Bœtis, il vit entrer un navire revenant «de deux îles atlantiques qu’on croyait éloignées de dix mille stades.» Les _Récits Merveilleux_, qui sont la seule source à laquelle nous pouvons remonter, ont été compilés, pour le moins[327] avant la fin de la première guerre punique, car ils nous dépeignent la Sardaigne tyrannisée par les Carthaginois. Le mystère dont ceux-ci avaient intérêt d’envelopper leurs navigations lointaines, ne permet que de vagues conjectures.»

C’est dans cet ouvrage et dans d’autres du même genre, aujourd’hui perdus, mais dont les traces se trouvent dans la plupart des classiques anciens, que les Grecs et les Romains curieux puisaient les renseignements qu’ils désiraient sur cette matière intéressante[328]. Mais ces renseignements, bien que vagues souvent, présentent encore assez d’indices pour nous faire douter quelquefois si les Romains eux-mêmes, à la suite des Étrusques et des Carthaginois, ne connurent pas, par leur expérience personnelle, ce continent enveloppé de tant de fables et d’obscurités. On peut néanmoins s’imaginer qu’en général les philosophes et les curieux se contentaient de discuter scientifiquement sur ces questions, sans en aborder le côté pratique, ni se soucier des intérêts immenses qu’une connaissance plus approfondie de ces contrées aurait pu faire surgir et favoriser. Privées des ressources de l’imprimerie qui a tant aidé à la diffusion des lumières, surtout depuis la découverte de Colomb, les populations s’inquiétaient sans doute fort peu de ces régions lointaines abandonnées au monopole de quelques marchands; et il devait en être alors du commerce extérieur de l’Atlantique à peu près comme il en fut pour les nations européennes au moyen âge, relativement au commerce des Vénitiens dans l’Inde.

FIN DE L’INTRODUCTION.

NOTES

[1] _Guanaco_ est un nom de la langue haïtienne; _gua_ est un article démonstratif; _naco_ peut signifier lieu fertile. C’est le nom d’une ville, considérable par son commerce et sa grande population, qui existait dans le voisinage, du _golfe Dulce_, à peu de distance de la mer, à l’entrée de la montagne de _San-Gil_, où doivent se trouver ses ruines.

[2] Herrera, _Hist. Gen. de las Ind. occid._ decad. 1, lib. V, cap. V.

[3] Herrera, _Hist. Gen._ decad. 1, lib. VI, cap. VII. Les montagnes de _Caria_ sont celles qui s’appellent aujourd’hui _el Gallinero_, qui s’élèvent entre les _llanos de Santa-Rosa_ et la vallée de Copan. Le nom de _Caria_ que leur donne Herrera leur vient des _Cares_, nation puissante entre celles que l’on appela depuis _Choles_ et dont _Copan_ paraîtrait avoir été la capitale. Leur nom se retrouve encore aujourd’hui dans le mont _Cari_ et dans quelques petites localités au nord-ouest de Copan.

[4] Cette lettre, dit Humboldt (_Examen critique de l’histoire de la géographie du nouveau continent_, tom. 1ᵉ, note 1, page 4), qui peint si bien les plaisirs de l’intelligence, a été écrite, selon l’opinion commune, à la fin de décembre 1493. (_Opus Epistolarum Petri Martyris Anglerii Mediolanensis, Protonotarii Apostolici, Prioris Archiepiscopatus Granatensis, atque à consiliis rerum Indicarum Hispanicis_. Amstelodami, 1670. Ep. CLII, page 84.)

[5] Pomponius Lœtus, le célèbre propagateur de la littérature classique romaine, généralement assez mal vu d’une portion du clergé romain, à cause de la liberté de ses opinions religieuses. (Voir Humboldt, _loc. cit._)

[6] Popol-Vuh.—_Le Livre sacré et les mythes de l’antiquité américaine_, dans l’Introduction.

[7] Humboldt, _Hist. de la géogr. du Nouv. Continent_, section première, _passim_.

[8] _Katun_, mot de la langue maya composé de _kat_, interroger, et de _tun_, pierre, c’est-à-dire pierre qu’on interroge, à qui on demande l’histoire du pays. C’est le nom qu’on donnait anciennement au Yucatan aux pierres gravées, portant des dates et des inscriptions relatives aux événements historiques et qu’on incrustait dans les murs des édifices publics. Voir plus loin, page 53.

[9] _Vues des Cordillières et monuments des peuples indigènes de l’Amérique_, tom. II, pl. XXVI.

[10] Humboldt, _Examen de l’hist. de la géogr. du nouv. continent_, tom. I, page 177.

[11] _Sur les sources de la Cosmogonie du Sanchoniathon_, Paris, 1860, page 227.

[12] Brasseur de Bourbourg, Popol-Vuh. _Le Livre sacré, et les mythes de l’antiquité américaine_, etc. Introd., page LXV.

[13] _Sur les sources de la Cosmogonie du Sanchoniathon_, page 127.

[14] Le _Codex américain_ de la bibliothèque royale de Dresde, reproduit dans la collection de Kingsborough, est écrit de caractères analogues à ceux dont nous donnons l’alphabet d’après Landa (voir page 320): il y en a quelques-uns, toutefois, que nous ne sommes pas encore parvenus à identifier, bien que tous les autres signes des jours et des mois soient les mêmes. Le _Codex de Dresde_, autant qu’il nous a été donné d’en juger actuellement, d’après le court examen que nous en avons fait dans Kingsborough, est un _Tonalamatl_ ou Rituel religieux et astrologique, dont la langue se rapproche de celle du Yucatan.

[15] «Nous avons vu, dit Humboldt, que les astrologues mexicains ont donné à la tradition des destructions et des régénérations du monde un caractère historique, en désignant les jours et les années des grandes catastrophes, d’après le calendrier dont ils se servaient au seizième siècle. Un calcul très-simple pouvait leur faire trouver l’hiéroglyphe de l’année qui précédait de 5206 ou de 4804 ans une époque donnée. C’est ainsi que les astrologues chaldéens et égyptiens indiquaient, selon Macrobe et Nonnus, jusqu’à la position des planètes à l’époque de la création du monde et à celle de l’inondation générale. (_Vue des Cordillières_, etc. tom. II, page 132.)

[16] _Conquista de Mexico, 2ª parte de la Cronica de las Indias._

[17] MS. De la coll. de Boturini, sous le titre de _Historia de los reyes de Culhuacan y Mexico_. Copie de ma collection.

[18] Dans certains documents, il est parlé de quatre catastrophes, dans d’autres de cinq, et ces catastrophes, à l’exception de celle du feu, de celle de l’eau et de celle de l’ouragan, ne paraissent pas toujours bien s’accorder l’une avec l’autre.

[19] «_Izcalli_, Enero, est-il dit dans ce document, la fiesta del fuego, porque en tal tiempo les calentaban los arboles para brotar.—Fiesta de _Pilquixtia_, la natura humana que nunca se perdio en las vezes que se perdio el mundo.—De cuatro en cuatro años, ayunaban otros ocho dias, en memoria de las tres vezes que se a perdido el mundo, y asi lo llaman a este cuatro vezes señor, porque siempre que se perdia, esto no se perdia, y azi dizen la fiesta, de la Renovacion, y asi dizen que acabado este ayuno y fiesta, se volvian los hombres como niños los cuerpos, y asi para representar esta fiesta en el vayle trayan unos niños de las manos» (_Cod. Tell. Rem. Mex._ N. I, fol. 6. v).

[20] Ce sont aussi les idées de quelques philosophes anciens. Saint Augustin les reproduit, tantôt en les combattant, tantôt inclinant à l’opinion que «la désolation partielle de la terre par des déluges et des embrasements laisse quelques hommes survivre pour réparer les pertes du genre humain.» (_De Civit. Dei_, lib. XII, 10-11.)

[21] _Popol Vuh_, etc. chap. III.

[22] Ne serait-ce pas à des souvenirs de ce genre que feraient allusion les fêtes des Renaissances dont il est question dans la légende du VIIIᵉ tableau de la grande salle du temple d’Ammon à Karnac, dont parle Lepsius et, avec lui, Brugsch? _Histoire de l’Égypte, dès les premiers temps de son existence jusqu’à nos jours._ Leipzig, 1859—I part., page 131.

[23] Le _tetzontli_ est une amygdaloïde poreuse qui a servi à bâtir la plupart des édifices de Mexico. Suivant Bustamante, le commentateur de Sahagun, ce seraient les petits volcans qui environnent au sud-est la vallée de Mexico, qui auraient formé le _tetzontli_, et le Quauhnexac, dit volcan d’Axuzco, suivant Betancurt (_Teatro Mexicano_, part. I, trat. 2, cap. IV), appuyé sur les traditions de quelques Indiens, aurait donné naissance à la célèbre couche de lave, appelée _el Pedregal de San-Augustin_ et vomi les vastes torrents de lave qui s’étendent jusqu’à Acapulco.

[24] Le texte ajoute ailleurs, dans le même document, que tous les seigneurs périrent dans cette circonstance. Une preuve singulière de l’existence des villes antiques, ensevelies alors sous la lave, se trouva au Pedregal de San-Augustin, ainsi nommé de la villa de ce nom, auprès de Mexico: car, de dessous la lave qui l’entoure, sort un large ruisseau qui roule avec ses eaux des débris de poteries antiques, provenant indubitablement des habitations, ensevelies sous les masses de laves qui coulèrent dans la vallée. Combien d’Herculanum et de Pompeii ont été recouverts des laves des volcans mexicains!

[25] Ce fait est mentionné dans le _Codex Chimalpopoca_ et dans la plupart des traditions du Mexique.

[26] Voir l’_Ecrit du frère Romain Pane_, à la fin de ce volume, page 440 et note (2).

[27] Codazzi, _Resumen de la geografia de Venezuela_, Paris, 1841, pag. 46 y 47.

[28] Lehmann, _Œuvres physiques_, dans la préface du tom. III.—De la Borde, _Voyages_, etc. pages 6 et 7.

[29] Cogolludo, _Hist. de Yucatan_, lib. IV, cap. 6.—Voir Landa, page 61.

[30] _Incidents of travel in Yucatan_, vol. I, chap. 6.

[31] Voir le _Livre Sacré_, page 35 et suiv.

[32] C’est l’étymologie qu’en donne Ordoñez, _Hist. del Cielo y de la Tierra_, etc., MS. Le bon chanoine en fait Lucifer brûlant sept fois au fond de l’enfer. _Vukub-Caquix_, dans son acception ordinaire, signifie, comme je l’ai dit ailleurs, _Sept-Aras_.

[33] Voir le _Livre Sacré_, prem. part., aux chapitres IV et V.

[34] _Zipacna_ est composé de _zip_ ou _zipoh_, verbe qui signifie gonfler, et de _na_, demeure, maison, en langue mame et vieux quiché.

[35] Ces montagnes appartiennent aux contrées guatémaliennes: le _Chi-Kak-Hunahpu_, c’est-à-dire Au feu de Hunahpu ou d’un tireur de Sarbacane, est le même que le volcan dit _del Fuego_ qui domine à peu de distance la _Antigua-Guatémala_. Le _Yaxcanul_, appelé par les Cakchiquels _Gagxanul_, est le volcan de _Santa-Maria_, près de Quezaltenango; les autres paraissent être les mêmes que l’on voit dans la cordillère entre ce dernier et les volcans de _Soconusco_.

[36] Voir le _Livre Sacré_, deuxième partie.

[37] _Hun-ahpu_ se compose de _hun_, un ou le premier, et de _ahpu_, tireur de Sarbacane, mot composé lui-même de la particule possessive _ah_, celui de, et de _pu_, _pub_ ou _ub_, souffle, tuyau qui souffle.

[38] Avila, _Tratado y Relacion de los errores, falsos dioses y otras supersticiones y ritos diabolicos en que vivian antiguamente los Indios de las provincias de Huarocheri, Mama y Chacllo_, etc. MS. de la Bibl. nat. de Madrid, Copie de ma collection. Suivant ce document le monde d’avant le déluge est appelé _Purun-pacha_, c’est-à-dire monde faux ou différent de celui d’aujourd’hui, et les hommes d’alors _Yanañamca_.

[39] Id. _ibid._ Ce document est le seul en espagnol, où il soit parlé de _Coniraya-Viracocha_; il paraît être la plus ancienne divinité du Pérou, et son histoire est racontée au long dans le document en langue qquichua qui vient à la suite de ce manuscrit et que j’ai copié à Madrid. Le bambou dont il est question ici, à l’aide duquel Coniraya soulève ou aplanit les montagnes, rappelle la sarbacane de Hunahpu.

[40] _Pachacamac_, lieu célèbre autrefois par le fameux temple consacré à cette divinité, le créateur du monde, à 4 l. de Lima et à peu de distance de l’Océan Pacifique.

[41] Avila, _Tratado y Relation_, etc. Le fleuve de _Pachacamac_ est le même appelé aujourd’hui _Rio de Lurin_, dans la province du même nom, près de Lima, où se trouvait le temple de _Pachacamac_.

[42] Molina, _Relacion de las fabulas y ritos de los Ingas_, etc. MS. des archives de Madrid, copie de ma collection.

[43] Ce groupe d’étoiles rappelle les six _tzontemocque_, ou étoiles qui tombèrent du ciel, au temps du déluge, d’après les traditions mexicaines.

[44] _Ancasmarca_ est à 5 lieues du Cuzco, d’après le document d’où cette histoire est tirée. Le document cité avant celui-ci, _Tratado y Relacion_, les rapporte également, avec une légère variante, et met le lieu de la scène dans les montagnes de Huarocheri, beaucoup plus près de l’Océan.

[45] C’est la province des _Cañaris_ où se trouvent les ruines de la célèbre forteresse de _Cañar_, citée par Humboldt (_Vues des Cordillères et monuments des peuples indigènes de l’Amérique_, pl. 20, édit. in-fol.)

[46] Ou plutôt deux femmes, portant le nom d’Ara.

[47] Voir, au sujet du culte de l’ara, le chapitre de Lizana, à la suite de Landa, page 361.

[48] Le docteur Avila, curé de Huarocheri, qui recueillit ces faits, les discuta en théologien de son époque, et tout en convenant de la véracité des Indiens qui les lui donnaient, ne trouva moyen ni de les rejeter, ni de les admettre. La géologie avait fait fort peu de progrès à cette époque, et le soulèvement des terres _yunga_ ou chaudes, devenues dans l’espace de cinq jours une _puna_ glacée, lui paraissait une chose impossible.

[49] Velasco, _Hist. du roy. de Quito_, liv. II, § 2, n. 1, et § 4, n. 4.

[50] Bunsen, _Egypt’s place in universal history_, vol. 1, page 392.

[51] Zamora, _Hist. de la prov. de Nueva Grenada_, lib. II, cap. 16.—De _Suha Con_, _Cun_, _Chun_, ou _Chum_, noms identiques, vient probablement celui de _Cundinamarca_ ou _Cun-li-na-marca_, qui est donné à cet ensemble de provinces, comprenant Bogota, Velez, Pamplona, la Grita, Merida, Muso, Ebate, Panches, Neyba, Marquetones, Sutagaos, Ubague, Tensa, Lengupa, Sogamoso et Chita. (Piedrahita, _Hist. Gen. de las Conquistas del reyno de Nueva-Grenada_, Part. I, lib. 1, cap. 1.)

[52] Simon, _Hist. de Tierra-Firm_, Part. II, noticia IV, cap. 4.

[53] «Un tremblement de terre se présente à l’homme comme un danger indéfinissable, mais partout menaçant. On peut s’éloigner d’un volcan, on peut éviter un torrent de lave, mais que la terre tremble, où fuir? Partout on croit marcher sur un foyer de destruction.» (Humboldt, _Cosmos, essai d’une description physique du monde_, trad. de Faye, tom. I, pag. 168.)

[54] C’est ainsi que la tradition rapportait que la pyramide de Cholula avait été construite par Xelhua, un des géants antédiluviens, en mémoire de la montagne de Tlaloc où il s’était réfugié avec ses frères, au moment de l’inondation. (Rios, _Cod. Mex. Vatican_.)

[55] _Tepeyolotl_ signifie le cœur des montagnes, en langue nahuatl.—«Dicese deste nombre á reverencia de como quedo la tierra despues del diluvio.—Este Tepeyolotl es lo mesmo que el retumbo de la voz, cuando retumba en un valle de un cerro á otro.—Ponenle este nombre á la tierra de tiguere (_tigre_, traduction figurée de _Tepeyolotl_) por ser el tiguere el animal mas bravo y aquel retumbido que dan las vozes en los cerros dizen que quedo del diluvio.» (_Cod. Tell. Rem. Mex._ fol. 9. v. et 10. r.)

[56] _Ru Qux huyu_, le cœur des monts, en langue cakchiquèle et quichée, le même que le _Tepeyolotl_ en mexicain. (_Manuscrit cakchiqel_, etc.)

[57] Guevara. _Historia del Paraguay, Rio de la Plata y Tucuman_, etc. en la Colec. de la _Hist. Argentina_, Buenos-Ayres, 1854, tom. I, page 210.

[58] A. d’Orbigny, _Voyage dans l’Amérique mérid._ tom. III, part. 1, page 107.

[59] Le _Codex Chimalpopoca_ en parle d’une manière particulière, et c’est là qu’on trouve la mention d’une nuit de vingt-cinq ans; il en est parlé également dans le _Popol Vuh_ ou Livre Sacré, bien qu’il semble souvent que ce ne soit, dans cet ouvrage, qu’une image d’un temps de ténèbres intellectuelles.

[60] _Cosmos_, etc. tom. I, page 165.

[61] Solin. _de situ et mirabilibus orbis_, cap. XVII.

[62] _De Civitate Dei_, lib. XXI, § 8.

[63] _Tzontemocque_, pluriel de _tzontemoc_, mot à mot chevelure qui descend ou qui tombe; c’est le nom donné généralement dans les histoires mexicaines aux dieux déchus du ciel au fond de la terre avec _Mictlanteuctli_, le dieu des morts ou du séjour infernal. «_Quecholli_. Entra la fiesta de la bajada del Miquitlantecotli y del Tzontemocque y los demas, y por este le pintan con los adereços de guerra, porque la truxo al mundo.—Propiamente se a de dezir la cayda de los demonios que dizen que eran estrellas y asi ay aora estrellas en el cielo que se dizen del nombre que ellos tenian que son estos, que se dizen Yyacatecuytli, _Tlahuizcalpantecoyntli_, Ce-Yacatl, Achitumetl, Xacupantal..., Mixcohuatl, Tezcatlipoca, Çontemoctli. Como estos llamavanse deste nombre antes que cayesen del cielo, y aora se llaman... tzitzimitli, como quiere dezir cosa mostruosa o temerosa.» (_Cod. Tell. Rem. Mex._ fol. 4. V.)

[64] «_Tlahuizcalpantecutli_ o la estrella Venus (c’est-à-dire le Seigneur qui éclaire le haut des maisons). Este Tlahuizcalpan-tecutli estrella Venus es el Queçalcovatl... Dizen que es aquella estrella que llamamos Luzero del alva y asi lo pintan con una caña, que era su dia.» (_Cod. Tell. Rem. Mex._ _loc. cit._)

[65] Platon, _Timée_, trad. de M. Victor Cousin, tome XII, page 3.

[66] _Œuvres morales_, trad. de Ricard. Tom. XVI.

[67] Les mots _atlas_ et _atlantique_ n’ont d’étymologie satisfaisante dans aucune langue connue en Europe. Dans la langue nahuatl nous trouvons tout d’abord le radical _a_, _atl_, qui signifie eau, guerre et le sommet de la tête. (Molina, _Vocab. en lengua mexicana y castellana_, etc.) De là une série de mots, tels qu’_atlan_, au bord ou au milieu de l’eau, dont on fait l’adjectif _atlantic_. Nous avons encore _atlaça_, combattre ou être en agonie; il peut signifier également lancer de l’eau et le prétérit fait _atlaz_. Une ville d’_Atlan_ existait au temps de la découverte de l’Amérique, à l’entrée du golfe d’Urabà au Darien, avec un bon port: elle est réduite aujourd’hui à un pueblo sans importance, nommé _Acla_.

[68] Ce qu’on appelait l’Asie à cette époque ne comprenait que l’Asie Mineure.

[69] Ces autres îles auraient-elles été les Antilles et la mer intérieure, bordée par ce continent, l’Océan Pacifique, puisque cette mer seule (sans doute à cause de son étendue) pouvait s’appeler une véritable mer, et ce continent un véritable continent?

[70] Cette mer en deçà du détroit était la Méditerranée.