Manuel de synonymie Latine

Part 6

Chapter 63,492 wordsPublic domain

Damnum. Detrimentum. Jactura. *Damnum*, perte qu’on fait par sa faute par opposition à *lucrum*; *detrimentum*, perte qu’on éprouve par opposition à *emolumentum*; enfin *jactura*, perte volontaire par laquelle on prétend échapper à une perte ou à un mal plus considérable. *Damnum* se dit seul d’une amende, tandis que dans la formule: Videant consules ne quid respublica *detrimenti* capiat, on ne rencontre jamais *damnum*.

—Dapes, v. *Epulæ*. —Deamare, v. *Diligere*. —Deambulare, v. *Ambulare*. —Debere, v. *Necesse est*. —Decernere, v. *Destinare*. —Declarare, v. *Ostendere*. —Desidia, v. *Ignavia*. —Decipere, v. *Fallere*. —Decorare, v. *Comere*. —Dedecus, v. *Ignominia*. —Dedicare, v. *Sacrare*. —Deesse, v. *Abesse*. —Deducere, v. *Comitari*. —Deformis, v. *Teter*. —Deficere, v. *Abesse* et *Turbæ*. —Deflere, v. *Lacrimare*. —Degere, v. *Agere*. —Delectatio, v. *Oblectatio*. —Defendere, v. *Tueri*. —De integro, v. *Iterum*. —Delere, v. *Abolere*.

Delibutus. Unctus. Oblitus. *Delibutus*, mouillé avec un corps gras; c’est le terme générique par rapport à *unctus*, oint d’une matière agréable, et à *oblitus*, enduit d’une matière malpropre.

Delictum. Peccatum. Malefactum. Maleficium. Facinus. Flagitium. Scelus. Nefas. Impietas. 1. *Delictum* et *peccatum*, transgression légère: *delictum*, des lois positives, par légèreté; *peccatum*, des lois de la nature et de la raison, par sottise.

2. *Malefactum* est un synonyme et une sorte de périphrase des deux mots précédents. *Maleficium* et *facinus* engagent directement la morale dans la question. *Maleficium*, tout méfait qui mérite un châtiment, parce qu’il procède d’une mauvaise intention. *Facinus*, quand on le prend en mauvaise part, c’est, comme δεινόν τι, un forfait qui excite de l’étonnement ou de l’épouvante, à cause du degré extraordinaire d’audace qu’il exigeait.

3. Il y a autant de sortes de mauvaises actions que de sortes de devoirs, envers soi-même, envers les autres, envers les dieux. *Flagitium* est un manquement contre soi-même, contre son propre honneur, par débauche, inconduite, lâcheté, bref, par des actions qui proviennent de faiblesse morale plutôt que d’une force déréglée, par des manifestations de l’*ignavia*; c’est une turpitude. *Scelus* est un manquement contre les autres, contre les droits des particuliers ou la paix de la société, par brigandage, meurtre et surtout par sédition, bref, par des manifestations de la *malitia*, un crime. *Nefas* est un manquement contre les dieux ou la nature, par blasphème, pillage d’un temple, meurtre de parents, trahison envers la patrie, bref, par des manifestations de l’*impietas*, un sacrilége.

Deligere. Eligere. *Deligere*, faire son choix, ne pas laisser plus longtemps le choix en suspens; *eligere*, choisir et ne pas prendre le premier venu.

—Delirium, v. *Amens*. —Demens, v. *Amens*. —Delubrum, v. *Templum*.

Demere. Adimere. Eximere. Auferre. Eripere. Surripere. Furari. 1. *Demere*, *adimere* et *eximere*, enlever sans violence et sans ruse. *Demere*, séparer une partie d’un tout qui se trouve diminué par là; il a pour opposé *addere* et *adjicere*; *adimere*, prendre un bien à un propriétaire qui en devient plus pauvre; il a pour opposés *dare* et *reddere*; enfin, *eximere*, ôter un mal à une personne qui se sent alors comme allégée d’un fardeau.

2. *Auferre*, *eripere*, *surripere* et *furari* impliquent une idée d’arbitraire et d’injustice. *Auferre* est le terme général; c’est à peu près prendre. *Eripere*, prendre par violence, comme arracher; *surripere* et *furari*, secrètement et par ruse; mais *surripere*, par un détournement qui peut avoir pour motif une nécessité de légitime défense et de prudence; *furari*, en pratiquant le méprisable métier de voleur. Sen. Prov. 5. Quid opus fuit *auferre*? accipere potuistis; sed ne nunc quidem *auferetis*, quia nihil eripitur nisi retinenti. Où était la nécessité de prendre? vous n’aviez qu’à ouvrir la main pour recevoir. Et il ne vous sera pas donné de prendre, même à présent, car on n’arrache rien qu’à celui qui veut garder. Cic. Verr. I, 4, 60. Si quis clam *surripiat* aut *eripiat* palam atque *auferat*. Qu’on dérobe secrètement ou qu’on arrache ouvertement et qu’on prenne. Et II, 1, 13. Non *furem* sed *ereptorem*. Ce n’est pas un voleur, mais un ravisseur.

—Demoliri, v. *Destruere*. —Denegare, v. *Negare*. —Denuo, v. *Iterum*. —Demori, v. *Mors*. —Densus, v. *Angustus*. —Deplorare, v. *Lacrimare*.

Depravare. Corrumpere. *Depravare*, terme relatif, gâter, mais de manière qu’on puisse encore réparer le mal; il se dira de ce qui a pris un mauvais pli; *corrumpere*, terme absolu, abîmer, mettre hors d’usage, en sorte qu’il n’y ait plus de remède; il se dira de ce qui est brisé.

—Deridere, v. *Ridere*. —Desciscere, v. *Turbæ*. —Desertum, v. *Solitudo*. —Deserere, v. *Relinquere*. —Desiderare, v. *Requirere*.

Desinere. Desistere. *Desinere* marque un fait et se dit des personnes, des choses et des actions, comme cesser; *desistere* marque un acte de volonté dont les personnes seules sont capables, comme renoncer.

—Desolatus, v. *Relinquere*. —Despicere, v. *Spernere*. —Desperare, v. *Exspes*.

Destinare. Obstinare. Decernere. Statuere. Constituere. 1. *Destinare* et *obstinare* présentent une résolution à laquelle on s’arrête, comme un acte psychologique; *decernere* et *statuere*, comme un acte politique.

2. *Destinare*, prendre un parti décisif dont les conséquences sont prévues; *obstinare*, prendre une résolution irrévocable dans laquelle on persiste avec opiniâtreté ou entêtement.

3. *Decernere* désigne comme conclure le résultat définitif d’une délibération en forme ou pour le moins d’un examen conduit avec la gravité qui préside à une discussion entre collègues; *statuere* marque comme résoudre le terme d’une situation incertaine, et on emploie dans le même cas *constituere*, quand le sujet ou le régime de l’action est au pluriel. Cic. Fr. Tull.[1] Hoc judicium sic exspectatur, ut non *unæ* rei *statui*, sed omnibus *constitui* putetur. Ce qu’on attend de ce jugement, ce n’est pas tant une décision sur un intérêt particulier qu’un règlement sur un intérêt général.

—1 Tome XXXVI, p. 269, §9 dans le Cicéron de la collection Panckoucke.

—Destinatio, v. *Pervicacia*. —Destituere, v. *Relinquere*.

Destruere. Demoliri. *Destruere*, abattre une œuvre d’art; *demoliri*, une construction solide.

Deterior. Pejor. *Deterior* se dit, comme χείρων, de celui qui est inférieur aux autres, qui est moins estimable; *pejor*, comme ϰαϰίων et pire, de celui qui est plus corrompu, plus dangereux. On trouve dans Sall. Or. Phil. 3. Æmilius omnium flagitiorum postremus, qui *pejor* an *ignavior* sit deliberari non potest. Æmilius, le dernier de tous les misérables. Est-il plus méchant que lâche ou plus lâche que méchant? c’est ce qu’il est impossible de décider. Et dans ce passage *deterior* ne formerait pas un contraste avec *ignavior*. Catulle emploie, en badinant, le superlatif *pessimi*, qui contient l’idée d’une certaine énergie; *deterrimus*, pitoyable ou chétif, ne se dit jamais par plaisanterie.

—Detestari, v. *Abominari*. —Detrectatio, v. *Invidia*. —Deus, v. *Numen*. —Detinere, v. *Manere*. —Detrimentum, v. *Damnum*.

Deversorium. Hospitium. Caupona. Taberna. Popina. Ganeum. *Deversorium*, tout quartier où l’on descend tant que dure un voyage, dans une propriété à soi, chez des amis, chez des hôteliers; *hospitium*, l’asile qu’on trouve chez un ami avec lequel on est en relation d’hospitalité; *caupona*, l’auberge; tous ces lieux fournissent le logement comme des hôtelleries. Les *tabernæ*, *popinæ*, *ganea* ne fournissent que la pension, comme les restaurants: les *tabernæ*, pour les gens du commun, comme les cabarets; les *popinæ*, pour les gens du grand monde et les gastronomes, comme certaines maisons de traiteurs; les *ganea*, pour ces deux sortes de gens et en outre pour les voluptueux.

—Devincire, v. *Ligare*. —Dicare, v. *Sacrare*. —Dicacitas, v. *Lepidus*.

Dicere. Aio. Inquam. Asseverare. Affirmare. Contendere. Fari. Fabulari. 1. *Dicere*, parler pour instruire; il se rapporte à celui qui écoute, par opposition à *tacere*, comme le neutre *loqui* et λέγειν; *aio*, parler pour affirmer; il se rapporte à celui qui parle, par opposition à *nego*, comme φημί.

2. *Ait* se joint au discours indirect et régit un infinitif; *inquit*, au discours direct; il amène un indicatif, un impératif ou un subjonctif.

3. *Aio* marque la simple affirmation d’une proposition qu’on se borne à énoncer; *asseverare*, *affirmare*, *contendere*, marquent une affirmation énergique; *asseverare*, c’est affirmer sérieusement, par opposition à une affirmation plaisante ou légère, à *jocari*; *affirmare*, affirmer en garantissant la certitude, par opposition au doute et aux rumeurs, à *dubitare*; *contendere*, affirmer en dépit des contradicteurs et soutenir son opinion envers et contre tous, par opposition à céder et à renoncer.

4. *Dicere*, dire, sans idée accessoire; *loqui*, pris comme verbe actif, contient une idée accessoire de mépris: ce qu’on dit n’est que vains propos. Cic. Att. XIV, 4. Horribile est quæ *loquantur*, quæ minitentur. Leurs propos, leurs menaces font horreur.

5. *Loqui*, pris comme verbe intransitif, parler en général; *fabulari*, parler sans façon ou du moins sans gêne, pour passer le temps, sans donner une grande attention au fond ou à la gravité du discours, causer, λαλεῖν; enfin, *dicere*, pris comme verbe neutre, parler avec art, en s’étudiant, particulièrement à la tribune, λέγειν. Liv. XLV, 39. Tu, centurio, miles, quid de imperatore Paulo senatus decreverit potius quam quid Sergio Galba *fabuletur*, audi, et hoc *dicere* me potius quam illum audi; ille nihil præterquam *loqui*, et id ipsum maledice et maligne didicit. Centurions et soldats, prêtez l’oreille au décret du sénat sur la victoire de votre général plutôt qu’aux déclamations mensongères de Galba. Prêtez l’oreille à mon langage plutôt qu’au sien. C’est un homme qui n’a rien étudié, hors l’art de parler, et encore pour insulter et pour nuire. Cic. Brut. 58. Scipio sane mihi bene et *loqui* videtur et *dicere*. Il me semble que Scipion brille également dans le langage ordinaire et dans le langage étudié. Orat. III, 10. Neque enim conamur docere eum *dicere* qui *loqui* nesciat. Nous n’entreprenons point d’enseigner l’art de la parole à celui qui ne sait pas ce que c’est que parler. Suet. Claud. 4. Qui tam ἀσαῶς *loquatur*, quî possit quum declamat σαφῶς *dicere* quæ dicenda sunt, non video. Comment, avec une parole aussi confuse, on pourrait, parlant en public, dire clairement ce qu’il faut dire, c’est ce que je ne vois pas.

6. *Fari* présente la parole comme le simple usage mécanique des organes de la voix pour former des sons et des mots articulés, par opposition à *infantem esse*; *loqui*, comme le moyen d’exprimer ses pensées, par opposition à *tacere*. Et comme *fari* peut se réduire à prononcer des paroles isolées, on y rattache aisément l’idée d’un laconisme extraordinaire, imposant, digne d’un oracle, comme dans les arrêts du destin, *fati*, tandis que *loqui* fait songer aux discours ordinaires des hommes qui dégénèrent souvent en loquacité, *loquacitas*.

—Dicterium, v. *Verbum*. —Dicto audientem esse, v. *Parere*.

Dies. Tempus. Tempestas. Die. Interdiu. 1. *Dies*, le temps envisagé dans sa nature purement abstraite, comme simple extension et simple progression; *tempus* et *tempestas*, le temps de la météorologie et de l’astronomie, la température, les rapports de la durée. *Tempus* marque plutôt un simple point, un moment, une époque; *tempestas*, tout un espace, une période. *Dies docebit* a trait à un long espace de temps qui doit s’écouler avant que nous soyons instruits, comme χρόνος; *tempus docebit*, au moment favorable qui nous instruira, comme ϰαιρός.

2. *Die*, par jour, chaque jour, par opposition à l’heure et à l’année; *interdiu* et *diu*, de jour, par opposition à *noctu*; mais *interdiu* se prend dans toute sorte de circonstances; *diu* est toujours joint à *noctu*que. Cic. Att. XIII, 28. Credibile non est quantum scribam *die*. Vous auriez peine à croire combien j’écris chaque jour. Cels. Med. I, 3. Qui semel et qui bis *die* cibum... assumit. Celui qui mange une fois et celui qui mange deux fois par jour. Tac. H. II., 5. *Noctu* *diu*que. Nuit et jour.

—Dies festi, v. *Solemnia*.

Differre. Proferre. Procrastinare. Prorogare. 1. *Differre* marque le renvoi à un autre temps considéré par son côté négatif: loin de faire la chose présentement, on la laisse là; *proferre* et *procrastinare* marquent le délai pris par le côté positif: la chose aura lieu dans un temps à venir; une autre fois, sans dire quand, si l’on se sert de *proferre*; dans un avenir très-rapproché, si l’on se sert de *procrastinare*.

2. *Differre*, etc., se disent d’une action qu’on tarde å commencer; *prorogare*, d’un état auquel on tarde à mettre fin, comme prolonger.

—Difficilis, v. *Arduus* et *Austerus*. —Digladiari, v. *Pugnare*. —Diligentia, v. *Opera*. —Dignum esse, v. *Merere*.

Diligere. Amare. Deamare. Adamare. Caritas. Amor. pietas. 1. *Diligere*, c’est l’amour qui naît de l’estime, le résultat de nos réflexions sur le mérite de l’objet aimé, comme φιλεῖν; *amare*, c’est l’amour par inclination, celui qui a son origine dans le sentiment, qui est involontaire ou même irrésistible, comme ἐρᾷν, ἔρασθαι. *Diligere* désigne l’amour pur, dégagé du joug des sens et de l’égoïsme, calme et paisible: *amare*, l’amour ardent qui confine à la passion, qu’il soit d’ailleurs sensuel ou platonique. Cic. Att. XIV, 17. Tantum accessit ut mihi nunc denique *amare* videar, ante *dilexisse*. Il me semble, tant mon amour a grandi, qu’il ne mérite ce nom que d’aujourd’hui et que je n’avais auparavant que de l’affection.

2. *Amare*, aimer en général; *deamare*, verbe augmentatif, aimer à en mourir, comme *amore deperire*; et *adamare*, verbe inchoatif, commencer à aimer.

3. *Caritas*, entendu de l’effet qu’on produit, c’est l’affection que les autres ont pour nous. C’est une sorte de substantif à sens neutre par rapport au substantif à sens actif, *amor*, le penchant que nous éprouvons pour un autre; d’où viennent ces constructions: *caritas* apud aliquem; mais *amor* erga aliquem.

4. *Caritas*, entendu de l’effet qu’on ressent, tout amour qui tourne à la tendresse, particulièrement celui des parents pour les enfants, sans aucun mélange de sensualité, il ne se dit que des personnes, comme ἀγάπη ou στοργή; *amor*, l’amour ardent et passionné pour des personnes ou des choses, comme ἔρως; enfin, *pietas*, c’est l’amour instinctif pour des personnes et des choses que les liens sacrés de la nature nous obligent à aimer, dieux, parents, patrie, bienfaiteurs. La *caritas* se complaît dans l’objet aimé, se réjouit de le posséder et se manifeste par des prévenances et des sacrifices; l’*amor* vise à réduire toujours davantage le même objet en son pouvoir; il est difficile à satisfaire; la *pietas* se laisse aller à un penchant naturel et à un sentiment religieux.

—Diluculum, v. *Mane*. —Dimicare, v. *Pugnare*. —Dirimere, v. *Dividere*. —Dimetari, dimetiri, v. *Metiri*. —Dimittere, v. *Mittere*. —Diripere, v. *Vastare*. —Dirus, v. *Atrox*.

Disceptatio. Litigatio. Controversia. Contentio. Altercatio. Jurgium. Rixa. 1. *Disceptatio*, *litigatio* et *controversia*, différends susceptibles d’être terminés à l’amiable et par des voies régulières; *contentio*, *altercatio* et *jurgium*, différends entachés de passion et de violence, mais qui se passent néanmoins en paroles; *rixæ*, différends qui se traduisent ou menacent de se traduire en voies de fait, comme les querelles et les batteries, et qui tiennent le milieu entre *jurgium* et *pugna*. Liv. XXXV, 17. Ex *disceptatione* *altercationem* fecerunt. La dispute dégénéra en altercation. Tac. H. I, 64. *Jurgia* primum, mox *rixæ* inter Batavos et legionarios. Il y eut d’abord de gros mots, puis des rixes entre les Bataves et les légionnaires. Dial. 26. Cassius Severus non pugnat, sed *rixatur*. Cassius Sévérus cherche des rixes, sinon des batailles.

2. Il y a lutte, *controversia*, entre deux partis dès qu’ils sont opposés l’un à l’autre; débat, *disceptatio*, dès qu’ils s’engagent dans une dispute sous prétexte de rechercher la vérité ou de démêler le droit sans avoir dans le principe des intentions hostiles; contestation, *litigatio*, dès qu’ils s’inspirent d’un esprit d’hostilité et d’intérêt personnel.

3. La *contentio* veut absolument avoir raison et atteindre son but en mettant toutes ses forces en jeu dans quelque intention que ce soit; l’*altercatio* ou échange de paroles ne veut pas demeurer en reste de propos avec son adversaire, elle veut avoir le dernier mot; le *jurgium* n’écoute rien et décharge sa mauvaise humeur par des paroles dures. La *contentio* offre une image sérieuse, celle d’un effort vigoureux; l’*altercatio*, l’image comique de personnes qui s’échauffent à la manière des femmes; le *jurgium*, l’image repoussante de la colère brutale.

Discernere. Distinguere. *Discernere*, discerner, diviser conformément à des notions acquises; *distinguere*, distinguer par des signes et des marques.

—Disciplinæ, v. *Litteræ*. —Discrimen, v. *Tentare*.

Disertus. Facundus. Eloquens. *Disertus* et *facundus* désignent un talent oratoire donné par la nature; *eloquens* un art de la parole acquis et perfectionné. Celui qui parle avec clarté et précision s’appelle *disertus*, celui qui parle avec élégance et agrément, *facundus*, celui qui réunit les deux, savoir la netteté et la beauté du discours, *eloquens*. Le *disertus* fera un bon maître, mais il se peut qu’il n’ait pas également cultivé toutes les facultés de son esprit; le *facundus* brille en société, mais tout son savoir-faire peut n’être qu’une facilité superficielle dans le maniement de la parole, sans profondeur et sans solidité; l’*eloquens*, avant de prendre la parole comme homme d’état ou comme écrivain, doit s’être rendu parfaitement maître de la langue et de l’art à force de talent et d’études variées. Cic. Orat. 5, 19. Antonius... *disertos* ait se vidisse multos, *eloquentem* omnino neminem. J’ai souvent rencontré une parole nette, dit Antoine; je n’ai jamais entendu une voix parfaitement éloquente. Quintil, VIII, pr. 13. *Diserto* satis dicere quæ oporteat; ornate autem dicere proprium est *eloquentissimi*. On est disert quand on sait dire ce qu’il faut; mais de parer la parole, c’est le fait de la plus haute éloquence. Suet. Cal. 53. *Eloquentiæ* quam plurimum adtendit, quamvis *facundus* et *promptus*. Il s’applique fort à l’éloquence, quoiqu’il ait naturellement la parole agréable et facile.

—Dispar, v. *Æquus*. —Dispertire, v. *Dividere*. —Disputare, v. *Disserere*.

Disserere. Disputare. *Disserere*, soutenir son opinion en style didactique, en développant ses raisons; *disputare* en style polémique en tenant compte des raisons contraires, en opposant à un adversaire imaginaire ou réel raison pour raison, afin de constater par une sorte de bilan de quel côté est la plus grosse somme de vérité. Le *disserens* vise simplement à exprimer ses vues personnelles; le *disputans* veut faire prévaloir les siennes en qualité de vérités indépendantes de toute personnalité. En outre *disserere* marque une manière plus libre; *disputare*, une manière plus méthodique de traiter le sujet.

—Distinguere, v. *Discernere*. —Diu, diuturnus, diutinus, v. *Pridem*. —Distribuere, v. *Dividere*. —Divellere, v. *Frangere*. —Diversus, v. *Varius*.

Dividere. Partiri. Dirimere. Dispertire. Distribuere. 1. *Dividere* et *dirimere*, diviser sans autre but que de détruire l’unité de l’ensemble et de réduire en parties; *partiri*, dans le but d’obtenir par voie de séparation des parties dont il soit possible de disposer. De là *divide et impera* et *dividere sententias*, mais *partiri prædam*.

2. *Divisio* marque dans les traités de rhétorique la décomposition de l’espèce en variétés; *partitio*, celle du tout en ses parties.

3. *Dividere* ne se rapporte qu’à une réunion matérielle dans l’espace et ne détruit qu’une relation extérieure; mais *dirimere* se rapporte à l’union organique d’un tout et supprime des rapports intimes. Liv. XXII, 15. Casilinum urbs... Volturno flumine *diremta* Falernum ac Campanum agrum *dividit*. C’est qu’aux yeux de l’auteur une rivière qui coupe une ville en deux constitue une séparation contre nature, tandis que la séparation de deux territoires contigus par une ville est toute naturelle.

4. *Dividere* signifie encore distribuer sans idée accessoire; *dispertire*, c’est répartir entre futurs propriétaires; *distribuere*, entre propriétaires légitimes, ou encore mettre chaque partie à une place convenable et appropriée.

Divinare. Præsagire. Præsentire. Prævidere. Vaticinari. Prædicere. 1. *Divinare* se dit d’un pressentiment qui provient d’une inspiration divine et d’un secours surnaturel, comme μαντεύεσθαι; *præsagire*, d’un pressentiment par voie naturelle, par suite d’un tour d’esprit particulier qui confine au surnaturel; *præsentire* et *prævidere*, par un développement extraordinaire des dons naturels de l’esprit, à savoir *præsentire* par une vision immédiate, *prævidere*, par de profondes et heureuses combinaisons, par prévoyance.

2. *Divinare*, etc., simples actes de l’entendement; *vaticinatio* et *prædictio*, expression et communication de ce qu’on pressent: *vaticinatio*, par le fait du *divinans* et du *præsagiens*, c’est la prophétie, προφητεία; *prædictio*, par le fait du *præsentiens* et du *prævidens*, c’est la prédiction.

Divitiæ. Opes. Gazæ. Locuples. Opulentus. Copiosus. 1. *Divitiæ* et *gazæ*, la richesse en général, comme propriété, comme moyen de satisfaire ses désirs de toute sorte; *opes*, comme le moyen de réaliser un but élevé, de se faire valoir, d’acquérir ou de conserver de l’influence. *Divitiæ*, la richesse du simple particulier, πλοῦτος; *opes*, la fortune mise au service de l’homme d’État ou de l’ambitieux politique; *gazæ*, le trésor d’un roi ou d’un prince, θησαυροί.

2. *Dives*, riche par opposition à *pauper*, πλούσιος; *locuples*, qui est dans l’aisance, par opposition à *egens*, *egenus*, ἀφνειός; *opulentus* et *copiosus*, quia de grandes ressources par opposition à *inops*, comme εὔπορος.

—Divortium, v. *Repudium*. —Divus, v. *Numen*.

Doctor. Præceptor. Magister. *Doctor*, le maître qui expose la théorie considéré par rapport à la science ou à l’art qu’il enseigne, il s’oppose à l’auditeur; *præceptor*, le maître qui initie à la pratique par rapport au pupille qu’il façonne, il s’oppose à l’écolier; *magister*, le maître en général par rapport à sa supériorité et à son ascendant et par opposition aux profanes. Cic. Orat. III, 15. Vetus illa doctrina eadem videtur et recte faciendi et bene dicendi *magistra*, neque disjuncti *doctores*, sed iidem erant vivendi *præceptores* atque dicendi. On voit cette ancienne méthode gouverner à la fois la conduite et la parole; point de maîtres distincts; ceux qui forment à la parole forment en même temps à la vie.

Doctrina. Eruditio. *Doctrina*, le savoir considéré comme un des moyens divers par lesquels l’esprit se développe; *eruditio*, la science qui transforme l’esprit et l’amène à la dernière perfection. Le savoir, *doctrina*, ne donne qu’une supériorité de connaissances, il se rattache et s’oppose à l’idée qu’exprime le mot *exercitatio*, lequel implique une supériorité de savoir- faire; réduit même à la théorie sèche et mis en regard de la pratique plus visiblement utile, il est exposé à être mal vu et ridiculisé. La science parfaite, *eruditio*, se rapproche beaucoup plus de la pratique, elle implique une certaine influence, des connaissances acquises et des études sur le perfectionnement de l’homme entier, elle représente la vraie humanité dans l’ordre intellectuel, comme *humanitas* dans l’ordre moral.

—Doctrina, v. *Litteræ*.