Voyage en Égypte et en Syrie - Tome 1
Part 28
[227] A raison de ce loisir, lorsque la récolte des soies est faite dans le Liban, il en part beaucoup de paysans, qui vont, comme nos Limousins, faire les récoltes dans la plaine.
[228] Gens de guerre.
[229] J'ai trouvé dans un recueil manuscrit d'anecdotes arabes un autre trait qui, quoique étranger aux Druzes, me semble trop beau pour être omis.
«Au temps des kalifes, dit l'auteur, lorsque _Abdalah_ le _verseur de sang_ eut égorgé tout ce qu'il put saisir de descendants d'_Ommiah_, l'un d'eux, nommé _Ébrahim_, fils de _Soliman_, fils d'_Abd-el-Malek_, eut le bonheur d'échapper, et se sauva à Koufa, où il entra déguisé. Ne connaissant personne à qui il pût se confier, il entra au hasard sous le portique d'une grande maison, et s'y assit. Peu après le maître arrive, suivi de plusieurs valets, descend de cheval, entre, et, voyant l'étranger, il lui demande _qui il est_. Je suis un infortuné, répond Ébrahim, qui te demande _l'asyle_. Dieu te protège, dit l'homme riche; entre, et sois en paix. Ébrahim vécut plusieurs mois dans cette maison, sans que son hôte lui fît de questions. Mais lui-même, étonné de le voir tous les jours sortir et rentrer à cheval à la même heure, se hasarda un jour à lui en demander la raison. J'ai appris, répondit l'homme riche, qu'un nommé Ébrahim, fils de Soliman, est caché dans cette ville: il a tué mon père, et je le cherche pour prendre mon _talion_. _Alors je connus_, dit Ébrahim, _que Dieu m'avait conduit là à dessein; j'adorai son décret, et, me résignant à la mort_, je répliquai: _Dieu_ a pris ta cause; _homme offensé_, _ta victime est à tes pieds_. L'homme riche étonné répondit: O étranger! je vois que l'adversité te pèse, et qu'ennuyé de la vie, tu cherches un moyen de la perdre; mais ma main est liée pour le crime. Je ne te trompe pas, dit Ébrahim: ton père était un tel; nous nous rencontrâmes en tel endroit, et l'affaire se passa de telle et telle manière. Alors un tremblement violent saisit l'homme riche; ses dents se choquèrent comme à un homme transi de froid, ses yeux étincelèrent de fureur, et se remplirent de larmes. Il resta ainsi quelque temps le regard fixé contre terre; enfin, levant la tête vers Ébrahim: Demain le sort, dit-il, te joindra à mon père; et Dieu aura pris mon talion. Mais, moi, comment violer l'asyle de ma maison? Malheureux étranger, fuis de ma présence; tiens, voilà 100 sequins; sors promptement; et que je ne te revoie jamais.»
[230] Abârât-el-Motka lamin fi mazâheb oua Dianât-el-Dònia.
[231] Nom que les Turks donnent aux soldats Macédoniens et aux Épirotes.